Ibid., p
LA QUBSTIOTT DES FAUSSES DlfCR^TALES. 299
lieu Louis le Grermanique. Or, on sait que Mayence flit détachée de la portion réservée à Lothaire et attribuée à Louis le Germanique. N'est-il pas évident que Louis est le souverain du pseudo-Benoit? M. Fournier ne voit là qu'un accident : Louis est nommé en tète « parce que (cela a frappé l'auteur) il portait le même nom que son père ». L'explication me parait tant soit peu insufQsante^ 3"" Entre autres sources, pseudo-Benoit utilise des lettres de saint Boniface, archevêque de Majence, et la loi des Bavarois, deux textes peu intéressants pour les gens de la France occidentale. — Hais la plupart des textes attribués à saint Boniface par pseudo-Benoit ne sont pas de lui^ ; en outre, celui-ci utilise non seulement des lois germaniques, mais aussi des textes du royaume occidental, tels la Lex romana WisigothorutHy les Capitula de Teodulf d'Orléans. Cette dernière observation est juste; mais il nMmporle à l'affaire que les textes attribués à saint Boniface soient ou ne soient pas à lui. Il suffit que pseudo-Benott ait cru ou feint de croire que ces textes étaient d'un saint dont la mémoire était en vénération à Mayence. Groit-on que, au Mans, à Tours, à Reims même, Bonithce fut une si grande autorité morale?
Le dernier chapitre, le plus neuf et le plus étendu de l'ouvrage, est consacré (p. 84-4 24 ) à déterminer la place qu'ont tenue les Fausses Décrétales dans les préoccupations des papes depuis Tannée 864, qui vit Rothadus apporter à Nicolas P' soit le recueil, soit des extraits de ces textes (M. Fournier penche pour cette dernière alternative, p. 444), jusqu'à la fin du x^ siècle. Le parti auquel se range H. Fournier est intermédiaire entre la thèse d'A.-Y. Mûller et celle de Schrôrs, un peu plus proche de cette dernière. Tandis que le premier soutient que la connaissance de Tœuvre du pseudo-Isidore a modifié les conceptions canoniques de Nicolas P% Schrôrs pense que le pape n'a guère connu des Fausses Décrétales que leur existence et qu'elles n*ont exercé aucune influence sérieuse sur lui. Enfin, les dernières pages établissent que la diffusion des Fausses Décrétales, si rapide en France, fut lente en Italie. Les successeurs de Nicolas P' se tinrent sur la réserve et ce ne fut que sous Grégoire VU que l'œuvre du pseudo- Isidore rencontra à Rome un plein succès.
Ferdinand Lot.
1. Il eût mieux vain remarquer que, dans le manuscrit de Beauvais, c'est Lothaire qui est nommé en tète. Mais ici encore Charles ne vient qu'en troisième lieu.
2. Yoy. Seckel, Studien tu Benediktus LevUa, dans Nettes ArdUv, t. XXIX, 1904, p. 294-324.
300 HJLANGBS ET DOGUHEim.