UN TÉMOIGNAGE A RENDRE
Je ne Tiens pas faire un livre, je viens remplir un devoir. Placé de manière à connaître parfaitement ce qu'on ignore si étrangement dans mon pays, je suis4enu de le dire, et de le dire sans retard, car la situation est encore bien grave ! Je ne m'exagère pas mon importance, au point de croire que mon témoignage puisse exercer une influence considérable; mais grande ou petite, cette influence sera réelle : il n'arrive pas qu'une parole loyale retentisse tout h fait en vain. D'ailleurs il faut que celle-ci retentisse; je n'ai pas à délibérer ; quand le sentiment de l'obligation morale se montre dans notre âme, nous n'examinons plus, nous obéissons.
J'espère ne jamais commettre de lâcheté. Or, si j'étais capable de me taire lorsqu'on exploite avec
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succès contre la Suisse les imputations les plus mal fondées, je me conduirais en lâche et en malhonnête homme. — Je me conduirais aussi en mauvais citoyen ; la France est grandement intéressée dans cette affaire, et, faute d'informations suffisantes, elle est sur le point de faire une faute politique dont il serait difficile de mesurer les conséquences.
J'essayerai de mettre des faits à la place de l'étrange roman qui a cours chez nous sur les droits du roi Frédéric-Guillaume à Neuchâtel, sur la conduite de la Suisse dans les négociations, sur le caractère soidisant démagogique de la résistance que les prétentions prussiennes ont rencontrée. Je montrerai, au contraire, avec quelle unanimité admirable tous les Suisses sans exception, conservateurs et radicaux, soutiennent une cause qui est celle de leur indépendance nationale, en même temps qu'elle est celle du monde moderne et de tous les nobles principes inscrits sur le drapeau du libéralisme.
Il importe que la France connaisse les éléments réels de ce sérieux conflit. Ce qui nous manque, en général, pour apprécier sainement nos rapports avec les autres Etats, c'est d'avoir, comme l'Angleterre, une diplomatie volontaire qui complète et rectifie au besoin les rapports de la diplomatie officielle. Celleci, par le milieu même où elle se meut, est exposée à se tromper souvent. Cela arrive surtout aux représentants des monarchies auprès des républiques; ils sont assez naturellement portés à vivre entre eux, à ne
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pas voir le vrai peuple, à méconnattre les vrais sentiments nationaux. Aussi les Anglais qui résident momentanément à l'étranger s'empressent-ils de communiquer à leur gouvernement ou à leur pays les observations qu'ils ont recueillies; grâce à un tel contrôle, il arrive tantôt que le ministère reconnaît lui-même ses erreurs, tantôt que Topinion publique se charge de les relever. L'exemple me semble bon à suivre, et j'adresse ici un rapport à mes compatriotes sur la question de Neuchâtel.
J'ose afûrmer que mon témoignage a quelque valeur, non pas seulement parce que je fais depuis bien des années de longs séjours en Suisse, parce que j'ai observé et interrogé avec soin, parce qu'une circonstance assez bizarre m'a mis en mesure d'étudier sur les lieux mêmes et pendant qu'ils s'accomplissaient les événements de Neuchâtel ; mais parce que ma situation et ma foi politique impriment à ma sympathie pour les actes récents de la confédération un caractère évident d'impartialité.
Je ne suis pas Suisse, et rien ne m'empêcherait de blâmer ce qui me semblerait blâmable, ainsi que je l'ai fait dans d'autres circonstances. Je ne suis pas démocrate, et le despotisme radical qui règne dans un trop grand nombre de cantons m'inspire une aversion telle, que mon premier mouvement me porterait à la méfiance, à une méfiance très-vive, et non certes à l'approbation aveugle. Enfin je ne suis pas ennemi, tant s'en faut, des royalistes neuchâtelois ; mes rela-
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tioos de famille et d'amitié se reafert at eidusi vement dans les limites du parti conservatear.
Ces explications personnelles étaient nécessaires ; maintenant abordons un sujet plus important.
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