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dans un avenir prochain. Etre inuctif, par crainte des responsabilités financières, lorsque partout, autour de nous, le travail et le capital, unis dans une même œuvre de progres, eussent age 7 des prodiges, c’eût été donner raison de nous accuser de ne rien vouloir faire pour contribuer au développement du pays dans lequel nous jouissons des plus belles et des plus chères libertés, ”
Comment concilier ces poroles avec l'attitude actuelle de l'opposition ?
A cette époque, M. Desjardins prétendait qu'il ne fallait pas rester dans les limites restreintes du budget des dépenses pro-
vinciales, mais qu'il fallait développer notre province et la *
lancer dans l’ère du progrès. (C’est ce qu’à fait le gouvernement actuel, comme j'ai eu l’occasion de l’exposer plus haut, et je suis bien surpris d'entendre aujourd’hui, sur les banquettes de l'opposition, un langage si différent de celui que tenait M. Desjardins, en 1883.
Et ce qu'il disait alors s'applique très bien à nos adversaires d'aujourd'hui. Il disait:
‘Que l’on cesse donc ce déplorable système de toujours remplir l'air de craintes vagues, ridicules, absurdes ; que l’on cesse donc d'ahurir le peuple avec ces extravagantes prédictions de ruines, de malheurs, de désastres l”
Ne dirait-on pas que ces paroles ont 6t6 prononcées pour répondre à ce qui a 6t6 dit par nos honorables adversaires depuis le commencement de ce déban ?
Mais, à propos d'emprunt, l'opposition semble avoir complètement mis en oubli ce qui s’est passé à Ottawa, il n’y a pas bien longtemps encore, puisque c'était en 1888. Sir Charles Tupper, qui, on l’admettra, est une autorité considérable dans le parti conservateur, proposait la résolutionsuivante :
‘Que la Chambre se formeen comité sur une certaine résolution concernant le prélevement, par voie d'emprunt, d’une somme de $825,000,000 pour payer la dette flottante du Canaaa, et pour exécuter les travaux publics autorisés par le gouvernement du Canada.”
En appuyant cette résolution, Sir Charles Tupper, alors ministre des finances, disait ceci :
UE: “Certainement la dette du Canada est très grande, mais il ne faut pas oublier que, sauf une seule exception, cette dette est représentée par des travaux publits considérables et le développement da pays.
RAS ‘Par conséquent, on comprendra que ce qui a rapport à la dette réelle du Canada doit se calculer, non par le montant nominal, non par la somme réelle que représente la dette, mais par les sommes que le pays doit payer comme intérêt, et le
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montant d'intérêt qui doit étre payé est un indice du crédit du ( pays. Le.
“ On a pu craindre que notre crédit allait être ruiné par la construction d'un des travaux les plus gigantesques qu'un peuple de notre chiffre ait jamais tentés ; mais au lieu de cela, en dépit des craintes que pouvaient causer des dépenses aussi énormes, le crédit du Canada est devenu plus grand. Conséquemment, comme les obligations réelles du Canada ne doivent pas être mesurées par le montant que nous devons, mais par la charge annuelle sur notre revenu, si notre crédit est devenu plus grand au lieu de tomber, s’il a augmenté comme la dette depuis 1877, nous n'avons rien à craindre.”
Ne dirait-on pas que ces paroles du grand chef conservateur ont été prononcées expressément pour répondre à tout ce que ces messieurs nous ont dit, ce soir, au sujet de l'emprunt ? En tous cas, je crois que c’est la meilleure réponse que nous pouvons leur faire dans le moment.
Je viens de citer un grand financier fédéral. Laissez-moi maintenant mettre devant vous les paroles d’un ancien trésorier provincial, l'honorable député de Sherbrooke. Voici ce qu'il disait en 1886:
À mesure que la population de la province augmentera, on peut s'attendre à ce que les dépenses augmentent pour l’administration de la justice, les chemin£ de fer, les chemins de colonisation et les fins agricoles. J'espère que le temps n’est pas éloigné où une révision du salaire des employés sera faite. Dans certains cas, on ajontera à ces salaires.”
Tel était le langage que tenait alors le trésorier du gouvernement conservateur. 11 ne se contentait pas de cela, mais il déclarait, en même temps, qu'il était * apossible d'augmenter les revenus de la Province, et qu'il ne voyait pas d'autre ressource, si les dépenses allaient ainsi s'augmentant, que d'imposer la taxe directe sur le peuple.
Qu'est-il arrivé? Le gouvernement actuel a pris la direction des affaires de cette province, Il n’a pas imposé un seul centin de taxe—au contraire, il a retranché cette taxe infâme imposée sur les municipalités pour l'entretien des aliénés,—et il à pu inaugurer une politique progressive, ii a pu donner des sommes plus considérables pour l'éducation ; ila pu donner plus d’argent pour la colonisation ; il a pu voter $40,000 pour ces écoles du soir si populaires et destinées à opérer tant de bien.
En face de ces choses, comment nos adversaires peuvent-ils
raisonnablement accuser le gouvernement actuel d'extravagance et s’insurger quand on leur parle de lPemprunt pour con-
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tinuer à construire des chemins de fer, pour bâtir des écoles, pour développer l'éducation, la colonisation, enfin toutes les grandes sources qui constituent la richesse d’un peuple ?
J'arrive maintenant, M. l’Orateur, à une autre question bien importante. - veux parler de la question de nos asiles d’aliénés. V oilà un sujet qui depuis quelques années a sérieusement préoceupé l'opinion publique dans cette province. (C’est une question bien délicate à traiter, et je m’efforcerai de le faire avec tout le calme possible, espérant faire disparaître certains préjugés ou certains malentendus qui ont été la cause de tant de discussion dans la presse et ailleurs.
La question du traitement des aliénés n’est pas nouvelle. Elle à depuis plus d'un demi-siècle préoccupé tous les pays civilisés de l’Europe. En France, un homme s’est immortalisé «en consacrant sa vie À poser les premiers principes du traitement médic: al des aliénés. Cet homme, ce grand bienfaiteur de l'humanité, c’est Pinel. Jusque-là, on avait toujours considéré les aliénés comme des criminels et on Îles traitait comme tels; on les enferms ait dans les prisons et on ne s’occupait pag as les traiter, pour la bonne raison que, dans ce Lau là, ils né taient pas considérés comme des malades. C’est Pinel qui à trouvé ce mot ‘ d’aliéné. ?
Voici ce que dit à ce sujet le fameux professeur Ball, dans ses leçons sur les maladies me ntales : ‘(est grâce à son influence que le mot “aliéné”? introduit dane la science par Pinel, a p'nétré pour la première fois dans la loi, et ce n’est pas une vaine question de mots, car l'adoption officielle de ce terme marque un changeïient radical dans l’esprit même de la législation. A partir de ce moment le fou est définitivement classé au rang des malades et devient essentiellement tributaire de la médecine. Aussi, le point principal, l'innovation capitale de la loi de 1838, est la création d’asil 8 publics d’aliénés, placés dans chaque département sous la direction de l'autorité publique.”
pe a à Du moment que la science admettait que les aliénés ftaien
des malades susceptibles de guérison, il fallait trouver moyen de découvrir les traitements nécessaires pour opérer cette guérison. Et Dieu sait le travail, les recherches, les études faites par les savants, qui sont arrivés à découvrir des traitements qni ont obtenu des résultats merveilleux. Aprèa tout, si la société a le droit de priver l’aliéné de sa liberté,—le plus grand bienfait dont un être humain puisse jouir, dans l'intérêt publie, elle contracte en même tem ps la juste obligation de prendre soin de lui, de chercher à le guérir et d’entourer son ‘existence de tous les soins qui sont de nature à adoucir sa douloureuse situation.
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Le prefcsseur Ball, que j'ai cité plus haut, définit admirablement cette obligation que contracte la société ; écoutez-le plutôt :
‘Et cependant rien n’est plus équitable, au point de vue général, que cet ensemble de dispositionk si facile à critiquer au oint de vue philosophique. Car la société, placée en (Ctat de Pitime défense, ne songe qu’à la loi suprême, le salut public, et a sauté à pieds joints pardessus toutes nos subtilités méthaphysiques. L’aliéné constitue, en effet, avant toutes choses, un intérêt public, et l’on peut admettre, en thèse générale, que sur quatre aliénés il en est au moins trois qui sont dangereux à des dégrés divers.
Maisd’aliéné constitue en méme temps une charge pour la
société, ou, pour mieux dire, il rep\ésente une obligation morale.
Incapable de diriger sa vie, incapable de gérer ses biens, et,
suivant l'expression consacrée, d'agir avec discernement ; il
serait bientôt victime des cupidités qui s’agitent auto de lui;
il périrait bientôt de misère et de faim, si la protection tuté-
laire de nos lois ne venait pas soustraire ce grand enfant malade
aux dangers de toute nature auxquelx il est sans cesse exposé.
L | ‘ Quel est donc à l'égard de cet être si faible et si dangereux Î | le rôle de la société ? [1 peut se résumer en deux mots. Un droit
st un devoir ; un droit de défense, un desoir de protection.
Î | | Î | | | Re Deux hommes surtout, dans notre organisation sociale, | répondent à cette double nécessité: à l’idée de justice, la per- | sonnalité du magistrat ; à l’idée de charité, celle du médecin.” t Comme on le voit, de tout temps, depuis que l’on s'occupe | sérieusement des aliénés, leur traitentent a toujours été consi- | déré comme une question importante. On peut différer sur le | mode de traitement, mais il est impossible de ne pas être d’accord,—et il n’y a qu’une voix sur ce point-là pour dire que la | société doit en prendre soin, et le meilleur soin possible. | Le gouvernement représente la société, et, lorsqu’en vertu de | lois qui sont passées par nos législatures, il a le droït de confis- | quer la liberté de ces pauvres malheureux, il se substitue aux familles et partant se substitue à leurs obligations. Or, M. l’Orateur, je le demande à cette Chambre, quelle est la | fam'lle qui n’a pas la douleur de compter un de’ses proches au | nombre de ces malheureu:? Les familles'ont donc tout l'intérêt | du mode à ce que le gouvernement entoure le soin de ces ma- | lades G: toutes les garanties possible: de bien-être et de chances | de guér son.
C’est à ce point de vue qu'il faut se placer pour discuter une question aussi délicate que celle-ci, On admettra que, lorsqu'il | s’agit de guérir des malades, la chose la plus importante, c’est
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la partie médicale, c’est le médecin. C e qui a causé toutes les difficultés, tous les malentendus dont j j'ai parlé plus haut, c’est 4 le rôle que le médecin doit jouer dans les asiles. Dans tous les pays où il y a des asiles d’aliénés bien dirigés et sous le contrôle de l'Etat, l'on donne au médecin le contrôle médical. C’est cette expression le ‘ contrôle médical, ” qui à été la cause de tant de difficulté et de discussion. On a prétendu que l'Etat, lorsqu'il se réservait le contrôle médical, voulait enlever aux communautés religieuses le soin des aliénés pour le confier à des laïques. Je n'ai pas à m'occ ‘uper pour le moment de ce qui se passe dans les autres pays. Jai tout simplement À voir ce que nous avons à faire dans notre prowince:
Je déclare ici, emphatiquement, qu’il n’est jamais entré pour un instant dans l'esprit du gouvernement, lorsqu? il & déclaré dans le discours du trône qu'il entendait, pour l’avenir, après l'expiration des contrat: actuels, se réserver le contrôle médi-
{ ‘al de nos asiles, de vouloir exclure les communautés reliwieuses. Au contraire, il est reconnu, il est admis de toutes parts que les religieux et religieuses sont les personnes les plus propres à donner aux aliénés les soins nombreux et délicats dont ils peuvent avoir besoin. Non seulement chez nous, mais même dans certains pays en Europe, qui sont loin de passer pour être trop catholiques, on emploie les religieux et religieuses pour donner aux aliénés les soïns dont ils ont besoin.
Quand le gouvernement dit qu’il veut se reserver le contrôle mé dical, il veut foire compr endre qu'il désire confier à des médecins d'expérience la partie qui concerne le traitement de laliéné, pour arriver à le guérir. Lorsqu'il s’agit des autres soins, soit nourriture, soit vêtement, etc., toutes choses égales d’ailleurs, il préfère que ces soins soient confiés à des religieux ou à des religieuses, parce que ceux-ci mettront, en donnant: ces soins, beaucoup plus de sollicitude que ne le feraient des laïques.
Du reste, il suffit pour s'en convaincre de lire le rapport si savant et si bien fait du Dr Vallée. Ce monsieur a été envoyé en Europe, dans le cours de l’été dernier, pour pr endre part au congrès des aliénistes tenu à Paris ; il a profité de son séjour en Europe pour visiter les grands asiles de France et de Belgique. Mécecin distingué et instruit possédant une grande expérrence comme aliéniste, il nous a donné dans son rapport le Fr récit de ses savantes observations. J’ajouterai que le gouvernement sera passablement guidé dans sa politique sur les asiles par les opinions exprimées avec une si haute compétence par le Dr Vallée. Eh bien! que dit-il, dans son rapport, à propos de cette question des communautés religieuses? A la page | 26 de son rapport, il éite l'opinion du Dr Parchappe et l’endosse complétement, Voici cette opinion:
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‘ Les surveillants dans les asiles, dit le Dr Parchappe, ont per les charges de leur emploi tous les caractères qui appartiennent aux infirmiers dans :es établissements hospitaliers ; leurs fonctions devraient s'élever en dignité, comme elles s'élèvent en fait au-dessus de la condition commune aux serviteurs salariés.
‘ Sous ce point de vue, dans les pays catholiques, les congrégations religieuses réalisent tout ce qu'il est permis de désirer de mieux pour la surveillance des quartiers des femmes dans nos asiles. Tout ce qu’on peut attendre du cœur de la femme en dévouement affectueux et en soins compatissants, délicats, éclairés, on l’obtient des religieuses dans des conditions d’abnégation personnelle, et avec:«les garanties de moralité que ne peuvent offrir au méme degré des infirmiers laïques. La NE sion complète de l'élément laïque dans le personnel des femmes au service des asiles est À mes yeux un avantage inestimable qui devrait être plus généralement et plus absolument recherché. L'expérience a prouvé que les inconvénients des tendances à l’envahissement du pouvoir, généralement imposées aux congrégations religieuses, ne se renco ntrent pas dans nos asiles publics, et, tout en admettant que ce résuit: 1 a pu être assuré par les stipulations des traités et par les prescri ptions des règlements, il est juste de reconnaître que plusieurs congrég: ations de femmes qui ont fait entrer dans les destinations de leur œuvre les soîns à donner aux aliénés, se sont constamment montrées à la hauteur de cette vocation par leurs aptitudes, leur dévouement et leur esprit de conduite.”
On voit donc que la politique du gouvernement est loin de pouvoir alarmer ceux qui s'intéressent avec tant de raison au sort des aliénés en rapport avec nos communautés religieuses,
J'ai dit tout à l’heure que cette question du contrôle médical avait été l’objet de malentendus, et je ne crois pas m'être trompé. L'an dernier, l'honorable député de Dorchester prononçait à propos de cette question des asiles dans cette même chambre, les paroles suivantes : ,
‘ Je surprendrai peut-être, quelques personnes, en déclarant que je ne suis pas un partisan absolu du système Caffermage. Mes vues sur ce point—et j'ai pris la peine d'étudier un peu la question—ne sont peut-être pas celles de tous mes amis; j'ignore si elles le sont, dans tous les cas, je ne parle en ce moment que pour moi-même. Je m'empresse d'ajouter que, si je ne suis pas un partisan absolu du système d’affermage, je suis en faveur de ce même système, s’il est pratiqué avec des personnes qui nou donnent des garanties suffisantes que les obligations qui en résultent seront parfaitement remplies; et je crois que les seules personnes qui sont capables de remplir des
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