La Cité antique, livre II, chap. vi, p. 69 (éd
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290 MELANGES ET DOCUHBIfTS.
A vingt ans de dislance, M. Paul Fournier^ a éprouvé le besoin de mettre au point le mémoire sur les Fausses Décrélaies qu'il avait publié dans la Nouvelle Revue historique de droit. Aussi bien la polémique au sujet de la provenance et de la date de composition n'avait point cessé d'être active depuis 4887, et il était bon qu^un travail d'ensemble épargnât au public la lecture de trop nombreux articles en lui exposant clairement les arguments en présence. Il est superflu d'ajouter que Fauteur s'est on ne peut mieux acquitté de cette tâche.
En ce qui concerne la patrie des Fausses Décrétales, voici quelles sont ses conclusions (p. 83) : « 4^ Les Fausses Décrétales conviennent à la situation de la province de Tours, entre 846 et 852^ mieux qu'à la situation d'aucune autre province; 2'' à l'époque de la rédaction des Fausses Décrétales, Isidore ou un de ses associés rédige dans la région mancelle des apocryphes desti^jés à servir les intérêts de l'église du Mans-, ces apocryphes portent la marque de l'atelier isidorien. — Donc, c^est dans la province de Tours, au Mans ou aux environs du Mans, qu'il faut placer l'auteur ou les auteurs des Fausses Décrétales, puisque c'est là seulement qu'à la même époque nous retrouvons des traces de leur activité. »
Je persiste à croire que la thèse mancelle est erronée. Je considère comme particulièrement insoutenable l'opinion d'après laquelle l'auteur des Fausses Décrétales aurait entrepris son œuvre pour remédier aux maux que le schisme de Nominoé causait à Péglise franque en général et spécialement à la province de Tours (p. 72). Un faux, surtout un ensemble de faux comme le recueil du pseudo- Isidore, ne se fabrique pas sans buL II y a quelqu'un qu'on veut convaincre. En l'espèce, qui visait-on? Nominoé avait brutalement dépossédé en 848-849 les évéques de Dol, Vannes, Quimper, Léon, après un simulacre de jugement. Il prétextait qu'ils étaient coupables de simonie, mais le prétexte ne trompa personne : les prélats con* damnés, puis expulsés, n'étaient pas, en réalité, assez dociles et ne se prêtaient pas aux visées du duc des Bretons qui voulait se séparer de la Gaule aussi bien religieusement que politiquement, briser les
1. Paul Fournier, Étude swr les Fausses Décrétales, Lonvain» 1907, in-S*, 121 p. (Extrait de la Revue d'hUioire ecclésiastique, t. VU et YIII.}
LÀ QUESTION DES FAUSSES DÉCEéTALES. 294
liens qui attachaient à Tours les diocèses armoricains et faire de Doi la métropole de son État. Était-il besoin de fabriquer une masse de fausses décrétaies pour démontrer que les procédés deNominoé étaient intolérables? Persuaderqui? Le roi des Francs?Son clergé ? La papauté? Hais tous étaient profondément indignés de Taudace du Breton. Tous la condamnèrent solennellement, et, pour ce faire, nul besoin d'avoir recours à des textes apocryphes. Reste Tusurpateur lui-même. C'est yraiment à lui seul qu'il fallait s'adresser si Ton voulait réussir. Mais croit-on que le recueil du pseudo-Isidore, fût-il dix fois plus gros encore, eût pu toucher Thomme intraitable qu'était Nominoé? Il agissait illégalement, et il le savait, ou plutôt il créait le droit par la force, ce qui faillit réussir, puisque Tours n'eut gain de cause que trois siècles et demi plus tard, en 4499. En vérité, parmi les hypothèses que l'imagination des érudits peut enfanter, celle-ci est des plus invraisemblables ^
Très supérieure est Tattaque dirigée (p. 42-59) contre Tbypothèse rémoise, dont je suis partisan. M. Fournier s'efforce de démontrer que les Fausses Décrétaies ont été utilisées à une époque d'accalmie, pendant laquelle Hincmar tolérait de fait les clercs ordonnés par Ebbon. Ceux-ci n'auraient eu intérêt à les composer qu'après 853; or, les Fausses Décrétâtes sont connues dès 852. Hincmar les cite en effet ou les invoque : 4^ dans les statuts donnés au clergé de Reims le 4" novembre 852; 2!" dans des capitula adressés aux doyens chargés de l'observation de ces mêmes statuts. M. Fournier montre très bien (p. 34-35), ainsi que M. l'abbé Lesne^, que ce dernier texte suppose le recours constant à la seconde décrétale du pseudo-Galixte. Il reconnaît d'ailleurs (p. 36) a qu'il n'est pas péremptoirement prouvé que les instructions données aux doyens datent de 852. Elles semblent le complément des statuts diocésains promulgués à la date du 4 ^novembre 852; mais elles ne portent pas explicitement cette date, à laquelle on ne les rattache que par une hypotbèse; je dois dire que cette hypothèse est, à mon avis, extrêmement vraisemblable. » M. l'abbé Lesne (p. 300-304) donne un argument intéressant à l'appui : il fait remarquer que tous les capitula d^Hincmar adressés aux archidiacres, doyens, prêtres sont datés. Seules les instructions aux doyens ne le seraient pas, sans qu'on voie la raison de cette anomalie. Elle cesse d'exister si ces instructions ne sont qu'un oom-
1. Elle a été émise en premier lieu par Langeo, dans HisiorUehe ZeiUehrifi, t. XII, 1882, p. 473493; cf. déjà Hinschias, Décret., p. ccix, ccziii. 11 est i remarquer que ces sarants soot des juristes et non des historiens. »
2. La hiérarchie épUcopale en Gaule et Germanie (742-882}. Paris-Lille, 1905, p. 300.
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plémeDt des statuts diocésains du i " novembre 852. Or, dans oeux-ci, on trouve, au § xi, un renvoi au pseudo-Etienne : « Idem Stephanus sanctus papa et martyr ad sanctum Hilarium in suis decretalibus docuit. » J'ai supposé* que cette phrase pouvait être une addition ; M. Tabbé Lesne objecte justement (p. 303-304) que c'est Pensemble du § XI qui sent le pseudo-Isidore'. Resterait à savoir si la date du 4'' novembre 852, qui ne nous est connue que par l'édition de Sirmond', est exacte. Peut-être les deux derniers jambages de la date étaient-ils formés par un V oncial (écrit D) et ont-ils été lus D GCG LIl, au lieu de DCCGLV, comme il arrive fréquemment. En tous cas, le texte est antérieur au 40 juin 856^, puisque, à cette date, Hincmar complète ses capitula par de nouvelles instructions.
Quoi qu'il en soit, il apparaît que ma tentative d'abaisser, — je ne veux pas dire la composition', mais la mise en circulation des Fausses Décrétales, — jusque vers 858* et même 859 était hasardeuse. Postérieure à 847 (tout le monde est, je crois, d'accord sur ce point), sa publication peut se placer vers 854-855, si ma correction hypothétique proposée plus haut se justifiait, ou encore vers 852, selon Topinion reçue aujourd'hui.
Laissons de côté, du moins provisoirement, la province de Reims. — M. Fournier revient (p. 24-33) sur les coïncidences de vocabulaire, signalées en premier lieu par Weiszacker et Simson, entre pseudo- Isidore et un certain nombre de textes manceaux. Il est certain que l'auteur des Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium^ lequel a écrit entre 850 et mars 857"^, a connu pseudo-Isidore. Les critiques adressées par celui-ci à l'institution des chorévêques l'ont touché au vif,
1. Études sur le règne de Hugues Capet (Paris, 1903, ia-8*), p. 373.
2. L'objection de M. FoQrnier (p. 36) est moins forte : vers 900, RéginoD connaît ce cliapitre arec son renroi à pseado-Étienne ; donc, c Jusqu'à preoTe da contraire, le texte tel qu'il se pii^enle à nous Jouit de la possession >. C'est l'argument Juridique dans toute son horreur.
3. Appendice an tome III de ses Concilia Galliae, Dans son édition des Opéra Hinemari, il se borne à reproduire l'édition précédente.
4. Et non 857, comme le dit M. Lesne (p. 301] ; la douzième année de Tépiscopat d'Hincmar, sacré le 3 mai 845, commence en effet le 3 mai 856 pour se terminer le 2 mai 857. Ces Capitula étant du 10 Juin sont de 856.
5. P. 373, 1. 22 des Études sur le règne de Hugues Capet, remplacer rédacUan par publication, comme l'exige la phrase qui suit.
6. La lettre 130 de Loup de Ferrières adressée au pape contient an renvoi à psendo-Melchiade. Sa date se place en 858, entre le 24 avril et le mois de Juillet. Elle est rédigée au conventus apud BaiemauL Voy. Levillain, i/ntp de Ferrièresy p. 176-177.
7. Avant la mort d'Aldric, laquelle doit se placer non le 7 janvier, mais le 24 mars 857. Voy. Duchesne, Fastes épiscopaux, t U, p. 339.
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et lui, qui ailleurs subit docilement rinflueoce des Fausses Décrélales, plaide ici les circonstances atténuantes. 11 s^efforce de montrer que, du moins dans le diocèse du Mans, les chorévéques ont toujours répondu à une nécessité réelle. 11 est visible que l'auteur plaide pro domo, et l'attribution des Actus au dernier chorévêque du Mans David, proposée par Julien Havet\ me semble toujours séduisante. Même si l'on rejette cette attribution, il est clair que Tauteur des Aetus, quel qu'ait été son nom, croit à l'authenticité des Fausses Décrétales. Il n^est donc pas pseudo-Isidore^.
Non moins intéressants sont la fausse bulle de Grégoire IV, datée du 8 janvier 833, et le Memoriale inséré dans la seconde partie des Gesta Aldriei. Dans le premier de ces textes, « le pape est censé déclarer que si un adversaire d'Aldric, évêque du Mans, s'avise de former une accusation contre ce prélat, Aldric aura toujours le droit de porter sa cause devant le Saint-Siège, par voie d'appel ou directement ». Le second est le récit du procès à la suite duquel Aldric aurait soi-disant obtenu en 838 la restitution de Tabbaye de Saint- Galais. Postérieurs à la mort de Louis le Pieux (840), ces deux textes sont certainement antérieurs à la mort d'Aldric (857) '. Ce qui fait leur grand intérêt, c'est quHIs sont faits d'une « mosaïque de fragments tirés des décrétales et des canons authentiques qui ont précisément fourni des matériaux au faux Isidore. Il y a plus : on a pu constater que bon nombre des fragments employés par l'auteur de la bulle ont été insérés dans le tissu des apocryphes pseudo-isidoriens; les tableaux dressés par MM. Hinschius et Simson en fournissent la démonstration