‹ La Question de la PopulationChapitre 54 sur 177 · LA CIVILISATION ET LE VIEILLISSEMENT DES NATIONS · texte numérisé non relu

LA CIVILISATION ET LE VIEILLISSEMENT DES NATIONS

L'histoire parait démontrer que la civilisatiou tend à diminuer considérablement la natalité et môme à réduire la population. — L'insuffisance relative et l'insuffisance absolue de la natalité.— L'exemple de l'antiquité grecque. — L'exemple de l'Empire Romain. — Exemple contraire de la Chine ; en quoi il n'est pas concluant. — Les nations sembleraient vieillir comme les hommes: la stérilité relative est l'une des caractéristiques de ce vieillissement. — Ce vieillissement pourrait n'être pas irrémédiable. — Il vaudrait la peine de tâcher de le prévenir ou de l'atténuer.

Les historiens et les observateurs attentifs on été frappés de ce que le mouvement de la population et le taux de la natalité variaient considérablement suivant les pays etles époques. Nous en avons donné lindication générale au début même de cet ouvrage.

Il a semblé à certains de ces observateurs et de ces historiens que les nations, quoique leur carrière soit très prolongée, ne sont pas éternelles, qu'elles connaissent, comme les individus, la vieil-

180 LA gUESTION DE LA POPULATION

lesse et soit la mort, ce qui est parfois leur cas, ] soit, ce qui est plus général, leur transformation et leur rajeunissement imposés par une infusion de sang nouveau.

C'est au moment où, intellectuellement, socialement, par le développement de l'aisance, des arts, par l'élévation du niveau général, les nations paraissent s'être le plus perfectionnées et avoir atteint la situation la plus brillante qu'elles donnent des preuves d'arrêt dans leur croissance et même de recul par la réduction progressive de la natalité (1).

Les renseignements manqueraient pour rechercher si les civilisations disparues comme celles de l'Asie Occidentale et Centrale, Assyriens, Babyloniens, Perses, qui avaient porté à un haut degré de culture et de peuplement des contrées aujourd'hui à moitié désertes et incultes, ont souffert de la stérilité humaine et lui doivent, en partie, leuieffondrement ; mais il est incontestable que ce fléau de la réduction excessive de la natalité s'est produit chez, les anciens Grecs, après leur période de splendide épanouissement, et aussi chez les Romains au temps de l'Empire ; ce fut, pour les uns et les autres, l'une des causes de leur submersion par des éléments moins civilisés et ànatahté plus forte [2].

(i) Depuis plus de trente ans, nous avons étudié l'influence de la civilisation sur la natalité et sur le mouvement de la population , dans notre Essai sui' la Réparlilion des Richesses paru en 1881. dans ncitre Précis d'Economie Politique paru en 1887 et dans notre Traité théorique et pratique d'Economie politique, publié en 1896; en 1897, nous faisions paraître dans la Revue des Deux Mondes (n« du 15 octobre) un article intitulé : La question de la population et la civilisation démocratique, dont les conclusions étaient, pour la plupart, analogues à celles du présent livre.

(2) Voir Roscher. Die Grundlagen der Nfitionalôkomie ; fUnftes Bach ; Bevôlkerung.

Page 1