Le terme dupéikku a pris le sens de corvée
3. Les grandes inscriptions des rois de LagaS, Urukagina et Gudéa, mériteraient, à ce point de Tue, une étude spéciale. Je m'en tiendrai ici à quelques traits. — Urukagina doit son pouvoir au dieu Ningirsu; il est le restaurateur de la liberté et de l'ordre (Thureau-Dangin^ Inscr., p. 77, 87), le destructeur de la tervitude (p. 81), parce qu'il c a rétabli les décrets et fait demeurer dans le pays la parole que son roi, Ningirsu, avait prononcée > (p. 81), c'est^-dire la parole de justice. En conséquence, les abus cessent : extorsions des fonctîoniiaires et des prêtres (p^ 85, 89), parmi lesquelles Je relève les droits qu'ils prélevaient en cas de répudiation (p. 89} et un droit de prise sur les animau]^
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Ce qui se pratiquait pour les maisons pouvait, à certains égards au moins, se pratiquer pour les champs. On y pouvait enterrer en certains points choisis des amulettes, des fétiches protecteurs, usage antique qui nous est attesté ailleurs, par exemple dans Tlnde^ où de tels objets servirent plus tard de témoins, comme nos pierres-bornes. On les pouvait suspendre aussi à un arbre, à un rocher, à une clôture. Mais rien ne valait, comme efficacité durable, la pierre, la pierre qui, à régal de Tarbre, était animée, habitée par un démon ou un dieu, protégée par lui* et qu'on pouvait instituer à demeure en tout lieu choisi.
C'est dans le culte des pierres que je vois l'origine première des kudurru^ des stèles-limites, dont je parlerai plus loin. Aussi peu que Tuniversalité de ce culte est douteuse^, aussi certain est-il qu^une de ses manifestations principales était là pierre levée^ représentant un phallus^. Cette forme parait se survivre jusque dans les koudourrous de Tépoque kassite et elle se décèle, quoique tronquée, dans Tancétre lointain de ces monuments, Tobélisque deManîâtu-sa, roi de Kiâ, aux environs de Tan 4000 av. J.-G. ^
La filiation remonte certainement bien plus haut, et nous avons la possibilité, je crois, d'entrevoir les rites primitifs qui accompagnaient
(p. 85); coutumes Ticieuses, telles que la polyandrie, puisqu'il est dit : c Les femmes d'auparavant par deux hommes étaient possédées, les femmes d'à présent (dans ce cas] au (lacune) sont jetées » (p. 89). — Pour décider le dieu Ningirsu à venir habiter le superbe temple qu'il lui a construit, Gudéa procède à une double purification : il purifie la ville de ses souillures, il purifie le peuple des injustices (p. 151-153. Cf. p. 107). Il réalise, en d'autres terme», un tabou à la fois matériel et social ou juridique. Après quoi, el une fois que le dieu aura fixé son siège dans le temple^ y sera présent en personne, ce sera à lui-même et à ses serviteurs fidèles à veiller au maintien de l'ordre public et au règne du droit. Lui et son épouse, Bau, fixent les sorts, jugent la ville, leur temple est le lien des jugements, leur sceptre le sceptre d'équité, leur parole la parole <f équité (p. 121 et soiv.).
1. Cf. Maspero, Histoire ancienne de VOrieniy t. I, p. 642, et Sayoe, TUe Religion ofthe ancient Babylonians, cité par lui.
2. Le culte est bien connu chez les Phéniciens et les Israélites; chez les Arabes, il a été récemment signalé à nouveau par Gurtiss, Drsemitische Eeligion (Leipzig, 1903), p. 92 et suiv.
3. Belser admet que Tidéogramme de kudurru correspond à aufgesielUes {Babylon, Kudurru Inschriften, BeUrage fur Àssyriologie, t. II, p. 111) et Jeremias croit que la forme typique était le phallus^ forme qu'il retrouve dans le bloc de diorite de Hammourabi {Dos alte Testament im Liehte des OrienU, Leipzig, 1904, p. 262).
LE GODE DE HAKHOUBiBI. 279
la pose de la pierre sacrée et la proteclion magique dont elle était le siège.
Nous le pouvons grâce au vieux roi de Lagaâ, Eannatum, à qui nous devons la célèbre stèle des vautours, un des joyaux de notre musée cbaldéen du Louvre.
Eannatum nous apprend * que le roi de Riâ, Mesilim (un des plus anciens prédécesseurs de ManiStu-su), avait, comme souverain de Lagaâ, fait une délimitation', érigé une stèle-limite. Cette stèle, les voisins de Lagaâ, les hommes de Giâ-hu la renversèrent pour s'emparer des champs qu'elle abornai t. Eannatum la rétabli t ^ après une éclatante victoire sur les usurpateurs. Une des faces de la stèle des vautours figure le combat et l'extermination des vaincus, Tautre représente Pintervention magique de la divinité. Nous y voyons apparaître un personnage mythique, un dieu qui frappe de sa masse d'armes des hommes enlacés dans un vaste filet. Et qu'est cela? L'inscription nous le prouve, la mise en action des forces vengeresses que recelait en elle la stèle renversée, et qui, par de nouveaux rites, sont incorporées à la stèle rétablie. Ces rites, le texte les décrit en un langage hiératique plein d'une sauvage énergie^.
Le roi de Lagaâ commence par prêter un serment, plus exactement par foire une conjuration. Il appelle son dieu, il le nomme. Le dieu se présente, et à ce moment les hommes de Giâ-hu le nomment à leur tour. Ils l'invoquent, ils se lient à lui par un serment. Un fossé est creusé, qui a peut-être une signification rituelle', en même temps qu'il sert de limite, une stèle est dressée. Et c'est alors qu'une deuxième invocation est adressée au dieu. Des paroles sacramentelles, magiques, sont prononcées, des victimes sont sacrifiées, des
1. Galet E, col. I (Thoreaa-Daogin, ItueripUons de Sumer et d^Akkad, p. 44-45).
2. Bar nn eône d'Entemena, il est dit expressément que celte délimitation a été faite parla parole d'Bnlil,de Ninglrsn et d'un autre dieu (Thurean-Dangin, Inscriptions de Sumer et d'Akkad, p. 62-63). L'Inscription d'Eannatum parlait aussi d'un oracle, mais elle est interrompue par une lacune.
3. Pfous pouvons suppléer sur ce point les lacunes (p. 2S-29) de la stèle des rantours grâce à l'inscription d'Entemena, qui porte : c Eannatum... remit en place la stèle de Mesilim » (p. 65).