CHAPITRE PREMIER
Le placement sous l’ancien régime,
Sous l'ancien régime, les bureaux de placement n'existaient pas à proprement parler. À part quelques rares exceptions on peut dire qu'ils n’ont fait leur apparition qu'au début du XIX° siècle. Au XVIII siècle et aux siècles précédents, on ne connaissait pas la grande industrie : à l'exception de quelques manufactures royales,il n'y avait pas de centres industriels. Dans chaque ville on comptait quelques ateliers occupant un très petit nombre d'ouvriers. Ceuxci, du reste, étaient groupés en corporations, immatriculés et hiérarchisés, et c'était la corporation à laquelle ils appartenaient qui leur assurait le travail.
Les ouvriers se déplaçaient d'ailleurs peu, tant à cause des difficultés de communication que de l'insécurité des routes. Il y avait bien, il est vrai, à côté des ouvriers sédentaires travaillant à l'année, un certain nombre de compagnons qui faisaient leur tour de France, se rendant par étapes successives chez
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leurs compagnons des autres villes. Ils avaient formé des associations qui s’occupaient de leur placement dans les diverses localités qu'ils traversaient en leur servant d'indicateurs.
Le placement au sens propre du mot n'existait donc pas dans l’industrie. [l apparaît, au contraire, dans le recrutement des domestiques, mais pas avec la même intensité que de nos jours parce qu'en fait, les serviteurs restaient attachés beaucoup plus longtemps à la personne de leur maître. Le placement en ce
qui les concernait se faisait surtout par relations (1).
(1) I semble toutefois que, de très bonne heure, on se soit servi aussi pour l'embauchage des servantes et des nourrices de l'intermédiaire des couvents et même de certaines agences de placement. C’est ainsi que les religieuses de Sainte-Catherine et de Sainte-Opportune s'occupaient, dès le XIe siècle, « des pauvres femmes et filles qui n'ont aucune retraite et cherchent condition » (Office du travail, Placement, p. 10) et que nous voyons Jehan Le Bon, dans son ordonnance de police des arts et métiers, réglementer l'industrie du placement des servantes et nourrices, et fixer le taux des honoraires auxquels la placeuse avait droit : « Les commanderesses, y est-il dit, qui ont accoutumé à louer, commander chambrières et nourrices, auront pour commander et louer une chambrière xvus deniers tant seulement, et d’une nourrice 11 sols tant d’une partie comme d’autre, et ne les pourront louer ne commander que une fois l'an. Et qui de plus en parlera, ne donnera, il l'amendera de x sols et la commanderesse qui deux fois en ung an allouera chambrière ou nourrice sera peunie par peine de corps au pilory où aultrement ». (Office du travail, Le placement, p. 10.