LA QUESTION DEVANT LES TRIBUNAUX
Quand on se reporte aux diverses phases qu'a suivies la question des Ecoles, on se forme aisément la conviction que dès le début le gouvernement résolut d’éluder les responsabilités qui allaient peser sur lui, en renvoyant la question devant les cours de Justice. Il offrit à la minorité catholique, c’sst-à-dire à quelques-uns de ses représentants, de se charger des frais de la litigation qui aurait lieu. La première procédure fut intentée dans le mois de novembre 1890, par le Dr, Barrett, un citoyen catholique de Winnipeg, qui demandait aux tribunaux d'annuler les règlements adoptés par la ville en vertu des lois scolaires de 1890.
Le 24 du même mois, le juge Killam rejeta l'application de M. Barrett, et décida que les lois scolaires de 1890 étaient valides,
Un appel de ce jugement fut pris devant la Cour Suprême du Manitoba, qui, le 2 février 1891, maintint le jugement du juge Killam. Le juge Dubuc avait différé d'opinion avec ses collègues.
La cause fut portée devant la Cour Suprême du Canada, et, le 28 octobre 1891, ce tribunal décida à l'unanimité que les lois en question étaient nulles et sans effet.
La question fut alors soumise au Conseil Privc d'Angleterre, et, le 30 juillet 1892, le jugement de ce tribunal renversa celui de la Cour Suprême du Canada.
Jusque là les recours aux tribunaux, auxquels les représentants de la minorité catholique au Manitoba avaient si imprudemment con- »senti, avaient donc complètement tourné contre eux. S'ils eussent suivi leur première inspiration, et s'ils eussent persisté avec vigueur et détermination dans la demande de désaveu faite par Mgr Taché et M. Bernier, le 7 avril : 800, il n'y a aucun doute dans notre esprit que le Gouverneur-Général en Conseil se fût rendu à leur demande, Il faut cependant ne pas se montrer d'une sévérité excessive à l'égard de quelques-uns de ceux qui donnèrent leur assentiment aux procédures judiciaires. Ils ont agi de bonne foi, et ils ont été les victimes de leur trop grande confiance en des hommes qui n’ont eu évidemment d'autre but que de se maintenir au pouvoir par de fausses représentations et des engagements qu'ils n'avaient point l'intention de tenir,