‹ La Question Des Bureaux De Placement: Loi De 1904, Ses RésultatsChapitre 14 sur 49 · GARE · texte numérisé non relu

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D'ailleurs, quelquefois aussi, les placeurs pouvaient être de bonne foi en indiquant des emplois occupés. C'était ce qui arrivait lorsque les maîtres s'étaient procuré directement les ouvriers ou domestiques dont ils avaient besoin et avaient omis d'en informer les placeurs auxquels ils s'étaient d'abord adressés.

$ 4. — Tendance des bureaux à réserver les meilleures places aux candidats qui leur offrent une commission plus forte.

Il y avait là une pratique que M. Georges Berry signale dans son rapport de 1899 : « Ce n’est pas, ditil, aux plus dignes, ni aux plus malheureux, ni même à ceux qui ont été inscrits les premiers qu'on accorde la situation la plus enviable, mais bien aux travailleurs qui, ayant quelques économies, peuvent, en cachette, verser une prime entre les mains du placeur. Plus on lui donne, plus il vous favorise. »

Et c’est contre cette même pratique que M. Strauss s'élève avec beaucoup de vigueur dans la séance du Sénat du 28 janvier 1902 : « Les places sont, d’une facon certaine, évidente, incontestable, quoi qu'on fasse pour réprimer cet abus pour ainsi dire inévitable, mises aux enchères. Il en résulte que, d’une part, le chômeur accidentel ou professionnel, celui qui,

pendant plusieurs mois dans le courant d'une année,

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est privé de travail, éprouve beaucoup plus de difficulté qu'un autre à obtenir un placement au bureau payant. En outre, et pour les mêmes raisons de mise aux enchères des places, le père de famille, celui qui a les siens à nourrir, lorsqu'il est au terme d’une longue et douloureuse période de chômage, n’est pas en état de fournir la rétribution supplémentaire, la prime de surenchère, qu'au contraire le célibataire sera en mesure de payer. Il y a là, de la façon la plus incontestable et la plus incontestée, un avantage indûment accordé au célibataire et cette inégalité des charges de famille doit frapper tous ceux qui se préoccupent de la situation sociale des familles nombreuses. Le célibataire est, ainsi, favorisé au préjudice du chef de famille et, d'autre part, c'est l'ouvrier ou l'employé dont la période de chômage a été la plus longue, qui se trouve dans les conditions les plus difficiles, les plus pénibles » (1).

Les placeurs ont, il est vrai, protesté énergiquement contre cette accusation devant la commission du Sénat et le rapporteur, en faisant remarquer que l’inobservation du rang d'inscription était motivée par la nécessité où ils se trouvaient de choisir parmi les

solliciteurs celui qui paraissait réunir les conditions

(1) Journal officiel, Sénat, compte rendu in exlenso, séance du 28 janvier 1902, p. 62.

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