‹ La question de NeuchâtelChapitre 5 sur 8 · LA SUISSE · texte numérisé non relu

LA SUISSE

n y a plaisir à défendre une bonne cause. On marche sur un sentier lumineux ; et plus on avance, plus la lumière s'accroît. A mesure que ma plume trace à la liâle ces observations improvisées dont l'opportunité fera le seul mérite, je sens de mieux en mieux que je suis dans le vrai, dans le vrai et dans le juste. Précieuse et douce impression que fait éprouver trop rarement aujourd'hui l'étude des questions politiques I On ne rencontre plus le bien que mêlé et allié au mal ; les plus nobles drapeaux ont leurs taches; il faut les aimer beaucoup pour les suivre ainsi salis, et on ne les suit guère qu'en soupirant. Mais ici, point de confusion périlleuse : d'un côté, le bon droit, les bons procédés, l'attitude paciûque, un peuple unanime

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dans sa résolution de défendre son indépendance et les principes du monde moderne; de l'autre» l'injustice, les exigences sans merci, les déclarations de guerre, le rejet des propositions les plus généreuses, l'interprétation abusive des traités, la violation des promesses faites à l'Europe, l'insurrection dirigée contre la puissance établie, les procédés de la révolution mis à l'usage de la monarchie, des projets impraticables, des prétentions désavouées par une fraction importante du parti prussien.

Qu'on ne s'étonne pas du jugement que je porte sur la conduite du Conseil fédéral ; ce jugement est celui de presque tous les conservateurs en Suisse. Ceux mêmes qui s'étaient erus un moment en désaccord avec la marche suivie, reconnaissent leur erreur maintenant que la vérité s est fait jour '. Ils avaient supposé chez les gouvernants de la Suisse une raideur qui n'a existé que dans les accusations dirigées contre eux. La vérité est qu ils ont maintenu simplement le droit, qu'ils ont refusé simplement ce qu'il était impossible d'accorder, et qu'en même temps ils ont ouvert la voie au seul arraiq;ement honorable et raisonnable. Sans fieiiblesse ni bravade, ne se laissant pas

> Gela a*empèche pas qu'il ii*y ait peat-ètre od petit nombre d'hommes honoraUes qui, poussés à une sorte de paradoxe par leur opposition an radicalisme, ne se persuadent peut-être à eux-mêmes qu'ils acceptent en principe le droi^du roi de Prusse fondé sur les traités de 1815. J'admets qu'il y en a afin de ne rien exagérer. Mais ils sont trèspeu nombreux, et d'ailleurs, aussi décidés que d'autres h combattre énergiquement pour leur pays.

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arrêter par la crainte puérile de faire le premier pas, ils ont offert au roi de Prusse la libération immédiate des prisonniers en échange de sa renonciation. Ils ont été plus loin, ils ont proposé une indemnité pécuniaire, sachant bien que personne ne verrait le une répudiation du droit de Neuchâtel et de la Suisse , mais un moyen de faciliter les négociations et de cal<merles susceptibilités.

Une telle conduite est digne de toute approbation. Ce qui m'empêche de la qualifier d'admirable , c'est qu'elle était obligatoire et pour ainsi dire inévitable. Ck)mment s'y serait-on pris pour agir autrement? Y a-t-il quelqu'un en Suisse qui eût consenti à suppri* mer le jugement des prisonniers, sans recevoir en échange la garantie précise de la renonciation? Y a-til quelqu'un qui eût voulu pousser plus loin les avances, et qui ne se fut arrêté à la limite extrême d'une proposition d'indemnité? Pour se conduire comme on l'a fait, il ne s'agissait ni d'être de grands hommes d'Etat ni d'être des citoyens héroïques, il s'agissait de n'être ni des misérables ni des fous»

On peut en croire les conservateurs et les aristocrates de la Suisse, quand ils rendent justice au gouvernement fédéral. Il y a eu dans les origines de ce gouvernement, comme dans celles da beaucoup de gouvernements cantonaux, bien des vices graves dont ils se souviennent. Il y a eu en 1848, à NeuchÂtel et ailleurs, de grandes injustices commises ; et depuis 1848, les injustices n'ont certes pas cessé. Cependant,

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en présence de la négociation suivie à Berne vis-à-vis de la Prusse, les conservateurs suisses se réunissent dans un énergique assentiment.

Cet assentiment concerne le présent, non le passé ; et, pour ne rappeler qu'une des fsiutes anciennes du gouvernement suisse, on lui reproche d'avoir laissé tomber, en 1848, la négociation relative i Meuchàtel. Il était facile alors d'obtenir la renonciation du roi de Prusse. La négligence dont on s'est rendu coupable à cette époque s'expie cruellement aujourd'hui.

Que reste -t-il h faire? — Continuer comme on a commencé; conserver l'attitude conciliante dont les offres faites à la Prusse et l'envoi du général Dufour à Paris ont donné des preuves certaines ; maintenir à l'égard des accusés le système de tolérance et de douceur qui a déjà fait tant d'honneur à la Suisse. Leurs familles en ont rendu témoignage, et les nombreuses mises en liberté sous caution que l'on a prononcées ont complété la démonstration. Trouvez-moi un second pays en Europe où des insurgés pris les armes à la main aient la chance d'être ainsi traités !

Et s'ils le sont ainsi, ce n'est pas à cause des menaces de r étranger, car on ne cède rien à celui-ci et on se dispose à le repousser. On peut même dire que le seul danger couru parles prisonniers vient delà. Je ne crains qu'une chose pour eux : l'irritation populaire causée par l'agression prussienne, celle surtout qui naîtrait en cas de désastre. Aussi le Conseil fédéral n'a-t-il pas de devoir plus pressant aujourd'hui

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que de veiller sur les royalistes accusés. Leur sécurité, c'est l'honneur de la Suisse; et la Suise ne l'oubliera pas.

On a beaucoup répété que le jugement doit être immédiatement suivi de Famnistie. Le Conseil fédéral n'a rien annoncé de semblable; il s'est déclaré prêt à amnistier, soit après, soit même avant jugement, mais à la condition expresse que la renonciation serait consentie par le roi de Prusse ou garantie par les puissances. Son rôle désormais consistera à maintenir simplement et h mettre constamment en lumière ses deux bases d'arrangement :

1^ Impossibilité absolue d'une restauration monarchique à Neuchàtel.

2* Offre toujours faite et toujours renouvelée d* une amnistie en échange de la renonciation.

Quel qu'eût été le parti au pouvoir, conservateur ou radical, il aurait posé les mêmes conditions. Parmi ceux qui se respectent et qui ont le cœur suisse, vous n'en auriez pas trouvé un seul (un $eul) qui eût consenti, en fait ', à suivre une autre marche. Je l'ai entendu dire à des hommes extrêmement

1 Je dis en fait, parce qa'il y a des esprits, d'aillears généreux et distingués, qui s'imaginent peut-être encore qu'ils auraient autrement agi. Us forment d'ailleurs une rare et très-rare exception.

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froids» réservés, opposés à toutes les formes de la démagogie et peut-être même un peu déûants envers la liberté : « Nous avons eu des complications où Ion pouvait hésiter; mais ici le bon droit de la Suisse est si évident, l'attaque prussienne est si gratuite, que le doute n'est permis à personne. Un gouvernement qui aurait consenti à relâcher les prisonniers sans recevoir la garantie catégorique de la renonciation, serait un gouvernement déshonoré, ou, pour mieux dire, serait un gouvernement impossible. »

Qui a tenu un pi us vigoureux langage que le général Dufour lors du banquet des officiers genevois? Qui a proclamé plus haut le droit de la Suisse que M. de Gonzenbach, lors de la discussion du crédit illimité à Berne? Quels journaux ont dépassé en énergie ceux qui combattent incessamment le despotisme radical ? Lisez le Journal de Genève, cet organe si éclairé du libéralisme; lisez la Gazette de Schwytz, cette feuille publiée par les conservateurs des petits cantons ; vous rencontrerez partout la même conviction, la même appréciation de la querelle prussienne, les mêmes encouragements à l'adresse du Conseil fédéral, la même résolution inébranlable de combattre jusqu au dernier pour le bon droit. La Suisse primitive et les nouveaux cantons, la Suisse allemande et la Suisse française, les hommes du Sunderbund et ceux qui Tont combattu, les défenseurs de la centralisation et ceux de l'indépendance cantonale, tous ont eu, ont et auront une seule pensée.

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Depuis l'origine du conflit, le caractère frappant des votes en Suisse a été Tunanimité. Le Conseil fédé^ rai est unanime, et l'a toujours été, quoi qu'on en ait dit. Le Conseil national a été unanime. Le Conseil des états a été unanime. Les Conseils cantonaux sont unanimes S et, riche ou pauvre, chacun d'eux met à la disposition de la cause commune un crédit illimité.

Ce n'est pas tout. Le danger fait qu'on se serre les uns contre les autres. L'autre jour le gouvernement radical du canton de Vaud donnait un bon exemple, qui sans doute sera suivi : il abandonnait, en raison de la gravité des circonstances, une mesure qui avait blessé ses adversaires et qui pouvait être. une cause de division.

Voilà la vraie politique de la Suisse, celle qui doit lui donner ou la paix, on la victoire, ou la dignité et la force dans la défaite elle-même. Son rempart, c^est sa bonne renommée. Quoiqu'elle ait fléchi depuis quelque temps, cependant elle est telle encore que le seul bruit d'une attaque dirigée contre la Suisse alarme et froisse Topinion publique. Il se trouve qu'à l'heure du péril la Confédération a des amis et des alliés sur lesquels elle ne comptait pas.

Mais qu'elle n'ait garde de s'y tromper, si des mouvements anarchiques venaient compromettre la

1 L'exception unique s'est rencontrée À Neuchâtel, où plusieurs anciens royalistes ne se sont pas crus encore libres de Toter un crédit destiné à combattre le roi de Prusse.

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pureté de sa résistance actuelle, si cette résistance cessait un seul moment d'être un mouvement national pour revêtir l'apparence d'une manœuvre de parti, alors la Suisse succomberait matériellement et moralement, alors elle serait bien réellement morte , parce qu'elle semblerait donner raison à ceux qui la calomnient aujourd'hui.

En voyant ce qu'on fait pour la perdre, elle doit comprendre ce qu'il faut faire pour se sauver. Quelle est la thèse des journaux qui se sont donné mission de l'attaquer? — La Suisse est un foyer de démagogie; il faut l'élouffer, afin de garantir ses voisins et peut-être l'Europe entière I La résistance aux réclamations prussienne» est l'œuvre exclusive du radicalisme ! — Ces imputations ont déjà reçu un premier démenti ; la fermeté unanime de la nation a répondu. Mais cela ne saurait suffire; il faut encore un second démenti, et celui-là, la sagesse non moins unanime de la nation le donnera. On va voir à l'œuvre la patriotique vigilance de tous les Suisses dévoués à leur pays ; à l'envi les uns des autres, ils écarteront les actes désordonnés, les démonstrations compromettantes. Rien ne peut empêcher sans doute qu'une grande prise d'armes ne soit accompagnée de quelques écarts, rien ne peut empêcher que les mauvaises passions ne cherchent k exploiter ceci, et que les partis, qui n'ont pas souvent de telles chances, ne s'efforcent de confondre la cause de la Suisse avec la leur ; ce qu'on peut empêcher, c'est qu'un dessein si

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funeste ne semble réussir un seul instant. Sur la bannière fédérale il n'y a que ces mots : « Indépendance nationale. » Faites qu'on n y écrive pas autre chose, et je vous promets que les armées prussiennes ne la feront pas reculer.

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J'en ai pour garant cet élan enthousiaste qui éclate dans tous les cantons. Au premier signal, chacun s'est retrouvé à son poste; les absents se hâtent de rentrer; on quitte les écoles, les travaux, les vocations diverses, afin de répondre à l'appel du pays. Les élèves des universités et des collèges demandent à servir ; on forme partout des compagnies de volontaires et de tirailleurs; les officiers en retraite reprennent leurs épées; les anciens dissentiments sont oubliés; l'âge est oublié; il n*est personne qui ne tienne à figurer sur les cadres et à exposer sa poitrine aux balles de l'ennemi.

Je n*ai jamais contemplé plus noble spectacle. Le courage du soldat me touche profondément, et je suis de ceux dont le cœur a battu d'un patriotique orgueil en voyant les merveilles de notre armée devant Sebastopol ; mais le courage du milicien a je ne sais quoi de plus émouvant encore : ces peines de famille, ces jeunes gens qui laissent là leurs affections les plus chères, leur gagne-pain, leurs jouissances, pour cou-

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rir à k frontière ; ces hommes habitués au luxe, qui vont faire une campagne d'hiver ; ces sacrifices énormes accomplis sans hésiter^ sans sourciller, avec entrain, presque gaiement ; on sent là quelque chose qui élève Tâme et qui fait venir les larmes aux yeux. Non, un peuple qui est capable de tels actes ne périra pas : il sortira de la crise agrandi et fortifié, plus estimé et meilleur. Aujourd'hui, en Suisse, il y a des sentiments généreux dans Tair; cela ne se respire pas en vain.

Je sais qu'il ne manque pas de gens par le monde qui méprisent les sentiments généreux. Donnez-leur des troupes bien dressées, une bonne artillerie, des fusils du nouveau modèle, cela leur suffit, la cause importe peu, ils ne croient pas du tout à la puissance des idées ou à celle du patriotisme. Surtout ne leur parlez pas de volontaires et de milices, ils lèveraient les épaules.

Il se trouvait, je suppose, quelques-uns de oes esprits dédaigneux parmi les chevaliers de Charles le Téméraire, et je pense qu'ils s'étaient donné carrière sur les milices et sur les soldats paysans aux bivouacs de Grandson et de Morat. ~ L'armée suisse a fait ses preuves, et, si on l'y force, elle les fera de nouveau. Ses miliciens ne sont pas des gardes nationaux, ce sont des soldats; ses volontaires ont tous manié le mousquet et la carabine, ont tous appris à supporter le froid de la tente et h obéir à des che&» Maintenant, si, outre la charge è douze temps, outre l'habileté

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technique, outre une bonne diflcipUne et une bonne artillerie, les Suiàses ont encore dans leurs gibernes le patriotisme et le bon droit , et il me semble que cela ne gâtera rien.

Ils s'avanceront sans for&nterie. Us peuvent être battus, ils le savent ; mais ce qu'ils savent aussi c'est que la défaite de Saint-Jacques les a autant servis que la victoire de Morgarten ou celle de Sempach. A tomber noblement, on ne succombe pas. La Suisse a plusieurs lignes de défense, et les défilés de ses montagnes défieraient Tennemi qui aurait forcé la frontière du Rhin.

Ceci est une lutte nationale, c'est-à-dire une lutte acharnée, obstinée, renaissant de ses cendres, et qu'on ne termine pas avec une bataille rangée ; après les plaines, on trouverait les montagnes ; après les régiments, les tirailleurs ; après l'armée, le peuple ; tant qu'il y aurait un peuple, on ne pourrait arracher à la Suisse ni le désaveu de son indépendance, ni l'abandon du droit d'un de ses cantons.

Il est vrai qu'on tient, dit-on, en réserve deux moyens d'empêcher que la guerre ne prenne ce ca« ractère de suprême gravité. Si je rappelle de telles rumeurs, ce n'est pas que je les suppose fondées ; c'est afin qu'elles soient désavouées hautement, pour l'honneur de la Prusse et pour celui des autres puissances.

Le premier moyen consisterait à ne pas pénéti'er au cœur de la Suisse. Après avoir fait blanc de leur

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épée, les Prussiens se contenteraient glorieus^nent de saisir comme gage quelques positions excentriques : Schaffouse, les faubourgs de Bâle, ou les plaines des bords du Rhin I Cela même ne sera pas facile. En tout cas, cela n'est pas sérieux ; d'abord parce que la Suisse pourrait aussi saisir des gages et prendre Constance qui appartient à un État agissant contre elle par le passage qu'il donne à la Prusse, ensuite parce qu'une campagne aux bords du Rhin ne saurait rien décider. Neuchètel n'en demeurerait pas moins république, et les royalistes n'en resteraient pas moins en prison. La Prusse refusant de s'engager sur le vrai champ de bataille ne serait nullement victorieuse, et la Suisse serait encore entière aux yeux de tout le monde, puisqu'elle n'aurait fait que se replier vers sa véritable ligne de défense.

Aussi compterait-on beaucoup plus sur le second moyen, que de lâches ennemis de la Suisse se sont chargés de suggérer. Il s'agirait d'entrer sur son territoire de partout k la fois. — La France peut-elle admettre que les Prussiens y pénétrent, sans y pénétrer aussi de son côté I Ne doit-elle pas occuper les cantons français, dans l'intérêt de la Suisse elle« même!

Superbe raisonnement dont la vraie conclusion devrait être d'interdire l'invasion armée de la Prusse, et non de s'y associer, en conviant du même coup l'Autriche à pénétrer aussi par sa frontière dans le but de surveiller ses intérêts. Que deviendrait alors la dé-

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fense nationale? La Suisse envahie, écrasée, étouffée, serait dépouillée de son libre arbitre. Jamais assassinat plus indigne n'aurait été commis sur un peuple.

Ah I il ne vous demande pas de le protéger ainsi. Ce qu'il vous demande, puisqu'on autorise la Prusse à tenter une restauration neuchâteloise, ce qu'il vous demande, c'est le franc jeu . Et remarquez que le gouvernement français le lui a promis. Loin d'annoncer des projets d'occupation, la note du Moniteur a solennellement annoncé notre neutralité, quoiqu'il n'ait pas prononcé ce mot. Étrange neutralité, on en conviendra, que celle dont le premier résultat serait de diviser les forces de la Suisse, de couper en trois son armée, de la décourager enfin par l'impossibilité évidente de faire respecter son territoire !

Mais, je le répète, rien de semblable ne se prépare; le Moniteur en est garant. — Que si, par malheur, on changeait jamais de pensée, si la guerre se transformait en occupation, alors on pourrait bien dire que des jours sombres se seraient levés pour la Suisse et pour l'Europe. En pareil cas, on sait quand on entre, on ne sait pas quand on sortira. Et lorsqu'on sort (si l'on sort), on laisse un pays froissé, humilié, médiatisé, et en quelque sorte partagé d'avance.

Ce mot de partage ne vient pas se placer au hasard sous ma plume. Elles existent quelque part chez nous, les mauvaises convoitises qui rêvent de la Savoie, de Genève et peut-être de la Suisse française tout entière. Bien qu'énergiquement repoussées par la conscience

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honnête et aossi par l'instinct politique du peuple français^ elles n'en prendraient pas moins une influence fatale, dès le moment où Falliance russe, cette alliance partageuse, serait parvenue à nous enlacer de ses liens. Elle nous conduirait alors au but sans Tannoncer d'avance. Aujourd'hui, nous porterions (afin de mieux la défendre) un coup mortel à l'indépendance de la Suisse ; demain on nous démontrerait que la réunion de certains territoires est réellement «n fait accompli. Qui sait si l'on ne nous démontrerait pas en outre que ce fait est utile à la vraie Suisse, et qu'i^rès avoir occupé dans son intérêt, îl faut conserver pour son salut I

Nous n'en sommes point le, tant s'en faut. Une pareille infamie soulèverait aujourd'hui un sentiment presque universel de réprobation. Aussi convient-il aujourd'hui, et sans plus de retard, de la montrer telle qu'elle est, de l'appeler de son nom. Nommer tout haut certaines choses, c'est les rendre impossibles.

Je voudrais ranger aussi parmi les choses impossibles le projet de guerre que la Prusse vient d'annoncer. Je le voudrais pour l'honneur de la Prusse, autant que pour le bien de la Suisse et pour la tranquillité de l'Europe. La Prusse est un noble pays appelé h jouer un grand rôle, et qui sera un jour, sous une direction moins hésitante, la véritable tête de l'Allemagne. Que gagnerait son honneur è ce qu'on dit ceci : « Devant l'Autriche elle a reculé, devant la Russie elle a re-

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culé; mais vis-à-vis de la Suisse, qu'elle juge plus faible qu'elle, la Prusse a été subitement saisie d'uue ardeur indomptable. Or il s'agissait, non plus de disputer le premier rang en Allemagne, non plus de réprimer l'ambition moscovite, mais de revendiquer, les armes à la main, ce qu'on avait déjà revendiqué par rémeule, le prétendu droit incommutable et inaliénable du roi de Prusse à dominer comme prince sur le petit canton suisse de Neuchàtel I »

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