‹ La Question Des Bureaux De Placement: Loi De 1904, Ses RésultatsChapitre 16 sur 49 · LAN · texte numérisé non relu

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invitant les ouvriers à venir à Paris. Et, lorsque ceuxci sont arrivés dans la capitale en grande quantité, ils ne trouvent plus de places libres et se laissent trop souvent entraîner à des actes regrettables (1). De cette façon, les industriels peu scrupuleux que sont, trop souvent, les placeurs, ont encore à se reprocher de favoriser le chômage.

S 6. — Habitude des tenanciers d'annexer à leur établissement des débits de boisson ou des auberges.

Les ouvriers ont porté une autre accusation contre les placeurs. Ils leur ont reproché d’avoir très souvent, comme annexes à leur établissement, des débits de boissons ou des logements en garni. Ce sont, surtout, les garçons boulangers, les garçons de café, de restaurant et d'hôtel, qui ont formulé des plaintes à ce sujet. Le danger qu'il y a pour les travailleurs à cette situation est que les placeurs, non contents de leur faire dépenser les économies qu'ils peuvent avoir, les entraînent à faire des dettes avant de les adresser aux patrons.

Il semble résulter, des nombreuses enquêtes qui ont été faites, que ce reproche n'était que trop souvent mérité.

(4) Voir déclaration de M. Georges Berry, dans la séance du 3 novembre 1903, à la Chambre des députés,

$ 7. — Excitation à la débauche et à l'espionnage.

Un des reproches les plus graves qui ait été adressé aux bureaux de placement, est celui de favoriser la prosütution en facilitant la débauche des femmes qui demandent à se placer ou en faisant entrer des jeunes filles dans des familles peu honorables, voire même dans des maisons publiques. Le rapport de M. Georges Berry paraît très affirmatif à cet égard. Il y a eu, du reste, un assez grand nombre de poursuites exercées pour ce moûf et, s’ilen est peu qui aient abouti, c'est par suite de la difficulté de la preuve dans une matière aussi délicate (1).

À ce reproche, M. Millevoye en a ajouté un autre, dans la séance de la Chambre des députés du 15 novembre 1900. Il a affirmé l'existence de bureaux payants dont les bénéfices étaient assurés dans une large part par le placement d'espions. « Il y a là, ditil, un danger au point de vue humain, un scandale, un danger national. Je ne peux pas et je ne veux pas apporter de faits précis à la tribune, mais, sous la garantie de ma parole, je vous affirme que je con-

nais au moins une agence qui présente de véritables

(4) On peut citer le bureau de Besançon qui a été fermé pour avoir favorisé le recrutement de jeunes filles destinées à des maisons mal famées de Buda-Pesth.

Lavieuville. *

dangers pour la défense nationale et où se glisse tout autre chose que des gens désireux de placer des

ouvriers » (1 et 2).

$ 8.— Défaut de surveillance des municipalités.

Nous arrivons au dernier et non au moins important des reproches qui ont été formulés contre le régime du décret de 1852. Il concerne le défaut de surveillance des municipalités.

Le décret de 1852 mettait le placement sous la surveillance des municipalités et il est incontestable que, sous un contrôle eflecuf, le fonctionnement des bureaux aurait pu donner d’utiles résultats. Malheureusement, il advint, dans la pratique, que toutes les dispositions favorables à l’ouvrier furent méconnues

et qu'un instrument qui, dans le principe, avait été

(1) Chambre des députés, compte rendu in extenso, séance du 15 novembre 1900, p. 2.092.

(2) Sigralons aussi dans cet ordre d'idées un autre grief qu'on a fait aux placeurs. On a prétendu, — et c’est là un fait dont l’exactitude est démontrée par les enquêtes, — que très souvent les placeurs ajoutent à leur métier celui de veudeurs de fonds de commerce qui leur procure un supplément de bénéfices. Or cette situation est pleine d’inconvénients pour les travailleurs. Les placeurs seront en effet portés à profiter de l'influence qu'ils exercent sur leurs clients, les patrons de fonds de commerce, pour provoquer par leurs artifices le déplacement de maisons qu'ils ont fait acheter et qu'ils feront revendre. Ce sera tout bénéfice pour eux.

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