Bspagne 534, fol
44 ALFRED BOURGUBT.
tes, le ministère britannique désirait la paix ; seulement il se rendait bien compte que la France ne se prêterait plus, à l'heure actuelle, aux conditions rejetées par Pitt. Un des principaux hommes d'État anglais, lord Egremont, lui déclara que, dans la Chambre haute comme dans la Chambre des communes, on ne partageait pas les vues intransigeantes exprimées par notre infatigable adversaire. Il ajouta, il est vrai, que « les entrepreneurs qui s'enrichissaient par les marchés qu'ils faisaient pour la guerre et les corsaires qui comptaient aussi s'enrichir par la prise des gabions et des vaisseaux espagnols préféraient leur intérêt personnel à celui de la patrie^ ».
M. de Fuentàs ne pensait pas que Pitt revînt au pouvoir à cause de l'opposition que son énergie, parfois brutale, avait soulevée contre lui parmi ses collègues. Ceux-ci redoutaient également l'empire absolu qu'il exercerait s'il venait à rentrer au ministère. Mais l'ambassadeur écrivait à M. de Grimaldi : < Comme le motif de sa retraite, ainsi qu'il l'a publié lui-même, est qu'il voulait nous prévenir à cause de la certitude qu'il avait de notre union avec la France pour faire la guerre à l'Angleterre, si les assurances qu'il a données à ce sujet se réalisent^ ses affaires deviendront meilleures. »
M. Wall partageait cette manière de voir. C'est pour cela que la cour d'Espagne (à en croire une pièce jointe dans les archives du quai d'Orsay à la lettre de M. de Fuentès) répondit à lord Bristol que « le Roi n'avait conclu aucun traité avec la France au préjudice et au détriment de l'Angleterre^ ». Si la réponse fut faite en ces termes, il faut bien convenir que, dans cette occasion, l'on usa sans réserve à Madrid du droit de mentir attribué parfois aux hommes d'État dans l'intérêt de leur patrie. L'ambassadeur britannique sentit néanmoins que sa situation devenait impossible en Espagne au milieu des préparatifs de guerre qui ne pouvaient lui échapper. Il demanda sa retraite sous prétexte que le climat et l'air du pays étaient contraires à sa santé.
Le ministère anglais ne voulut pas lui accorder une permission qui, dans l'état de choses actuel, aurait singulièrement ressemblé à une rupture. Ainsi que l'avait prédit Choiseul, au lieu de montrer trop de raideur à l'Espagne, le cabinet de Londres