Revue historique, t. LIX, p. 80, note
2. Paul Gaffarel, la Première Restauration à Marseille (1** fasdcole des Anualês des Facultés de droU et des lettres d*A%x), Paris, Fonteinoing; Marseille, Barlatier, 1905, 1 vol. iii-8*, 81 p.
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pIulAt dominical du comte Beugnot accrut le méconlentement. Il était générai quand Napoléon débarqua de l'Ile d*Elbe.
On doit déjà à H. le vicomte de Reisbt\ outre les agréables souvenirs du lieutenant général de Reiset, son aïeul, une étude recueillie et énidite sur les enfants naturels du duc de Berry. G*est aujourd'hui de la duchesse légitime quMl entreprend de nous tracer l'histoire ou plus exactement une sorte de portrait historique attendri et pieux, minutieux quelquefois jusqu'à la puérilité, mais d'une documentation si complète, si sincère et si intime, qu'il s'en dégage une impression intense de vie et de vérité. H. de Reiset a eu communication d'une foule de papiers de famille, entre autres du journal inédit où tous les jours la jeune Marie-Caroline traçait quelques lignes. Il a consulté les rares survivants qui l'ont approché, vécu danç les lieux où s'écoula sa vie, manié les objets qui lui appartinrent ou qui se rattachent à son souvenir. Il s'est fait l'âme dévote et déférente d'un de ces vieux serviteurs de la monarchie d'autrefois, desquels la sincérité du sentiment et de la foi traditionnelle écarte tout soupçon de courlisanerie ou de ridicule. Et nous lui devons le plus joli récita le plus complet et le plus attachant qui ait été écrit sur la jeune duchesse de Berry depuis ses fiançailles jusqu'à la chute de la Restauration. Hais ce récit constitue d'ailleurs plus qu'une biographie princière. Sur Texislence intime et familiale des Bourbons, sur la vie de cour, sur Louis XVIII et Charles X eux-mêmes, il fourmille en détails inédits et typiques. C'est à toute l'histoire de la Restauration que M. de Reiset apporte une contribution précieuse qui lui vaudra la reconnaissance et le respect des historiens.
Avec les volumes consacrés par M. Yiviani' à la Restauration et par M. FouRNiiBB* au Règne de Louis-Philippe^ V Histoire socialiste j dirigée par M. Jean Jaurès, entame la période contemporaine.
On a déjà signalé la valeur réelle de cette entreprise. Les noms seuls de ses collaborateurs attiraient d'avance l'attention sur elle. Les volumes déjà parus sont dus à MM. Jaurès, Deville^ Brousse et Turot; ceux à paraître auront pour auteurs MM. Millerand, Georges Renard, Andler, Herr^ Jaurès, Dubreuilh, Labusquière, Gérault- Richard. On peut dire, au point où en est cette publication, qu'elle répond en somme au but poursuivi par ses promoteurs tout en encourant un certain nombre de critiques, auxquelles d'avance il lui était difficile d'échapper.
1. Vicomte de Reiset, Marie<faroline, duekesse de Berry, Î8Î6-Î830. Paris, Galmano-LéTy, 1 vol. in-8% 435 p.
2. Viviaoi, la RêstaurtUitm (18i^-i830), Paris, RouiT, 1 vol. iQ-4% 268 p.
3. Fooraière, le Règne de LoxUs-PkUippe, 1830-18^8. Paris, Roaff, 1 toI. iii-4*, 583 p.
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V Histoire socialiste^ — et en écrivant ceci c'est surtout aux deux derniers volumes, les seuls qui relèvent ici de notre critique, que nous songeons, -— V Histoire socialiste répond bien en somme à ce qu'elle veut être tout d*abord : une histoire de France populaire, mais en même temps rédigée avec un sérieux soud scientiûque; d^autre part, une histoire qui envisage d'une manière particulièrement détaillée le développement des questions ouvrières, sociales et démocratiques et les envisage dans le sens socialiste.
Elle n'échappe pas par ailleurs à certains inconvénients. La diversité des auteurs est cause que de volume à volume on relève de grandes différences de plan, voire de conception, et quil y a dans le récit des disproportions qui sont choquantes : le travail de M. Vivianiy par exemple, eût dû être considérablement développé pour se présenter sur le même pied que la plupart des autres. D^autre part, l'absence totale de références n'est pas sans contrarier le lecteur, d'autant plus vivement que, dans une série de volumes où souvent la discussion et la critique tiennent autant de place que le récit des bits, 11 éprouve le besoin d'avoir sous les yeux les pièces du procès. D'autre part, par définition même^ l'histoire socialiste est tendancieuse; elle prétend non seulement raconter, mais édifler et tirer une certaine morale des faits. Sans doute a-t-elle sur beaucoup d^œuvres pseudo-historiques la franchise de ne pas dissimuler cette volonté, et il n'est que Juste de rendre hommage à cette loyauté. Encore est-il nécessaire pour le lecteur de ne pas perdre de vue cette situation et d'apporter souvent certaines restrictions ou certains tempéraments à maints jugements. Enfin, pour terminer le chapitre des critiques générales, s'il convient de féliciter vivement les éditeurs sur le choix tout à fait intéressant des gravures qu'ils ont annexées à leur récit, il faut regretter que, souvent, ils ne les aient pas accompagnées de notices explicatives; les légendes qui aident à comprendre les originaux sont en général illisibles dans les reproductions (nous ne pouvons en faire un grave reproche dans une édition qui veut être à bon marché), et ainsi le dessin devient malaisément intelligible, ce qui est regrettable, surtout pour un ouvrage d'instruction populaire.
Ces réserves générales faites, il convient de rendre encore une fois hommage à la valeur générale de la collection et à celle que présentent en particulier les deux volumes que nous signalons aujourd'hui.
Celui de H. Viviani se présente sous Taspect d'une histoire politique, beaucoup plus q^e sociale et économique, de la Restauration. Le lecteur serait même tenté d'être surpris dans une histoire « socialiste » et dans une période qui offre un caractère si particulier et si
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détermîDé de ne trouver aucune tentative pour préciser quelle était la condition matérielle et morale des populations laborieuses du royaume. M. Viviani s'est comporté à soo égard avec autant d'incuriosité qu'eût pu foire H. Thiers ou tel autre historien le plus bourgeois : il y a exactement douze pages (les douze dernières du volume] pour tout ce qui concerne (je reproduis le sommaire) : <r Saint-Simon et ses disciples. L'enseignement de la Révolution. L'état de Tindustrie. La classe ouvrière. Saint-Simon. Ses œuvres. Ses disciples. » A vrai dire, le travail de H. Viviani, rapide^ brillant, rédigé dans une forme volontiers recherchée, constitue un récit populaire fort distingué, d'allure tantôt critique, tantôt oratoire, animé, agréable et parfois dramatique, plutôt qu^une œuvre qui ajoute quelque chose à la connaissance que nous avions de la Restauration.
Plus copieux, celui de M. Fournière formera une excellente contrepartie et un contrepoids précieux à VHUtoire de la monarchie de Juillet de M. Thureau-Dangin. Dans ses critiques sévères sur Timmoralité et Tégolsme des procédés du gouvernement de Louis-Philippe, Thistorien reconnaîtra souvent Texpression de la vérité. S1I ne souscrira pas à tous ses jugements, sur Guizot et Thiers notamment, 11 doit rendre hommage à un très louable et très haut effort dMmpartialité chez Técrivain. Les parties les plus intéressantes de Touvrage sont celles qui se rapportent à l'histoire des classes populaires et à celles des doctrines socialistes de 4830 à 4848. H. Fournière a Uré un excellent parti des documents quMl pouvait rassembler, et son livre contient une masse énorme de renseignements précis et qui, auparavant, étaient dispersés. Quel dommage que l'insufHsance des références en rende diflicile Tutilisation !
En 4835, afln de donner à Tarmée d'Afrique, aux colons et aux indigènes un témoignage notable de la sollicitude du gouvernement, il fut décidé que le duc d'Orléans se joindrait aux troupes envoyées au maréchal Clausel pour venger Téchec de la Hacta. Il s'embarqua à Toulon le 34 octobre avec un nombreux état-major et débarqua à Alger le 40 novembre. M. Paul AzanS déjà connu par ses travaux antérieurs d'histoire militaire africaine, a publié dans le Bulletin de la Société de géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord une intéressante étude documentaire, ensuite tirée à part. Les pièces inédites quil donne se répartissent en deux catégories. U y a d'abord les pièces ofOcielles assez ternes consistant principalement dans les rapports envoyés quotidiennement par le maréchal Clausel au ministre
1. Paul Azan, le Duc d* Orléans à Alger et à Oran en 1835. Impressions du duc d^Blcklngen. Alger, impr. ty po-lilhograpbi^e S. Léoo, 1906, 1 vol. in-8*, 60 p«
334 BULunn historique.
de la Guerre. 11 y a ensuite les lettres du duc (TKlehingen à sa femme. Le duc d'Elcbingen était le deuxième fils du maréchal Ney. Officier d'ordoonance du duc d'Orléans, il apportait en Afrique une curiosité ardente et une nature passionnée et enlhousiaste dViiste autant que de militaire. Sa correspondance, parfois un peu cbaotiqw^ est aussi vibrante et colorée que sont froides et compassées les missives ofilcielles. Elles constituent une documentation toujours amusante et parfois instructive.
Les monographies de Militaires^ fils d'aeteurSj qu*a groupées M. le baron de GoivTBifsoiv* intéresseront les curieux plus encore que les historiens proprement dits : le colonel de Brancas, fils de Sophie Arnould; le général Dumouriez, petit-fils du laquais de Molière, acteur dans sa troupe, le capitaine de vaisseau et le commandant Talma, le capitaine Pigault-Lebrun, l'amiral Fleurj, le commandant GardeU le colonel et le général Anselme, plusieurs autres foot Tobjet de notices étudiées où sont mises au jour pour la première fois bon nombre de pièces inédites. M. le baron de Contenson y a inséré d'assez nombreux aperçus politiques, philosophiques et sociaux que plus d'un lecteur sera surpris de rencontrer là et n'accueillera pas sans réserves.
Né en 4834, M. Gh. Corbin' fut nommé colonel en 4878, après une brillante carrière militaire. Des infirmités prématurées l'obligèrent à prendre sa retraite. Pendant vingt-six ans, jusqu^en 4904, année de sa mort, il suppléa par une grande activité intellectuelle à l'inaction où il se trouvait réduit. Ses amis, sous le titre de Notes et souvenirs^ ont réuni quelques morceaux sortis de sa plume à différentes époques : des impressions de jeunesse et d^études, des souvenirs de la guerre de Grimée, une curieuse dissertation relative à Sedan. Si ces pièces n'apportent pas grand'chose de nouveau à notre connaissance historique (l'érudit n^y relèvera qu'un petit nombre d'anecdotes et d'impressions personnelles), leur recueil sera parcouru avec plaisir. Le colonel Gorbin, qui dessinait fort joliment (quelques reproductions dont le volume est illustré en font foi), maniait la plume avec autant d^aisance que le crayon. Ses récits, vifs, colorés, où se marient l'enthousiasme, l'humour et l'observation impartiale, témoignent largement de cette ardeur à Paction, de cet entrain à vivre qui constituèrent incontestablement une des caractéristiques de la génération militaire qui s'épanouit dans la belle période du second Empire.
1. Baron de Goatenson, Militaires fUs d^acteurs. Paris, Pion, 1903, 1 vol. in-8% xi-122 p.
2. Colonel Gh. Gorbin, Notes et souvenirs d'un officier d'Hai-major^ Î83ii90i. Paris, Hachette, 1906, 1 roi. in*16, xi-301 p.
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Le nombre de savants russes qu^ailire Tétude de notre histoire sociale et politique depuis la fln du xtiii^ siècle va croissant. Sans doute des préoccupations d'ordre pratique s'ajoutent chez eux à la curiosité scientifique pour flxer ainsi leur attention sur une certaine catégorie de questions. Le souci de la politique intérieure, de la réforme nécessaire et laborieuse, hante tous les cerveaux russes; d'où chez les meilleurs le souci passionné de trouver dans Thistoire des autres pays des enseignements et des sujets de féconde méditation. C'est ainsi que se sont multipliés les travaux auxquels je faisais allusion. Nous ne saurions nous en plaindre, tout au contraire. Quelques-uns d'entre eux, à commencer par ceux de H. Kareiev, sont parmi les plus suggestifs ou les meilleurs qui aient été publiés sur les sujets envisagés. Celui que nous devons à M. Tcheeiioff* mérite d'occuper dans cette littérature une place distinguée. M. Tchemoff, qui a déjà publié des études sur le Parti républicain sous la monarchie de Juillet et sur les Associations et les sociétés secrètes sous la deuxième République, a essayé d^écrire Thistoire du parti républicain sous le second Empire. L'entreprise était considérable. Il faut savoir gré à M. Tcbernoff de n'avoir pas reculé devant elle et d'avoir donné sur ce sujet non pas un livre définitif, encore impossible à faire, mais un travail méthodique et documenté, beaucoup plus riche en renseignements exacts que ceux qui l'ont précédé et qui marque une étape appréciable dans le progrès de nos connaissances sur Tbistoire politique du xix^ siècle. M. Tchernoffa consulté de nombreux documents aux Archives nationales et au ministère de la Justice^ des correspon-dances et des mémoires inédits, et a interrogé assidûment et avec fruit un grand nombre de survivants du régime impérial. C'est généralement avec critique et précision qu'il a opéré le classement et l'enchaînement de ces matériaux. Son livre est très intéressant et agréable à lire. Est-il toujours parfaitement objectif? Quand l'histoire touche de si près à la politique la plus brûlante, il est délicat de se prononcer d'une manière absolue. Constatons que, très sympathique au parti républicain, H. Tchernoff s'abstient de toute violence de langage à l'égard du régime impérial, tout en le rendant responsable d'un grand nombre de pratiques politiques blâmables dont d'autres régimes se sont également servis. Il met en lumière que le coup d'État Alt loin d^ètre accueilli dans tous les milieux ouvriers avec une indifférence bienveillante, comme nombre de publicisles l'ont soutenu, mais qu'au contraire ils restèrent en grande partie sincèrement républicains.
1. I. Tchernoff, le Parti républicain au coup dPÉtat et sous le second SmpirCj d'après des docameals et des Bouvenirs ioédits. Paris, Pedooe, 1906, 1 vol. in-S*, x-676 p.
Le petit travail où M. Dupont < a étudié la Part des communes dans les frais du culte paroissial pendant l'application du Concordat est une contribution appréciable à [^histoire de notre droit municipal et à celle des rapports de PÉglise et de l'État en France au xx^ siècle. Une première partie étudie le système des articles organiques; la deuxième est consacrée au décret de 4809; la dernière à la loi de 4884 et à celle du 9 décembre 4905. L'auteur, envisageant dans sa conclusion la vivacité des discussions et des querelles locales nées de la participation des communes aux frais du culte, se demande « si toutes les faveurs budgétaires obtenues par le clergé, soit dans le Concordat, soit à la suite du Concordat, n'ont pas plutôt nui aux véritables intérêts de TËglise qu'elles ne les ont servis. » Quelques dépouillements d'archives lui ont permis de joindre un petit nombre de documents inédits à la bibliographie consciencieuse qui figure en tète de Touvrage.
L'ouvrage où M. A. Dbbidoue' entreprend de raconter l'histoire de l'Église catholique et l'État sous la troisième République est la continuation naturelle de celui qu'il a publié en 4898 sous le titre d'Histoire des rapports de l'Église et de l'État en France de 4789 à 4870, L'auteur Ta conçu comme une œuvre dlntérèt à la fois historique et politique. Considérant que « la séparation s'imposait tout d'abord comme une conséquence de Tancien régime, qui, inconsciemment, l'avait préparée pendant plusieurs siècles par ses efforts persistants et partiellement heureux pour s'affranchir de la théocra* tie romaine », et qu'elle sMmposait c bien plus encore comme une conséquence de la Révolution qui a proclamé les principes de la liberté des cultes, de la laïcité de TËtat et de la souveraineté nationale », il s'est attaché à démontrer que c^est avant tout la méconnaissance par le parti catholique do toutes les tendances et de toutes les revendications de la démocratie qui a contribué à préparer la dénonciation du Concordat que la France avait eu le tort d'accepter pendant un siècle et dont, malgré la logique des faits et des idées, elle aurait peut-être continué à s'accommoder sans les fautes de la papauté et du clergé français. Le premier volume de l'ouvrage, qui en comprendra deux, se divise en deux livres : VOrdre moral (4870- 4879) et les Lois scélérates (4879-4887); le dernier chapitre de celui-ci est consacré au rôle de l'Église catholique dans le bouiangisme et comprend l'année 4889. Des bibliographies utiles, quoique
1. B. Dapont, la Pari des commuMS dans les frais du culte paroisskU pmdant l'application du Concordat, Paris, Rousseaa, 1906, 1 vol. in-S*, ym-183 p.
2. A. Debidour, VÉglite catholique et l'État tous la troisième Bépublique 11870-1906). T. I : 1870-1889. Paris, Alcan, 1906, 1 vol. in-8% xi-468 p.
forcément elles comportent quelque chose d'arbitraire et d^iacomplet, sont placées en léle de chaque chapitre. L^ouvrage de M. Debidour constitue l'exposé documenté, précis et systématique de la thèse historique soutenue par la majorité parlementaire qui a voté la séparation de TÉglise et de l'État.
La légitime autorité qui s'attache au nom de M. Léouzoïf-LEonc^ confère une valeur documentaire qui n'est pas négligeable au petit VQlume où il a examiné Ce que VÊtat doit à V Église, Selon la thèse qui y est développée et qui s'appuie sur un certain nombre de considérations juridiques, historiques et politiques, l'État, en se séparant de l'Église, use d^un droit incontestable, mais il faut qu'il assure au culte des moyens d'existence sufûsants pour son entretien. Bien qu^actuellement les faits aient tranché la question et aient enlevé au travail de M. Léouzon-Leduc, si récent soit-il, son intérêt pratique, il demeure une pièce à consulter dans l'immense dossier de la séparation des Églises et de l'État.
M. DE GoNTAUT-BiaoN^ sollicité par M. Thiers, accepta la douloureuse mission d'être à Berlin notre premier ambassadeur après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et TAUemagne. Dans les dernières années de sa vie, il entreprit d'écrire ses mémoires « d'après les documents de toute nature, notes personnelles, lettres particulières, dépêches ofQcielles, qu'il avait conservés de son ambassade à Berlin d. Son intention était de donner le récit des événements accomplis durant toute sa mission, c'est-à-dire du mois de janvier 4872 au mois de décembre 4877. La mort l'interrompit. Le seul volume qu'il ait rédigé et que ses éditeurs ont dû compléter par quelques retouches s'arrête à la fin de 4873. Il va sans dire qu'il ne peut ajouter beaucoup de détails neufs et inédits à ce qui a déjà été publié sur nos relations avec l'Allemagne. Encore contribuera-t-il sur quelques points à fixer les exactes responsabilités de M. Thiers et de plusieurs de ses collaborateurs. La question si délicate de Tavancement de la date d'évacuation du territoire national en raison de l'avancement de la date des paiements de l'indemnité de guerre à l'Allemagne fut une de celles qui retinrent toute Taclivité de M. de Gontaut-Biron. Le lecteur rendra justice sur ce point au dévouement dont il fit preuve et à sa grande modestie. Il constatera par ailleurs avec intérêt les répercussions de notre politique intérieure sur notre situation vis-à-vis de l'Europe. Si la
1. G. LéoDZon-Leduc, Ce que VÉiat doit à l'Église. Paris, Pion et Nourrit, 1905, 1 vol. in-8', 117 p.
2. Vicomte de Gonlaat-Biron, Mon ambasiade en Allemagne (1872-1873)» Paris, PloD et Nourrit, 1 toI. ia-8*, xi-444 p.
Rbv. HiSToa. XGIV. 2* pasc. 22
338 BULLETIN HI8T0KIQUE.
manière dont les puissances européennes témoignaient à nos ambassadeurs les sentiments avec lesquels elles suivaient les étapes de notre évolution ne lui sera pas une révélation, il notera néanmoins avec un soin particulier la déposition de notre ambassadeur sur ce point. En entreprenant d*étudier la France moderne et le problème colo' niai, ce n'est pas une nouvelle histoire plus complète et plus méthodique de nos colonies que M. Christian Schbfbr^ se propose d'ajouter à toutes celles qui existent déjà. Son plan est plus original. C'est, à vrai dire, l'histoire de notre esprit colonial qu'il veut nous raconter, montrant les transformations successives que le développement de notre empire colonial d^une part et, d^autre part, notre évolution politique intérieure amenèrent dans les vieilles théories qui avaient été le programme initial de la monarchie française au moment où tout le summum de Part colonial lui apparaissait être la meilleure exploitation des îles à épices et à sucre, c Fréquemment incitée à développer ses domaines lointains, obligée en outre, pour des causes très diverses, à discuter les conditions de leur vie^ la France dut, tout au long du xix* siècle, étudier presque sans relâche le problème colonial. Ce problème a des aspects multiples et pose une série de questions successives. Après s'être demandé s'il convient d^acquérir des établissements lointains, il faut, Taffirmative à peine adoptée, déterminer les conditions de la mise en valeur, régler les rapports économiques avec la métropole, trouver la formule du gouvernement. Depuis cent ans, chacun de ces points fut périodiquement examiné chez nous. Dans quelles circonstances et dans quel esprit? Quelles solutions, d^autre part, prévalurent et pour quelles causes? C'est ce que je voudrais essayer de montrer... » Au sens le plus large du mot, c^est l'histoire de notre politique coloniale qu'entreprend de faire M. Christian Schefer. Le premier volume de son travail fait excellemment augurer de l'ensemble. Une information étendue et sûre, une méthode de références précise et complète, une facilité élégante à s'élever quand il le faut au-dessus des documents et à en extraire la substance donnent au récit de M. Christian Schefer des qualités de premier ordre. Le premier volume, seul paru, embrasse la période qui va de 4845 à 4830. Après un retour nécessaire sur les théories coloniales de Tancien régime et de la Révolution, il nous décrit avec agrément les diverses politiques qui se succédèrent sous la Restauration et le point exact où la révolution de Juillet trouva les choses.
1. Ghrislian Schefer, la France moderne et le problème colonial, 1815-1830, Paris, Alcan, 1907, l vol. iû-8% viu-460 p.
FEÂNGE. 339
Le volume que M. Gaisman^ a consacré à V Œuvre de la France au Tonkifiy et que présente une préface de M. de Lanessan, sera lu avec profit par ceux qu'intéressent les études historiques et avec plus encore par ceux que préoccupent les questions coloniales et en particulier l'avenir de nos possessions d'Indo-Cbine. « Mêlé à Tune des plus grosses affaires industrielles et commerciales du Tonkin », M. Gaisman a vu de près les choses dont il parle et il a pris le loisir ensuite d^y réfléchir et de nous donner le résultat de ses réflexions. On trouvera dans son livre un clair résumé de la conquête du Tonkin. On y trouvera surtout de bonnes indications sur notre colonisalion, et il faut le recommander à l'attention de nos dirigeants. Sur le caractère de l'Annamite, le développement nécessaire de renseignement professionnel en Annam, les difflcultés que rencontre l'exploitation agricole, il y a des pages excellentes qui doivent être méditées. M. Gaisman ne fait preuve ni d'un optimisme béat, — assez rare chez ceux qui ont fait de la colonisation ailleurs qu'en chambre, — ni du pessimisme auxquels s^abandonnent trop volontiers ceux qui se sont lancés à la légère dans des entreprises de cet ordre. Son livre, sagement pensé et méthodiquement écrit, est de ceux qui donnent à espérer que notre avenir colonial n^est pas négligeable et qu'en Indo-Ghine, en particulier, il y a encore une tâche belle et proQtable à remplir pour la France.
Le troisième volume de VHistoire du commerce du monde de M. Octave Noël' est consacré à la période qui s^étend depuis la Révolution française jusqu'à la guerre franco-allemande de 4870 à ^ST'I . On connaît le caractère de cette publication considérable, présentée avec un certain luxe de librairie et ornée de gravures. L'auteur a visé moins à donner une histoire critique ou chronologique des transformations des relations commerciales des peuples qu^une série de tableaux largement tracés des conditions dans lesquelles elles se sont présentées successivement, des phénomènes qui les ont caractérisées et de la manière dont elles ont évolué. Ce n'est pas à un ouvrage d'érudition proprement dit que nous avons affaire, muni de l'appareil bibliographique qu'il comporte, c'est à une œuvre de large vulgarisation scientiflque dans le sens le plus élevé du mot. Le travail de M. Noël, ainsi défini, répond bien à son but. Il se divise en quatre livres, qui s'intitulent : V « Ère des restrictions économiques », r c Ère des dégrèvements de tarifs et des conventions
1. Albert Gaismao, VŒuvre de la France au Tonkin. Paris, Alcan, 1906, 1 vol. io 16, xiv-240 p.
2. Octave Noël, Histoire du commerce du monde depuis les temps les plus reculés, Paris, Ploa et Nourrit, 1906, 1 vol. ia-4*, 6S4 p.
340 BULLETIN HISTOUQUB.
internationales >, le c Continent américain », a Institutions économiques, maritimes et commerciales ». Partisan déterminé des idées d'Adam Smith et de Gobden, M. Octave Noël ne dissimule pas son admiration pour le formidable accroissement de richesses dont le monde fut le théâtre pendant la période qu'il a envisagée et dont Tavènement d*un esprit plus conciliant dans les relations internationales politiques et commerciales a été la condition nécessaire. La guerre franco*germanique lui parait avoir marqué la reprise d'un esprit International différent dont naturellement les conditions commerciales ont subi le contre-coup.
La tâche que s*est proposée M. Charles Bbnoist^ en entreprenant d'étudier VOrganisation du travail dans VÉtat moderne est considérable. L'État moderne, selon lui, est issu d^une double révolution : une révolution politique d'une part, une révolution économique et sociale de Tautre. Toutes deux ont eu des points de contact et des phases bruyantes. Elles se poursuivent depuis plus de cent ans à la fois distinctes et simultanées. Nous sommes les ûls de cette double révolution. La révolution économique a transformé psychologiquement l'ouvrier; la révolution politique a transformé juridiquement l'État et l'a mis dans les mains du suffrage universel. Dans une introduction générale intitulée : le Travail^ le nombre et l'État, M. Charles Benoist s'efforce d^esquisser les caractéristiques des étapes de ces grands phénomènes. Elle constitue la préface de l'enquête énorme entreprise par lui. Ayant tenté de marquer « la position nouvelle de la question sociale, question politique, et des problèmes du travail dans l'État construit ou à construire sur le nombre », il se propose d'examiner ce qu'il est possible de faire pour donner satisfaction aux desiderata et aux besoins divers de la démocratie. C'est a dans le dessein de tirer des réalités positives les principes et les formules de la politique sociale nécessaire » qu'il entreprend son enquête, « la plus large, la plus directe et la plus impartiale qui soit permise à notre bonne volonté sur le travail considéré simultanément ou successivement dans les quatre domaines, Travail en soi, Circonstances du travail. Maladies du travail^ Thérapeutique du travail^ qu'il embrasse et qu'il unit en une sorte de règne à la fois naturel et social ». Sans doute y aurait-il matière à discussion et sur les conceptions de M. Charles Benoist et sur cette dernière division. Mais, quel que soit l'avis personnel du lecteur, il n'enlève rien à l'intérêt qui s^attache à cette œuvre. Le premier
1. Charles Benoist, la Crise de F État moderne. L'organisation du travail, T.l: le Travail, le nombre et l'État. Enquête sur le travail dans la grande induUrie, Paris, 1905, 1 vol. in-8% 496 p.
volume est consacré à Tétude du travail dans la grande industrie. L'auteur y traite successivement des mines de houille, de la métallurgie, de la construction mécanique, de la verrerie et de l'industrie textile. En toutes ces matières, M. Charles Benoist ne s'est pas contenté de recourir aux statistiques et aux documents divers qui auraient pu le renseigner. Il a partout tenu à faire bénéficier son étude de l'autorité particulière et du sentiment de la réalité qui sert le propre de Inobservation personnelle.
Nous ne pouvons ici que signaler sans nous y arrêter comme il le mériterait à tant d'égards Timportant travail de M. E. d'Eichthal sur la Formation des richesses * . Ce n^est pas en effet la science historique, mais bien plutôt les sciences économiques et sociales qui peuvent revendiquer comme leur cette analyse attentive, exempte de parti pris et souvent profonde, des conditions dans lesquelles se forme et se distribue la richesse. Elle constitue un effort intéressant pour tenter de concilier une partie des principes fournis par l'ancienne économie politique orthodoxe avec les données que fournit Tobservation et Texpérience contemporaine.
L'histoire de V Internationale est encore à écrire. L'ouvrage dont M. James Guillaume^ a entrepris la publication sera une contribution précieuse pour celui qui abordera cette tâche. M. James Guillaume, jeune professeur à Técole industrielle du Locle, puis imprimeur, fut un des initiateurs du mouvement socialiste dans la Suisse romande et publia de nombreux articles dans le Progrès du Locle, VÊgaliti de Genève, la Solidarité de Neufchâtel et le Bulletin de la Fédération jurassique. Bakounine, malgré la différence des âges, lui écrivait, dès les premiers temps de leurs relations, vouloir a devenir son intime tant par la pensée que par Paction ». Leurs relations devinrent effectivement de la plus grande intimité. M. James Guillaume, dans le but de faire connaître à la jeune génération socialiste Pœuvre exacte accomplie par ses prédécesseurs dans la Suisse romande, ne s^était proposé primitivement que de réimprimer une partie des articles publiés dans les journaux auxquels il collabora. Sur le conseil de ses amis, il a élargi son plan et entrepris a d'écrire une narration suivie, déposition d'un témoin sur les hommes et les choses de cette époque ». Aux articles de journaux, il a ajouté une foule de pièces de diverse nature : lettres inédites (les plus intéressantes sont
1. Eugène d'Eicbthal, la Formation des richesses et ses conditions sociales actuelles, Paris, Alcan et Gaillaumia, 1906, 1 roi. io-S*, xxvm-456 p.
2. James Guillaume, V Internationale, Documents et souvenirs (186^1878), T. I. Paris, Sociélé nouvelle de librairie et d'édition, 1905, 1 vol. in-8*, VI-302 p.
342 BDLLETIIf HISTORIQUE.
de Bakounine), statuts, résolutions des congrès, circulaires, etc. Il a offert ainsi au public à la Tois un recueil de documents et une collection de souvenirs qui constituent une contribution tout à fait importante à Phistoire de Tlnternationale. L'ouvrage comprendra trois volumes. Le premier va de 4864 à mars 4870.
Les livres sur le socialisme ne manquent pas. Celui que M. Hst- MBix lui a consacré a une physionomie particulière ^ Journaliste et homme politique plutôt que sociologue ou historien de profession, il a voulu offrir au public qui ne s'est pas spécialisé dans l'étude des questions sociales un bilan exact, complet et animé du mouvement socialiste. Son livre, écrit avec agrément et vivacité, présente avec netteté et impartialité, sinon toujours sans malice, les questions et les individus et joint à ses qualités d'expression des qualités sérieuses de documentation. La première partie est consacrée à l'exposé objectif de la doctrine socialiste. La deuxième en décrit historiquement le développement en France. La troisième indique les objections que les économistes et les publicistes conservateurs opposent aux critiques du socialisme et formule quelques conjectures sur Torganisation du futur régime socialiste.
Le petit travail où M. Jules Tbssibb' raconte VÊlection du roi des Belges en 4834 est inspiré par le désir de mettre en lumière les effets bienfaisants de l'entente franco-anglaise sous Louis-Philippe. Tandis que le duc de Broglie avait semblé reporter à la monarchie de Juillet et à ses agents tout l'honneur de l'ensemble de négociations qui aboutirent à la reconnaissance de l'indépendance et de la neutralité de la Belgique, H. Tessier s'est appliqué à souligner le concours précieux et avoué par Talleyrand lui-même que les vues françaises rencontrèrent de la part de lord Palmerston, qui au moins en cette occasion ne mérita pas sa renommée dMncurable gallophobie.
Entre les partis conservateurs ou réactionnaires d'une part, les partis démocratiques à tendances plus ou moins socialistes de l'autre, les libéraux ou modérés, de quelque nom qu'on les appelle, ont une situation de plus en plus difficile et subissent à Pheure actuelle une crise un peu partout. Elle donne à leurs hommes politiques le goût et le loisir d'étudier l'histoire, particulièrement celle de la période récente qui vit Tépanouissement plus ou moips complet de leur programme. Ces études sont sans doute capables de leur procurer un
U Mermeix, le Socialisme. DëfiniUon$. ExpUcaUons» Objeetiatu. Exposé du pour et du corUre. Paria, Société d'éditions littéraires et artistiques, 1906, i vol. iii-l2, vn-363 p.
2. Jules Tessier, VÉlecUon du roi des Belges (novew^e î83(H^iUeS mil Caeo, Delesques, 1905, 1 vol. in-8% 77 p.
réconfort, mâle pourtant de quelque amertume. Elles intéressent dans tous les cas la science historique. Et le nombre de travaux estimables est considérable que Ton doit à ces retraités momentanés ou définitifs de l'action, où ils retracèrent avec plus de sens de la réalité et quelquefois plus de passion que le pur érudit les carrières de leurs prédécesseurs. La Belgique a une histoire politique courte. Elle a déjà de nombreux historiens. Le parti libéral, pour ne nous en tenir qu*à lui, voit successivement consacrer des monographies à ses principaux représentants. Rogier a été Tobjet naguère de Fétude la plus volumineuse. C'est aujourd'hui au tour de Frère-Orban, son cadet, mais son ami politique, Tun de ses collaborateurs au pouvoir, tempérament plus combattif et parfois plus imprudent, assurément Tun des grands orateurs et des meilleurs cerveaux de son parti, qui trouve son biographe distingué en la personne de M. Hthaxs^ Hal des catholiques et peu goûté à gauche (ne ilétrissait-il pas en 4850 « les doctrines immondes du socialisme moderne »?), il participa énergiquement à l'action des gouvernements modérés au milieu du siècle dernier. Parfaitement au courant de tout ce qui concerne son héros, partageant ses idées, pourvu d^une connaissance étendue des questions auxquelles il fut mêlé, M. Hymans a accompli un travail considérable dont seul le premier volume est paru et qui, important pour rhistoire de la Belgique, est également une contribution appré* ciable à Thistoire des partis libéraux en Europe.
Les Pamphlets du dernier jour, de Garitle', dont M. E. Barth^- LRMT donne une bonne traduction, ne sont pas une nouveauté. C'est cependant un sentiment d'actualité qui en a dicté la publication. Les différents morceaux qui constituent ce recueil (le Temps présent. — Prisons modèles. — Le gouvernement moderne. — D'un gouvernement nouveau. — Éloquence politicienne. — Parlement. — Statuomanie. — Jésuitisme) furent publiés par Carlyle de février à août 4850. Us furent inspirés par la vue du mouvement démocratique dont l'Angleterre était alors le théâtre et en constituent une critique violente et passionnée. Ceux même qui professent dans l'avenir de notre démocratie une confiance plus optimiste que Carlyle ne pourront manquer de rendre parfois hommage à la vigueur de pensée de récrivain. D'autres retrouveront chez lui avec satisfaction un grand nombre des critiques qu'elle continue de soulever. Les Pamphlets
1. Panl Hymans, Frère-Orban, T. I : Î812-Î857, Bruxelles, Lebègae, 1 vol. in-8% xv-570 p.
2. Thomai Carlyle, Pamphlets du dernier J(mr, Tradait de l'anglais, avec une iatroductioa et des aoles, par Edmond Barthélémy. Paris, Société dn Mercnre de France^ 1906, 1 vol. in-12, 441 p.
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du dernier jour constituent de toute manière un document d^histoire politique important qu'il faut remercier M. Barthélémy de nous avoir rendu*aisément accessible.
Le troisième volume de Thistoire de la Renaissance catholique en Angleterre d^ M. Thureau-Dangin^ se compose de deux parties si distinctes qu'elles pourraient sans inconvénient être séparées. En effet, les deux courants issus du « mouvement d^Oxford », d'une part le courant proprement catholique, de Tautre le courant anglo-catholique, tendant à catholiciser plus ou moins l'anglicanisme, ont divorcé de plus en plus à mesure qu'ils se sont éloignés de leur commune origine. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les cinq chapitres qui sont consacrés à Thisloire du catholicisme en Angleterre depuis 4865 forment un tout qui n'est relié que d^une manière indirecte aux quatre derniers consacrés avant tout à la querelle du ritualisme. L'intérêt de ces deux parties est fort inégal. La deuxième ne comporte guère que le récit des interminables disputes dont fut l'origine Tintroduction dans l'église anglicane d'un certain nombre de pratiques empruntées à l'église romaine. A vrai dire, la querelle avait au fond beaucoup plus d'importance qu'il ne semble à parcourir ces ennuyeux débats sur le port de la chasuble ou la position du prêtre à l'autel. Il s'agissait de savoir si oui ou non l'anglicanisme évoluerait vers le catholicisme. Le récit de M. Thureau-Dangin permet de suivre tellement les péripéties de la lutte. Mais les lecteurs s'attacheront de préférence à la première partie de son travail, où il a mis en relief, avec beaucoup de soin et un grand nombre de citations bien choisies, les deux physionomies si intéressantes et si attractives à des titres divers de Newman et de Manning. Bien que son livre ne contienne comme sources que des documents connus et des ouvrages de seconde main, il sera à ce titre consulté avec profit, non sans que, bien entendu, le lecteur, dont les convictions diffèrent de celles de M. Thureau-Dangin, ait souvent à y apporter quelques relouches d'appréciation.
La question agraire en Irlande a fait l'objet de nombreuses publications. Les maux nés des abus de la grande propriété en Ecosse sont beaucoup moins connus. D'une part, la question ne se double pas d^un conflit politique comme dans l'ile voisine; d'autre part, elle n'intéresse guère qu^une population d'environ 350,000 habitants, treize fois inférieure à celle de l'Irlande. La situation des « crofters » d'Ecosse n^en est pas moins très digne d'examen au point de vue
1. Paul Thureau-Dangin, la Renaissance catholique en Angleterre au XIX* siècle, 3* partie : De la mort de Wiseman à la mort de Manning^ 1865-Î892. Paris, Pion et Nourrit, 1906, 1 toI. in-8% m-543 p.
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humanitaire, et on saura gré à M. Legarpentier^ de Tavoir exposée avec clarté et précision. L'introduction de la paix anglaise dans les Higblands et dans les îles après la défaite de la révolte jacobite de 4 74 5 amena la substitution du système féodal de la propriété foncière (suivant le droit anglo-normand) au système de la propriété communautaire des Celtes, métamorphosa les belliqueux hommes de clans en misérables tenanciers (« crofters ») dont le développement du landlordisme rendit bientôt la situation très difflcile. Tout le xii^ siècle les vit en proie à une misère à laquelle les grands propriétaires et le gouvernement anglais ne conçurent longtemps qu'un remède : l'émigration. Ce n'est que depuis Tannée 4880 qu'une série de mesures législatives, dont le point de départ fut Tenquête de la Crofters commission de 4883, s^appliquèrent à porter une amélioration à leur condition. Elles paraissent devoir aboutir à créer une classe de petits propriétaires exploitant leurs terres dans des conditions de vie tolérables. Mais la quantité de terre distribuable étant beaucoup trop faible pour subvenir aux besoins de la population, il ne parait pas qu'en Tabsence d'une émigration considérable ou d'un changement de mœurs difficile à prévenir une amélioration sérieuse et solide puisse être réalisée.
Bien que le fait qu'il ait paru antérieurement à la réunion de la première douma ait enlevé au volume où M. Rovalewskt a étudié la Crise russe^ Tattrait de Tactualité, il n'en mérite pas moins l'attention de ceux qui suivent les agitations multiples et incohérentes dont la Russie est le théâtre et cherchent à entrevoir le terme où elles aboutiront. Le livre de M. Kovalewsky, professeur d'économie politique et acteur politique du drame, est à la fois une étude historique et la déposition d^un témoin. Il éclaircira pour le lecteur occidental un grand nombre d'obscurités qui environnent certains phénomènes, Faidera à se rendre compte de faits qui paraissent difOciles à comprendre à qui est mal instruit de l'état des mœurs ou des connaissances du peuple russe. Rien de plus curieux et qui jette un jour plus instructif sur les difficultés où se débat la Russie que le passage où M. Kovalewsky explique la manière dont, dans les milieux bien pensants, on expliquait le mot « liberté de conscience » qui Qgurait dans tous les programmes libéraux. C'était^ disait-on, « la faculté d'agir sans se préoccuper autrement des devoirs que nous dicte notre conscience ». Sincèrement démocrate et libéral, M. Kovalev^sky ne
1. Georges Lecarpentier, la Question agraire d'Ecosse et les crofters. Paris, RoDssean, 1906, 1 toI. în-8*, 84 p.
2. Maxime RoTalewsky, la Crise russe. Noies et impressions d'un témoin. Paris, Giard et Brière, 1906, 1 fol. in-12, 304 p.
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méconnait pas d'autre part les difficultés qu'il y a à investir du droit de suffrage une foule d'illettrés d'une ignorance aussi totale et à précipiter trop vite le mouvement réformateur. Si peut-être les résultats de la première douma n'ont pas justifié les espérances assez optimistes qu'il énonce dans les dernières pages de son livre, nul ne saura lui en faire grief, et bien des lecteurs souhaiteront le voir poursuivre pour notre instruction ce commentaire des premiers pas et des premiers balbutiements de la Russie dans la voie parlementaire et démocratique. Il faut le souhaiter historien de la deuxième douma, qui sans doute sera assez différente de la première.
Le comte de Gobineau continue d'être à la mode et devient de plus en plus une autorité. En matière philosophique, la légitimité de cette autorité est discutable. En matière historique, elle ne Test pas : elle est nulle, sauf sur l'histoire moderne de la Perse. Le comte de Gobineau a eu sur une foule de sujets des vues très intéressantes. Il a été dépourvu des connaissances précises et des habitudes de méthode qui constituent le fond indispensable de tout historien. Ses livres ne pourront donc être utilisés qu'à titre d'essais curieux, souvent suggestifs, non autrement. C'est dans ses limites seulement que devront être consultés les deux opuscules datant Tun du début, l'autre de la fin de sa carrière, consacrés tous deux à la question hellénique, dont une nouvelle édition vient d'être publiée ^ Jusqu'à quel point les Grecs ont le droit de tirer orgueil des doctrines du prophète de l'aryanisme pourrait être discuté. Laissant de côté les questions ethniques, reconnaissons que les philhellènes sont fondés à revendiquer le comte de Gobineau pour un des leurs et à mettre à même le public de lire facilement ses œuvres, qui méritent d'être lues.
Dans un volume dédié à M. Vallé, ancien ministre de la Justice, MM. César Bbnattar, El Hadi Sebai, Abdelaziz Ett^albi se sont efforcés de démontrer V Esprit libéral du Coran^. Du texte même du livre sacré et des Hadiths (commentaires du Coran faits par Mahomet et propos tenus par lui pendant son existence), seules sources de la religion musulmane, ils se sont appliqués à extraire un certain nombre de propositions identiques à celles qui inspirent la civilisation française démocratique moderne ou condliables avec elle. Leur but a été de faciliter ainsi pour le plus grand bien de leurs concitoyens le rapprochement entre les Français et les Musulmans soumis à leur empire. Leur interprétation est-elle toujours rigoureuse-
1. Comte de GobiDeaa^ Deux études sur la Grèce moderne : Capodisbias. Le royaume des Hellènes. Paris, Pion et Nonrrit, 1905, 1 vol. iii-12, iv-325 p.
2. César Benattar, £1 Hadi Sebaî, Abdelaziz Ettéalbi, VEsprU libéral du Coran. Pari», Leroux, 1905, 1 vol. iii-8% 100 p.
ment conforme à Fesprit du Coran? LMntention concilialrico qui les a inspirés trouvera-t-elle des écbos et des concours dans le nnonde musulman? Il ne convient pas de répondre à ces deux questions avec un optimisme trop assuré. Dans tous les cas, le pelit volume que nous signalons mérite d'être recommandé à l'attention particulière de ceux qui ont à veiller dans nos colonies aux rapports des colons et des indigènes. Ils y trouveront des indications dont à l'occasion ils leur sera peut-être possible de tirer parti.
Il y a longtemps que la Chine est vulgairement cataloguée comme la nation la plus routinière et la plus aveulie de l'univers. C'est donc éviter les sentiers battus que de nous y révéler une race « novatrice et guerrière »^ M. le capitaine d'Ollonb, récemment envoyé en Orient par le ministère de Plnstruction publique, s'y est appliqué. Puisant dans les volumineuses Annales où est racontée l'histoire de la Chine, il a pu sans peine montrer combien de révolutions politiques^ sociales et religieuses ont bouleversé ce pays que Ton représente trop souvent comme figé dans une immobilité séculaire, combien de guerres atroces ont ravagé ces territoires réputés ceux d!une nation formaliste et pacifique. Commentant ensuite les événements récents dont la Chine a été le théâtre ou qui y ont eu leur répercussion, il entreprend de nous convaincre que les Chinois n'ont rien perdu de la valeur guerrière et de la capacité de renouvellement que leur histoire, envisagée sans idée préconçue, nous impose le devoir de leur reconnaître. Le livre de M. d'Ollone sera lu par le public cultivé avec profit. Si peut-être, prise à la lettre, la thèse de l'écrivain ne lui paraîtra pas exempte de quelque exagération, il en reconnaîtra néanmoins pour une large part le bien fondé. La manie de généraliser des observations de détail a accrédité en autre matière que sur Tbistoire de Chine bien des idées fausses. Gomme le remarque justement M. d'OUone, la Chine ne représente pas un pays nettement limité et habité par une nation au tempérament déterminé comme l'Italie ou la Grande-Bretagne. « La Chine » est une expression analogue à « l'Europe ». Elle comprend une foule de nationalités à des stades de développement différent et qui se sont amalgamés et séparés de manières très diverses. Elle peut nous réserver bien des surprises. Et les Européens agirent conformément à la prudence aussi bien que conformément à une bonne méthode scientifique en l'étudiant d'une manière précise et objective. Il est à remarquer qu'un grand nombre des hommes les plus clairvoyants qui ont vécu
i. Capitaine d'Ollooe, la Chine nwatriee et guerrière. Paris, Colin, 1 vol. in-lS, vi-319 p.
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en Extrême-Orient et ont pu puiser dans leur expérience personnelle une connaissance autre que livresque du caractère chinois se rencontrent assez exactement dans leurs appréciations avec celles que M. le capitaine d'Ollone formule en s'appuyant principalement sur rhisloire.
Sur le Siam et les Siamois, M. le commandant E. Lunet de Lajon- QUièaE* a donné un volume qui est plus qu'un simple récit de voyage. Auteur de VInventaire descriptif des monuments du Cambodge et parfaitement instruit des langues, des mœurs et de l'histoire des régions indo-chinoises, il fit^ depuis Bangkok, dans l'intérieur du royaume de Siam, vers la fin de ^904, une excursion d'environ 4,800 kilomètres. La relation qu'il a rédigée de cette randonnée a été pour lui l'occasion dMntercaler dans son récit souvent pittoresque une série d'aperçus intéressants sur les mœurs et l'histoire du royaume de Siam. Ceux qui, dans son volume, chercheront plus que du divertissement regretteront peut-être qu^il n'ait pas donné à ce genre de considérations une forme plus systématique et n'ait pas élagué de son travail^ comme il eût été aisé de le faire, quelques répétitions ou négligences. Mais ils le suivront avec grand profit et confiance dans sa narration pleine de vie qui donne toujours le sentiment de l'exactitude et de la réalité.
M. le D' BoBCK^ a fait dans l'Inde quatre voyages : en 4890, 4893, 4895 et 4898. Dans son dernier séjour, il eut la bonne fortune de pouvoir visiter, pendant quatre semaines^ une région que la nature et ses mœurs rendent assez difficilement accessible à Télranger : à savoir le Népal, situé au pied de l'Himalaya. M. le D' Bœck, au cours de ces voyages, a pris de nombreuses notes et de nombreuses photographies. Le volume que publie la maison Hacbelte en reproduit une grande partie et sans doute la meilleure. M. le D' Bœck ne s'est proposé ni de donner une étude d'ensemble sur l'Inde ni, à proprement parler, le récit de ces quatre voyages. Il s'est borné, nous disent ses éditeurs, à conduire le lecteur à travers l'Inde, de Geylan au Népal, en c lui présentant, au cours d'une route habilement tracée, le spectacle des merveilles choisies, la synthèse des mœurs et des curiosités B. Le lecteur suivra avec plaisir le voyageur dans son exposé qui, sMl manque assez sensiblement de plan et de méthode et laisse entrevoir des lacunes, des suppressions et des raccords qui ne sont
1. Lunet de Lajonquière, le Siam et les Siamois. Paris, Colin, 1 yoI. in-18, 358 p.
2. D' K. Boeck, Aux Indes et au Népal, Paris, Hachette, 1 vol. iii-8% vn-252 p.
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pas toujours des plus heureux, contient néanmoins un assez grand nombre d^anecdotes amusantes et quelques notations qui valent d'être relevées. C'est naturellement la partie qui concerne le Népal qui nous apporte le plus de faits et de documents relativement nouveaux.
Signalons, en terminant, le volume que M. André Tardibu vient de publier sur la Conférence d'AlgésirasK Rédacteur au Temps ^ M. Tardieu a, durant le conQit marocain, défendu dans ses bulletins à peu près quotidiens une tbèse que beaucoup d'hommes, en France et ailleurs, — parmi eux le signataire de ce bulletin, — ont estimé être à la fois la tbèse française, celle du droit et celle de la bonne foi. Ceux même dont le point de vue a différé du sien ont constaté la documentation, la force d'argumentation, le talent et le retentissement européen de cette campagne de presse. Ayant été polémiste, M. Tardieu veut être aujourd'hui historien : dans son nouveau volume, d'un caractère purement documentaire, il a entendu mettre à même le public déjuger lui-même les feiits, en réduisant au minimum les appréciations personnelles. Trois séries de renseignements parallèles, souvent inédits : discussions publiques à la conférence, pourparlers confidentiels entre plénipotentiaires, négociations entre chancelleries, ont constitué ses sources essentielles. Dans une première partie, il a montré « les thèses, les droits et les intérêts en présence; le milieu politique et local; la rencontre des délégués; leurs travaux économiques ». La deuxième analyse « les tractations secrètes des plénipotentiaires français et allemands en vue d'un accord direct; l'intervention des puissances dans ces tractations inutiles; la faillite de ces entretiens à huis clos ». La troisième partie raconte la crise de la conférence, les débats publics sur les questions capitales de la banque et de la police, le premier vote, ses effets heureux, puis le recul provoqué par la chute du ministère Rouvier. La quatrième retrace « les efforts de M. Léon Bourgeois pour rétablir la situation européenne; l'acheminement laborieux vers l'entente; les dernières discussions sur l'inspection et la répartition des ports ». Il faut souhaiter des lecteurs nombreux et attentifs au volume de M. Tardieu. Ils méditeront utilement la crise peut-être la plus grave et la plus suggestive que la France ait traversée depuis 4875.
André Licht£Nbbrger.
1. La Conférence d'Algésiras, Histoire diplomatique de la crise marocaines Pari», F. Alcan, 1907, in-8-, m-554 p.
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PuBLiciTioPTS DI7ERSES. — M. Ph. Lauer a publié dans le premier et le deuxième fascicule du t. XV des Monuments et Mémoires de la Fondation Eugène Piot un mémoire du plus haut intérêt sur le Trésor du Sancta Sanctorum du palais de Latran, accompagné de dixhuit planches d'une exécution excellente qui reproduisent les pièces les plus importantes conservées dans TArche de cyprès du pape Léon m (795-846) encastrée dans l'autel de la chapelle du Sancta Sanctorum. Cette chapelle du xiii' siècle, qui a subi malheureusement de nombreuses restaurations, est la seule partie subsistante de Tancien palais du Latran. Les peintures dont M. Lauer nous donne une description détaillée et une reproduction complète en héliogravure remontent vraisemblablement à la fin du xiii* siècle et, malgré les retouches, sont des documents précieux pour la peinture de Técole de Gavallini. La chapelle contient aussi une admirable icône byzantine antérieure au xiii' siècle dite Image achiropoète du Christ. M. Lauer, qui avait réussi, pendant son séjour à Rome, à force de patience et de diplomatie, à compléter par des fouilles pratiquées sous la Scala Santa les études historiques et archéologiques qu'il avait entreprises sur le palais du Latran (cf. Mélanges d'archéologie et d^ histoire, t. XX), avait en vain essayé d'obtenir la permission de voir et d'examiner les reliquaires contenus dans TArche de cyprès, reliquaires dont on savait l'importance et la haute antiquité, qui avaient été constamment exposés aux fldèles au moyen âge, mais qui, depuis le pontiflcat de Léon X, restaient invisibles derrière les portes de bronze et la grille de Tautel. Par bonheur, le Père jésuite Florian Jubaru obtint en 4903 d'examiner, dans une intention purement religieuse, le chef de sainte Agnès contenu dans l'Arche, et M. Lauer fut admis, après le P. Grisar, S. J., à voir et à étudier cette précieuse collection de reliquaires. Il nous en donne aujourd'hui une description complète ^ Les inventaires anciens des objets contenus dans l'Arche, que M. Lauer a tous reproduits, nous assurent que cet incomparable trésor nous a été conservé tout entier. Les plus récents parmi ces objets sont du xii' ou du xiii* siècle; les plus anciens remontent au iv^ ou au v*. Indépendamment d'une série d'authentiques du vi" au xiii^ siècle, d^un feuillet de Tite-Live en onciales du v^-vi* siècle, de fragments manuscrits, de monnaies, sceaux, croix, plaques^ tissus orientaux et menus objets, parmi les-
1. Le P. Grisar a, de son cMé, consacré une étude à cette même collection dans les t. II, III et lY de la CiviUà cattolica de 1906. M. Lauer a aussi, en 1906, donné un aperçu de ses recherches dans le t. XX de la Revue d'ari ancien et moderne et dans le t. X du Moyen âge.
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quels les sandales du Christ, le cilice de Jean-Baptiste et un bout de roseau qui est évidemment un morceau des roseaux dont on a frappé le Christ, le trésor se compose de deux croix d'or, douze coffrets de métal, dont sept en argent, huit objets d'ivoire, douze boites en bois et un flacon de cristal de roche. Tous ces objets ont un intérêt archéologique de premier ordre. Les plus précieux sont : V une croix d'or ornée d'émaux cloisonnés représentant des scènes de la vie du Christ en partie inspirées des apocryphes, croix qui parait être celle du pape Symmaque (498-544) retrouvée au Vatican par Serge P' (687-704). 2** Une croix d'or gemmée contenant un des prépuces et Tombilio du Christ, très probablement celle qui fut donnée à Hadrien l" par Cbarlemagne. Bien que sainte Brigitte ait garanti l'authenticité de ce prépuce, nous préférons nous en tenir à la sage déclaration d'Innocent m : « Melius est Deo totum committere quam aliud temere deQnire. » 3"* Le coffret cruciforme d'argent doré contenant la susdite croix, dont le couvercle et les faces latérales sont ornées de scènes de la vie du Christ en repoussé et ciselées d^une exécution remarquable. Une inscription nous apprend que ce coffret a été exécuté par l'ordre du pape Piiscal, Pascal P' (847-824) d'après M. Lauer. Â*" Un coffret d'argent byzantin à deux couvercles, dont l'un était orné d'un grand émail rectangulaire et de douze médaillons d'émail (il n'en subsiste que trois) et avec quatre saints en repoussé et ciselés. L'anneau du pêcheur de Nicolas III (4277-4280), le plus ancien connu, est attaché à ce coffret^ qui est d^une date postérieure aux émaux, ceux-ci étant peut-être du x' siècle, le coffret du xi*. 5'' Une pyxide d'ivoire chrétienne, mais à sujets païens du iy« ou V* siècle. 6* Un beau bas-relief d'ivoire du v*-vi* siècle représentant la guérison de l'aveugle de Jéricho. Mais tous les objets décrits par H. Lauer ont leur intérêt ; les historiens et les archéologues lui seront reconnaissants d'avoir ramené à la lumière ce précieux trésor archéologique et de l'avoir si bien fait connaître. Espérons que son travail et celui du P. Grisar décideront le Saint-Siège à transporter ces objets dans un lieu où le public pourra les admirer, les étudier et les vénérer à son aise.
Nous ne pouvons qu'annoncer aujourd'hui la belle publication de M. Jean Guirauo, les deux premiers volumes du CartiUaire de Notre^ Dame de Prouille* (Picard et fils). Nous laissons à notre collabora-
i. Nos lecteurs n'ont pas oublié Texcellent article publié en 1897 par M. Guiland sur Saint Dominique et la fondation du monastère de ProuUle, où il a montré Timportance de cette fondation pour saint Dominique, qui y résida constamment, et pour la lutte contre l'hérésie.
leur M. Ch. Molinier le soin d'analyser et de juger cet ouvrage qui a coûté à son auteur douze années de labeur et qui nous paraît un travail d'érudition de tout premier ordre. Un troisième volume qui paraîtra prochainement contiendra le texte de la visite canonique {Visitatio Pruliani) faite en 4340 par Pierre Guy, prieur proviacial de Toulouse, à Prouiile et dans les dépendances, avec une préface sur Padministration des domaines ecclésiastiques, les index généraux et la bibliographie. Les deux volumes que nous recevons aujourd'hui, pourvus aussi de tables et index du cartulaire, se composent d'une introduction de 354 pages sur VAlbigéisme en Languedoc atuc XII* et XIIP siècles et du cartulaire de Prouiile ou plutôt du recueil de tous les actes que M. Guiraud a pu recueillir sur Prouiile et ses dépendances : actes de fondation (4206); bulles pontificales (4245-4323); privilèges seigneuriaux et royaux (4244-4342); actes dominicains (4258-4344); actes de profession et donation (4207-4334) et actes , divers (424 4-4427). Ces 534 pièces sont loin de représenter l'ensemble des documents que nous devrions posséder sur le monastère de Prouiile. On trouvera dans Favant-propos de M. Guiraud le récit lamentable des déprédations et des dispersions dont les archives de Prouiile ont été victimes depuis la destruction du couvent à l'époque révolutionnaire. Recueillis ou égarés chez des particuliers, puis redispersés par des ventes, une grande partie de ces documents ont fini par arriver dans les archives départementales de l'Aude ou les archives communales de Limoux, mais pour y être, dans ce pays béni de la fraude et des fraudeurs, soumis à de nouvelles dilapidations. Le P. Combefort en 4659 avait écrit, d'après les archives du couvent; une Histoire de Prouiile que les religieuses possèdent, mais dont elles refusent la communication. Un travail analogue fait en 4 726 par le P. Labadie est aussi sous clef; mais M. Guiraud a pu heureusement le connaître par une copie fort incorrecte de 4780 qui est à la Bibliothèque nationale. V Histoire du monastère de Prouiile publiée en 4898 par une religieuse ne pouvait être d^aucun secours à M. Guiraud, et les Annales du prieuré de Notre-Dame de Prouiile par M. de Taule sont trop dépourvues de tout appareil critique pour être vraiment utiles. Il n'en est pas de même du Cartulaire ou His^ toire diplomatique de saint Dominique des PP. Balme et Lelaidier qui éclairent vivement les origines du monastère. C'est le P. Balme qui, mis en rapport avec M. Guiraud quand celui-ci était à l'École de Rome, lui communiqua le texte de la Visitatio Pru/tam et lui inspira ridée de publier un recueil des documents relatifs au monastère, pour lequel il lui fournit toutes les notes qu'il avait recueillies. Bien que puissamment aidé par ce travail préparatoire, le travail de recherches
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et de critique qui restait à faire était immense et le temps qu'^ a consacré M. Guiraud peut paraître court si Ton songe qu'il était professeur d'histoire à l'Université de Besançon et publiait en même temps sa thèse de doctorat et les trois volumes du Registre d'Urbain IV. L'introduction sur Talbigéisme est à elle seule un ouvrage considérable qui, à deux points de vue, mérite l'attention reconnaissante des historiens. Le chapitre vi du livre I sur les églises cathares, l^épiscopat et le diaconat cathares et tout le livre II sur la diffusion du catharisme, sur la part qu^y prenait la noblesse languedocienne et le peuple, sur les vices de l'église catholique en Languedoc et sur la manière dont s'organisa, d'abord avec les Cisterciens, puis avec saint Dominique, la lutte contre Thérésie, sont presque entièrement nouveaux et traités avec une précision remarquable. M. Guiraud a réussi à faire une sorte de tableau géographique de la diffusion du catharisme. A un autre point de vue, le travail de M. Guiraud est vraiment neuf, mais il rencontrera.peut-être plus de contradicteurs que sur les points que je viens d'indiquer. Il a poussé l'étude des doctrines théologiques, métaphysiques, morales et sociales et des rites cathares beaucoup plus loin qu'on n^avait fait avant lui, ainsi que la comparaison précise du catharisme avec le catholicisme. Cette étude est faite, autant que je puis en juger^ avec une très grande objectivité, et l'auteur n'a pas dissimulé ce qu'il y aura toujours de hasardeux à juger des hommes et une doctrine uniquement d'après les témoignages de leurs adversaires, de leurs persécuteurs et de leurs juges. Néanmoins, il croit et nous croyons avec lui que les nombreux interrogatoires que nous possédons permettent d'arriver sur le catharisme à des idées à peu près exactes. On lira avec un très grand intérêt les chapitres VII et VIII du livre I sur le Consolamentum^ le Melioramentum^ la confession, les pénitences cathares et les formes rituelles, dans lesquelles le catharisme a non seulement contrefait, comme le dit M. Guiraud par une expression un peu inexacte, les rites catholiques, mais retenu sur quelques points certains vestiges du christianisme primitif. M. Guiraud a fait un examen très approfondi des rapports du manichéisme cathare avec les doctrines orientales, mazdéennes et bouddhiques, égyptiennes et alexandrines qui se retrouvent dans le gnosticisme et il reconnait dans le catharisme beaucoup du syncritisme gnostique. Je n'ai pas en ces matières une compétence personnelle qui me permette d'exprimer un avis sans beaucoup de réserve; toutefois, tout en admettant la filiation que nous démontre M. Guiraud, je ne saurais admettre sa conclusion où il met en opposition le christianisme et le catharisme, prétendant que les points de ressemblance avec le christianisme ne sont que des accidents et Rbv. Hibtor. XGIV. 2« fasc. 23
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que le fond du catharisme est païen. M. Guiraud nous parait oublier que le christianisme comme le catharisme est un mélange du judaïsme avec des éléments orientaux et grecs, que la gnose elle-même n'a pas été sans influence sur la théologie chrétienne, que la Trinité, Tlncamation, la doctrine du Verbe, le miUénium sont des conceptions toutes pénétrées d'idées orientales et alexandrines, d'idées païennes, puisque M. Guiraud emploie ce mot d'une manière qui nous semble abusive. Le christianisme aussi bien que le catharisme considère le monde comme le théâtre d'une lutte entre le Diable et Dieu; il est lui aussi dualiste. Seulement la lucidité de Tesprit grec et la sagesse juridique et pratique de Rome ont préservé le christianisme des excès où est tombé le catharisme. Le catharisme n'a eu ni docteurs, ni théologiens, ni écoles savantes, ni gouvernement; il est tombé dans toutes les extravagances des hérésies et des superstitions populaires, et dans sa lutte contre le catholicisme il a été poussé tantôt à le contredire, tantôt à l'exagérer.
Plus je le considère, plus il me semble proche du catholicisme. Ses doctrines d'ascétisme fou allant jusqu'à la condamnation du mariage et au suicide ne sont que l'exagération de l'ascétisme chrétien. Les 4,000 parfeits qui vivent dans la continence absolue, qu^est-ce? sinon un clergé de prêtres et de moines, à côté desquels les croyants comme les laïques catholiques se permettent toutes les licences, pourvu qu'ils se soumettent à la confession et à la pénitence et reçoivent in extremis le consolamentum comme les catholiques reçoivent Textrême-onction ou même souvent renoncent à la vie du siècle pour entrer dans les ordres. Les diacres cathares ressemblent aux archidiacres et aux archiprètres catholiques. Enfin les cathares rejettent une partie des sacrements et des rites comme ont fait tous les hérétiques qui ont rejeté la hiérarchie romaine, comme les Yaudois entr'autres. Je n'emploierai pas le mot contrefaçon, parce que ce mot implique une imilation volontaire a posteriori et une disparité d'esprit. Le catharisme me parait une secte chrétienne pénétrée, comme le pense M. Guiraud, de manichéisme oriental et de gnosticisme alexandrin, mais pénétrée aussi de traditions chrétiennes primitives et qui s'est maintenue et développée en opposition avec l'organisation ecclésiastique romaine. On a tort de prendre texte de certains excès des cathares pour représenter leur doctrine comme antisociale. Les fakirs ne sont pas l'expression de toute la religion de l'Inde, et les excès de jeûne et de macération des Carmélites sont une forme de suicide analogue à V Endura cathare.
M. Rodolphe Rbuss a entrepris depuis plus de vingt-cinq ans l'étude approfondie de la période révolutionnaire en Alsace. En attendant qu'il puisse réunir les résultats de cette étude dans un travail d'en-
semble qui prendra place à côté de son admirable ouvrage en deux volumes sur l'Alsace au xni* siècle, il n'a pas cessé de publier des documents et des essais qui sont les pierres d'attente de son œuvre définitive. Parmi ces essais, un des plus importants est celui quMl a consacré aux Églises protestantes d* Alsace pendant la Révolution^ n89-'l802 (Fischbacher, ^1906), qui doit prendre place à côté du volume sur la Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution, paru en 4880, dos Notes pour servir à l'histoire de l'Église française de Strasbourg^ du livre sur Louis XIV et VÊglise protestante de Strasbourg et des recueils de documents sur la Situation légale des protestants d'Alsace au XVIII^ siècle et sur l'Église luthérienne de Strasbourg au XVIIP siècle. On lira avec intérêt le récit détaillé, impartial et animé des vicissitudes par lesquelles passèrent les églises protestantes d'Alsace avant d'arriver à Torganisation qui leur fut imposée par le gouvernement consulaire le 8 avrjH802 et qui devait, avec quelques modifications, les régir jusqu'à nos jours. Louis XIV et Louis XY avaient théoriquement respecté les clauses du traité de Westphalie qui assuraient aux églises protestantes d'Alsace leurs biens et la liberté du culte; mais les protestants avaient été soumis à un régime de compression et de vexations continuelles qui avait considérablement réduit leur nombre, leur influence et leurs moyens d'action. Le clergé catholique n'avait pas cessé de provoquer contre eux les rigueurs de l'administration royale et des cours de justice, en particulier du Conseil souverain, et il poussa l'aberration jusqu'à demander dans ses cahiers de 89 des restrictions à la liberté religieuse et à essayer de prendre texte de la déclaration des droits de rhomme et des décrets du 4 août pour attaquer les privilèges des églises protestantes, montrant ainsi le fond incorrigible d'intolérance qui est l'âme même du catholicisme. Les protestants d'Alsace adhérèrent en masse au mouvement révolutionnaire, et ils obtinrent le 47 août 4790 un décret de TAssemblée constituante, décret qui ne fut jamais abrogé même par la Convention et qui laissait à leurs églises la possession de leurs biens. Toutefois les églises n'arrivèrent ni à obtenir des assemblées ni à établir elles-mêmes une organisation légale qui assurât leur fonctionnement, et, comme les protestants restèrent fidèles aux idées de la Constituante et furent en grande majorité hostiles au terrorisme jacobin, ils subirent autant que les catholiques les effets de la fureur de déchristianisation qui sévit en France dans les premiers mois de 4794. On vit des pasteurs comme Oberlin obligés de transformer leur église en club pour continuer à y célébrer une sorte de culte. D'ailleurs, les pasteurs étaient persécutés et emprisonnés comme les prêtres catholiques et, le 22 juillet 4 794, les conventionnels en mission Heintz et Goujon ordonnaient leur
arrestation en masse et leur emprisonnement comme suspects. Quand la Terreur eut pris On, le culte public protestant fut rétabli en Alsace dans des églises libres par les efforts surtout de Jean-Laurent Blessig et d'Isaac Haffner. Jusqu'en 4799, les églises protestantes se virent en butte à des tentatives pour leur enlever leurs biens. Enfin la loi du 8 avril 4802 les leur garantit définitivement, mais en même temps elle enleva tout caractère légal aux paroisses réelles pour ne laisser subsister au regard de TËtat que des paroisses consistoriales de 6,000 âmes, qui dépendaient d*un consistoire supérieur dont le Directoire, seul pouvoir vraiment actif, servait dMntermédiaire entre les Églises et le gouvernement. En fait, les paroisses continuèrent à être le noyau solide de Inorganisation ecclésiastique, et ce n'est qu*à la longue que le président du Directoire finit par prendre rautorilé réelle et parfois excessive que le gouvernement consulaire avait voulu lui donner.
La librairie Firmin-Didot vient de faire paraître la dernière œuvre d*un ecclésiastique sociologue de l'école de Le Play, Tabbé Henri de TouRViLLE, qui a excité dans ces derniers temps, dans certains milieux catboliques libéraux, une admiration que nous avons quelque peine à comprendre. Le gros volume intitulé : Histoire de la formation partie culariste. Vorigine des grands peuples actttels, témoigne assurément d'un grand efibrt de travail et de pensée, car assurément ce n'est pas une tâche médiocre que d'étudier simultanément le développement politique et social de toutes les nations européennes et des États-Unis depuis les plus lointaines origines Scandinaves jusqu^à nos jours et de discerner le principe unique de leur grandeur ou de leur décadence. Nous pouvons presque dire que c'est une tâche au-dessus des forces humaines et qu'en tous cas les connaissances historiques de M. de Tourville étaient trop superficielles, trop dépourvues de critique précise pour qu'il pût édifier des théories d^une réelle valeur. U est même très difficile de suivre sa pensée dans cette course à travers les peuples et les siècles, et il serait très facile d'y relever de nombreuses erreurs de fait. Autant que nous avons pu en juger, M. de Tourville considère que le progrès de la civilisation consiste à faire sortir les hommes de l'état communautaire et patriarcal pour les organiser en un régime particulariste où leur activité a pour base de petits et surtout de moyens domaines, l'industrie venant se superposer à un régime agraire qui sert d'assise à la société. L'Angleterre et les Étals- Unis sont les peuples les plus puissants et les plus heureux parce qu'ils ont conservé le plus parfaitement cet état social. La France y tendait à Tépoque franque, mais, pendant le cours de notre histoire, les éléments communautaires ont pris un empire qui a entravé constamment notre développement normal ; et ils continuent à nous nuire,
comme ils Duisent aussi à TAlIemagne, où Tadministration, l'armée, la fiscalité et la grande propriété tiennent une place beaucoup trop grande. Cette conception (si toutefois j'ai bien compris M. de Tourville) est-elle très juste et jette-t-elle une grande lumière sur Thistoire des peuples civilisés? J^hésite à Taffirmer.
Si la France est malade (et il est difficile de la trouver en bonne santé), ce ne sont pas les médecins qui lui font défaut. Les médecins sociaux ne prêtent pas moins à rire que les médecins de Molière. Les moins plaisants ne sont pas les traditionnalistes, qui ont pour Fort Chabrol intellectuel la Revue et l'Institut de V Action française et la nouvelle librairie nationale, et dont le traditionnalisme consiste à exhorter la France à renier toutes ses traditions rationalistes et démocratiques pour créer, à la suite de Bonaid et de J. de Maistre, une monarchie théocratique qui serait la négation de Thistoire de France tout entière. Car enfin^ avant d'être révolutionnaire, la France était une monarchie parlementaire, bourgeoise et antiultramontaine, et de tout temps la France a été un pays de raison et de libre discussion. Quand M. Dimier écrit dans son livre sur les Maîtres de la contre- Révolution^ où Ton trouve dans un compagnonnage hétéroclite Maistre, Bonaid, Rivarol, Balzac, Courier, Sainte-Beuve, Taine, Renan, Fustel, Le Play, Proudhon, les Goncourt et Yeuillot, et où manque encore, hélas ! Auguste Comte, cher aux jésuites et à M. Brunetière : « L^Syllabtis, monument admirable d'une sagesse qui domine les siècles, monument de bon sens, charte des sociétés raisonnables », on peut mesurer tout ce qu'il y a d'antifrançais dans la croisade entreprise par V Action française. L'ouvrage de M. Dimier qui, après les beaux travaux de M. Faguet, ne peut guère nous apprendre rien de nouveau, mérite d'être signalé comme symbole de tendances qui, dit-on, rencontrent quelques adeptes, moins dans les milieux catholiques, aujourd'hui mieux orientés, que dans les milieux paradoxaux qui se vantent d'être formés d'athées cléricaux. On verra aussi dans la France et la Prusse avant la guerre de M. Richard Cosse, dans Bismarck et la France de M. Jacques Bainyille que ce sont les principes de 89, ces funestes principes qui sont pourtant en train de faire le tour du monde, qui sont la cause de tous nos malheurs. Tous ces jeunes apôtres sont aussi violemment antibonapartistes qu^antirépublicains, et les Bonaparte, ces métèques, sont rendus responsables de la ruine de la France autant que la Révolution. — M. Augustin Regxault, dans sa France sous le second Empire (Messein), dresse avec une non moindre sévérité le bilan des fautes du second Empire, mais au point de vue républicain. Au point de vue strictement historique, je crains que ces partis pris politiques n'enlèvent beaucoup de leur valeur à ces essais où Ton trouve cependant à glaner quelques
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observations intéressantes. On en trouvera aussi dans le livre d'un pessimisme féroce de M. André Barre sur la Menace allemande^ où il fait un tableau effrayant du pangermanisme fondé sur le servage foncier, économique, moral et politique de l'Allemagne, et où il nous invite, en guise de conclusion, à planter le drapeau républicain sur le palais de Berlin et à mourir en Français 1
Qu'aurait dit Taine, ce philosophe logicien qui croyait être le docile serviteur des textes et des faits, même lorsqu'il obéissait le plus aux déductions de son esprit systématique, s'il avait vu l'usage que font de ses écrits les partisans d'idées plus chimériques encore que rétrogrades? Heureusement pour lui qu'il n'a pas assisté à l'anarchie intellectuelle, politique et sociale où nous nous débattons aujourd'hui, bien qu'il Tait prévue et prédite. On lira avec un intérêt passionné le quatrième volume de sa Correspondance (Hachette), qui roule presque en entier sur la préparation et la composition de ses Origines de la France contemporaine. Quelques réserves et quelques critiques qu'on doive faire sur celte œuvre, qui a certainement été conçue et composée pour démontrer une idée formée à priori par la comparaison de la France avec TAngleterre, on ne peut pas ne pas être pénétré d'admiration pour tout ce qu'il y avait de sincérité, de candeur même dans ce grand esprit et du puissant effort intellectuel dont témoigne cette grande construction historique, hâtive, systématique, partiale, mais qui a néanmoins mis en lumière des côtés très importants de notre Révolution et de toute l'évolution politique dont elle a été le centre * .
Annonçons en terminant le huitième volume des Études critiques sur r histoire de la littérature française de F. Brunetière (Hachette), où Ton trouvera deux belles études, importantes pour l'histoire, sur VOrient dans la littérature française et sur Joseph de Maistre et son livre du Pape^ et la précieuse petite notice sur F. Brunetière (Bloud et Barrai] de M. Y. Gieauo, suivie d'un fragment inédit sur « les Difficultés de croire », où cet impitoyable logicien se montre ce qu'il était souvent, un brise-raison d'une fantaisie extraordinaire.
Annonçons enfln qu'une main pieuse nous a donné une édition française de l'admirable Esquisse historique de la littérature française au moyen âge (Colin), par Gaston Paris, où l'on trouve l'érudition la plus précise associée à une intelligence profonde des relations de notre littérature avec notre histoire nationale.
Gabriel Mohod.
1. M. Matbiez a publié dans la Revoie d'histoire moderne un très remarquable article sur la méthode historique de Taine. Voir aussi les importants articles de M. Aulard dans la Révolution française.
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(Suite*.)
HiSToiBE PAR ÉPOQ0BS. — Quels sont les éléments ethniques dont s'est formé le peuple anglais? Quelle influence durable chacun d'eux a-t-il exercée? Jusqu'à quel point les Bretons ont-ils été romanisés? Quand la conquête anglo-saxonne eut été achevée, quels appoints nouveaux apportèrent les Scandinaves, puis les Francs? M. Otto Jbspersocv, professeur à TUniversité de Copenhague, s'est posé ces questions et d'autres encore ^ ; une étude approfondie de la formation de la langue anglaise lui a permis d'apporter des réponses, peu certaines, parce que la base de ses recherches est étroite et fragile, mais séduisantes et instructives. L^auteur est avant tout un linguiste, et son ouvrage ne peut être apprécié justement que par des linguistes de profession ; mais l'historien devra se garder de l'ignorer. Il négligerait une source d'information précieuse, unique même pour certaines périodes reculées, qui n'ont laissé de traces visibles que dans le langage.
C'est un sujet de même nature, mais beaucoup moins étendu, qu'aborde M. H. Munro Ghadwigk dans son ouvrage sur les Origines de la nation anglaise'. Le plan en est étrange et ne saurait se justiûer. Il étudie d'abord PAngleterre au vi^ siècle, c'est-à-dire vers Tan 597, où la conversion du pays au christianisme, en le faisant entrer dans la communauté européenne, va dissiper les incertitudes qui jusqu'à ce moment enveloppent l'histoire des invasions anglo-saxonnes. Il s'efforce de marquer les traits essentiels des institutions politiques et sociales communes aux envahisseurs à ce moment précis de leur développement. Puis, remontant dans le passé, il étudie les Angles, les Saxons et les Jutes sur le continent, d'abord à Tépoque des grandes invasions, puis enfln à l'époque romaine. M. Gbadwick a pris justement le contraire du chemin qu'il fallait suivre. Il ne saurait prétendre, comme l'ont fait Seebohm, Maitland, Vinogradoff, que cette méthode a Pavantage de faire passer et conclure du connu à l'inconnu : M. Ghadwick sait à merveille combien faibles sont les