‹ La Question de la PopulationChapitre 56 sur 177 · INFLUENCE DE LA CIVILISATION SDR LA NATALITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA CIVILISATION SDR LA NATALITÉ

riages. On ne remarque rien de pareil, du moins d'une façon accentuée, chez les nations contemporaines : celles qui sont déjà atteintes du mal ont conservé une nuptialité normale , sinon même abondante; mais les ménages y sont de moins en moins féconds. Linsufûsance de la natalité s'y produit, d'une façon accentuée au point de vue relatif et commence même à s'y produire d'une manière absolue.

Cette insuffisance de la natalité, la relative, mais surtout l'absolue (voir plus haut, p. 181), paraît bien témoigner du vieillissement des nations ; la stérilité est l'une des caractéristiques les plus manifestes du vieillissement chez les individus ; elle l'est aussi chez les peuples.

Sans doute, l'on peut arguer, à l'encontre de l'idée qu'il existe un vieillissement pour les nations, l'exemple de certaines d'entre elles, parvenues il y a un grand nombre de siècles, à un état de civilisation relativement avancé et qui ont conservé une natalité suffisante, sinon même surabondante, le peuple chinois notamment. Mais, si vieille que soit la civilisation chinoise, et bien que l'aînée des civilisations actuelles du monde, elle ne paraît pas avoir pénétré profondément tout l'ensemble du peuple : la situation de celui-ci paraît avoir été médiocrement modifiée dans ses profondeurs ; ses conditions de vie semblent être restées identiques; ni l'aisance, ni l'instruction, ni ce que l'on appelle aujourd'hui « l'arrivisme », soit familial, soit individuel, ne se sont grandement développés en Chine ; la grande masse du peuple y est restée essentiellement traditionaliste. La civilisation même y paraît s'être arrêtée, sinon y avoir rétro-

gradé. La Chine n'est donc pas un exemple probant.

On peut écarter l'exemple de la Chine. Celui de la généralité des autres civilisations^ soit anciennes, soit modernes, conduit, comme il en sera fourni plus loin de nombreuses preuves, à la conclusion que la civilisation, particulièrement la civilisation démocratique, tend, sinon immédiatement, du moins au bout de peu de générations à déprimer la natalité et parfois à la rendre inférieure à la mortalité, quelles que soient les réductions que l'on réalise dans cette dernière. Par civilisation nous entendons, outre le développement des villes et celui de la classe moyenne, la propagation quasi universelle de Faisance, de l'instruction, l'extension des loisirs, l'essor des ambitions individuelles et familiales, la perspective ouverte à tous de s'élever sur l'échelle sociale.

Cette tendance à la fécondité décroissante et plutôt, pour mieux dire, à la stérilité croissante des nations civilisées, alors même qu'elle s'était peu accentuée il y a un quart de siècle, nous préoccupait déjà; nous écrivions en 1887, dans un livre élémentaire où il ne nous était pas possible de donner de l'extension à l'exposition de notre pensée et de l'entourer de preuves : « L'exemple de la France, de la partie des États-Unis qu'on dénomme Nouvelle Angleterre et qui est située sur l'Atlantique, semble indiquer que, à un certain degré d'aisance et sous rinspiralion de sentiments démocratiques, la tendance à l'accroissement de la population devient excessivement faible. Il n'est nullement démontré que les autres contrées du monde ne puissent pas un jour se rapprocher de la situa-

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