‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 16 sur 176 · Espagne 534, fol · texte numérisé non relu

Espagne 534, fol

GHOISBUL ET L*iLLIANGE ESPiGIfOLE. 15

prit Yi&-à-vis d'elle un ton beaucoup moins hautain et pressant; il s'efforçait encore d'éviter une guerre nouvelle. C'est que, si la France était épuisée par les efforts accomplis dans ces dernières années, l'Angleterre ne se trouvait pas dans une situation moins critique et moins ruineuse. Voilà pourquoi le gouvernement, assagi par le départ de Pitt, ne tenait pas à se créer des complications nouvelles.

Cela ne l'empêchait pas, d'ailleurs, de prendre les mesures exigées par les circonstances. C'est ainsi qu'il envoyait au général Amherst l'ordre d'ajouter 5,000 hommes aux bataillons que TAngleterre destinait à une expédition contre la Martinique. De plus, l'amirauté donnait les ordres nécessaires pour la levée de 8,000 marins qui devaient compléter l'armement de l'escadre chargée d'une croisière sur les côtes de Biscaye. Elle en préparait une seconde pour la Méditerranée, ou pour telle autre destination qui serait indiquée, en cas de rupture avec l'Espagne.

Cette hypothèse apparaissait alors comme si probable que lord Bristol commençait, bien que son ministre n'eût pas accédé k sa demande de retraite, à faire emballer ses meuhles et ses effets, n n'ignorait pas, sans doute, que Ton travaillait à Madrid au rassemblement d'un corps de 30,000 hommes à la portée des frontières du Portugal, et cette mesure, projetée contre un ami si fidèle de la puissance britannique, ne pouvait qu'être un son de cloche des hostilités prochaines entre l'Espagne et l'Angleterre.

Et, en effet, si Charles III faisait ces préparatifs, c'est qu'il était bien décidé, du jour où il romprait avec le cabinet de Londres, à obliger la cour de Lisbonne à prendre un parti. Il dit à d'Ossun, le 23 novembre 1761, qu'il donnerait un terme très court au roi de Portugal pour se déterminer en lui déclarant que, faute de réponse dans le délai fixé, il le traiterait comme un ennemi. Il aurait désiré, d'autre part, que la France agît avec la Hollande comme il se proposait de le faire avec le Portugal. A ses yeux, si les Anglais, déjà épuisés par la guerre d'Allemagne, se trouvaient obligés de venir en aide à ces deux pays avec des troupes, de l'argent et des vaisseaux, ils ne seraient plus en état de diriger des expéditions contre l'Amérique, avantage énorme pour l'Espagne comme pour nous.

16 ALPIED BOVIGUET.

Choiseol partageait bien cette manière de voir puisqu'il écrivait à d'Ossan : « Quant à l'artide de yotre lettre qoi r^arde la déclaration à la Hollande pour l'obliger à prendre parti, j'avoue que ce projet m'a séduit depuis plusieurs années. Je l'ai proposé à différentes fois à S. M. sans succès^. » Le ministre pensait toutefois qu'à l'heure actuelle pardlle combinaison était difBdle» même impossible.

Une telle entreprise ne pouvait pas être improvisée, et les mesures prises à Versailles étaient tellement considérables qu'il ne fallait pas songer, sans une vraie imprudence, à modifier nos plans de campagne. C'est l'ensemble de nos préparatifs que contient une lettre, du 25 novembre 1761, adressée par Choiseul à d'Ossun. Tout entière écrite par lui, elle mérite d'être connue^ car elle montre Tinfaitigable activité du ministre qui concentrait alors entre ses mains les triples pouvoirs de la Guerre, de la Marine et, partiellement, des Afiaires étrangères.

Le Roi compte avoir 435,000 hommes en AUemagne. Ce nombre y est nécessaire pour conserver la Hesse, le comté de Hauau, la partie conquise de l'électoral de Hanovre et les pays du roi de Prusse sur le Bas-Rhin. Avec ce nombre, vu la nature du pays, nous ne parviendrons peut-être pas à faire des conquêtes, mais nous conser* verons des pays dont la conservation est nécessaire, comme vous Taurez jugé par le détail de notre négociation '.

Nous avons envoyé ou nous enverrons dix bataillons en Amérique, dont trois sont embarqués sur Tescadre de Brest, deux sont partis à présent de Bordeaux pour aller directement à Saint-Domingue sur des bâtiments marchands. Il y a apparence qu^ils arriveront sans accident, mais, s'ils étaient pris, nous sommes déterminés à en risquer deux autres, et ainsi successivement jusqu'à ce quMl en arrive le nombre sufBsant dans cette colonie, avec Tartillerie et les munilions nécessaires. Nous embarquerons quatre bataillons sur Tescadre de Rochefort pour les expéditions que les deux cours jugeront utiles. Enfln, Ton embarquera encore un bataillon à Bordeaux avec des munitions de guerre pour la Louisiane. Voilà les dix bataillons, qui iront peut-être à quatorze si ceux de Bordeaux sont dans le cas d'être remplacés.

Nous aurons deux camps en Normandie pour la sûreté de nos

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