EÔLE DU SYSTÈME NERVEUX DANS LA GENÈSE DE L'ECZÉMA
Il est presque entièrement étudié dans l'analyse précédente. Pour compléter ce que nous venons d'en dire, signalons les travaux de Tommasoli (deuxième cas de son mémoire sur l'influence des émotions sur la production des éruptions, Revista medica de Sevilla) (1) ; l'observation que nous avons présentée à la Société de dermatologie, le 12 juillet 1894 (Brocq, Dejerine et Mirallié : Eczéma symétrique des mains développé sur les territoires des nerfs médian et radial avec intégrité absolue des territoires du cubital) ; le mémoire de Nikolsry et de Stoukowenkoff sur les rapports de l'eczéma chronique avec l'anesthésie cutanée (Med. obos., 1894, n° 13), où les auteurs concluent que l'eczéma peut être une des manifestations autonomes de l'hystérie; celui de Pawloff [Botnitsch. Gaz. Botleine, 1894, nos 34, 35: Contribution à l'étude des eczémas réflexes), dans lequel il signale le cas d'une femme nerveuse, hyperesthésique, ayant un rein mobile, chez laquelle de Feczéma se produisait dès qu'elle ne portait plus de bandage; celui d'IsmoRE Dyer (Reflex eczéma in children. Médical Record, 21 janv. 1893), dans lequel l'auteur insiste sur un eczéma des enfants à forme spéciale, très prurigineux, occupant la face, le front et le menton, les surfaces d'extension, les mains, les bras, les pieds, les jambes, les cuisses; constitué par des plaques à bords nettement arrêtés; sujet aux récidives, coïncidant souvent avec de l'asthme, et dont la cause première semble être des troubles du côté du tube digestif, l'anémie, la dentition, les adhérences du prépuce, et, dans ce cas, il guérit par la circoncision, etc., etc. ; diverses publications de Gastou (lésions eczématiformes, symétriques des extrémités digitales du médian chez un malade atteint de prurigo chronique, et éruption lichénoïde, suite de traumatisme sur le trajet dn nerf cubital {Soc. française de dermatologie et desyph.) ; enfin un cas fort intéressant de Monfort et Miraillié, d'eczéma palmaire chez une hystérique avec exagération des lésions cutanées sur le terri-
(1) Mentionné dans les Monatshefte fur prak. Dermat., 1886, p. 432.
toire d'un nerf cubital atteint de névrite, et dans lequel l'eezéma guérit en même temps que la névrite (1).
Tous ces faits semblent bien établir qu'il existe certaines relations entre des troubles divers du système nerveux et des éruptions eczémateuses.
Par contre, M. le Dr Leredde, dans un mémoire récent, est venu donner la note inverse (2). D'après lui la microbiologie a réduit singulièrement le rôle que l'on a attribué jusqu'ici au système nerveux. C'est le microbe qui est la cause réellement efficiente : l'altération du système nerveux ne joue qu'un rôle minime de préparation à l'action microbienne. Il ne croit pas même que l'on puisse faire intervenir l'action utile d'agents qui modifient le système nerveux, comme argument décisif pour démontrer le rôle prépondérant du système nerveux dans la genèse de certaines affections eczémateuses ; il pense que, dans le cas où cette action curative serait démontrée, cela prouverait simplement que le système nerveux joue un rôle à l'origine de cette dermatose, mais ne démontrerait pas que l'altération nerveuse est la cause directe des lésions cutanées.
Remarques. — M. le Dr Leredde admet dans leur totalité les idées d'Unna sur l'origine microbienne des eczémas. Mais il les admet sans intransigeance, à peu près telles que les a formulées le maître de Hambourg, dans sa fameuse conception de 1890 que nous allons exposer plus loin.
Son opinion sur le rôle pathogène du système nerveux dans l'eczéma est parfaitement logique. Il n'y a guère que deux objections possibles : 1° que le parasitisme de l'eczéma n'est pas encore scientifiquement démontré, et que, tant qu'il ne Test pas, les partisans de l'origine interne de cette affection peuvent, au lieu de microbes, parler de manifestations à la peau d'un état général, auto-intoxication, goutte, etc., au locus minoris resistentise des téguments créé par le trouble nerveux ; 2° qu'en admettant même l'hypothèse du parasitisme de l'eczéma, il faudrait toujours rechercher si la cause majeure de l'affection, celle qui est la plus importante, celle qui domine toutes les autres au point de vue pathogénique, celle enfin que nous appelons la dominante étiologique, est bien le microbe. Ce point est à discuter ; mais nous reconnaissons que les arguments apportés par M. le Dr Leredde sont de la plus haute valeur, et que son opinion peut fort bien être la vraie.
Quoi qu'il en soit, il nous paraît hors de doute que l'on ne doit considérer le rôle du système nerveux dans la pathogénie de l'eczéma que comme un rôle accessoire de préparation de terrain et de constitution de locus minoris resistentise, quand il s'agit de névrite ou de
(1) Annales de dermat. et de syph., déc. 1897. — Voir également Stoukowenkoff. Nouvelle Iconographie de la Satyêtrière, mai 1895, etc..
(2) Leredde. Le rôle du système nerveux dans les dermatoses. Étude critique. Arcli. générales de médecine, avril 1899.
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lésions quelconques du système nerveux, de cause déterminante, quand il s'agit d'émotions vives, de chocs nerveux qui impriment àtoutl'organisme des modifications telles que l'affection se développe (1), et cela, quelle que soit d'ailleurs la théorie que Ton adopte sur la nature réelle de l'eczéma, que l'on en fasse un mode de réaction spécial de la peau ou qu'on la considère comme une affection microbienne et spécifique.
Il y a des médecins qui ne peuvent arriver à comprendre le rôle des émotions, des chocs nerveux, du surmenage intellectuel, des préoccupations morales dans la genèse des dermatoses ; ils n'ont pas assez de quolibets pour les théories pathogéniques qui tiennent compte de ces facteurs. Nous les engageons à lire avec attention les deux articles : Troubles préalables de la nutrition par Ch. Bouchard, et Les réactions nerveuses par Ch. Bouchard et Roger qui viennent de paraître en novembre 1899 dans le tome III du Traité de pathologie générale de Bouchard. Ils y verront analysé et démontré le rôle que jouent les modifications du système nerveux dans l'hérédité, l'innéité, dans les diverses manifestations morbides intercurrentes, dans le développement des diverses manifestations arthritiques.