NOBLESSE OBLIGE
L’esprit public et le sentiment du devoir nous manquent à un degré considérable ; c’est un élément de faiblesse qui nous déconsidère aux yeux de nos concitoyens anglais, et inquiète ceux que le problème de nos destinées préoccupe. Comme catholiques et Canadiens-Français, pour l’honneur de notre foi et de notre nationalité, nous devrions avoir à cœur de réagir contre un défaut qui nous fait du mal. A l’école, au collège, à l’université comme à l’église, on devrait s’appliquer à enseigner aux enfants, à la jeunesse, à la population en général, que le moyen le plus pratique et le plus efficace de faire honneur à leur foi et à leur na-
tionalité est de remplir leurs devoirs de citoyens honnêtement, et consciencieusement.
Le meilleur catholique, le catholique le plus utile à sa religion, n’est pas celui qui proclame le plus hautement la supériorité de sa foi, de ses croyances ; c’est celui qui en démontre la vertu en remplissant, avec le plus de sincérité et d’honnêteté, ses devoirs de père de famille, de mari et de citoyen. Plus d’une fois, j’ai entendu des hommes importants dire qu’ils ne voyaient pas en quoi les catholiques l’emportaient sur les protestants dans l’accomplissement de leurs devoirs publics : « Vos hommes publics, vos députés, vos échevins et vos fonctionnaires sont-ils plus honnêtes que les nôtres ? »
Voilà une question embarrassante à laquelle il est difficile de répondre d’une manière satisfaisante.
Ceux qui nous posent cette question ne disent pas toute leur pensée, mais il est facile de voir qu’ils sont convaincus que nous leur sommes