CHAPITRE VII
Les différentes parties du inonde et leur degré de peuplement.
— La pleine mise en valeur du globe .exigerait une population
'louble. sinon même triple, de la population actuelle. — Les îjmaines réservés au.v diverses races : les races asiatiques, les aces africaines, les races européennes. — Ces dernières races •■ront-elles en état dacliever le peuplement des terres encore uipeuplées et indéveloppées situées dans la zone tempérée. —
Cette question qui eût paru paradoxale il y a un siècle ou un
demi-siècle peut se poser aujourd'hui.
D'un coup d'œil jeté sur l'ensemble du globe, il ressort que la moitié au moins de la terre habitable est très insuffisamment peuplée.
Nous avons publié plus haut (p. 61) un tableau \ Irait de V Annuaire du Bureau des Longitudes vn 1901 : la superficie totale du globe y est évaluée à 510 millions de kilomètres carrés, dont 373.800.000 kilomètres carrés couverts par les cinq océans : Océan glacial du Nord, Océan glacial du Sud (avec les terres polaires du Sud), Océan Atlantique, Océan Indien, Grand Océan ou Océan Pacifique. Les cinq océans couvriraient, à <ux seuls, 73,3 p. 100 de la surface du globe ; ces données ne sont qu'approximatives. Il resterait : 136.200.000 kilomètres carrés pour les terres et It's eaux intérieures, soit 26,7 p. 100 de la surface «lu globe.
Nous reproduisons la seconde partie du tableau de V Annuaire du Bureau des Longitudes :
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Il est, sans doute, regrettable que la surface couverte par les eaux intérieures n'ait pas été déduite des chiffres donnés pour Ja superficie des diverses parties du monde; mais cela étend surtout la surface de l'Europe, qui contient, comme eaux intérieures, la Méditerranée, l'Adriatique, la mer du Nord, la Baltique, la Mer Noire ; cela rabaisse à 39 habitants au kilomètre carré la densité de la population de l'Europe qui, ces eaux déduites, serait sans doute de 10 à 15 p. 100 plus forte.
Nous devons mentionner aussi que, depuis 1900, la population des diverses contrées du monde s'est accrue, sans doute de 5 à 6 p. iOO, plus particulièrement celle de l'Europe. Ces redressements sont indiqués pour l'exactitude actuelle; mais ils ne modiOent pas l'intérêt du tableau ci-contre.
En admettant comme approximativement exacte l évaluation totale et les évaluations partielles de la superficie et de la population dans le tableau cicontre, on voit que sur les 1.616 millions d'êtres humains réputés exister en 1900, il s'en trouvait 1.230 millions, soit 77,3 p. 100 du total, en Europe et en Asie, contrées qui, à elles deux, n'occupent que 52 millions de kilomètres carrés sur les 136 millions de kilomètres carrés des diverses parties du monde : ainsi, 38 p. 100 environ de la surface du globe (la superficie des grands Océans déduits) contiennent 77 p. lOO de la population.
A supposer que la population pût être aussi «lense sur le globe entier, c'est 3.264 millions .l'ètres humains que le globe comporterait, soit le doublement. Il y aurait donc place pour 1.600 millions environ encore d'êtres humains. On peut
dire, sans doute, que les deux Amériques contiennent une forte partie de déserts, de montagnes ou de terres glaciales, que l'Afrique a une forte proportion de déserts également et que l'intérieur de l'Australie paraît offrir de bien maigres ressources à l'homme; mais il ne faut pas oublier qu'outre les mers intérieures qui n'ont pas été déduites de l'Europe, cette dernière contrée contient une forte proportion de terres septentrionales se prêtant peu à la culture, qu'il en est de même de l'Asie, qu'en outre, plus de la moitié de cette dernière partie du monde, à savoir toute la partie septentrionale el centrale, n'a qu'une population fort au-dessous de celle qu'elle pourrait nourrir : ainsi la comparaison peut parfaitement s'établir entre les contrées vieilles d'Asie et d'Europe et les contrées neuves ou relativement neuves : les deux Amériques, l'Afrique et les îles du Pacifique.
Le globe a donc besoin d'un surcroît de 1.600 millions d'habitants. Encore ce chiffre est-il, suivant toutes les probabilités, fort au-dessous de la vérité. Un autre mode de calcul très simple tendrait à l'établir. On a vu, dans le tableau qui précède, que les cinq parties du monde occupent une surface d'un peu plus de 136 millions de kilomètres carrés (eaux intérieures non déduites) ; ces eaux intérieures n'ont une surface importante qu'au Nord et au Sud de l'Europe ; elles sont presque nulles en Asie, en Afrique, en Océanie et dans les deux Amériques. En déduisant pour les eaux intérieures, autres que les grands océans, ainsi que pour les déserts et pour les contrées hyperboréennes incultivables, une surface de 36 millions de kilomètres carrés, on leur fait certainement
la part très larg:e. Il reste ainsi 100 millions de kilomètres carrés de sol à la disposition de Ihumanité pour ses besoins ; en ne prenant quune moyenne de oO habitants au kilomètre carré, très inférieure à celle qui peut vivre normalement à l'aise sur les produits d'un sol moyen moyennement cultivé, on peut fixer à o milliards le nombre des êtres humains que le globe convenablement exploité pourrait entretenir dans laisance, soit que ces 5 milliards d'hommes tirassent leur nourriture directementdu sol où ils sont fixés, soitqu'une partie d'entre eux la tirât par voie d'échange de régions où la population serait moins dense. Dans ces conditions, la population du globe pourrait tripler environ, avec les seuls moyens techniques actuels. Des progrès sensibles, lesquels sont certains dans ces moyens techniques, permettraient, sans réduction de l'aisance, une augmentation plus forte du nombre actuel des humains.
Ainsi, le doublement tout au moins, plus Vraisemblablement même le triplement, du nombre des humains, voilà les perspectives que fournit I f'xamen du globe et de ses possibilités, disons même de ses besoins. Il serait à désirer que cette mise en exploitation du globe entier pût s'effect lier assez rapidement, dans le cours de deux siècles par exemple, car elle est génératrice de richesse, dans une proportion plus forte que l'accroissement du nombre des hommes.
Parmi les contrées encore insuffisamment peuplées et indéveloppées, l'Afrique ne peut guère levoir de l'Europe que la direction ; elle ne peut, iuf sur une mince lisière des rivages du Nord des rivages du Sud, être peuplée par des hommes
de race européenne ; elle aura à fournir elle-même son surcroît d'habitants ou à le recevoir de l'Asie, des Indes par exemple.
La Sibérie et les contrées du Nord et de l'Ouest de l'Asie, encore très insuffisamment peuplées et indéveloppées, peuvent recevoir leur peuplement de l'Europe Orientale, la Russie, les populations balkaniques et helléniques, ainsi que des nations de l'Asie qui en sont voisines. Dans l'Océanie, la Nouvelle-Zélande et le littoral de l'Australie, sauf probablement la partie tout à fait septentrionale, peuvent recevoir leur peuplement, d'une part, d'un développement propre des groupes européens qui s'y sont déjà installés et, d'autre part, de l'émigration européenne.
Le reste de l'Océanie, toute la partie tropicale et équatoriale ne peuvent recevoir leur peuplement que du développement spontané de leur population actuelle et de l'émigration asiatique.
Reste les deux Amériques, dont la population actuelle de 165 millions d'âmes environ peut quintupler ou sextupler, sans qu'il y ait encombrement : c'est ici, outre les groupes autochtones qui se sont conservés dans l'Amérique centrale et l'Amérique méridionale, outre aussi les noirs qui y ont été importés par la traite, le domaine propre, la réserve des races européennes : il y a là, tout en tenant compte du développement spontané des populations déjà fixées dans le pays, place pour une immigration de 400 millions d'Européens environ en un siècle et demi ou deux siècles, à raison de 2 à 3 millions d'émigranls par an, ce qui est facilement le double, sinon le triple, de l'immigration nette actuelle.
Si cette immigration ne se produisait pas d'une façon soutenue, les races européennes manqueraient à leur mission ; elles risqueraient d'être un jour subordonnées relativement aux races asiatiques, et l'équilibre de force et de puissance entre les unes et les autres risquerait d'être détruit au détriment des races européennes.
Le globe a donc des besoins notables en population; si l'excédent des naissances sur les décès se maintenait en Europe ce qu'il a été dans le passé, la mise en œuvre et l'exploitation par les races européennes des contrées du globe situées dans la zone tempérée et encore insuffisamment peuplées et insuffisamment développées seraient assurées, à l'avantage de l'humanité tout entière.
L'accroissement de population effectué au xix^ siècle chez les races européennes a correspondu à une amélioration universelle du sort de chacun des membres de ces sociétés, de leur aisance, de leur longévité : tout témoigne qu'il en sera de môme à l'avenir, au moins jusqu'à ce que j le globe entier soit exploité.
Mais les races européennes conserveront-elles longtemps encore un excédent notable des naissances sur les décès ? Il y a un siècle, au temps de Malthus, cette question ne se serait pas posée ; il pouvait même paraître paradoxal, vers le milieu du xx' siècle, d'avoir quelques doutes à ce sujet. Aujourd'hui, au contraire et depuis une vingtaine d'années tout au moins, cette question se pose, d'une manière pressante. Quelle est l'influence sur la natalité et sur l'accroissement de la population, de la civilisation démocratique, comportant la généralisation du bien-être, fie l'instruction,
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l'égalité complète de droits, les aspirations et les ambitions universelles au mieux être, aux distinctions sociales, tout ce courant d'idées qui pénètre et entraîne aujourd'hui les hommes de toute condition? La question mérite d'être étudiée de près; voilà un quart de siècle que nous nous y appliquons ; nous allons, dans le livre qui suit, exposer à ce sujet le résultat de nos recherches et de nos réflexions.