‹ La question de NeuchâtelChapitre 3 sur 8 · LE BON DROIT · texte numérisé non relu

LE BON DROIT

Je commencerai par mettre de côté toutes les dis* sertatioDs à perte de vue sur Torigine des rapports entre Neuchâtel et la maison de Pmsse. Nous avons autre chose è faire qu'à remuer ces vieilleries historiques. Il y a eu novation, comme disent les légistes, et l'état ancien est sans intérêt pour nous. Lorsque, eu 1806, le roi de Prusse, contrairement i la clause formelle de son serment, a cédé Neuchâtel afin de s'agrandir vers le Hanovre, il a accepté la rupture complète du lien légal, aux termes des engagements réciproques. Remonter au delà de 1815, ce serait perdre notre temps.

La Prusse Ta senti ; elle n'a eu garde d'invoquer d'autres titres que les traités de 1815. — Les traités de 1815 1 Le rouge me monte au front quand je vois

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Tabus hypocrite qu'on en fait. Moins que personne, je serais disposé à parler légèrement du texte des traités; je sais trop à quels désordres sans remède nous serions livrés si nous en venions à secouer le frein respecté des conventions internationales ; mais je veux qu'on fasse dire aux traités ce qu'ils disent, et non ce qu'ils ne disent pas; mais je veux en outre qu'ils soient obligatoires pour tout le monde, et non pour les petits seulement. Il ne manque pas de gens qui se signent à la pensée des prétendues violations commises par la Suisse, et qui trouvent fort légitimes les violations patentes commises et autorisées par l'Autriche ou par la Prusse elle-même. Cela me rappelle les cris d'indignation qu'on a fait entendre à la seule pensée d'une intervention à Naples. Ceux qui s'élevaient (avec raison) contre le projet d'imposer à un prince la justice et la liberté, oubliaient qu'ils avaient applaudi aux interventions inspirées par un esprit contraire ; ils avaient trouvé bon que des armées étrangères vinssent rétablir ou maintenir certaines institutions eu Hongrie, en Italie et ailleurs encore ; dès lors leurs graves théories de non-intervenlion, surgissant à l'usage exclusif du despotisme , m'inspiraient, je l'avoue, un médiocre respect.

J'en dirai autant des hommages enthousiastes que les traités de 1815 viennent de recueillir à propos des af&ires de Neuchâtel. — Ceci n'est pas, au reste, pour moi une fin de non-recevoir. Si d'autres se dispensent d'obéir aux traités quand ils les gênent, telle ne sera

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jamais la conduite des vrais libéraux. Je prends traités au sérieux, et je me demande s'ils contienn le premier mot de ce qu'on voudrait nous y faire voï

Sans doute ils déclarent le roi de Prusse prince de Neuchâtel, en même temps qu'ils déclarent Neuchâtel canton suisse. Mais que signifie une semblable déclaration? — Que les changements intérieurs sont à jamais interdits à Neuchâtel I Je ne sais pas si ceux qui formulent une telle prétention en ont bien mesuré la portée. Elle ne va à rien moins qu'à introduire entre les lignes des traités un article ainsi conçu :

a Dans le cas où une des nations dont le nom se trouve inscrit au présent acte se permettrait de rejeter les institutions monarchiques et romprait par conséquent le lien qui Tunit au prince dont nous avons reconnu les droits, nous nous porterions garants de la perpétuité de ces droits et nous en sanctionnerions la restauration.»

Poser le principe des restaurations (celles des rois, bien entendu, et non pas celles des chartes et des libertés solennellement jurées), c'est une pensée qui s'est fait jour, en effet, et qui a pris sa place dans l'histoire : cela s'appelle la sainte alliance. Or les traités de 1815 ne sont pas la sainte alliance, et ceux qui auraient la maladresse insigne de les confondre, travailleraient plus activement que personne à ruiner les traités. Quoique Tesprit moral de notre temps soit bien engourdi, il y a certaines audaces qu'il ne supportera pas. Inscrire dans les traités de 1815 l'interdiction

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des modiiicatioas mtérieuTes, c'est en faire quelque chose de tellement monstrueux, que les plus indifférents s'irriteront. Les nations ont voix en chapitre aujourdhui ; leurs révolutions ne regardent qu'elles, et aucun prince expulsé par son peuple ne peut se tourner vers l'Europe en invoquant un article de traité ^ Tout notre monde moderne est ici enjeu. Assuré* ment je ne nierai pas ses misères, et ses révolutions ne me causent aucun enthousiasme ; mais je veux bien moins encore le principe féodal, qui livre les États aux princes, à titre de propriété. Je suis de mon tempSy et j'ai des yeux pour voir que l'ère du droit national a remplacé celle du droit dynastique. Prenez garde, vous allez déchirer et jeter aux vents les traités de 1815, vous qui prétendez y lire cette grande insolence : la négation des gouvernements consentis.

On se récrie : Ce n'est pas cela que nous y lisons; vous généralisez une question i^ciale; il ne s'agit que de Neuchâtel I

Qu'est-ce h dire? Neuchâtel serait-il placé par les traités dans une position exceptionnelle? Aurait-on stipulé quelque part que lui seul serait pays sujet,

1 Si Ton avait ôté la moindre portion de territoire à la Prusse, si l'on avait modifié la carte d'Earope, il en irait aotrement et les traites devraient être invoqués. Mais la Prusse n*a rien perdu, la Suisse n'a rien gagné ; il n'y a qu'un canton qui a remplacé la monarchie par la république.

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pays propriété; que loi seul d&fdit privé pcrifjr toujours de la faculté de modifier ses institutions? Si use telle stipulation existe, on, saura bien, sans doute, nous la montrer, car elle ne ra pas de soi. Or, la Prusse n'est pas encore parvenue h citer larticle en vertu duquel Neuchàtel serait un domaine et ne serait pas un Etat.

On a rappelé le privilège de neutralité acoordé h h Suisse, et on a cherché à en tirer parti contre Neo* cbàtel. — Mais en quoi la neutralité de la iSraisse prive-t-elle ses cantons du droit de changer leui^ formes de gouvernement? Ils Tant fait, et souvent (trop souvent); leur a-t-on opposé les traités de 1815? La Confédération elle-même s'est considérablement modifiée; TEurope a-t-elle refusé de reconnaitre le nouveau pacte?

Le roi de Prusse a protesté 1 II n'a jamais admis, pour ce qui le concerne, la légitimité du régime né en 1848 à Neuchàtel ! — Je le crois bien. Quel est le prince dépossédé qui ne proteste pas? Les protesta* tiens des Stuarts ont-elles empêché rétablissement et ta durée d'un autre principe en Angleterre?

La Suisse n'a jamais pris, ni en 1815, ni depuis, le moindre engagement de conserver Neuchàtel à son prince. Elle aurait voulu le promettre qu'elle ne l'aurait pas pu. Chaque canton, en effet, est un État souverain, possédant en plein le droit de réforme intérieure \ Ce que Neuchàtel a fait, à tort ou à raison,

1 II y a plus : ud acte formel, le conclusum de la diète helvétique

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il n'appartenait pas à la Confédération de le défaire ; pas plus qu'il n'appartient à l'Europe de le contrôler aux termes des traités de 1815.

Reste à savoir, il est vrai, si le canton de Neuchâtel a réellement opéré une révolution nationale.

Je suis fort éloigné, pour ce qui me concerne, d'admirer le mouvement de 1848 et le gouvernement qui en est sorti ; je déteste les révoltes, et l'influence générale sous laquelle celle-là s'est faite ne lui donne certainement pas des titres particuliers à ma sympathie. Je ne peux cependant pas oublier quelle est la véritable question : il ne s'agit point de distinguer entre les bonnes révolutions et les mauvaises ; ce travail de classement aurait ses dangers, et ceux qui voudraient le confier à l'Europe ou aux grandes puissances supprimeraient par cela seul le droit de réforme intérieure. Il est clair comme le jour qu'aucun acte national remplaçant la monarchie par la république ne trouvera grâce devant les signataires des traités de 1815, si jamais vous les constituez en tribunal suprême.

Le fait est que la révolution neuchâteloise en vaut d'autres; admettre là l'intervention européenne et l'invocation des traités, ce serait les admettre partout.

en date du 27 décembre i830, reconnaît en termes exprès aux cantons le droit de changer leurs constitutions. — Et notez que Neuchâtel lui-même (Neuchâtel prussien) a admis alors ce principe. Aurait-on sous-entendu, par hasard, que les changements constitutionnels ne pourraient pas aller jusqu'à introduire la forme républicaine 1 II ne faut pas sous-en tendre, en politique.

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Partout, comme k Neuchàtel, les révolutions résultent d'une pression morale exercée par l'esprit du temps. Que cet esprit régnât alors en Suisse, personne ne le met en doute; qu'il ait contribué peut-être à faire triompher une minorité, je suis disposé à le croire. C'est l'histoire de bien des pays, et personne ne pourra jamais lempêcher.

Il est d'ailleurs certain que s'il y a eu pression morale, il n'y a pas eu pression matérielle ; le canton de Vaud n'est pas intervenu ; la confédération n'est pas intervenue; Neuchâtel a fait lui-même ses affaires. Rien n'empêchait les royalistes de réagir énergiquement alors, ainsi que viennent de le faire les républicains, et de venger une surprise par une victoire immédiate en sens contraire. Ils se sont abstenus. A tort ou à raison? Je n'ai pas à l'examiner ; je constate seulement que le gouvernement fondé par la révolution a duré huit années, que cet âge de huit ans est très-respectable pour un gouvernement par le temps qui court, et que la doctrine qui déférerait la révolution de Neuchâtel au jugement de l'Europe, la rendrait arbitre de toutes les révolutions. En veut-on venir là? Il -faut le dire; il ne faut plus parler de Neuchâtel et de Suisse, il faut parler de la sainte alliance et de la suppression des souverainetés nationales.

La théorie absolutiste que je combats est aussi une théorie anarchique. Se sont-ils rendu compte de leur pensée, ceux qui ont proclamé solennellement à Berlin

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le devoir sacré de l'insurrection ; ceux qui ont inventé la catégorie des gouvernements contre lesquels on a le droit de faire des émeutes» et qui n'ont ni le droit de se défendre, ni le droit déjuger? La puissance de fait existe à Neuchàtel, et y existe depuis longtemps; créée peut-être par une minorité (à l'exemple de beaucoup d'autres], elle est à présent soutenue par une majorité incontestable» par une majorité dont la puissance s'est nettement manifestée le 3 septembre ; il n'importe I on a inventé cette doctrine énorme, et l'on parvient presque à la faire accepter par l'inattention momentanée de l'Europe : la puissance de fait peut être attaquée à Neuchâtell Comme il y avait un traité de 1815 et des protestations du roi de Prusse, ce que la population de Neuchâtel a fait n'a eu et n'aura jamais aucune valeur I On sera toujours libre de courir sus à un tel gouvernement! Et lui, s'il prétend juger les conspirateurs pris les armes à la main, il se rendra coupable d'un véritable attentat I

Oui, d'après les principes du droit divin, les princes étant propriétaires des populations soumises h leur sceptre, le véritable insurgé à Neuchâtel, c'est le gouvernement établi depuis huit ans. Gela ne vous rappelle-t-il pas le général Buonaparte commandant les armées de Sa Majesté, le roi légitime etincommutable, Louis XVIII? — De 1848 à 1856, on a vécu à Neuchâtel ; il y a eu des préfets, des juges, des percepteurs ; les préfets n'ont pas eu le droit d'administrer; les juges n'ont pas eu le droit de juger; les percep-

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— M — leurs n'ont pas eu le droit de lever les impôts. En bonne logique, du moins, il devrait en être ainsi, car il se trouve qu'au mois de septembre dernier le gouvernement républicain n'a pas eu le droit de reprendre le château envahi la nuit par les royalistes, et qu'il n'a pas le droit maintenant de traduire devant le jury les champions du prince établi par les traités de 1815.

Ai-je tort d'appeler cela de l'anarchie? La doctrine des gouvernements de fait n'est pas seulement consacrée par la Bible, elle a un caractère évident de nécessité sociale. Voyez à quel état politique nous serions condamnés, si la révolte demeurait permise ou même louable vis-à-vis d'un certain nombre de gouvernements, grands ou petits;^ si, après avoir duré huit années, ils n avaient pas encore acquis la capacité légale d'exister, ou de juger qui les attaque, c*est tout un I

Prétention inouïe, en vertu de laquelle il n'y aurait eu pendant huit années aucun gouvernement à Neucbàtel, mais bien des partis en présence, des étendards abattus et relevés I — Avec la théorie Aesusurpatiom^ où allons-nous? Admettons ce que soutient le roi de Prusse, que les insurgés de septembre se sont battus pour k droit et la légalité, il sera difficile d'arrêter quelque part les conséquences d'un tel principe.

A la vérité, les mêmes hommes qui pensent qu'on n a pas le droit déjuger les révoltés royalistes de Neuchàtel, conseilleraient de fusiller dans les vingt-quatre heures des révoltés républicains à Gracovie. Et cependant la position de ces derniers serait bien meilleure.

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car la transformation opérée à Cracovie n'est pas le résultat d'un mouvement intérieur, mais de l'envahissement des étrangers, c'est-à-dire du fait précisément contre lequel les traités de 1815 peuvent et doivent être invoqués. Il n importe, on les fusillerait, et nos adversaires le trouveraient bon. Les prisonniers neuchâtelois, grâce à Dieu, ne courent pas de semblables risques ; ce que les autres gouvernements européens n'hésiteraient pas à faire, le gouvernement suisse ne le fera pas. Sa juridiction sera plus indulgente ; ce n'est pas une raison pour qu'elle soit seule contestée.

Ceux qui propagent ces belles maximes sont trèsconvaincus qu'ils sont les champions par excellence de la cause conservatrice. Que le ciel la préserve de semblables défenseurs I On ne voit aujourd'hui que gens qui tirent sur leur propre drapeau. Ceux-ci se proclament amis de la religion, et donnent au monde le spectacle de princesses converties par ordre et à jour fixe, conformément aux stipulations de leur contrat de mariage. Ceux-là se déclarent amis de la liberté, et prêchent la tyrannie radicale ou applaudissent aux assassinats. D'autres se déclarent amis de l'ordre, et recommandent l'insurrection ou nient les droits d'un gouvernement de fait. — Que j'en ai connu de ces conservateurs démolisseurs I II n'y a de conservateur que les principes. Quiconque se fait des principes de circonstances, quiconque ne veut pas le droit de ses adversaires à l'égal du sien propre, quiconque

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appelle le désordre pour rétablir Tordre et l'émeute pour arriver aux restaurations, quiconque met ainsi l'utile avant le juste, n'est qu'un anarchiste sans le savoir. Parmi les grands anarchistes de notre siècle, certains rois, certains défenseurs de Tautel et du trône méritent une des premières places. De tous les bou* singottismes (passez-moi l'expression), le plus détestable, c'est le bousingottisme conservateur.

Il n'est donc pas permis d'invoquer les traités de 1815, qui n'autorisent en aucune façon l'Europe à garantir une restauration prussienne à Neuchâtel. — Mais, dit-on, cette garantie a été donnée par le protocole signé à Londres en 185S I

S'il en est ainsi, elle est nulle de plein droit. Où avez-vous vu qu'un protocole puisse changer du tout au tout le sens d'un traité, qu'on puisse changer à quatre ou à cinq ce qui a été réglé par l'ensemble des États, qu'on puisse changer sans les faibles (et contre les faibles) ce qui a été arrêté avec leur concours? — Introduire dans les traités de 1815 le principe des restaurations et de leur garantie par l'Europe, y inscrire l'assujettissement étemel de tel ou tel peuple et son impuissance expresse à remplacer le régime monarchique par le régime républicain, ce serait modifier si gravement ces traités et en étendre si

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démesurément la portée, qu'une telle œuvre dépas* serait, sans aucun doute, les pouvoirs des ambassadeurs qui ont signé il y a quatre ans le protocole sur NeuchâteL

Voyons les choses telles qu'elles sont. — Pour qui se rappelle les préoccupations de 1852, le but réel et sérieux du protocole n'a rien d'obscur. On s'inquiétait fort peu des droits de la Prusse ; elle promettait de rester tranquille, et c'était l'essentiel. Quant aux démarches des puissances, on sait ce qu'elles ont été ! Chacune d elle avait reconnu sans hésiter les nouvelles institutions de la Suisse, où Neuchâtel figure à l'état de canton républicain ; aucune ne songeait, soyez-en sûrs, à décréter une contre-révolution opérée avec sa garantie et en son nom. Ce que l'on voulait abrs, c'était de consolider les traités de 1815, en obtenant, pour une cause quelconque, la signature du nouveau gouvernement de la France.

Je vais plus loin, et je n'entends pas m'arrêter à la comparaison entre l'engagement pris envers la Suisse par la reconnaissance du nouveau pacte et l'engagement pris envers la Prusse par l'étrange protocole de 1852 ; je soutiens que celui-ci. fût-il aussi valable qu'il l'est peu, notre promesse tomberait du moment où le roi de Prusse retire la sienne. Quelle était la condition capitale stipulée par le protocole? Le roi de Prusse devait s'abstenir de toute revendication à main armée. Il se dégage, donc il nous dégage. Le motif de sécurité européenne qui avait porté sans

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doute à ne pas examiner de trop près ses réclamations, disparaît évidemment lorsque ces réclamations prennent la forme d'une campagne au cœur de TEurope.

Ai-je tout dit? non. Entre le protocole et les projets guerriers il s'est produit un fait considérable et qui altère profondément les situations. On nous parle du protocole de 1852, comme si Tinsurrection royaliste de 1856 n'était pas survenue depuis 1 Je l'appelle royaliste, je pourrais l'appeler royale, car l'origine en est clairement à Berlin. S'il est un fait acquis (et les pièces du procès l'établiront ofGciellement), c'est d'abord que le mouvement de septembre n'a pas eu le moins du monde le caractère d'une explosion populaire et spontanée; c'est ensuite que les chefs qui l'ont fait naître en convoquant des hommes qui ne se doutaient de rien, ont obéi eux-mêmes à une direction venant du dehors. Ils ne sont pas si coupables que voudraient les faire certains journaux prussiens ; ils n'ont pas le moins du monde inventé et mis au monde le projet d'insurrection ; ils ont cru devoir, la mort au cœur et avec une douleur qui les honore, exécuter ce qu'on désirait auprès du roi. Ce désir napas été exprimé directement par le roi; il l'affirme , et cela suffit pour que je le croie. Mais l'impulsion n'en est pas moins partie du pied du trône ; et, d'ailleurs, le roi de Prusse a fait l'entreprise sienne par la manière dont il en a parlé dans le discours de la Couronne. Or, il serait malaisé de

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soutenir que le protocole ait pu survivre k raccomplissement d'un pareil acte.

Être roi, proclamer en toutes circonstances les nécessités de Tordre et de la paix, avoir pris à Londres rengagement solennel de répudier les moyens de revendication violente , et exciter (par soi ou par les siens) un soulèvement armé I allumer délibérément le feu au centre de l'Europe, et cela le lendemain du jour où la paix, rétablie avec tant d'efforts, est venue mettre un terme à la guerre de Crimée I mais je dirais que c'est un crime, si je ne savais le respect que mérite à tant de titres le caractère de Frédéric-Guillaume IV. En tous cas, il y aurait dérision à nous citer encore le protocole de Londres après un fait de ce genre : Nous sommes certes déliés de nos promesses, et les prétentions qui recourent à l'émeute renoncent de plein droit aux garanties diplomatiques.

Quoi ! la puissance qui n'a rien su faire pour prévenir le conflit oriental en achevant cette unanimité européenne devant laquelle eût reculé Nicolas, la même puissance qui déjà nous a procuré la guerre, vient nous y exposer une seconde fois; et il n'y aurait pas de châtiment ! Certes le châtiment sera fort doux, puisqu'il ne s'agit que de renoncer h un titre illusoire et de recevoir en échange la libération des royalistes qu'on a lancés en avant. Toutefois, il serait impossible d'exiger moins. L'échauflburée injustifiable de septembre a emporté jusqu'aux derniers lambeaux

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du protocole de 1852 ; tentative coupable et tentative manquée, elle a un double tort qui s'expie d'ordinaire ici-bas.

Le roi de Prusse, il est vrai, ne prétend pas seulement échapper à la punition encourue par les siens, il prétend tirer parti de leur faute, il aspire à en être récompensé. Un gouvernement de fait a été assailli les armes à la main ; or, savez-vous ce qui doit résulter de cette émeute, pour raffermissement du droit public et de la morale politique en Europe? — Que Témeute, au lieu d* anéantir le protocole, lui aura donné vie et valeur; qu'en le violant, on aura obtenu ce qu'on n'obtenait pas en l'observant; qu'en surprenant de nuit le château de Meuch&tel et en s'en faisant chasser quelques heures après, les royalistes auront Retrouvé leurs droits à l'intérêt des grandes puissances; qu'en constatant le républicanisme de la grande majorité du canton, ils auront établi la convenance d' une restauration royale I

Ici l'on m'arrête : Qui parle de restauration ? Il ne s'agit pour le moment que d'accorder au roi de Prusse la libération sans jugement des prisonniers ; et c'est si peu de chose I

Ce peu de chose, c'est le droit, c'est l'existence politique, c'est la souveraineté, c'çst la dignité nationale,

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c'est régalité des petits et des grands États quant au respect dû à leurs gouvernemente de fait et k leurs modifications intérieures. Je comprends qu on accorde une amnistie après jugement, si toutefois il y a des moti& raiâoanables et honorables pour le faire, si edb peut se pratiquer avec justice, avec profit et avec honneur. Je comprends même quen présence de graves complications, afin d'obtenir un résultat considérable et certain, on adopte une mesure exceptionnelle (et toujours un peu anarchique), l'amnistie avant jugement. Mais je ne comprendrais pas qu'un pays qui se respecte consentit à promulguer une semblable amnistie, quand son droit de juger est précisément contesté et quand on ne lui offre pas une renonciation précise en échange d'un tel sacrifice.

Rien ne peint mieux T utilitarisme qui domine touf aujourd'hui, que le sentiment de surprise, et pour ainsi dire de scandale qu'on a éprouvé en voyant la Suisse, un petit pays, accepter des chances redoutables, plutôt que de céder sur une question d'honneur. Qu'exige le roi de Prusse? Oh I presque rien : la Suisse fera simplement la confession suivante : . « On a attaqué par l'insurrection une de mes républiques qui existe depuis huit ans ; et on a bien fait. On ma attaquée moi-même en enlevant les brassars fédéraux, en renversant le drapeau fédéral ; et on a bien fait. On a bien fait, on a agi conformément à la légalité et à la justice, car si la légalité et la justice avaient été méconnues, je devrais poursuivre ; or, il

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m'est interdit de le faire. J'ai eu le tort de me défendre, j'ai eu le tort d'arrêter et d'emprisonner; je n'aurai pas celui plus grave de procéder au jugement. De tels actes de souveraineté appartiennent aux autres puissances, à celles qui sont indépendantes ; ils ne m'appartiennent pas. »

La Suisse a cru qu il valait mieux verser son sang jusqu'à la dernière goutte que de confesser cela. Et elle a eu raison. Avouer qu'elle nest pas une nation comme une autre, que la révolte contre elle est licite (et méritoire), que le plus élémentaire des droits, celui de légitime défense, lui fait défaut ; avouer cela solennellement, sciemment , officiellement , sur l'injonction de la Prusse, au vu et au su du monde entier, ce serait commettre un suicide. On survit à une défisiite, on ne survit pas à une I&cheté.

Mais la France s'était entremise ; ce n'est pas à la Prusse, c'est à elle que la concession aurait été &ite; et d'ailleurs cette concession aurait été d'une autre nature, puisqu'elle se serait échangée contre la garantie formelle d'obtenir la renonciation du roi Frédéric-Guillaume !

Voilà ce que se sont hâtés de dire ceux qui ont lu légèrement et sans en peser les termes la déclaration publiée par le Moniteur. Elle ne dit pas un mot de la prétendue renonciation ; elle promet l'entremise

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— S2 — du gouvernement français, rien de plus. Ah I si la France avait garanti la renonciation en échange des prisonniers, il n'y aurait pas eu une minute d'hésitation à Berne, et le sacrifice, quoique lourd, aurait été accompli sur-le-champ. Vingt-quatre heures après une communication semblable, le comte de Pourtalès el ses complices auraient été mis en liberté; car il n'y a pas trois personnes en Suisse qui leur veuillent individuellement du mal, car il n'y a pas trois personnes en Suisse qui ne fussent heureuses de penser qu'en les relâchant on terminerait enfin l'affaire de Neuchàtel et qu'on assurerait le repos de l'Europe.

Par malheur, il n'a jamais été question de la garantie qu'on avait cru lire dans le Moniteur ; la Prusse n'a jamais autorisé la puissance médiatrice à prendre un pareil engagement. — Et il ne s'agit pas seulement ici d'une difficulté de forme, il ne s'agit pas de savoir qui fera le premier pas. On dit tout ce qu'on veut dire, en français comme en allemand ; et on ne fera croire à aucun homme sensé que, dans le cas où Ja renonciation aurait été réellement consentie, il aurait été difficile de faire savoir clairement ceci au conseil fédéral : « Libérez vos prisonniers aujourd'hui, étant assurés (parce que nous vous le garantissons) que la Prusse renoncera demain. »

J'admire la naïveté de ceux qui s'imaginaient qu'en accédant à l'invitation de relâcher les royalistes, on aurait terminé l'affaire I Dans un sens, oui, on l'aurait terminée : on n'aurait pas eu la guerre. Mais on

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aurait abouti à uae humiliation telle, guerre, si malheureuse soit-elle, ne saurait êl funeste. D'abord la Suisse, supprimant les poursuites judiciaires et ne recevant rien en échange, aurait pu* blié le désaveu solennel de sa propre souveraineté! Ensuite la France, qui avait promis de faire des efforts, les aurait faits loyalement; et elle aurait obtenu, quoi? quelque transformation nouvelle de l'organisa* tion mixte établie en 1815 à Neuchâtel. — Il n'y aurait pas eu assez de sifflets pour le Conseil fédéral, s'il avait relâché les prisonniers sans recevoir une garantie précise portant sur la renonciation absolue, et non sur autre chose. Son devoir était de dire ce qu il a dit : Nous ne sommes pas des enfants, nous avons pleine confiance en la parole des puissances qui s'entremettent; cette parole nous suffit; seulement nous demandons qu'elles nous fassent connaître en termes formels le résultat sur lequel nous pouvons compter. Il faut bien savoir comment les choses se passent en ce monde. Une fois les prisonniers dehors et les chances de guerre écartées, personne (à moins d'une garantie catégorfque) n'aurait mis une ardeur eitréme à suivre la négociation. Celle-ci aurait eu le sort de toutes les négociations; elle aurait traîné en longueur : d'autres événements seraient survenus, d'autres combinaisons se seraient produites." En attendant, la Confédération serait restée sous le coup de l'acte par lequel elle aurait renié son propre droit. Quelque jour enfin, on lui aurait présenté des concessions

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sans importaDce, ei on aurait trouvé Inrt mauvais qu'elle ne se montrai pas enchantée*

Essayera-t^on de soutenir que je rae trompe, que le roi de Prusse était préparé à la renonciation, que le langage du gouvernement français comportait réellement cette garantie? — Ma réponse sera simple. La diplomatie n'a pas coutume de se lasser si vite ; quand elle possède la solution véritable, quand elle sait qu'on s'entend au fond, elle parvient toujours à se faire comprendre. A supposer même qu'elle rencontre des intelligences obtuses ou des refus mala: droits, elle triomphe de tels obstacles ; elle dit aux uns : « Ne jugez pas, car vous aurez la renonciation n; elle dit aux autres : « Ne tirez pas Tépée, car vous aurez vos prisonniers. » Jamais, parce qu'on aurait mal compris ou parce qu'on aurait mal répondu, la diplomatie ne se retirera en criant : « C'est bien I mettez le feu au centre de TËurope I » — Ce qui manque donc ici, ce n'est ni Tintelligence, ni les procédés, ni la bonne volonté; ce qui manque, cest la iolution; ce qui manque, c'est le roi de Prusse autorisant quelqu'un à annoncer qu'il renoncera, qu'on l'amènera à renoncer moyennant la libération des royalistes. Et voilà pourquoi nous vopns les gouvernements ouvrir la lice, ainâ que le faisaient les juges du camp au moyen âge, et donner froidement le signal de la lutte : « Laissez aller 1 »

Ils ne tiennent pas dans leurs mains la renonciation conditionnelle du roi de Prusse, ceux qui con-

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sentent à donnefp ee terrible i»igtial et à permette tme mêlée dont personne ne peut calculer les stfited.

Si qnekfH'nn, an reste, conservait le moindre doute sur ce fiitt capital, je le prierais de méditer les paroles suivantes, prononcées l'autre jour à Berne dans la discussion du crédit illimité. Elles émanent d'un personnage officiel, de M. le colonel Steiner, chef du département militaire :

« Sous peu de jours, nous apprendrons de la façon la plus positive que le €on$eil fédéral, s'il est obligé d'en appeler à la force des armes pour défendre rhonneur de la Suisse, n en a pas moins fait auparavant des avances considérables pour chercher à lui conserver la paix. Jl a été dans ce désir jusqu'à offrir à la Prusse de remettre en liberté les prisonniers royalistes avant jugement, et même d*aeeorder^ en outre, à cette puissance une indemnité, un dédommagement en argent, si la Prusse voulait consentir, de son côté, à garantir la liberté et l'indépendance deNeuchâtel. Cette démarche n'a obtenu aucun succès. r>

Serait-ce là une marque de cette modération de la Prusse, è laquelle on voudrait que nous rendissionshommage? Qui a été modéré? celui qui, attaqué par une émeute h main armée, offre de rendre les prisonniers sans jugement et se déclare même prêt

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— M — à accorder une indemnité pécuniaire pour l'extinction ofOcielIe d'un droit réellement aboli ? ou celui qui, ayant promis de ne pas agir violemment, a agi violemment, qui a provoqué une insurrection, qui nie le droit de juger, qui exige la remise des prisonniers, qui aspire à une restauration impossible, qui refuse les offres les plus conciliantes, qui, enfin, sans respect pour la paix du monde à peine rétablie, tient à conquérir par la guerre ce qu'il pourrait obtenir pacifiquement? Quoi terrible compte il aurait à rendre, s'il persévérait dans une telle voie, et s'il parvenait à déchaîner sur nous toutes les calamités d'une conflagration, bientôt peut-être universelle I Quelle responsabilité I Je le supplie de la peser dans cette conscience élevée et chrétienne qui sait considérer les choses de ce monde au point de vue de l'éternité . Qu'il mette d'un côté de la balance tout ce sang qui va couler, et de l'autre l'intérêt réel de la question. De quoi s'agit-il et de qui ? — De la Prusse? non ; elle n'a jamais possédé Neuchâtel. De lui? oui, dans la mesure où il peut tenir à un vain titre, à un hor chet.

Mais son honneur ! J'ai mis très-haut celui de la Suisse; ne tiendrai-je aucun compte du sien? — A Dieu ne plaise ! Seulement je ne confonds pas l'honneur avec l'amour-propre, et la meilleure façon d'avoir de l'honneur, selon moi, c'est d'être juste. Si la Suisse n'avait pas le droit pour elle, je lui crierais plus haut que personne : « Cédez, cédez bien vite.

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au nom de voire honneur. » Je tiendrai ]e même langage au roi de Prusse. Je comprends les sentiments qui raniment envers les prisonniers, victimes de leur dévouement à sa personne et des excitations de son entourage. Il leur doit quelque chose, et il payera noblement sa dette en sacrifiant en vue de leur délivrance certaines prétentions surannées qui conservaient peut-être quelque prix à ses yeux. Il y aura là un échec, cela le diminuera un peu I C'est possible, et je crois que les causes royales qui se passent la fantaisie des émeutes n'échapperont jamais au péril d'être diminuées.

Il a d'ailleurs entre ses mains un moyen assuré de grandir et de regagner bien plus qu'il n'aura perdu : Qu'il accepte des propositions honorables, qu'il sache s'élever par un généreux effort de l'âme au-dessus de la sphère des passions, qu'il procure la paix au monde; et le monde, qui est prêt à trouver que l 'amour-propre du roi de Prusse ne vaut pas la tranquillité européenne, s'empressera de rendre hommage à son véritable sentiment d'honneur.

En définitive, on devrait le savoir à Berlin comme à Berne, la renonciation n'est que l'accomplissement d'un acte dès longtemps prévu et inévitable, tellement inévitable, qu'on ne peut pas même imaginer

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une autre solution. Posons la question de £m4 après ovoir traité la question de droit. Posons4a nettement ; c'est en nous mettant dans le vrai que nous ressaisirons les chances d'arrangement pacifique qui doivent exister encore, pour l'honneur de l'humAnilé. Rien n'a contribué à la complication des affaires comme la complication des idées; je veux m'efforcer d'en sortir.

Je le demande aux ennemis de la Suisse : en dehors de la renonciation, parviendront-ils à proposer qwlque chose ? Neuchâtel ne peut occuper qu'une de ces trois situations : ou être républicain et suisse, ou être prussien et suisse, ou être prussien et non suisse. Or, s'il se trouve que les deux dernières hypothèses sont inacceptables, il faudra bien convenir que la première a un caractère d'évidence et de nécessité.

Prétend-on ressusciter l'état mixte, cette création si malencontreuse de 1815? Ni les républicains ni les royalistes n'y donneront les mains. Ces derniers l'ont donné assez clairement à entendre : trop longtemps ils ont été placés entre l'enclume et le marteau , cette situation ambiguë ne peut plus durer. Quant aux républicains, je n'ai pas besoin de dire avec quels sentiments ils verraient renaître le régime de la principauté ! Ils Tont renversé quand ils étaient en minorité ; maintenant qu'ils sont en majorité, le respecteraient-ils beaucoup? Restaurer TEtat mixte, c'est vouloir le renouvellement et l'aggravation des conflits anciens ; c'est vouloir que la Prusse établisse

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un corps d'armée k Nenchâtel pour ne plus Ten retirer; c'est vouloir, en dépit de cette occupation indé • finie, des émeutes incessantes, des froissements perpétuels avec la Suisse, une révolution inévitable et sanglante. On n'organise pourtant pas d'avance le désordre, la guerre étrangère et la guerre civile 1 On ne charge pas une mine de ce genre, pour le seul plaisir de la voir sauter !

Détacbera-t-on Meuchâtel de la Suisse? Dotera-ton la Prusse ou son roi d'une principauté excentrique serrée entre la France souvent méfiante, et la Confédération mutilée par un tel cbangement? C'est bien ici qu'il s'agirait de porter atteinte aux traités de 1815 1 Démembrer la Suisse, ouvrir sa ligne de frontières, compromettre essentiellement sa neutralité, placer les Prussiens à cheval sur nos limites orientales, ce n'est pas une petite opération, et Ton réunirait sans doute beaucoup de congrès avant de lui procurer une sanction générale. Et à supposer cette sanction obtenue, les difficultés intérieures subsisteraient : cette population républicaine, Texporterait-on? la mitrailleraiton? faudrait-il que l'Europe vînt recommencer périodiquement l'œuvre qu'on lui propose aujourd'hui, l'œuvre des restaurations monarchiques et légitimes?

Je croirais faire injure au lecteur si j'insistais. Il y a dans l'Évangile un mot profond qui résumerait la question de Neuchàtel considérée à son point de vue pratique : « Nul ne peut servir deux maîtres. » Pour avoir mis en oubli ce précepte de la sagesse divine.

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on a foi^éen 1815 la situation fondamentalement faasse, d'où sont sorties et d'où ne pouvaient pas ne pas sortir toutes les difficultés du moment. Continuez la situation, vous continuerez les difficultés. A faire durer ce qui n'est pas viable, on perd son temps et ses efforts. Heureux si Ton ne perd que cela I

Un peu de gros bon sens ne serait pas de trop en politique. La présence d'un canton monarcbique en Suisse choque le bon sens. Qui ne l'a senti, et depuis longtemps? un tel état de choses n'est pas fait pour durer, il amènera forcément des catastrophes et aboutira non moins forcément à l'une de ces deux conséquences, ou la principauté se transformera en république, ou la confédération des républiques helvétiques cessera elle-même d'exister à titre de puissance respectée et indépendante.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'alternative est ainsi posée, et, pour qui mesure la portée des exigences prussiennes et celle de la guerre qui va s'engager, il n'est pas douteux que nous ne touchions à l'heure où l'un des deux termes se réalisera. Pour l'honneur de notre temps, pour le triomphe de la justice, pour l'intérêt pressant de mon pays, pour le salut des principes qui constituent le monde moderne, j'espère que Neuchâtel demeurera république. Mon avis peut se formuler en ces mots fort simples : Il faut laisser la Suisse aux Suisses, et l'Allemagne aux Allemands.

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