‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 10 sur 176 · Espagne 534, fol · texte numérisé non relu

Espagne 534, fol

GHOISEUL ET l'aLLIANCE ESPAGNOLE. 7

avait prêté serment pour la charge de secrétaire d'État aux Relations extérieures. Par une mesure que justifiait la confiance de Louis XV et la gratitude du roi d'Espagne, Choiseul conservait la correspondance diplomatique avec l'Espagne, le Portugal et les cours de famille (Naples et Parme). Mais il prenait possession du ministère de la Marine^ et toute son activité ne serait pas de trop pour mener de front les occupations si lourdes que lui imposaient ses multiples fonctions. Il se montrait plein d'ardeur pour se mettre à la besogne et de courage pour l'accomplir. « C'est une machine bien en désordre ^ disait-il en parlant de son nouveau département. Avec de la patience^ de la suite, du travail et plus de talents que je n'en ai, on vient à bout de tout. » n devait justifier, et au delà, les espérances qu'il concevait alors.

Pour la réussite de cette œuvre, l'entente avec l'Espagne était un point capital, et le concours empressé du marquis d'Ossun lui demeurait des plus précieux. Aussi Choiseul fut-il heureux d'obtenir de Louis XV un témoignage matériel de satisfaction pour son ambassadeur à Madrid. Le jour même où il faisait part à d'Ossun de son entrée en fonctions à la Marine, il lui annonçait « une gratification de 20,000 livres qui serait jointe à ses appointements du premier quartier de l'année prochaine >. Récompense bien méritée des efibrts accomplis par ce fidèle serviteur et stimulant de zèle pour l'activité qu'il lui faudrait encore témoigner dans l'avenir.

Un événement sensationnel venait de se produire à Londres qui pouvait modifier sensiblement les conditions de la politique générale. C'était la retraite du ministre qui possédait à un si haut degré la confiance de la nation britannique. Pitt avait donné sa démission, et Georges III, consentant sans peine à l'accepter, avait aussitôt confié le pouvoir à lord Bute, qui lui était bien autrement sympathique.

Je ne doute pas, disait Choiseul, que la rupture de notre négocialion avec la cour de Londres n'ait été un des motifs de ce changement dans le ministère britannique ou, du moins, le prétexte plausible qu'ont saisi les ennemis de M. Pitt pour l'obliger à se retirer, et, conséquemment, je pense que Milord Bute va s'attacher par toutes sortes de moyens à conjurer l'orage qui était prêt à fondre sur son pajs par l'union de la France et de TËspagne; mais les ministres

8 ALPIED BOUIGUET.

aD^is peavent changer, je suis bien sûr que la volonté du Roi et celle du roi d'Espagne ne changeront pas^

On sait que Choiseul devinait juste en bien augurant pour l'avenir de la chute de l'homme qui avait impitoyablement poussé son pays à la lutte contre la France. Mais, en attendant l'heure où les conséquences de son départ se feraient sentir, il ne fallait rien négliger pour se mettre en état d'en profiter. Nous venions de foire à la cour de Londres les avances les plus désavantageuses pour obtenir la paix. Elles n'avaient pas réussi, et Choiseul persistait à croire que l'état de guerre pouvait seul, à cette date, nous dédommager de l'humiliation des sacrifices que nous aurions consentis.

Voilà, disait-il, le moment d'arrêter les progrès de Tennemî commun. Le trouble de son intérieur^ les embarras qu'il rencontre dans ses moyens doivent nous faire augurer que la déclaration de l'Espagne réduira TAngleterreàun système pacifique et modéré tel qu'il convient aux intérêts et à l'honneur des deux couronnes... La rupture de l'Espagne avec TAngleterre nous parait instante. Nous croyons être dans la circonstance où cet événement fera une sensation à Londres très avantageuse pour nous, et nous sommes impatients d'apprendre si la cour de Madrid pense de même que le Roi sur ce point important.

La cour de Madrid était moins pressée que le cabinet de Versailles. Le roi d'Espagne approuvait sans restriction les préparatifs de Choiseul, et il avait appris avec la plus vive satis&ction le nouvel arrangement qui mettait entre les mains de ce ministre les deux départements de la Marine et de la Guerre. Il augurait les plus heureux résultats de cette réunion des forces maritimes et militaires sous la même direction, mais U hésitait encore à se déclarer contre l'Angleterre. En dépit des instances du marquis de Grimaldi, qui se joignait de Versailles à Choiseul pour le pousser aux mesures immédiates, Charles III voulait attendre les informations qu'il avait demandées à son ambassadeur à Londres.

Le départ de Pitt ne l'avait pourtant pas moins réjoui que Louis XV. C'était d'ailleurs (s'il faut en croire M. de Fuentàs) à « une circonstance qui regardait l'Espagne que l'on devait le

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