‹ La Question de la PopulationChapitre 52 sur 177 · MOUVEMENTS DE LA POPULATION CHEZ LES ASIATIQUES · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DE LA POPULATION CHEZ LES ASIATIQUES

liale notamment), admet que ceux-ci limitent étroitement le nombre des sujets britanniques indiens pouvant résider en ces colonies ; il y a, depuis Touverture du xx* siëcle, de vives plaintes des Hindous contre la fermeture ou l'entre-bàillement très étroit à leur égard des portes de l'Afrique Australe Britannique. Néanmoins, dans notre ouvrage De la colonisation chez les peuples modernes, nous avons examiné l'éventualité que la partie orientale du continent africain au-dessous de l'Egypte servit, avec le temps, en partie de déversoir à la population hindoue et reçut lempreinte de cette race (1). Cette éventualité, étant donné, d'une part, la torpeur des Indigènes de ces contrées et, d'autre part, les difficultés que les Européens rencontrent à y vivre et à y exercer leur activité, paraît avoir certaines chances de se réaliser. L'Afrique est le champ clos où se rencontreront Européens et Asiatiques, les premiers ayant l'avantage de leurs connaissances, de leurs capitaux, de leurs capacités techniques, les seconds ayant des supériorités qui comptent, celle de 1 adaptation au climat, celle aussi de la souplesse de leur mentalité et de leur caractère.

Si rinde représente une population depuis quelques siècles concentrée sur son territoire et ne pouvant, par suite de séquestration, s'épancher au dehors, le Japon, depuis notamment la fameuse guerre de 1904-05 où il triompha de la Russie, se présente dans des conditions tout autres.

Le Japon, placé relativement à l'Asie dans des conditions analogues à celles du Royaume-Uni

1 ) Voir notre Colonisation chez les Peuples Modernes, 6« édin, t. II, pp. 415 et suivantes.

d'Angleterre et d'Irlande par rapport à l'Europe, occupant un groupe d'îles étroites rapprochées du continent, est aujourd'hui, par son organisation, son développement intellectuel et économique, son activité, ses aspirations, malgré l'étroitesse de son territoire et celle relative de sa population, le peuple qui tient la tête parmi les peuples de TAsie. Avec Formose, dépendance assez distante, il n'occupe, en laissant de côté ses récentes annexions sur le continent, que 431.000 kilomètres carrés, un cinquième environ de moins que Tétendue de la France et un tiers environ de plus que celle du Royaume-Uni d'Angleterre et d'Irlande : on sait que l'île septentrionale, Hokkaïdo ou Yézo, la plus vaste de l'archipel japonais est en grande partie de climat hyperhoréen et, malgré une nombreuse et constante immigration récente, médiocrement peuplée.

La population de l'archipel japonais était de 43.228.000 âmes en 1897 ; elle s'est élevée graduellement à 48.160.000 âmes en 1906 et à 51. 391.000 en 1911, soit un accroissement de 8.363.000 âmes en quatorze ans, c'est-à-dire d'un peu moins de 20 p. 100 dans cet intervalle : si on laisse de côté les deux années de guerre 1904 et 1905 et l'année 1906, qui a suivi, le taux d'accroissement a varié entre 1, 16 p. 100 en 1907 et 1,28 p. 100 en 1908 ; il est de 1,23 en 1910, 1,16 en 1910 et 1,28 en 1911, ce serait le doublement en une cinquantaine d'années. La population iaponaise essaime, en outre, mais dans une mesure encore restreinte, en Corée, en Mandchourie et dans les villes russes du Pacifique.

L'émigration japonaise à l'étranger est de

30.000 à 60.000 âmes par an, ce qui est assez notable, sans être énorme : en laissant de côté les deux années de guerre (1904 et 1905) et en considérant la période 1902 à 1907, le minimum de l'émigration japonaise officiellement recensée tvec passeports pour l'étranger) était de 32.900 en 1902 et le maximum de 58.351 en 1906 ; l'émigration n'était plus que de 43. 627 en 1907.

On recensait, d'autre part, en 1909, 220.336japonais demeurant à l'étranger, dont 88.846 aux Etals-Unis ou dans des colonies de cette contrée, les îles'Hawaï notamment, 126 168 en Corée, 3.665 en Russie ou dans les dépendances russes, 2.468 en Grande-Bretagne ou dans les colonies Britanniques. En 1909, 4.913 Japonais émigraient pour les États-Unis et 3.022 en 1910 ; mais si les portes de cette contrée, ainsi que celles du Canada, étaient largement ouvertes, au lieu d'être très mesquinement entre-bâillées, l'émigration japonaise à destination de ces pays pleins de ressources serait autrement considérable. Le nombre des étrangers résidant au Japon [est, au contraire, très faible : 17.331 seulement, dont 9.858 Chinois, ce qui réduit à 7.473 chiffre infime, le nombre des Européens établis au Japon (1.625 Américains, 1.456 Anglais, 775 Allemands, 602 Français, 207 Portuguais, 130 Russes, 114 Suisses, 93 Hollandais).

La densité moyenne de la population au Japon, si l'on considère la superficie entière du pavs, apparaît comme forte, sans être colossale : 120 habitants environ au kilomètre carré, soit à peu près la densité de la population allemande et 63 à 64 p. 100 de plus que la densité de la population

française ; mais il faut tenir compte de ce que cette densité est très inégale ; sans parler de l'île de Taïwan ou Formose, qui forme 8 1/2 p. 100 du territoire et qui a une densité d'un tiers au moins inférieure à Ja moyenne de l'Empire, il y a la grande île septentrionale de Hokkaïdo ou Yezo, occupant 18,74 p. 100 de la superficie totale de l'Empire, ou 94.000 kilomètres carrés, qui, au moins dans sa partie septentrionale, a un climat hyperboréen et ne contient qu'une population assez clairsemée, quoique un courant assez actif d'immigration provenant des îles du Centre et du Sud s'y porte depuis une quinzaine d'années. Néanmoins, la population de Hokkaïdo ou Yésô n'était que de 840.783 en 1903, soit 9 habitants au kilomètre carré : elle s'élève à 1.137,000 en 1908 et probablement à 1.300.000 ou 1.400.000 en 1911, ce qui ne représenterait encore qu'une quinzaine d'habitants au kilomètre carré.

Les îles du Centre et du Sud ont, au contraire, une population exubérante qui oscille entre 180 et 200 habitants au kilomètre carré dans les îles de Shikoku, Kiushiu et dans la partie centrale et occidentale de Houshiu, c'est-à-dire dans tout le cœur et la majeure partie du Japon ; c'est deux fois et demie à trois fois environ la densité de population de la France, 50 à 60 p. 100 de plus que celle de l'Allemagne et 20 à 30 p. 100 de plus que celle de la Grande-Bretagne et de l'Irlande; mais, tandis que l'Angleterre et l'Allemagne tirent une grande partie de leur alimentation et de leurs matières premières du dehors, le Japon produit l'une et les autres, en quasi totalité, de son propre sol, avec le supplément des pêcheries le long de ses 431 îles,

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ayant un développement de côtes de près de 30.0U0 kilomètres.

Sans qu'on puisse dire qu'elle ait atteint la

limite des moyens d'existence et surtout des

moyens de production, et tout en tenant compte de

que la grande île septentrionale d'Hokkaïdo ou

éso, avec ses 94.000 kilomètres carrés, pourrait,

ins doute, occuper et nourrir une demi-douzaine ae millions d'àmes au lieu de 1.300.000 à 1.400.000 (jui s'v trouvent actuellement, le Japon est certainement une des contrées, oii la population paraît

' rapprocher, pour les méthodes agronomiques actuelles, de l'encombrement.

La natalité y est forte, sans être énorme : de i89C à 1903, le nombre des naissances vivantes y a varié de 30 pour i.ûOO, cliiffre minimum en 1896, à 33,1 pour lOOO, chillVe maximum en 1901; il était de 32 pour 1.000 en 1903, dernière année avant la guerre contre la Russie (1904-1905). La moyenne de ces huit années est de 31.66 nais- - mces vivantes pour 1 UOO habitants; c'est un

juart de moins, sinon même un tiers, que la natalité de la Russie et des pays de l'Orient de l'Europe ; <ela correspond à peu près à la natalité présente bi l'Allemagne et de l'Italie (voir plus loin le

ibleau des pages 240 et ^41). Dans les années qui ont suivi la gueiTC de 1904-05, la natalité s'est accrue, le nombre des naissances étant de 1. 621.973 en 1907, 1,672.627 en 1908 et 1. 705. 877 • n 1909, soit 33,6 en moyenne par 1.000 habitants. Il semble que les énormes succès du Japon. dans la guerre de 1904-05 contre la Russie aient pro-

!uil le même effet sur le peuple victorieux que les

uccès du même genre de l'Allemagne dans la

guerre de 1870-7i contre la France, à savoir Texaltation de la confiance, non seulement nationale, mais familiale et individuelle. Cette natalité de 33,6 pour 1.000 habitants, sans approcher de celle des peuples de l'Orient de l'Europe à la fin et au début du xx® siècle, est assez sensiblement supérieure à la natalité présente, nous ne disons pas de la France ni même de la Grande-Bretagne, mais de l'Allemagne et présentement de l'Italie.

La mortalité est modérée au Japon, à peu près ce qu'elle est en France et ce qu'elle était naguère en Allemagne : dans les huit années qui ont précédé la guerre de 1904-05, elle a varié de 21,4 pour 1.000 habitants, chiffre maximum en 1896, à 20 p. 1.000, chiffre minimum en 1903, et elle paraît actuellement osciller, depuis la guerre, entre 20 et 22 pour 1.000, le nombre des décès ayant été de 1.024.000 en 1907, 1.038.000 en 1908, 1.099.000 en 1909, pour une population moyenne d'une cinquantaine de millions d'âmes.

De cette mortalité assez modérée et de cette forte natalité, il résulte que l'excédent des naissances sur les décès, dans ces dernières années, est au Japon d'environ 600.000 âmes par an, à savoir : 597.687 âmes en 1907, 634.517 en 1908, 606.080 en 1909 (1).

L'émigration japonaise restant jusqu'ici très audessous de 100.000 âmes, la population de ces îles nombreuses, mais étroites, s'accroît de plus de 500.000 âmes par an. A moins que le Japon ne

(1) Tous ces renseignements sur le Japon sont tirés en partie au. document officiel intitulé : Résumé Statistique de l'Empire du Japon, 26» année (1912), en partie du Statesmans Year Book. 1912.

devienne comme l'Angleterre une contrée très industrielle, se procurant une notable partie de son alimentation par l'échange de ses produits manufacturés, il peut arriver à Tencombrement. De là vient en partie son ardeur de conquêtes, sa recherche et son appétit de territoires à coloniser et à peupler. Mais, comme nous l'avons dit déjà, les nations de race européenne ont pris l'habitude de séquestrer les nations orientales sur leur territoire traditionnel et de leur fermer les pays encore indéveloppés et impeuplés dont elles ont pris possession : il peut y avoir là l'éventualité de très graves conflits futurs.

Nous ne nous arrêterons pas à l'étude d'autres contrées asiatiques. Mentionnons brièvement la Sibérie qui, avec ses 12 millions et plus de kilomètres carrés de superficie, dont la moitié, il est vrai, ou les deux tiers mêmes ne se prêtent guère à la culture, constitue une importante réserve pour 1 excédent de population que peut comporter l'Europe Orientale : le nombre d'habitants de la Sibérie, d'après le recensement de 1911, était de 8.220.000, sensiblement moins de 1 habitant au kilomètre carré ; c'est peu de dire que ce nombre peut aisément décupler, ce qui le porterait à 82 millions d'âmes ; il est probable qu'un jour la Sibérie contiendra et nourrira à l'aise 150 millions d'àmes, sinon bien davantage encore. Ce peuplement paraît réservé aux Russes, avec un appoint de Mongols, de Chinois et de Japonais. Les Asiatiques du Sud ne sauraient guère y concourir ; ceux-ci, à moins qu'ils ne modifient et n'atténuent leurs tendances prolifiques, ce qui n'aurait rien d'impossible, n'ont, pour prévenir l'encombre-

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ment, sinon Fétouffement, sur leur propre sol traditionnel, comme déversoir à leur portée que les îles tropicales encore insuffisamment peuplées de la mer des Indes et du Pacifique (i) et peut-être la partie Orientale de l'Afrique. On doit, toutefois, relater l'éventualité dont nous avons parlé d'un futur et grave conflit, pour la possession et la direction de la partie du globe qui les avoisine, entre les Asiatiques, ayant adopté notre discipline et nos moyens d'action d'une part, et, d'autre part, les peuples d'origine européenne.

(I) Certaines des grandes îles de la Mer des Indes et du Pacifique sont très peuplées ; d'autres, comme Java et Madura ont une population presque exubérante, à savoir pour ces deux îles : 30.098.008 habitants en 1905, sur une surface de 131.000 kilomètres carrés seulement (30.554 milles anglais carrés), ce qui représente environ 230 habitants au kilomètre carré, presque le double de la densité de l'Allemagne; la population de ces îles en 1869, n'atteignait que le chiffre de 16.010 114 âmes : c'est une augmentation de 87 1/3 p. 100 en trente-six ans. Voir notre ouvrage La Colonisation chez les Peuples Modernes, 6» édit.. t. I, p. 302. Par contre, les grandes îles voisines, Sumatra et Bornéo, sans parler de la Nouvelle Guinée, n'ont qu'une population infime, pas même, en moyenne, une demi-douzaine d'habitants au kilouiflre carré.

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