CHOISEUL ET L ALLIANCE ESPAGNOLE
Choiseol crut donc indispensable de revenir à la charge et le 13 octobre 1761 il écrivit à d'Ossun une seconde lettre où il développait une fois encore ses vues sur Teutrée en campagne de la monarchie espagnole. Plus il croyait apercevoir de lenteur à Madrid et plus il se montrait pressant pour que cette question fût promptement réglée. Aussi disait-il : « J*ai longtemps conféré avec M. l'ambassadeur d'Espagne sur la déclaration de guerre de S. M. C. contre l'Angleterre, Je crois avoir prouvé à cet ambassadeur qu'elle ne peut pas être trop prompte et qu'il était important qu'elle se fît vers le mois de novembre. »
Il ne fallait pas s'attendre, d'après Choiseul, à ce que le ministère britannique traitât avec hauteur M. de Fueotès à Londres. Il semblait certain, au contraire, « que la cour d'Angleterre aurait pour celle d'Espagne la douceur la plus marquée » et que « M. Pitt s'étudierait à endormir S. M. C. par des complaisances et même des espérances de terminer les différends à la satisfaction du roi d'Espagne », a\fin d'empêcher ou tout au moins de retarder le plus possible l'union des armes françaises et espagnoles.
Choiseul redoutait beaucoup, si Pitt parvenait à ce résultat, de lui voir acquérir dans les cabinets de l'Europe « une grande supériorité sur nous » en leur inspirant une crainte très vive par le seul fait que l'Espagne paraîtrait avoir peur de se déclarer contre l'Angleterre. Le ministre anglais ne pourrait-il pas non plus, si l'on venait à apprendre notre alliance avec l'Espagne, nous couvrir de confusion en la traitant d'inutile et même de chimérique puisqu'elle ne produisait aucun résultat?
Ce serait là pour notre adversaire un succès moral considérable devant les puissances étrangères et devant ses concitoyens, toujours prêts à l'admirer. En outre, le crédit financier se soutiendrait à Londres « en proportion de l'opinion qu'on aurait que l'Espagne ne se déclarerait pas contre l'Angleterre >. Si le ministère britannique, disait Choiseul, flattait et entretenait pendant quelques mois cette croyance, il se donnerait le temps de réunir des fonds pour une campagne nouvelle contre la France et il remporterait ainsi un grand avantage sur nous. L'un des objets intéressants de l'alliance n'était-il pas d'empêcher « l'opération de fonds » qui serait consommée si l'Espagne ne prenait pas un parti dans le courant de novembre. « En vérité, concluait le ministre, je ne conçois pas quel avantage le retardement de la
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déclaration de S. M. G. pourra procurer qui puisse compenser celui de l'embarras de la cour d'Angleterre sur ses fonds ^. »
Un autre « objet politique et essentiel » paraissait de nature à activer les décisions de Charles UI. Choiseul avait perdu toute espérance de voir la cour de Vienne triompher dans sa lutte contre le roi de Prusse et il écrivait à d'Ossun : « Quoique les Autrichiens aient pris Schweiduitz par une espèce de miracle et que, dans ce moment, leur enivrement doive faire place à l'abattement qu'ils avaient montré précédenmient, il faut s'attendre qu'il arrivera en Silésie, avant les quartiers d'hiver, des événements qui pourront faire renaître cet abattement. Il sera autorisé par l'esprit qui règne à Pétersbourg et qui, nécessairement, influe sur la cour de Vienne. »
Choiseul redoutait que les deux impératrices ne fissent alors des démarches pour la réunion du congrès projeté à Augsbourg. Il estimait que, si l'Angleterre y consentait, nous aurions de la peine à nous y opposer et que « les négociations pourraient se trouver en pleine activité > à la fin de cette année 1761. « Si l'Espagne ne s'est pas déclarée, disait-il très justement à d'Ossun, elle ne sera point admise au congrès. Si elle n'y est point admise, jugez du râle que jettera la France seule, obligée de se soumettre aux conditions de ses ennemis et de ses alliés... Cette situation de la France sera aussi humiliante que désavantageuse. Au lieu que, si le roi d'Espagne avait un ambassadeur à Augsbourg, unis d'intérêts avec lui nous 7 jouerions le rôle, pour les afiaires d'Espagne et de France, qui nous conviendrait en nous rendant les maîtres absolus de notre négociation avec l'Angleterre 2. »
Il faut bien convenir que les raisons exposées par Choiseul étaient des plus sérieuses et méritaient d'être examinées avec soin par Charles III. Le ministre français venait d'ailleurs d'assumer une tâche nouvelle qui devait l'encourager plus encore à solliciter le concours des forces maritimes de l'Espagne.
Le 13 octobre 1761, son cousin, le comte de Choiseul-Praslin,