‹ La Question de la PopulationChapitre 67 sur 177 · I.\ NATAUrt PAR MAHlAGh KN FRANCE · texte numérisé non relu

I.\ NATAUrt PAR MAHlAGh KN FRANCE

rins la chute considérable de 75.000 à moins de 7.000 du chiffre annuel des naissances naturelles effet de la suppression de certaines formalités irales autrefois requises pour contracter mariage, onformément à la loi dite de l'abbé Le Myre, dont il a été question plus haut (pap^e 198); cette. loi a substitué un certain nombre d'unions légales il des unions illégitimes ; mais on ne peut lui attribuer que la moindre partie de la réduction des naissances naturelles, la plus forte partie devant l'tre attribuée à la généralisation des pratiques néo-malthusiennes.

Pendant que la natalité irrégulière et non désirée iiblit de 10 à \2 p. 100 environ depuis une* dizaine dannées, la natalité régulière et qui devrait être, dans la plupart des cas, sinon dans tous, désirée ou. du moins acceptée, se restreint bien davantage. Nous empruntons à M. Levasseurle tableau suivant de la natalité légitime par mariage, en le complétant pour les années 1890-1900 et 1901-1911 :

NOIIBRB MOYEN DE NAISSANCES LÉGITtlIES PAR MARIAGE (i)

Périodes d'années.

Périodes d'années.

1911 seule 2,18

'1) Levassear. La population française, t. II[, p. 150. Voici jinment nous opérons, en ce qui concerne les années 1901-1911

Ce tableau est fort démonstratif. Il montre que depuis 1800-1805 jusqu'à 1906-19H, la natalité légitime par mariage a diminué de près de moitié ; si l'on se reporte, comme point de comparaison, au milieu du xix® siècle, c'est-à-dire à la période 1851-1865, la natalité légitime par mariage s'est encore réduite d'environ 27 à 28 p. 100.

Il est clair que, pour que la population se soutienne, il faut que le nombre moyen des enfants par mariage contracté ne tombe pas au-dessous de 2. Encore n'est-il pas sûr que la population ne décline pas avec un chiffre d'enfants par ménage supérieur à deux. Il faut tenir compte, en effet, de ce qu'il y a toujours, particulièrement dans les populations des peuples civilisés contemporains, en partie déracinées, une forte proportion d'adultes célibataires ; il est vrai que, en face de ceux-ci et pour pourvoir à leur remplacement, on peut aligner les naissances naturelles; celles-ci, on l'a vu (page 216), s'étant sensiblement réduites depuis un quart de siècle, sont maintenant au nombre de 66.000 environ par année , soit approximativement 9 p. 100 du total des naissances; il s'agirait donc de savoir si la proportion des adultes des deux sexes qui vivent et meurent dans le célibat, est inférieure ou supérieure à 9 p. 100 de la population adulte totale.

pour ce calcul, qui ne peut être qu'approximatif. Nous additionnons pour chaque période quinquennale le nombre total des naissances déduction faite des naissances illégitimes; puis, nous additionnons le nombre des mariages pendant les deux années précédant la période quinquennale considérée et pendant les trois premières années de celle-ci et nous divisons le premier nombre par le second. En ce qui concerne l'année 1911 seule, nous divisons le nombre approximatif des naissances légitimes de ladite année par le nombre moyen des mariages contractés dans les années 1906 à 1910 ; on arrive ainsi à une approximation suffisante.

I A NATALIfÊ PAR MARIAGE EN FRANCE 219

(juoi qu'il en soit, en admettant que, dans la France contemporaine, les naissances naturelles puissent pourvoir au remplacement des adultes célibataires (1), il faut pour remplacer les gens mariés qu'il y ait tout au moins deux enfants par mariage ; (ir, on est tout près de tomber au-dessous de cette proportion et il est presque certain qu'on y tombera prochainement (voir plus loin, page 415).

Si maintenant, on recherche les causes de cette profonde modification des conditions démographiques de la France, chacun indique la sienne. La plupart mettent en avant le poids des impôts, It' service militaire ; d'autres, l'absence de liberté lit' tester, le désir du paysan de ne pas morceler sa fortune. Cette dernière cause peut certainement intervenir dans une mesure un peu appréciable, (jucique beaucoup moins considérable qu'on ne le suppose. Les charges du service militaire, surtout •It'puis la guerre de 1870-1871, notamment les juriodes complémentaires des 28 jours et des !o jours imposées aux réservistes (depuis 1908 réduites à 23, 17 et 9 jours respectivement), peuvent agir sur le nombre des mariages, plus encore que sur celui des enfants par famille. Le poids des impôts nous paraît, au contraire, comme il sera U^montré plus loin, n'avoir qu'une influence insignifiante ; les impôts étaient relativement assez faibles sous le second Empire, et déjà la réduction de la natalité était fort sensible ; d'autre part, dans if'S contrées comme la Belgique et la Suisse, où se //auvent des populations de race et langue fran-

(1) Nouussxaminerons plus loin, pp. 358 à 361. autant que les documents le permettent, le rapport des naissances naturelles à l'effoclif des adultes célibataires ; nous y étudierons également le cas des mariages où sont partie des veufs ou des divorcés.

çaises, très peu chargées d'impôts et de sercice militaire, la réduction de la natalité est très forte, en Belgique surtout, quoique Jusqu'ici moins forte qu^en France.

Toutes ces causes alléguées pour rendre compte de la diminution graduelle de la natalité sont des causes secondaires. Nous rechercherons plus loin les causes principales de ce si constant phénomène (voir plus loin, page 388) ; il est bon, toutefois, de résumer ici en peu de mots les principales pour se rendre compte de l'action réelle de la civilisation en ce domaine : Les grandes causes de l'affaiblissement du taux de lanatalité en France, causes qui ont commencé à agir dans la plupart des autres pays et dont l'action paraît devoir s'étendre et s'accentuer chaque jour chez les peuples civilisés, sont de deux ordres : 1° dans l'ordre matériel, les enfants ne sont plus rémunérateurs^ et n'apportent pas de revenu aux parents, comme autrefois dans les occupations agricoles et industrielles de lenfance et de l'adolescence; 2" le développement de rinstructioîi, de l'ambition personnelle et familiale, des idées démocratiques, la concurrence plus âpre dans les carrières diverses, les goûts de luxe, de sans-gêne, l'excès de la prévoyance retardent, s' il ne les diminuent pas, les mariages et, de Vautre coté, font appréhender la venue d'un nombre unpeu notable d'enfants par ménage.

V homme primitif, en règle générale, est prolifique, et chaque degré d'amélioration de son sort, qui ne le fait pas sortir, toutefois, de cet état primitif, accroît sa prolificité ; l'homme civilisé, quelles que soient les ressources qu'il possède, cesse, enrèglc générale, d'être prolifique.

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