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imaginé dans l'intérêt des travailleurs, se trouva faussé et se retourna contre eux. Si tant de griefs ont pu être formulés contre les placeurs, s'ils se sont mis au-dessus de la loi et des règlements, il ne faut pas hésiter à en faire, en premier lieu, retomber la faute sur l'administration elle-même. En toute justice, il est inexact de dire que les placeurs se sont affranchis par leurs menées de la tutelle administrative. La vérité est que c'est l'administration elle-même qui s'est effacée et a laissé les placeurs agir à leur guise sans les inquiéter.
L'administration avait d’autres reproches à encourir. Non seulement elle a négligé de surveiller les bureaux autorisés, mais elle en a laissé s'établir de clandestins et a ainsi facilité l’éclosion d’une foule d'agences louches, d'agences de publicité qui ont pratiqué l’escroquerie à la place par voie d'abonnement. C'est sur elle que doit retomber la plus grande part des responsabilités.
Tels étaient les griefs qu'on adressait non pas tant au décret de 1852 en lui même qu’à l'application qui
en avait été faite (1). Ces griefs étaient-ils absolument
(1) I n'est que juste de constater que le législateur de 1812 avait pris soin de prévenir et de réprimer presque toutes les manœuvres frauduleuses possibles pour les placeurs. C'est ainsi que l'ordonnance de police du 5 octobre 1852, dans ses articles 8, 10,
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fondés et n’y avait-il pas une forte part d'exagération dans les faits que les travailleurs reprochaient aux tenanciers des bureaux de placement ? Cela se peut. Il est même très probable que beaucoup des accusations devaient être mises sur le compte de ces ofices clandestins dont nous venons de parler et qui étaient nés et s'étaient développés grâce à l’incurie de l'administration. Et cependant il paraît bien certain que, même en regardant comme en partie fondées les justifications fournies par les défenseurs des bureaux de placement, il y avait eu dans la conduite des placeurs de scandaleux abus. Comment ne pas admettre la vérité de ces reproches lorsque l’on constate l'unanimité des protestations parties de tous les points de la France et émanant de toutes les associalions et de tous les groupements professionnels, sans distinction de religion et de préférences poltiques ? Nous ne pouvons mieux faire à cet égard que de citer les éloquentes paroles prononcées par M.
11 et 12, avait visé le refus de restitution des avances, la perception de rétributions excessives, les connivences ayant pour but d'agir contre l'intérêt d’une personne placée dans l'espoir d’une nouvelle rétribution, l’envoi de mineurs dans des maisons mal famées, l'annonce de places ou emplois que les agences n’auraient pas mandat de procurer. C'était donc, non pas tant la législation elle-même qui était défectueuse que le régime qui était institué à l'encontre de cette législation et cela en grande partie par la faute de l'administration.
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Trouillot au Sénat dans la séance du 21 janvier 1904: « Voilà, dit-il, des syndicats qui ont des aspirations bien différentes, qui ont es causes de dissensions profondes et voilà une question qui les réunit tous, sur laquelle il n’y a plus de partis, sur laquelle il n'y a plus ni syndicats rouges, ni syndicats jaunes, ni grandes, ni petites villes, ni différence de religions ou de professions. Tout le monde est d'accord, tout l2 monde élève contre l'institution des bureaux payants une plainte générale et douloureuse. Si vraiment tous ces intéressés trouvaient un avantage, une utilité à conserver cette industrie, une pareille unanimité se rencontrerait-elle ? Ne voit-on pas dans un pareil fait le signe indiscutable et tristement concluant non seulement de ia sincérité que vous ne niez pas, mais de la réalité de leurs griefs et de leurs souffrances » (1).
Devant l’inaction et l'indifférence de l'autorité municipale, devant aussi l'insuffisance des pénalités, les protestations devinrent chaque jour de plus en plus violentes et les adversaires des bureaux de placement, se sentant soutenus par l'opinion publique, réclamè-
rent une réforme avec plus d'énergie. Comment cette
(1) Voir Journal officiel, Sénat, débats parlementaires, séance du 21 janvier 14904, numéro du 22 janvier 1904, p. 31.
réforme fut réalisée par la loi du 14 mars 1904 et pourquoi son élaboration fut si longue et se heurta à tant d'opposition, c’est ce qu’il nous faut maintenant
rechercher dans la deuxième partie de notre étude.