‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 105 sur 176 · Arch. uat., W 54S, 29 prairial (reg. de correspondance · texte numérisé non relu

Arch. uat., W 54S, 29 prairial (reg. de correspondance

268 R. GUTOT ET F. THÉXABD.

Le bruit se répandit en un moment que six accusés allaient être condamnés à mort. Les parents de Goujon l'apprirent très vite. Sa mère courut aussitôt à la Commission, voulant essayer d'embrasser son fils une fois encore. Elle fit passer au président ce court billet, d'une écriture toute tremblée^ :

Citoyens juges,

Pleine de confiance dans votre justice et convaiocue comme je le suis de rinnocence de mon fils, j'ose cependant vous supplier de m'accorder la permission de le voir ce matin un instant avant Taudience, voulant éviter la foule qui se trouve à ces heures-là et aussi la trop vive émotion que pourrait me causer votre prononcé, quel qu'il soit, ainsi que toute mon espéraînce dans votre justice.

Salut et fraternité.

Ricard, veuve Goujoir.

J'attends votre réponse.

Le capitaine de service rapporta le billet quelques moments plus tard avec cette note : Vous ne pouvez entrer dans ce moment'^.

Pendant ce temps, Lise et Sophie s'étaient rendues à la Convention. Elles voulaient se présenter à la barre et réclamer justice. Elles pensaient émouvoir la majorité, obtenir un décret de sursis à l'exécution ; elles étaient dans cet état d'émotion suprême où l'on est près d'attendre et de réclamer un miracle. Les sentinelles leur refusèrent l'entrée de la salle. Elles allèrent au Comité des Onze et demandèrent à voir Lanjuinais. Il sortit de son bureau et les conduisit à la salle des pétitionnaires. En chemin, Sophie parla de l'innocence de son frère, supplia Lanjuinais de &ire effort pour le sauver, de prendre un moment la présidence pour que du moins elles pussent être introduites et faire entendre leur prière. Lanjuinais refusa : « Je n'ai pas présidé une fois pendant cette quinzaine, dit-il; je ne veux pas avoir l'air de présider exprès pour cette affaire... Je veux bien croire que votre frère est innocent, je ne dis pas qu'il ne le soit pas, mais en le sauvant il faudrait sauver les autres, et que diraient de nous les puissances étrangères! » Et sur ces mots il s'éloigna^. En vain Sophie et Lise firent demander par l'huissier la permission de paraître à la

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