AGE AGE DU PÈRE
DE LA MÈRE 25 ans. 35 ans. 45 ans. 55 ans.
Aa-dessous de 20 ans 49 p. i 00. » » »
30 à 34 33,0 — 23,7 — 14,4 — 8,1 p. lOO.
M. Kôrôsi fait très judicieusement remarquer qu'il s'agit dans ces relevés de la fécondité conjugale effectice, c'est-à-dire mesurée par les statistiques, et non de la fécondité physiologique, que l'on ne peut exactement connaître. En effet, les sentiments divers, le désir ou l'appréhension d'un enfant influent sur la fécondité conjugale, notamment au fur et à mesure que l'on s'écarte de la date du mariage et qu'un certaiji nombre d'enfants sont déjà survenus. Pour avoir la fécondité physiologique, il faudrait pouvoir agir par voie expérimentative, en dégageant le sujet de toutes les circonstances perturbatrices, ce qui n'est possible que pour les animaux. Cette « fécondité conjugale effective » est certainement, surtout pour les âges élevés, sauf en ce qui concerne les nouveaux ma-
RETARDS APPORTÉS A l'aGE DU MARIAGE 269
il. », fort au-dessous de la « fécondité physiologique ». D'autre part, il faut se rappeler que la Hongrie, qui a fourni la matière des observations de M. Kôrôsi, est encore, au point de vue de la natalité, un pays primitif, c'est-à-dire un de ceux où les freins d'ordres divers, que la civilisation suscite, influent jusqu'ici le moins sur l'instinct naturel (voir, au tableau de la page 240, le chiflfre très élevé de la natalité hongroisei. On peut donc admettre que les constatations de M. Kôrôsi donnent des indications non seulement très exactes pour la fécondité conjugale effective, mais encore approximatives sur la fécondité physiologique.
Cela étant, on voit que c'est de dix-huit à vingt ans que la fécondité atteint le maximum pour les femmes, que de vingt à vingt-quatre ans, elle a déjà sensiblement diminué, et considérablement de vingt-cinq à vingt-neuf; que, pour l'homme, elle est au maximum aux environs de vingt-cinq et vingt-six ans et qu'elle a déjà notablement baissé de trente à trente-quatre ans ; qu'enfin la combinaison d'âge des deux époux qui donne la plus forte fécondité est celle de vingt-cinq ans pour l'homme et de dix-huit à vingt ans pour la femme.
Ces observations étant admises à titre de simple approximation, en ce qui concerne la fécondité physiologique, on voit combien un recul de quelques années dans l'âge moyen du mariage doit réduire la natalité. Etant donné que. en Angleterre, la proportion, pour 100 femmes contractant mariage, de celles ayant moins de vingt ans est tombée, comme on l'a vu plus haut (page 265), de 45, 54 p. 100 à 10,22 et celle des épouses au-dessous de vingt-cinq ans de 64,14 p. 100 à 59,15, il
n'est pas possible que la natalité n'en soit pas aiïectée, d'autant qu'un recul analogue se produit dans l'âge des hommes contractant mariage, 52,19 p. 100 ayant moins de vingt-cinq ans, en Angleterre et dans le pays de Galles, en 1874, et seulement 44,02 p. 100 en 1892.
Un trait nouveau de la civilisation contemporaine récente est ce que l'on est convenu d'appeler le mouvement féministe, c'est-à-dire l'émancipation des femmes et leur admission à toutes les carrières, soit industrielles, soit scientifiques, soit administratives ou politiques, dont beaucoup étaient et sont encore pratiquement ou légalement l'apanage exclusif des hommes. Les femmes envahissent et surtout revendiquent nombre de professions jusqu'ici reconnues uniquement masculines. Ce mouvement a pris le maximum d'intensité dans les pays anglo-saxons ; il a obtenu un complet triçmphe légal dans diverses colonies britanniques, la Nouvelle-Zélande, l'Australie du Sud et dans quatre ou cinq États de la fédération américaine, l'Orégon notamment, où les femmes jouissent du droit de vote et de l'éligibilité. Ce ne sont encore là que des satisfactions en grande partie d'apparat. La société civilisée repose encore sur l'antique base du ménage où l'homme et la femme ont des fonctions diverses ; il faudra un long temps pour modifier essentiellement cette séparation, soit naturelle^ soit tout au moins traditionnelle, des tâches entre les deux sexes.
Néanmoins, dans nombre d'administrations publiques, l'instruction, les postes, les télégraphes, les téléphones, les banques, les bureaux de chemins de fer, les femmes deviennent de plus en plus
LA NAJALIlk ti Lt ^■tMlNI^Ml. -l'A
iiuiiibieuses. Elles s'insinuent dans la médecine; elles commencent à se faufiler, en quelques pays, dans les professions juridiques. La femme ou du moins un certain nombre de femmes ont la prétention, non pas d'être les égales des hommes, ce qui serait très justifié, mais de devenir de plus en plus semblables aux hommes, de vivre comme eux. Le « mouvement féministe » est à la fois la conséquence, dans certains pays, de la diminution du nombre des mariages et réagit ensuite sur lui pour il' déprimer encore. Nombre de jeunes filles assez niùres, particulièremenl dans la petite classe niovenne instruite, ne trouvant pas d'époux, sont -' iluites par Tidée de se faire une carrière indépendante : le sentiment est profondément respectable; mais cette masculinisation de la femme ne va pas
13 inconvénients graves au point de vue de la population.
Il y a entre la décroissance des mariages ainsi que de la natalité, d'une part, et le mouvement féministe, un de ces liens, une de ces influences réciproques que les Allemands appellent Wechselwirchung . D'après les tables de M. Bodio, le nombre des mariages pour 1.000 habitants qui était, en Angleterre et Galles, de 8,51 en 1874 et de 8,37 en 1875 est tombé à 7,75 en 1890, 7,79 en 'î^ni et 7,72 en 1892, la décroissance étant très
isible (il n'eat plus que de 7,47 en 1910). En
Lcosse, le nombre des mariages était de 7,59
. p. 1.000 en 1874 et de 7,39 en 1875; il n'est plus
que de 6,86 en 1890, 6,93 en 1891 et 7,05
-en 1892(1).
1) Bodio, Movimento délia Popolazione : Confronti Inlemazio- U. 1894, p. 34.
Il est naturel que Ja femme qui peut vivre seule du produit régulier de sa carrière cherclie moins à se marier, surtout quand cette carrière est absorbante, qu'elle s'exerce au dehors, qu'elle exige une grande régularité ; si la femme placée dans ces conditions se marie, il advient presque toujours alors qu'elle appréhende d'avoir des enfants, l'exercice et la continuité de sa profession devant naturellement en souffrir.
D'autre part, dans les couches petites moyennes, certaines carrières des femmes, comme celle d'institutrice publique, de receveuse des postes, donnent à beaucoup de jeunes filles qui sont pourvues de positions de ce genre une sorte de dédain pour les hommes de leur classe qui pourraient devenir leurs époux, c'est-à-dire pour les paysans et les ouvriers. Nous avons souvent demandé en France que l'on fît un relevé des institutrices publiques et des receveuses des postes, suivant leur condition civile, c'est-à-dire suivant qu'elles sont mariées ou non, avec l'indication du nombre d'enfants qu'elles ont dans le premier cas. La probabilité est, d'après nos observations personnelles directes en province, qu'il y a moins de nuptialité et surtout moins d'enfants pour cette catégorie de femmes que pour l'ensemble des femmes du pays.
La question de la situation des femmes est l'une des plus délicates et des plus complexes qui soient. Nous nous sommes efforcé de la traiter dans un de nos premiers ouvrages (1). Il faut, sans doute, donner plus de droits à la femme, la rendre maîtresse de son salaire et de ses épargnes, relever
(1) Voir notre ouvrage : Le Travail des femmes au XIX» siècle.