LA QUESTION DEVANT LE PARLEMENT
La Chambre a à examiner, à juger un projet de loi, les effets, les conséquences de cette loi.
Les députés sont assermentés, ils ont juré de faire leur devoir selon les dictées de leur conscience.
Il y a dans le parlement beaucoup d'hommes d’une longue expérience, des avocats d'une science légale reconnue,
Ne sont-ils pas, en matière de législation, des jiges plus compétents que des hommes qui n’ont aucune connaissance des règles de la chambre, qui n’ont fait aucune étude politique ?
Rien n'est plus affigeant que de voir l'abus qui est fait de l'autorité des Evêques. Fien n'est plus propre à soulever contre la religion, contre les catholiques les plus dangereux préjugés.
Le révérend M. Newman, plus tard le Cardinal Newman, dans sa lettre au duc de Norfolk, en 1874, en réponse au pamphlet de M. Gladstone sur les doctrines du Vatican, écrivait ces lignes que nous livrons à la méditation de ceux qui, oubliant l’époque et le pays où ils vivent, proclament que la liberté civile est un vain mot :—
‘ Il n'y a pas peu à dire comme explication d’une démarche que dé- “ plorent ses nombreux admirateurs, J'ai le sentiment profond que les “ catholiques ont en grande partie à se remercier eux-mêmes, et personne ‘“ autre, pour s'être aliéné un esprit aussi religieux. 11 y a, il faut le recon- ‘“ naître, parmi nous des gens qui, dans ces années dernières, se sontconduits ‘ comme si aucune responsabilité ne s’attachait aux paroles extravagantes et ‘aux actes arrogants ; qui ont exposé des vérités de la manière la plus ‘ paradoxale, et qui ont exagéré les principes jusqu'au point de les rompre, “et qui, enfin, ayant fait de leur mieux pour mettre le feu à la maison, ‘ Jaissent à d’autres le soin de l’éteindre."”
Ces paroles du grand prélat anglais s'appliquent aux exagérés, aux imprudents, qui dans ces derniers temps ont fait de leur mieux
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pour mettre ‘“ le feu à la maison,” en réclamant pour la hiérarchie catholique, ou plutôt pour quelques évêques de la Province de Qué-
bec, la suprématie sur le parlement, dans un pays britannique—
suprématie que jamais le Pape lui-même n’a songé à réclamer.
Un très jeune théologien, de vingt-cinq ans environ, s’est placé dans la catégorie de ceux que le Cardinal Newman condamne avec tant d'énergie et d’apropos. Ila fait de l’Encyclique “ Immortale Dei” un usage rien moins que louable : il x détaché du texte une phrase au
moyen de laquelle il fait dire au document Papal le contraire de ce qu'il est destiné à enseigner.
Dans cette Encyclique Léon XIII. définit les pouvoirs de la puissance civile et de la puissance religieuse. Il s'exprime ainsi : ‘ C'est pourquoi Dieu a reparti entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil le soin de pourvoir au soin du genre humain. Il a préposé le premier aux choses divines, et le second aux choses humaines. Chacun d'eux dans son genre est souverain, chacun d'eux est renfermé dans les limites parfaitement déterminées et tracées en conformité exacte avec sa nature et son principe; chacun d'eux est donc circonscrit dans une sphère où il peut se mouvoir et agir en vertu des droits qui lui sont propres.
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‘“ Ilest donc nécessaire qu’il y ait entre les deux puissances un système bien ordonné de relations non sans analogie avec celui qui dans l’homme constitue l'union de l'âme et du corps.
“ Pour déterminer en quoi ces relations consistent et jusqu'où elles s’étendent, il faut préalablement, comme il a été dit plus haut, considérer la nature de chacunes d'elles, et tenir compte de l'excellence et de la dignité des principes auxquelles elles se réfèrent, puisque l’un a pour fin prochaine et principale de s'occuper des intérêts terrestres, et l’autre de procurer aux hommes les biens célestes et éternels, Ainci, tout ce qui, dans les affaires humaines, à un titre ou à un autre, concerne la religion, tout ce qui touche au salut des âmes et au service de Dieu, soit par son essence, soit par ses rapports avec le principe d’où il dépend, tout cela est du ressort de l’autorité de l'église. Quant aux autres choses qui constituent le domaine civil et politique, il est dans l'ordre qu'elles soient soumises à l’autorité civile, puisque Jésus-Christ a ordonné de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.”
Comme on le voit, il s'agit ici d'une définition magistrale des droits et des pouvoirs de l'église universelle et de l'État. Il n'est nullement question de l'autorité des Évêéques, dans tel et tel cas, ce qui est une matière entièrement différente. M. l'Abbé Paquet, pour établir sa thèse, que les Évèques ont le droit de dire aux députés: “ Vous voterez cette année pour la loi remédiatrice, votre devoir est de nous obéir; cette loi est de notre domaine exclusif,”a détaché du texte que nous venons de citer cette seule phrase :
‘Tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre qnelconque, tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par rapport à son but, tout cela est du ressort de l'autorité de l'Eglise.”
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“ L'Acte Remédiateur,” préparé par un gouvernement corrompu pour tromper l'électorat, est-il une chose sacrée ?
“# L’'Acte Rémédiateur,”’ au lieu de toucher au salut des âmes et
ù au Culte de Dieu, est une infâme manœuvre électorale, une odieuse duperie,
Comment, en vérité, oser profaner ainsi l'Encyclique et scandaliser les-consciences des faibles ?
Le Pape, dans la même Encyclique, flétrit ceux qui abusent des choses de la religion, et rend à César ce qui est à César.
‘S'il s’agit de questions purement politiques, comme de se prononcer sur le meilleur système de gouvernement ou sur telle ou telle manière d'organiser les Etats, on peut se livrer à de libres et honnêtes discusions. Incriminer les catholiques, dont la piété et la résolution d’obéir fiilialement aux décisions du Saint Siège sont d’ailleurs notoires, parcequ’ils professaient sur ces divers points des sentiments différents des notres : cela constituerait une véritavle injustice. On se rendrait plus coupable encore si, comme nous avons eu le regret de le voir faire en plus d’une circonstance, on allait déclarer leur foi suspecte ou pervertie.”
La ‘“ meilleure manière” de donner aux Catholiques du Manitoba le moyen d'avoir des écoles, n'est-elle pas une question purement politique, et par conséquent l’une de ces questions sur lesquelles, d'après le Pape, ‘ on peut se livrer à de libres et honnêtes discussions ” ?
QUEL POURRAIT ÊTRE L'FFET POLITIQUE D'UN CON- FLIT RÉSULTANT DE L’'ACTE REMÉDIATEUR ?
On nie aux députés catholiques le droit de voter selon leur jugement, selon leur conscience dans cette affaire des écoles du Manitoba.
Cette monstrueuse prétention, si elle était tolérée, forcerait la moitié de ces députés à sortir de la vie publique. Elle mettrait les Catholiques au ban de l’opinion du monde civilisé,
Voici une loi dont les conséquences civiles, politiques et constitutionnelles peuvent être immenses. Elle peut avoir pour résultat une lutte violente entre les races dans la Puissance, elle peut provoquer la séparation du Manitoba de la Confédération, une résistance par la force, une guerre civile, etc.
Et les représentants de la nation, assemblés à la capitale, des hommes de la sagesse, de l'expérience de M. Laurier, etc. etc. n'auraient qu'à s’incliner devant les ordres d'hommes dépourvus de connaissances politiques et des moyens de juger la situation sous son vrai jour.
Telle n’est pas la doctrine catholique,
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