CARACTÈRE ET NAISSANCE DU NÉO-MALTHDSIANISME EN ANGLETERRE
! actère du néo-malthusianisme. — Son opposition à l'idéal de Malthus. — Il est né en Angleterre et est contemporain de Malthus. — Cest une adhésion au principe malthusien de la population, mais en même temps une protestation théorique et pratique contre le moral restraint ou la continence. — James Mill. — Propagande néo-malthusienne active de 1822 à 1834. — Réapparition de ce mouvement en 1834, puis, de nouveau, le 1876 à 1878. — Effets limités, mais cependant appréciables, le cette propagande.
On entend par néo-malthusianisme un système théorique et un ensemble de pratiques qui sont une déformation et une manifeste corruption de la doctrine de Malthus.
On a vu plus haut que Malthus, pasteur, homme 1 t'iigieux et d'une haute moralité, convaincu que lexcès de population était la cause de la misère et il une grande partie des vices de l'humanité, particulièrement chez la classe populaire, recommandait comme frein préventif (préventive check) ce
qu'il appelait le moral restraint^ le contrôle moral ou plus simplement la continence.
Jamais Malthus n'a varié à ce sujet. Dans la première édition de son livre, en 1798, qui était une esquisse sommaire, il s'appliquait surtout k détruire la doctrine alors régnante, émanant des philosophes du xviif siècle, que les souffrances de la société étaient dues à la mauvaise organisation du gouvernement, à l'administration défectueuse, à la législation imparfaite ou pernicieuse et spécialement à la grande inégalité entre les hommes.
A rencontre de cette croyance courante, il édifiait dans les termes les plus nets, avec même une brutalité saisissante, sa doctrine que l'excès du nombre de convives au banquet de la vie, devant des mets insuffisants, était seule responsable de la misère et de la généralité des maux sociaux.
Dans la seconde édition de son livre, en 1803, il voulut donner à sa doctrine un caractère plus positif : c'est alors qu'il émit, avec insistance, le concept du moral restraint ; par cette formule il entendait, et c'est ce qu'il dit expressément, dans la dernière édition de son Essai, parue de son vivant, à savoir la sixième publiée en 1826 : « une abstention (ou ajournement) du mariage, par des motifs tirés de la prudence, avec une conduite strictement morale pendant la période de l'abstention. » Quant aux relations sexuelles durant le mariage, Malthus ne songeait nullement à les réglementer et leur laissait suivre leur cours naturel.
Nous avons reproduit plus haut (page 24) une déclaration tout à fait caractéristique de Malthus, à
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. t' sujet : « Le libertinage, les passions contraires au vœu de la nature, la violation du lit nuptial, en y joignant tous les artifices employés pour cacher les suites des liaisons criminelles ou irrégulières, sont des obstacles préventifs qui appartiennent manifestement à la classe des vices. » On voit qu'il condamnait la violation du lit nuptial non pas par l'adultère seulement, mais par le recours à des artifices employés dans les liaisons irrégulières.
La doctrine de Malthus était une doctrine hautement ascétique, prêchant la continence; jamais il Ut' s'en est écarté.
Tout autre est le néo-malthusianisme ; ce mot s entend d'une théorie qui, admettant comme fondée et prouvée la doctrine de Malthus que lexcès de population est la cause principale de la misère dans l'humanité et spécialement dans la classe populaire, rejette le moral restraint, l'abstention, l'ajournement ou la réduction des rapports sexuels physiques, comme une condition impossible ou trop pénible et recommande un ensemble de pratiques diverses, à'arti/ices, pour rendre les relations physiques sexuelles à volonté improductives. Hommes et femmes conserveraient aussi fréquents qu'antérieurement les rapports sexuels, mais s'arrangeraient de façon, quand ils le jugeraient utile, à ce qu'il n'en résultât pas la procréation d'enfants. L'indication des pratiques ou des artifices ayant cet objet ou cet effet peut être plus ou moins vague ou, au contraire, tout à fait précise. On aboutit, dans ce système, à ce que l'on a appelé récemment « la génération cons- <iente », c'est-à-dire la génération qui ne se produit que lorsque l'homme et la femme qui s'unis-
sent ont vraiment la volonté de procréer. En l'absence de cette volonté, l'homme et la femme se donnent impunément, par l'union sexuelle, une jouissance, en s' affranchissant de la conséquence naturelle habituelle qu'elle peut avoir et qui constituerait une charge, une gène ou un embarras.
C'est là une théorie sensualiste, par excellence, tout épicurienne, au sens courant et grossier du mot. Ces pratiques et ces artifices, certains moralistes les ont englobés sous la dénomination et la flétrissure à'onanisme conjugal. Les néomalthusiens logiques, qui tirent toutes les conséquences de leur doctrine, admettent, au cas où les pratiques et les artifices anticonceptionnels dans l'union des sexes, par un fâcheux hasard, n'ont pas abouti, le droit à l'avortement et il s'en trouve parmi eux qui réclament ce qu'ils appellent'la liberté de l'avortement.
Que cette doctrine et cet ensemble de pratiques et d'artifices, d'ailleurs variables, aient, dans les sociétés contemporaines, un certain nombre d'adeptes déclarés, de propagandistes zélés et un nombre infiniment plus grand d*adhérents silencieux cela est manifeste. On croyait, toutefois, en général, que le néo-malthusianisme, comme son nom l'indique, était d'origine assez récente ; on ne le faisait guère remonter, comme principe, avant le milieu du xix° siècle et, comme application un peu fréquente, avant le dernier quartier dudit siècle. Nous-mêmes, dans divers de nos ouvrages et particulièrement, dès la première édition de notre Traité théorique et 'pratique d'Économie politique (1896), nous avions cité un passage étendu et caractéristique d'un livre paru en 1854 en Angle-
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t. rre sous le titre de : Religion physique, sexuelle
naturelle et traduit en français, en 1869, sur la
édition anglaise, sous le titre de Éléments de
ience Sociale, où, en 600 pages de texte, les pra-
uques et artifices anticonceptionnels dans l'union
des sexes étaient, au nom des intérêts sociaux et
tn particulier de ceux de la classe populaire, chau-
'lement recommandés et parfois minutieusement
• Itcrits (1). Nous citions également une campagne
faite dans le même sens en Angleterre, dans les
années 1876-1878, par une femme philanthrope
bien connue, Mrs Besant (devenue plus tard un
propagandiste de l'occultisme) et un socialiste
ouvrier alors très connu, Charles Bradlaugh.
Ces campagnes néo-malthusiennes ne parais-
ent, toutefois, que des éruptions isolées et pas-
-ëres qui ne se rattachaient à aucun mouvement
ndu et prolongé.
Une étude récente pleine de recherches et de faits, due à un professeur de l'Université de Chicago, M. James A. Field et publiée originairement par The American Economie Review (2) , est venue démontrer que la doctrine néo-malthusienne a, en Angleterre, des origines beaucoup plus anciennes et qu'elle a été l'objet d'une propagande systématique, du vivant même de Malthus, dans les années 1820 à 1835. Malthus est mort en 1834; il ne s'est jamais associé à ce mouvement et, au contraire, a indiqué qu'il le réprouvait. Dans la cinquième
(1) Voir, p. 518, du t. IV de la 1" édit. de noire Traité théorique et pratique d'Economie politique (1896) et p. 586 du même tome de la 5* édit. du même ouvrage (1910).
(il The Earltj Vropagaiulist Motement in Englitfi Population Theory.
édition de son Essai sur le principe de population (1817), parlant de l'industriel socialiste Robert Owen et des difficultés que celui-ci devait éprouver du chef de l'accroissement de la population pour les sociétés nouvelles qu'il projetait fondées sur l'égalité des propriétés [equality of possessions), Malthus écrivait : « Il (Owen) a étendu son ingéniosité à l'excès pour découvrir quelque mode « de surmonter la difficulté, et il a seulement démontré son « absolue impuissance à découvrir quelque mode de réaliser ce dessein qui ne fût pas contraire à la nature, immoral ou cruel à un haut degré ; his absolute inability ta suggest to any mode of accomplishing this object that is not unnatural immoral or cruel in a high degree » (1). Le mot cruel en anglais a un sens moins précis qu'en français; peut-être pourrait-on le traduire ici par abject. Nous reviendrons plus loin sur le rôle d'Owen en cette affaire.
La réprobation de Malthus contre ce que l'on devait nommer plus tard le néo-malthusianisme est formelle. Il maintint toute sa vie à sa doctrine son austérité.
Il était naturel, cependant, que la doctrine de Malthus, du moment où elle franchissait surtout les cercles scientifiques pour pénétrer un public plus étendu, eût pour fruit le néo-malthusianisme : le moral restraint, c'est-à-dire la continence est une vertu trop rare, d'une stricte observance trop pénible, pour que des hommes absolument convaincus que l'accroissement de la population
(1) Book III, ch. III, nous citons d'après le mémoire sus-mentionné de James A. Field : The early propagandist Movemenl in English Population Theory, p. 8.
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tMigendre la misère et presque tous les maux sociaux, ne lui cherchassent pas et ne réussissent pas à lui trouver un substitut plus commode et plus efficace même. Les femmes suédoises qui aujourd'hui retardent leur mariage jusqu'à l'âge moyen •le vingt-sept ans (voir plus haut, p. 266) pratiquent la pure doctrine de Malthus ; mais cela n'empêche pas la population suédoise d'augmenter encore d'environ 1 p. 100 par an; il faudrait un retard encore plus prononcé de l'âge moyen du mariage (les femmes, jusqu'à peut-être trente et un ou trenteilt'ux ans par exemple, pour arriver à une population à peu près stationnaire.
Les néo-malthusiens ont trouvé un chemin plus
[court. Ceux qui se livrèrent à une active propa-
;gande du temps de Malthus en faveur de la nouvelle
i doctrine sont des hommes aujourd'hui presque tous
ignorés, mais qui, de leur temps, avaient une
grande activité et jouissaient d'un certain prestige
dans les cercles radicaux et ouvriers.
11 faut se rappeler ce qu'était l'Angleterre d'alors, au lendemain des guerres contre l'Empire. On lit en plein essor industriel; cet essor n'allait pas sans de très grands maux : le déracinement des populations, le travail excessif des hommes, des femmes et des enfants ; les impôts excessivement lourds causés par l'effroyable dette de plus de 20 milliards qui fut contractée pour lutter contre la Révolution française et l'Empire et subventionner les alliés du continent ; un régime douanier restrictif pour les produits alimentaires ; outre les maux habituels à ce que nous avons nommé, dans des ouvrages antérieurs, V époque chaotique de la grande industrie^ on souffrait de charges de toute sorte ;
la pi'olilicité était , en outre , stimulée par la fâcheuse organisation de la loi des pauvres et par le profit que rapportait aux familles le travail des enfants dès l'âge le plus tendre (voir plus haut, p. 43).
Le quart de siècle qui suivit la paix de 1815 fut pour la Grande-Bretagne une époque, sans doute, de développement, mais de grandes souffrances populaires (i). Il s'en faut qu'il y eût alors l'amélioration constante du bien-être général qui a marqué le milieu et la fin du xix® siècle dans la Grande-Bretagne. Le mécontentement était grand parmi les classes ouvrières ; c'était le moment du chartisme, mouvement de révolte qui animait une partie notable de la population vivant du travail manuel : en même temps, un radicalisme violent, quoique avec un programme imprécis, sévissait parmi ceux que l'on appelle souvent aujourd'hui les intellectuels, gens instruits, superficiels, disposés à l'idéologie, ayant en général peu de moyens pécuniaires, sauf quelques-uns qui, séduits par un idéal abstrait, mettaient une partie de leurs revenus au service de ce qu'ils considéraient comme la cause du peuple et de l'humanité.
C'est surtout, dans ces cercles, que, après une certaine résistance, se répandit le néo-malthusianisme. On ne peut guère citer parmi ses adeptes d'alors, mais tout à fait un des premiers en date, qu'un seul homme ayant laissé un nom ; encore la célébrité soutenue de ce nom tient-elle beaucoup
(1) Dans notre Traité de la Science des Finances (t. II de la 8" édit., liv. II, chap. iv) nous avons montré que. dans les vingt années environ qui ont suivi la paix de 1815, les plusvalues d'impôts, dans la Grande-Bretagne étaient très modiques, sinon absentes.
! .^^^fc. DL NtO-MALlHLSIAMSMK EN ANGLETERRE 303
(»lu8 à son fils qu'à lui-même : il s'agit de James Mill, père de John Stuart xMill.
James Mill, quoique éclipsé par son fils, était un homme de savoir, de talent, d'expérience au moins intellectuelle, et de haute réputation. Il contribua ;iux recueils scientifiques du temps en matière ' .onomique et sociale; il publia des Éléments (l rcon^mie politique &i^ fonctionnaire important de !;i célèbre Compagnie des Indes Orientales qui gou- \ t'rnail l'Hindoustan, il écrivit une grande histoire It' la domination britannique dans cet Empire.
Il paraît bien que James Mill fut le premier en flate des néo-malthusiens; sa pengée, toutefois, ilrmeure encore un pou enveloppée et évite, à ce Mijet, les précisions qui auraient pu choquer le lectiur. En un article, au mot Colonie {Colony) qui a paru dans le Supplément de Y Encyclopédie Britannique de 1818, James Mill s'exprime, comme il suit, sur les meilleurs moyens de prévenir l'accroissement de la population : « Et, cependant, si les superstitions de la nursery (salle où l'on tient les jeunes enfants^ étaient écartées et que le principe de l'utilité fût toujours gardé en vue, il ne serait pas bien difficile de trouver une solution ; et les moyens de tarir Tune des sources les plus abondantes du mal dans l'humanité... ne seraient ni douteux ni difficiles à appliquer. » Trois ans plus tard, dans la première édition de ses Eléments (^Economie politique (1821), traitant de la population, James Mill recommande « la prudence par laquelle soit les mariages sont contractés moins fréquemment, soit souci est pris que les riifants, au delà d'un certain nombre, n'en soient pas le fruit ». Et, dans le même ouvrage, il conclut :
« Le grand problème pratique est donc de trouver le moyen de limiter le nombre des naissances (1) ».
On peut objecter, sans doute, que James Mill n'indique pas le recours à des artifices pour maintenir les unions sexuelles en les rendant infécondes; mais il n'y a aucun doute qu'il n'y songeât ; on ne voit pas qu'il s'étende sur le Moral restraint ou la continence, de Malthus ; d'autre part, ses relations étaient étroites avec les chefs, dont nous parlerons tout à l'heure, de la propagande néo-malthusienne et l'on prétend que son fils John Stuart Mill à l'âge de dix-sept ans aurait contribué à la distribution de circulaires recommandant des pratiques anti-conceptionnelles, ce que, à un tel âge, il ne pouvait guère faire qu'avec l'approbation, sinon à l'incitation de son père (2),
Si James Mill se borne à des allusions assez transparentes en faveur de méthodes préventives contre la conception, un autre économiste du temps qui, sinon dans le pubhc, du moins dans l'histoire de la science, a laissé quelque renom, Thomson, en un article publié sous le titre de : Recherches sur la distribution de la Richesse, An Inquiry into the Distribution of Wealth, dans l'une des revues les plus considérables et les plus respectées d'Angleterre, VEdimburgh Beview, en 1824, invoquait nettement le recours aux artifices préventifs.
Ce qui pouvait expliquer et en partie excuser, sinon justifier, que des hommes de savoir, de talent, et d'une morahté personnelle incontestée, vinssent à recommander, même en termes généraux et
(1) Nous empruntons ces citations à James A. Field, The Early Propagandist Movement, etc., p. 3.
(2) James A. Field, op. cit., p. 27.
NKSt Di: NtO-MALTULSIAiMSME EN ANGLETERRE 3Ua
imprécis, des pratiques de cette nature, ce sont les théories économiques qui régnaient alors ou étaient fil train de se constituer et formaient les esprits. Ces théories que John Stuart Mill a plus tard exposées avec insistance, dans son Traité d Ecomie politique paru en 1848, étaient celles que « le pital limite l'industrie » et celle aussi du Fonds s salaires, Wai/e Fund. La proposition que le [iital limite l'industrie signifie qu'aucun dévelop- ['••ment industriel n'est possible s'il n'a été précédé ou, tout au moins, s'il n'est accompagné d'un ih'veloppement parallèle du capital; quant à la dochine du Fonds des Salaires, elle était comraunéiiient et grossièrement entendue en ce sens que, si !•■ fonds des salaires, c'est-à-dire l'ensemble des -ommes destinées, à un moment donné, à la rému-r nt'ration des ouvriers dans un pays déterminé Il augmentait pas, tout accroissement du nombre !"S ouvriers devait réduire proportionnellement le la ire de chacun.
Qu'il v ait quelque part de vérité dans ces deux ' "imules : le capital limite l'industrie, et, d'autre irt, le fonds des salaires limite la rémunération lits travailleurs, cela peut être admis ; mais ce n'est t|u'une part de vérité et il y a d'autres circonstances lont on doit tenir compte et qui modifient, dans la pratique, l'application de ces formules (1). En pre-
1) Pour une étude plus complète de ces phénomènes, nous, 'v,.v,>ns. à notre Traité théorique et pratique d'Economie ■, t. I. p. ihà à 270.
nous soit permis de dire ici quelques mots de notre posi- :i personnelle dans la sciçnçe économique. On nous reprénUi souvent comme étant un dos représentants de l'Economie inique orthodoxe ; cela n"a aucun sens et, si cela avait un iis, il serait contraire à la vérité. En premier lieu, il ne peut is cire question d'orthodoxie dans une science ; il n'y pas plus
1>. LEROY- BEAULIir. 9Q
306 LA QUKSTION DK LA POPULATION
mier lieu, l'activité industrielle elle-même accroît Tefficacité et l'effectivité du capital par une production plus rapide qui fait que le capital circulant se renouvelle plus rapidement, ce qui équivaut, sans qu'il s'accroisse matériellement, à un rendement plus intensif et à un accroissement de son utilité économique; dans une moindre mesure aussi, il en est de même pour l'intensité de l'usage du capital fixe ; enfin, la productivité ainsi accrue d'un même capital fournit le moyen, par un prélèvement sur les produits plus rapidement obtenus, de l'augmenter plus qu'il n'eût été possible de le faire avec une activité industrielle moins intense. Il en est de
d'économie politique orthodoxe que do chimie orthodoxe ou de physique orthodoxe. D'autre part, si l'on entend par ce mot d'économie politique orthodoxe l'ensemble do doctrines abstraites qui ont été formulées en Angleterre dans la première moitié du XIX» siècle et qui a trouvé son exposé le plus complet dans les Principes d'Economie politique de Stuart Mill publiés en 1848, nous avons constamment et, dès la première heure de notre activité économique, démontré que plusieurs de ces abstractions, parmi les plus importantes, étaient des généralisations excessives. Dans notre premier livre paru en 1867 : De l'e'ial moral et intellectuel des populations ouvrières el de son influence siir le taux des salaires, nous montrions que le taux des salaires est réglé par d'autres facteurs que l'importance d'un fonds des salaires préexistant : dans notre Essai sur la Répartition des richesses et la tendance à u?ie 'inoindre inégalité des conditions, nous combattions, outre la doctrine du fonds des salaires, le Pnncipe de population, de Malthus, auquel nous avons toujours contesté le caractère de loi ; nous faisions aussi beaucoup de réserves au sujet de la loi de la Rente de la Terre, de Ricardo, ainsi que de nombre de prétendus théorèmes de John Stuart Mill. Tout en étant partisan d'un régime libéral pour les relations commerciales internationales, nous écartions le libreéchange absolu et nous écrivions ces deux mots, dans notre Traité théorique et pratique d'économie politique : le Libreéchange n'est pas un dogme. (Voir cet ouvrage, t. I, p. 37 et 38). Ainsi, nous avons adressé de nombreuses critiques à l'ensemble d'abstractions et de généralisations qui a paru constituer, au milieu du siècle dernier, la science économique, en Angleterre particulièrement, et nous avons toujours gardé, à l'endi'oit de cette école, une grande indépendance, tout en en reconnaissant les mérites.