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Mais le trait caractéristique de la commission du travail était sans aucun doute le refus d’une indemnité quelconque aux placeurs dont les bureaux devaient être supprimés. C’est un point sur lequel nous aurons à revenir longuement, mais il est intéressant d'indiquer dès à présent l'argument sur lequel il se basait. D’après lui, le placeur n’a pas droit à une indemnité parce que l'autorisation d'ouvrir un bureau de placement est donnée gratuitement et que celui qui, en dehors de l'administration, achète le droit de l'exploiter a besoin d’être muni d’une nouvelle autorisation, tout comme s'il installait dans la ville un nouveau bureau. Comme la faculté d'exploitation prend fin avec la cessation de commerce exercé par le bénéficiaire de l’autorisation, celui-ci n’a aucun droit de transmission et par conséquent ne possède aucun recours contre l’administration qui a toujours le pouvoir de le déposséder.
La proposition de M. Georges Berry ne devait pas venir en discussion devant la Chambre des députés avant le mois de février 1897. Son examen, ainsi que celui des propositions de MM. Coutant et Mesureur
tifier sa proposition transactionnelle : « Vouloir, d’un côté, supprimer tout de suite les bureaux de placement, c'est créer le gâchis et porter préjudice aux ouvriers; de l’autre, essayer de maintenir les bureaux payants, à côté d’une organisation gratuite, c'est frapper celle-ci d'une impuissance complète »,
dont nous avons retracé les grandes lignes, occupa les séances des 26 février, 5, 12 el 19 mars, ? et 9 avril. La discussion fut aussi complète qu'elle le comportait et il est utile de s'y reporter parce qu'on y trouve exposées, dans toute leur ampleur, les thèses des adversaires et des partisans des bureaux de placement.
Parmi les premiers, ceux qui se montrèrent les plus violents furent MM. Coutant, Jourde, Guesde, E. Vaillant qui comptaient parmi les représentants les plus en vue du parti socialiste.
Ils s'efforcèrent de démontrer, et en cela ils étaient d'accord avec la commission, que le placement devait être une fonction sociale exercée gratuitement el exclusivement par les syndicats et les municipalités (1).
(1) Ecoutons M. Jules Guesde dans la séance du 26 février 1897 : « Nous demandons la suppression des bureaux de placement au nom même de cette liberté du travail qui constitue la principale conquête de 1789. Où donc est-elle en effet la liberté du travail, du moment qu'il faut pour le travailleur, pour arriver jusqu'au travail dont il a besoin pour vivre, acquitter un droit, payer une dime ?... Ce n'est plus même la dime déterminée d’autrefois, c'est une dime sans limite laissée à l'arbitraire de quelques-uns qui ont monopolisé le marché du travail, dime qui se paye en argent et qui se paye aussi en nature. Je dis qu’au nom seul de la liberté du travail l'institution des bureaux de placement se trouve condamnée ; je dis d’un autre côté que le placement des sans-travail, c'est-à-dire la vie même de milliers et de milliers de membres de l'humanité, ne saurait faire l'objet d’une industrie ou d’un commerce... Comment même sur vos
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Mais ils se séparèrent de la commission sur la question du délai prévu par l’article 8. Ils s'élevèrent avec vigueur contre le répit accordé aux bureaux autorisés, en faisant observer que ces bureaux se trouveralent, grâce à cetie survie, aussi forts après le vote de la loi qu'ils l’étaient auparavant et insistèrent pour la disparition immédiate de toutes les agences payantes qui ne faisaient que pressurer les travailleurs. « Accorder aux bureaux de placement, disait M. Coutant, un délai de cinq ans, serait provoquer la démocratie productive qui attend à cette heure que le parlement ait délibéré sur ces agences interlopes qui prennent l'ouvrier pour un objet que l’on achète, que l'on revend, qui naît et meurt au profit ou au détriment du maître... Je dis qu'il est temps que la République répare cette injustice sociale » (1).
On peut juger, par ce fragment de discours,combien les passions étaient surexcitées et combien 1l devenait
urgent de mettre fin à une situation qui provoquait
bancs admettre la liberté d'un pareil commerce, d’une pareille industrie, qui porte sur l'homme lui-même. Vous auriez pu aussi bien conserver, maintenir la traite |! Ce n’était pas une forme différente de la liberté du commerce et de l’industrie ! Les bureaux de placement ne sont pour qui va au fond des choses que le prolongement de la traite des noirs el la traite des blanches, ou plutôt ils sont la réunion, l’addition, la synthèse de cette double traite ».
(1) Chambre des députés, séance du 5 mars 1897, p. 622,
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les protestations quotidiennes des organisations ouvrières et de la grande majorité des journaux.
Le rapporteur, M. Georges Berry, bien que partisan de l’abrogation du décret de 1852, repoussait au contraire la suppression immédiate des placeurs en faisant remarquer que, si on n'avait pas une organisation nouvelle à substituer à l’ancienne, on allait à l'encontre des intérêts des travailleurs eux-mêmes qu'on entendait défendre : « La commission a cru que si vous ne donniez pas à l'organisation le temps de se créer, vous laisseriez sans protecteurs, sans intermédiaires, sans facilités de placement les travailleurs qui ne se sont pas syndiqués. De plus, elle n’a pas voulu que ces indépendants fussent obligés par cette suppression immédiate de se faire inscrire de force dans un syndicat. La commission à voulu avant tout être libérable et c'est pourquoi elle n'a pas accepté votre propositron » (1).
De leur côté, les placeurs trouvèrent un défénseur énergique en la personne de M. Guillemin. Sa thèse qu'il développa avec une réelle habileté était tout le contraire de la thèse socialiste. Tout en reconnaissant qu'il y avait eu beaucoup d'abus commis par les placeurs, notamment à Paris, il s’attacha à démontrer que ces abus provenaient exclusivement d'agents d’af-
(1) Chambre des députés, séance du 26 février 1907, p, 569.