‹ La Question Des Bureaux De Placement: Loi De 1904, Ses RésultatsChapitre 3 sur 49 · SUR · texte numérisé non relu

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dans les grandes agglomérations industrielles el passe souvent sans l'apercevoir à côté du travail qu'il recherche. ;

Enfin, il ne faut pas oublier que l'assurance contre le chômage, qui est appelée à rendre les plus grands services, ne pourra remplir son but que lorsque l'institution du placement sera elle-même organisée sur des bases solides et viendra alléger les charges qui pèseront sur l'assurance en s’efforçant de placer

les ouvriers et employés sans travail.

Telles sont les raisons qui expliquent que depuis un certain nombre d'années des hommes de tous les paris, sans distinction d'origine ou de religion, ont uni leurs eflorts pour arriver à la solution de ce pro-

blème social qu'est la question du placement.

Ces diverses idées que nous venons de développer, un député, M. Arnauld Dubois, les a mises en lumière dans un rapport déposé à la Chambre des députés dans la séance du 9 avril 1892, et dont nous extrayons le passage suivant : « En un temps où tout ce qui touche au travail, au salaire, à la situation, à l'intérêt matériel et moral de l’ouvrier, attire, préoccupe et passionne, cette question du placement d’où dépend la première bouchée de pain, doit d'autant plus attirer et mériter notre attention que le travail-

leur, au sein de nos grandes agglomérations, est de

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plus en plus isolé, perdu, anonyme, passé à l'état de poussière humaine. Nul, d’où qu'il vienne, ne contestera que celui qui n’a pour tout avoir que ses deux bras, n'ait un intérêt vital à en trouver un facile, prompt et économique emploi. Et on ne peut nier non plus que cet intérêt ne lui soit commun avec la société tout entière. Si le travail enrichit celle-ci, s'il la fortifie et la moralise, le chômage, au contraire,

l'alanguit, la trouble et la menace. »

Le placement est donc aujourd'hui, personne ne le conteste, une institution d’une utilité incontestable. Comment se réalisera-t-1l? C’est un point qu'il im-

porte de fixer dès maintenant.

On distingue plusieurs sortes de placement. La première division qui se présente à l'esprit, est cellec1 : le placement peut se faire sans intermédiaire ou avec intermédiaire. Dans le placement sans intermédiaire, tantôt les ouvriers se transportent aux ateliers et magasins des patrons pour leur offrir leurs services, tantôt ils se rendent, à des jours déterminés, sur certaines places où 1ls s’abouchent avec les patrons. Dans le placement avec intermédiaire, ou les ouvriers mettent à profit leurs relations, celles de leurs fournisseurs surtout, ou ils ont recours à la

publicité dans les journaux, ou enfin ils s'adressent

à un intermédiaire professionnel qui sera le bureau de placement, leur syndicat ou la bourse du travail. Ce n'est pas à celte première division que nous nous arrêlerons, malgré son importance, parce qu'elle ne paraît pas avoir préoccupé le législateur de 1904.

Une seconde division, celle qui nous servira de guide, est la division des institutions de placement en inslitutions de placement payé et institutions de placement gratuit. Les premières sont dirigées par des intermédiaires qui exigent une rétribution soit des travailleurs qui s'adressent à eux, soit des patrons auxquels ils fournissent la main-d'œuvre. Les secondes procurent gratuitement le travail aux ouvriers. Disons tout de suite, sauf à y revenir longuement plus tard, que de ces deux systèmes celui qui présente le plus d'avantages est celui du placement gratuit. Le placement payant est mauvais parce qu'il dégénère fatalement en spéculation et parce que le droit établi au profit du placeur retombe toujours en fait sur l’ouvrier, alors même qu'on l'impose au patron.

Le placement gratuit est donc ie seul qui soit conforme à l'idéal de justice et d'équité que doit poursuivre le législateur. Malheureusement, comme nous aurons l’occasion de l'indiquer, il n’a pas jusqu'ici, malgré la tentative de 1904, répondu aux espérances qu'on avait conçues, et, pour des causes diverses, dans

un certain nombre de professions, ce sont encore les

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bureaux de placement payants qui, en dépit des abus auxquels ils donnent lieu, attirent la majeure partie de la chientèle.

Il importe toutefois, à cet égard, d'éviter une exageralion. On est assez porté à atlribuer aux bureaux de placement, une importance qu'ils n'ont pas. Le domaine des travailleurs est extrêmement vaste, même si on cherche à le limiter à ce qu'on est convenu d’appeler les ouvriers, les employés, et les domestiques. Or, le simple examen des faits nous amène à cette constatation que, pour la plus importante de ces catégories, les ouvriers, les bureaux de placement n'ont que rarement servi d'intermédiaire entre les travailleurs et les patrons. La grande industrie qui a pris un essor si considérable au cours du XIX° siècle, spécialement en Angleterre, en Allemagne et en France n’a pas eu besoin de s'adresser à eux pour embaucher la main-d'œuvre qui lui était nécessaire ; celte main-d'œuvre s’est offerte elle-même, attirée qu'elle était par la perspective d’un gain quotidien à réaliser, et c'est pour une large part encore de cette facon que se recrute le personnel ouvrier des usines.

Sous l’ancien régime, à une époque où la grande industrie élait pour ainsi dire inconnue, c'étaient les

compagnonnages et les corporations qui pratiquaient

nos

l'embauchage pour les petits ateliers, et il paraissait naturel que ce fussent les associations elles-mêmes qui procurassent à leurs membres le travail ou la main-d'œuvre dont ils avaient besoin.

Comme nous le montrerons au cours de notre étude, les bureaux de placement ne sont pas l'organe rationnel du placement. Ce n'est qu'après que la loi Chapelier eût interdit, sous la Révolution, toute coalition, entente, association durable ou momentanée entre gens du même métier, que la nécessité de rapprocher les employeurs et les employés se fit sentir, et qu'une ordonnance du 20 pluviôse an XII vint décider la création, à Paris, de bureaux de placement sous la surveillance de l'Etat. Comme ceux qui avaient été si ingénieusement imaginés au XVII siècle par Théophraste Renaudot, ces bureaux servirent surtout au placement des domestiques, des employés de commerce et de ceux de l'alimentation, et bien peu au placement des ouvriers. L'industrie trouva la main-d'œuvre qui lui était indispensable, soit dans le placement direct, soit dans les associations patronales et ouvrières condamnées par la loi, mais qui n'en vivaient pas moins sous la forme de sociétés secrètes.

Lorsque le décret du 25 mars 1852 eût réorganisé le placement, pour quels métiers voyons-nous se créer des bureaux payants ? Pour les bouchers, les boulan-

gers, les garçons d'hôtel, les cuisiniers, les teintu-

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riers, les employés de commerce et de banque, les domestiques, les membres de l'enseignement, etc. mais nullement pour les ouvriers de l'industrie. Quelle conclusion en tirer, sinon que l'industrie, tout au moins en règle générale, échappe aux bureaux payants comme, d’ailleurs, aux bureaux municipaux gratuits, et que pour elle le placement se fait normalement, c’est-à-dire par le simple rapprochement de l'offre et de la demande, sans l'intervention d'aucun intermédiaire ? Nous n’appelons pas, en effet, « intermédiaires » les sociétés de secours mutuels ou les syndicats dont peuvent faire partie les patrons et les ouvriers.

Lorsque nous étudierons la loi de 1904 nous espérons démontrer aisément la supériorité des bureaux gratuits sur les bureaux payants. Il nous semble préférable d'aborder tout de suite l’historique de notre sujet, les renseignements que nous. fournirons à celte occasion devant nous per- : mettre de mieux comprendre la portée de la réforme intervenue. Nous pourrons constater dans cet historique le lien intime qui existe entre l’évolution des institutions de placement et le développement de la classe ouvrière. Nous serons d’ailleurs très brefs sur celte première partie, le but principal que nous nous sommes proposé étant l'étude de la loi de 1904 et de ses résultats.

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