CES CAUSES SONT SURTOUT D ORDRE MORAL
s enfants ne « paient plus » : ils sont, au contraire, une ourde charge. — L'orgueil démocratique est, toutefois, avec le oût de ses aises, la cause la plus déterminante de l'afTaisseiient de la natalité. — L'école de Le Play : insufilsance du 1 emède qu'elle propose. — Espérance bien fragile d'une conception plus noble de la vie. — La civilisation amène un retard dans l'âge du maria'îe : conséquences de ce retard. — La mesure de la fécondité conjugale par âges. — Le mouvement féministe : influence déprimante qu'il peut exercer sur la natalité. — La « masculinisation de la femme » constitue un des grands périls de la civilisation contemporaine.
On a vu combien il est superficiel d'attribuer la décroissance quasi ininterrompue de la natalité à la lourdeur des impôts ou au service militaire, quoique ce dernier évidemment ne soit pas sans exercer quelque influence ; mais ce n'est qu'un facteur secondaire.
Les facteurs principaux sont d'ordre moral. D'une part, l'on se marie moins ou l'on se marie plus tard, même dans les pays où le service militaire ne prend pas à vingt ans toute la jeunesse masculine. D'autre part, on cherche à limiter le nombre des enfants, dans la plupart des ménages.
A ce dernier point de vue, nous ne ferons que mentionner à nouveau la remarque déjà faite (voir
p. LEROY-BEACLIEr. 17
p. 46) que les enfants autrefois étaient en quelque sorte rémunérateurs , étaient payants , s'il est permis d'employer en pareil cas cette expression anglaise, pour les familles du menu peuple soit rurales, soit industrielles. Les soins qu'on leur donnait dans leur première enfance étaient assez sommaires et peu coûteux; à six ou sept ans, dans le travail rural ou le travail manufacturier, ils commençaient à gagner leur vie, et de dix ou onze ans à vingt, ils gagnaient plus que leur subsistance et apportaient de Taisance à la famille. Les lois sur le travail des enfants, la fréquentation scolaire, les habitudes plus émancipées et plus exigeantes des adolescents et des jeunes gens ont renversé cette situation. Un enfant ne gagne rien ou à peu près jusqu'à quatorze ou quinze ans, très souvent même jusqu'à dix-huit ou dix-neuf ans, et de cet âge jusqu'à vingt et un, il n'admet pas, en général, que son travail puisse profiter à sa famille. Les lois sur le travail dans les ateliers des enfants et des jeunes gens éloignent en outre de plus en plus le moment où les 6nfants peuvent contribuer effectivement à leur entretien. Autrefois, il ressortait donc de tous les usages sociaux une prime indirecte à la production des enfants, et le paysan, le fermier, comme l'artisan ou le salarié, n'y étaient pas insensibles. Sans blâmer toujours la série d'actes et de sentiments qui a modifié cette situation, quoiqu'il soit facile d'y relever des excès, il faut constater que; cette modification est radicale (I).
(1) Voir plus loin des développements sur ce point, p. 443. NoUs avotls encore connii» dans la région montagneuse dû Midi, ', des fermiers qui, grâce au travail en quelque sorte gratuit deleurs fils adolescents ou adultes, jusqu'au départ pour le service ttiilitaire, avaient pu se faire une certaine fortune. Peu à