MAUX CAUSÉS PAR LA STAGNATION DE POPULATION
OU celle de la Belgique et analogue à celle de la Suisse, si, d'autre part, les paysans, les ouvriers ot les bourgeois italiens, moins comblés de iharges, pouvaient faire un peu plus d'économies et constituer plus de capital, le pays arriverait irraduellement à plus de prospérité. Il ne faut pas oublier que l'Italie a fait, cependant, depuis l'ouverture du XX' siècle, de grands progrès, qui ont, dans une certaine mesure, relevé le niveau de vie do l'ensemble de la nation, que la technique agricole est encore très défectueuse dans la plupart (les provinces, qu'en outre l'émigration, surtout lémigration déGnitive, pourrait encore être plus développée qu'aujourd'hui il), au grand avantage des individus et de la nation. (Voir plus loin dans 11' présent ouvrage, page 483, le chapitre consacré il l'émigration.) Enfin il est fort probable que, avec le temps, au fur et à mesure que toutes les couches de la population se seront imprégnées des sentiments de la civilisation moderne, la natalité italienne s'affaiblira davantage; les capitaux aussi se multiplieront et probablement on verra en Italie, comme ailleurs, s'effectuer ce changement du taux de natalité, qui est si frappant non seulement en France, mais en Angleterre, en Belgique, en Suisse et aux Etats-Unis.
Dans létat présent du monde et des découvertes, il est mauvais que la population d'un pays soit tout à fait stationnaire ; elle croîtrait de 1/2 à 1 p. 100 par année que ce serait une situation à
(1^ Le nombre des Italiens, fisés en dehors du Royaume, était estimé, en 1910, à 5.4"fi 000 ; il n'y aurait guavàntage pour ritaiie à ce qu'il fiit moitié ou même deux fois plus considérable.
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tous les points de vue bien plus avantageuse que la simple stagnation. Si cette dernière peut devenir souhaitable un jour, ce qui est incertain, c'est quand le monde entier sera peuplé d'une façon un peu dense et exploité d'une manière scientifique, quand, d'autre part, les méthodes agronomiques ne feront plus de progrès sensibles, tandis, que, à l'heure présente, elles sont au début d'une ère de grand perfectionnement.
Dans les circonstances présentes, la stagnation de la population d'un grand pays est, d'abord, une cause de graduelle déchéance politique, puisque les pays rivaux voient leur population s'accroître tandis que la sienne ne change pas. Or la situation politique internationale des peuples, le prestige dont ils jouissent, l'expansion de leur langue, l'admiration, même déraisonnable, que leur vaut leur prépondérance, influent sur la faveur dont jouissent leurs produits et leurs nationaux. L'essor de tout ce qui est allemand depuis 1871, la grande clientèle économique et intellectuelle de l'Allemagne depuis lors en font foi.
En second lieu, un pays dont la population n'augmente pas n'a que peu d'émigrants qui aillent porter dans les pays lointains ses mœurs, ses goûts, sa langue, et qui forment une sorte de trait d'union entre la nation qu'ils ont quittée et celle oiiils s'établissent. Les émigrants sont les meilleurs des commis voyageurs, les plus convaincus et les plus convaincants, les plus ardents et les mieux écoutés; les émigrants allemands dans toutes les contrées du monde ont, avec l'éclat des victoires de l'Allemagne, notablement contribué à l'essor récent du commerce germanique.
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En troisième lieu, et c'est le point capital : une fiopulation qui reste stationnaire finit par s'alanfjuir, s'e/féminer ; dans les familles peu nombreuses, à deux ou trois rejetons seulement, à plus forte raison à un seul, les enfants sont élevés avec une tendresse trop pusillanime ; ils sont entourés d'une affection amollissante qui diminue chez eux la hardiesse du caractère et de l esprit. Une pareille nation devient bientôt, dans son train général de vie, casanière et routinière. L'esprit d'initiative s'v t'inousse ; dans les classes supérieures et moyennes, le désir d'améliorer sa situation repose alors uniquement sur l'épargne ; dans les classes même inférieures, les hommes finissent par répugner à toutes les tâches pénibles, aux travaux durs et prolongés : les emplois publics et tous les emplois privés à revenu fixe qui ont un caractère analogue deviennent l'idéal de chacun, à tous les degrés de l'échelle sociale. Les entreprises aléatoires et lentes n'y trouvent plus de recrues. Un semblable peuple ne peut plus avoir ni grand commerce lointain, ni marine, ni exploitation fructueuse des olonies ; les particuliers y sont moralement trop • ngourdis pour apporter un concours sérieux et j)ersévérant aux tentatives nationales qui ont cet objet.
Les étrangers, provenant des pays prolifiques voisins, viennent affluer chez le peuple riche et <tationnaire et, s'ils ne secouent pas son inertie, du moins ils parent à quelques-uns des inconvénients de >rt torpeur. Quels que soient les désavantaees qu'au point de vue du maintien des traditions et du cachet national aient celte infiltration et celte fixation sur le sol d'une population exotique, il
convient que le peuple stationnaire, à plus forte raison le peuple déclinant, lui fasse bon accueil et qu'il cherche à s'assimiler ces nouveaux arrivants. En manquant aux lois de l'hospitalité cordiale, il jouerait une grosse partie et s'exposerait un jour ou l'autre à des guerres de race, dans des conditions désavantageuses, avec ceux de ses voisins qui ont conservé une prolificité supérieure à la sienne (1). C'est ainsi que la France compte aujourd'hui sur son sol plus de 1.000.000 d'étrangers (exactement 1.132.696 d'après le recensement de 1911), soit une proportion de près de 3 p. 100 de ses habitants, et que, dans certaines parties du territoire, cette proportion non seulement atteint 8 à 10 p. 100, mais s'élève môme, pour l'important département dos Bouches-du- Rhône avec son chef-lieu, Marseille, à 18 p. 100, les naturalisés compris (voir plus loin, p. 378).
Au point de vue de la sécurité politique, dans l'état encore très instable des relations internationales européennes, cette agglomération d'étrangers, surtout dans les départements frontières et dans les grandes villes, n'est pas sans quelques dangers. 11 faut s'y accommoder, cependant, pour éviter un plus grand mal et politique et économique et moral. Le mieux est de s'efforcer de les naturaliser graduellement ; nos lois ont été sur ce point trop réservées. L'heureuse plasticité de la nation
(1) 11 ne faudrait pas oublier que la différence de densité de population dans des pays voisins à égales forces productives naturelles entraîne nécessairement soit l'infiltration occulte et pacifique dune partie de la population exubérante du pays le plus peuplé dans celui qui lest le moins, soit dans un avenir plus ou moins éloigné de terribles luttes d'extermination, auxquelles on peut littéralement appliquer l'expression, si souvent employée à tort et à travers, de slruggle for life.