Dans English hisUnical Beview, janvier
A l'époque de la guerre des Deux Roses se rapportent deux ouvrages dont Tobjet est très voisin, mais dont le caractère est assez différent : M. Karl Schmidt s'est efforcé de reconstituer la figure véritable d'un personnage de Shakespeare, Marguerite d^Anjou, épouse infortunée du triste roi Henri yI^ Suivant la méthode employée par d'autres auteurs qui ont travaillé pour la même collection (PcUœstra^)^ il analyse, reproduit et commente les passages des chroniqueurs qui ont parlé de cette reine et raconté les tragiques péripéties de sa vie : chroniqueurs du parti lancastrien, chroniqueurs yorkistes, chroniqueurs français, chroniqueurs du temps des Tudors et d'Elisabeth. Un dernier chapitre est consacré à Tétude critique du personnage tel qu'il a été imaginé par Shakespeare; il intéressera ceux qui s'occupent d'histoire littéraire. Dans les autres^ on trouvera d'utiles remarques, bien que souvent peu neuves, sur les sources historiques concernant les triomphes et la ruine du parti lancastrien. On pourra reprocher à
1. Margareta von Anjou, von und bei Shakespeare. Berlin, Mayer et Mal- 1er, 1906 (Palxsiray n* 54), xi-286 p. Prix : 8 m.
2. Sor Richard 111, o* 10 (cf. Bêv. hisi., t. LXXXllI, p. 368); sor le roi Lear, n* 35; sur Macbeth, n* 39; sar Fal&taff, n* 50. Noqb n'avons pas reça le livre d'Ernest KrOger {Die Sage von Macbeth bis %u Shakespeare); mais j'ai en entre les mains celai de Wilfrid Perrett {The story of king Lear, firom Geo/freg ofMonmouth to Shakespeare). Cette légende, comme on sait, se troave pour la première fois dans VBistoria Britonum de Geoffroy de Monmouth. Où Geoffroy ravait-il puisée. Qu'est-ce que le c liber Tetustissimos i écrit en c langue bretonne i que lui communiqua Gautier, archidiacre d'Oxford? Après tant d'autres èrudits, M. Perrett discute ces points sans les résoudre; il fait seulement remarquer que la légende était inconnue dans les pays gallois et qu'on ne saurait lui assigner une origine indienne. Il est probable que Geoffroy de Monmouth en a été rinrentenr. Heureuse inrention d'ailleurs, si Ton en considère le succès prodigieux. L'un des intérêts dn trayail de M. Perrett consiste à suivre le développement de la légende dans la littérature du moyen âge jusqu'à Shakespeare et à montrer la filiation des très nombreux récits qui nous sont parvenus. Cette partie du livre de M. Perrett contient beaucoup d'observations utiles pour la critique des sources historiques. Quant à Shakespeare lui-même, M. Perrett estime (p. 272) que, si la chronique de Hollnshead a été, ici comme pour tous ses autres drames historiques, sa principale source, il a emprunté en outre des détails à des œuvres poétiques ou à des essais dramatiques de son temps. Ses rapprochements ingénieux ne sont pas toujours convaincants, mais il faudra en tenir compte. Le chapitre sur l'interprétation du roi Lear intéressera tous les commentateurs de Shakespeare, mais ne peut nous arrêter. La lecture de ce livre sera donc profitable, mais elle n'est pas plaisante. On y trouve trop souvent de ces abréviations qni surchargent certains livres d'érudition allemande et qui, sons prétexte d'économiser un peu de place, leur donnent l'aspect d'une collection d'énigmes ou de rébus. Cette allure pédantesque étonne et afilige dans un livre écrit en anglais.
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l'auteur de n'avoir pas toujours utilisé les meilleures éditions S mais on lui tiendra compte de ce qu'il dit par exemple sur la manière d'écrire l'histoire pratiquée par l'abbé de Saint-ÂlbanWhethamstede, qui, pour raconter la mort du duc d'York à la bataille de Wakefieid, n'a trouvé rien de mieux que de pasticher le récit de la Passion selon saint Mathieu, ou bien encore sur les rapports des Cramclss of England de Gaxton avec le Polyehronieon de Ranulf de Higden.
Le second ouvrage se rapporte à Richard III; Sir Cléments R. HiRKHAM y expose, dans une première partie, la vie de Richard III, et, dans une seconde partie, il discute, après tant d'autres, les points restés obscurs de cette vie'. Ce livre, d'ailleurs intéressant et qui mérite d'être lu, n'ajoute cependant aucun fkit notable à ceux qu'avait mis en œuvre le plus récent et le mieux informé des biographes de ce prince, M. James Gairdner; d'autre part, il propose une solution inattendue à une des nombreuses énigmes devant lesquelles l'historien demeure perplexe : ce n'est pas Richard III qui a fait disparaître ses neveux ; les < enfants d'Edouard » ont été les déplorables victimes de la raison d'état bien plus tard, sous le sec et cruel Henri VU. Cette hypothèse, présentée sous une première forme aux lecteurs de la English historieal Review (4894), avait rencontré des incrédules'; reproduite dans un chapitre du livre (ch. v : « Henri VU au banc des prévenus >), elle ne convaincra personne. Le réquisitoire de Sir Cléments se compose d'un échafaudage de raisonnements ou d'apparences qui ne repose sur aucun texte. L'inconsistance de cette opinion met le lecteur en défiance pour tout le reste; mais, au moins, dans tout ce reste, Tauteur se tient-il sur un terrain plus sûr; il connaît bien les textes et les discute avec habileté. La critique à laquelle il soumet l'ouvrage de M. Gairdner contient d'utiles remarques. Hais il est un peu inquiétant de voir avec quelle facilité on se laisse, quand 11 semble qu'il serait si fkcile d'être désintéressé, entraîner à disqualifier les témoins gênants : la plupart des chroniqueurs contemporains sont, aux yeux de Sir Cléments, peu dignes de foi parce que, écrivant sous Henri Vn, ils n'ont pu échapper aux préjugés haineux des Tudors contre la maison d'York; Morton, l'homme le mieux en
1. M. Schmidt ne parait pas connaître l'édition de Commynes donnée par M. de Mandrot. Il ignore de même l'édition des Chroniques de Londres par Kingsford ; il y aurait retronvé sons une forme pins complète et pins conforme aux manuscrits (p. 133-147) le texte sur lequel il disserte p. 71.
2. Richard III; his life and character, revietoed in ihe lighi of reeeni researeh, Londres, Smith, Elder et O*, 1906, ziz-327 p., avec un plan de la bataille de Bosworth.