‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 119 sur 176 · Ibid.y p · texte numérisé non relu

Ibid.y p

6. La formule est : « Dont les noms sont nommés (sum-sunu tâkru) dans cette pierre {ina eli narie anni) i (Mémoires, t. II, p. 89, 110; Beilrûge, t. II, p. 120, etc.}. Or, le sens rigoureux de suma zakâru est exister (Delitzsch, H. W., p. 255). On existe quand on est nommé. La formule revient donc à dire que les dieux sont présents dans la pierre parce qu'ils sont nommés. Le même phénomène se produit par l'inTocation ou la conjuration, car éuma nabû (appeler le nom) = exister (Delitzsch, H. W., p. 441). Narû est la stèle de pierre, par opposition à tem{m)en{n)u, la brique. Je note comme yoisins les termes nardru^ protéger, nararu, protecteur.

7. KvkUumu signifie c faire voir, exhiber, faire montre de, faire apparaître •.

8. M. Scheil a traduit c dont les sièges sont représentés ». En réalité, éttbtu Teut dire c demeure, domicile i (par exemple dans le Gode de Hammourabi, demeure, domicile du mari, { 171); d'autre part, si uddà est, comme Ta admis très Justement H. Scheil, une forme courante du verbe idû, voir, faire voir, nous avons une expression parfaitement synonyme de celle qui est employée pour les armes. Je me demande seulement si l'on ne pourrait pas donner ici la préférence an verbe adik, qui signifie c fixer, établir légalement » (Delitzsch, H. W., p. 232).

9. Littéralement : c formées » (ussuru), — Est-ce par rencontre fortuite que l'homonyme d'usurtu, image (Delitzsch, H. W., p. 309), signifie ban, Uen faUsl^ et soit désigné par le même idéogramme? (Delitzsch, H. W., p. 122.}

286 KJLAIfGES ET BOCUUBIITS.

Et la pierre elle-même est appelée à Texistence, devient une personne animée^ puisqu'elle reçoit un noniy signe de vie que ni les constructeurs de temple, ni les consécrateurs de statues ne manquent jamais d'imprimer à leur œuvre.

Un de ces noms surtout est remarquable, c^est celui du koudourrou de Nazimaruttaâ : « Cette pierre est nommée : Nabù, garde (nasir)j la borne (kudurru) des cbamp's^ »

Nabû est, en effet, soit sous son nom ordinaire, soit sous celui de Ninib, le protecteur par excellence des koudourrous, le seigneur des limites et des bornes, bel misriukudurri, titre que les rois de Babylone lui ont emprunté en s'appelant Nebukadnezar (Nabuchodonosor'). Et pourquoi l'est-il? Parce. qu'il est à la fois le messager des dieux et le dieu des scribes, le dieu de récriture, celui qu'Assurbanipal regardera comme l'auteur de toute la production livresque qu^ fera recopier {Sagesse de Nebo)^ parce qu'il est aussi l'auteur de tout lien rikis kalama^y ce qui peut se rapporter à la fois au lien magique, base du contrat, et au lien familial {kimu)^ base de la propriété collective. Sa vindicte, dès lors, pour protéger les koudourrous, dont la garde lui est conQée, s^attaqueaux bornes et aux limites personnelles de rusurpateur : « Qu^il les renverse^ qu'il les détruise, qu'il les foule aux pieds ^. »

Le rapprochement avec les institutions du moyen âge n'est pas le seul qu'éveillent dans l'esprit les koudourrous chaldéens. Il en est un autre qui, à la différence du précédent, pourrait impliquer même une certaine flliation, je veux dire le rôle juridique des pierres sacrées, leur emploi comme bornes chez les Grecs.

L'animisme appliqué aux pierres apparaît partout dans la Grèce primitive. Ici c'est Zeus, là Apollon, ici Eros, là Arthemis, fréquemment Hermès, qui sont non seulement représentés par la pierre, mais identifiés avec elle. La pierre fruste est ointe d'huile, enveloppée de bandelettes, ceinte de couronnes ou de guirlandes, adorée comme si elle était le corps de la divinité elle-même. Les Grecs ont conservé dans leur langue un mot dont ils avaient oublié Torigine et qui exprime l'idée chaldéenne du koudourrou, siège de la divinité.

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