‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 151 sur 176 · J. Gairdner, Richard III, édit. de · texte numérisé non relu

J. Gairdner, Richard III, édit. de

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état d'être bien renseigné, est le plus misérable de tous, parce qu'il a été ministre du vainqueur de Bosworth; les continuateurs de la chronique de Growlandy au contraire, qui sont anonymes et qui semblent ne pas vouloir prendre parti entre les factions rivales, méritent la plus grande conflance; leur silence même fournit à Sir Cléments des arguments positifs. Je ne dirai pas qu'il voit mal ni qu'il raiscmne à faux; mais je constate que son critérium est tout subjectif, et il ne serait peutrètre pas très difBcile de retourner ses arguments contre lui, sans d'ailleurs en présenter peut-être aucun qui soit vraiment persuasif. Son livre est encore moins une étude critique qu^un plaidoyer d'avocat en cour d'assise ^

Au seuil de la période moderne^ signalons la réimpression des brochures et pamphlets du xvi* et du xvu* siècle que le prof. Arber avait autrefois publiés, au hasard de ses découvertes, dans son a Grenier anglais » ; ils viennent d'être réédités, suivant l'ordre chronologique, par des érudits autorisés : les Tudor Tracts^ 4539-4588^ par M. A. F. PoLLARD*; les Sttéart Tracts, 4603-4698, par M. C. H. Fibth*; les Later Stwirt Tracts, par M. George A. Airisif ^. La simple indication des principaux articles contenus dans chacun de ces volumes sufBt à en indiquer l'intérêt.

En ^1874, le cardinal Manning introduisit en cour de Rome une instance pour obtenir la canonisation des catholiques anglais qui avaient péri, martyrs de leur foi, sous les règnes de Henri YIII et d'Elisabeth. Le nombre de ces martyrs, ûxé alors à 353, fut réduit plus tard, après un long examen des litres, et finalement 264 furent déclarés vénérables par Léon XIII; on commença aussitôt la longue série d'enquêtes qui doit préparer leur canonisation. Un autre groupe

1. Sir Gtementa a pris si résolument parti poor son client qu'il trouTe tonte simple la manière dont Richard III est parvenu an trône et qu'il traite ses adrersaires de c rebelles », tout comme aurait dit un chroniqueur du parti dTork.

2. Récit de l'expédition en Ecosse, 1547, par Patten; histoire du soulèvement de Wyatt, 1554 ; conquête de Calais par les Français, 1558 ; mort de la reine Marie, 1558; cérémonies du couronnement d'Elisabeth, 1559; le sac d'Anvers, 1576; les funérailles de Marie Stnart, 1587, etc.

3. Mort de la reine Elisabeth, récit de Sir Robert Carey, observations de Sir Thomas Overbury sur les Pays-Bas, 1626; combat naval entre Espagnols et Anglais, 1622; déposition de l'archevêque de Cantorbéry, 1627; mémoires de Lord Fairfax sur ses opérations militaires; expédition de 6,000 Anglais en France et en Flandre sous le commandement de Sir Thomas Morgan, 1657, 1658; le retour de Charles II en 1660, etc.

4. L'arithmétique poliUque de Sir William Petty, 1690 ; divers pamphlets de Daniel Defoe et de John Arbuthnot. — Ces trois volumes ont été publiés chez Archibald Constable, 1902 et 1903. Prix : 4 sh. chacun.

de martyrs fut plus heureux : soixante-trois d'entre eux avaient été peints, vers la fin du xvi* siècle, dans une série de fresques dues au pinceau de Gîrciniani ; ces fresques, qui ornaient l'église du Collège anglais à Rome, furent détruites au temps de la Révolution fSrançaise^ mais elles avaient été gravées dans un ouvrage publié « avec le privilège du pape Grégoire XIII ». Bénéficiant d'une exception au décret qui règle la procédure en matière de canonisation, ces soixante-trois martyrs, qui avaient été mis à mort entre ^1 535 et 4 583, furent canonisés (4 décembre 4886 et 43 mai 4895). La vie de ces bienheureux a été racontée dans un intéressant ouvrage composé par des Pères de TOratoire, des membres du clergé séculier et de la Société de Jésus, sous la direction de dom Bede GAmf , religieux bénédictin de Tabbaye d'Erdington^ Le tome I se rapporte aux martyrs de Henri VIII et le tome II à ceux d'Elisabeth. Le travail a été exécuté avec soin; parmi les principaux collaborateurs, nous retrouvons deux jésuites bien connus par dimportantes publications sur Thistoire du catholicisme en Angleterre au xvx"* et au xvii* siècle : le P. MoEEis et le P. Pollen. Ces érudits ont utilisé toutes les sources imprimées^ recherché et en partie publié les récits les plus autorisés des contemporains; quelques notes au bas des pages, un appendice sur les sources et sur la bibliographie à la suite de chaque biographie attestent l'étendue de leurs informations. Dans les récits, pas ou fort peu de déclamation; le miracle y parait à peine, tandis que l'indication des reliques est donnée avec précision. Ce sont les faits qui parlent avant tout. Sans doute ces faits sont choisis ou présentés de manière à faire le mieux ressortir les vertus, les souffrances, le courage héroïque des martyrs, mais l'intention des auteurs n'a pas été seulement d^édifier le lecteur, ils ont voulu écrire un livre d'histoire, et il est certain que Touvrage qui parait sous le nom de dom Gamm prendra une place très honorable à côté de ceux du P. Morris et du P. Poley. L'histoire de la Réforme en Angleterre a été le plus souvent racontée par des écrivains protestants; il est utile qu'on entende aussi la voix des catholiques. Les Lives of the english martyrs de dom Gamm sont la contre-partie nécessaire desAets and monuments de Foxe. En tête de chacun des deux volumes est une assez longue introduction où sont résumées les causes des persécutions dirigées contre les catholiques : le divorce de Henri VIII et Texcommunication d'Elisabeth sont les deux principales. Dom Gamm n'hésite pas à

1. Lives ofthe english martyrs declared blessed by pope Léo XI II in 1886 and 1895, 2 vol. Londres, Burns et Oates, 1904 et 1905, Lxyi-547 et XLn-691 p. Prix de chaque vol. : 7 sh. 6 d.

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reconnaître que la décision prise par Paul Y a été précipitée et nuisible, tout en déclarant que, en soi, Texcommunication « n'a pas fait peu de bien à l'Église en général et aux catholiques de ce pays en particulier » (t. Il, p. xvi). D'autre part, il s'eflforce d'établir que les catholiques mis à mort sous le règne de la OUe d'Anne Boleyn l'ont été à cause de leur religion; mais il faut dire aussi qu'Elisabeth et ses ministres se sont toujours défendus d'avoir fait juger et condamner personne pour des motifs de croyance; ils ont toujours prétendu qu'ils n'avaient voulu connaître et poursuivre que des sujets coupables du crime de trahison; ces déclarations pe sont-elles qu'hypocrisie pure? Oui, peut-être, à nos yeux, mais de graves raisons justiûaient cette politique aux yeux des protestants anglais engagés dans une terrible partie contre les puissances catholiques. On ne s'étonnera pas si elles touchent peu des hagiographes modernes, même les plus érudits et les plus consciencieux.

Le correctif à d'inévitables préjugés pourra être cherché dans la biographie de Cranmer par M. Albert Frederick Pollird^ M. Pollard, de qui dom Gamm mentionne, avec une froideur voisine de l'hostilité, l'intéressante histoire de Henri YIII, et qu'il fallait en tout cas placer tout près de James Gairdner parmi ceux qui connaissent le mieux l'bistoire de l'Angleterre au xvi* siècle, n'a pas cherché à a blanchir » son personnage, comme on lui reproche d'avoir a blanchi D Henri VIU. Il a voulu replacer Granmer dans son milieu, montrer comment les événements ont entraîné l'homme savant et honnête, mais faible, à faire prononcer la nullité du mariage du roi avec Catherine d'Aragon, à s'associer aux mesures de plus en plus rigoureuses et violentes prises contre le clergé resté fidèle au pape, à pousser ensuite et par degrés successifs le clergé national dans la voie de l'hérésie, puis à renier son œuvre quand la reine Marie eut restauré le catholicisme, à signer toutes les palinodies qu'on lui imposa. II se ressaisit quelques heures seulement avant son supplice. Sa vie n'avait été qu'une suite de faiblesses; sa mort permet enfin de lui foire une place parmi les « héros » de la Réforme. « Ne rien atténuer », dit M. PoUard, « est une règle sacrée, mais c'est commettre une flagrante injustice que de négliger les circonstances atténuantes ». Il s'est appliqué à cette tâche, ici particulièrement ingrate, avec un sens historique très avisé, et, comme il connaît

1. Thomas Cranmer and the english re formation, Î^9-Î556. Putnam's sons, 1904, zv-399 p. Prix : 6 sh. — Fait partie de la série des c Heroes of the Reformation », qui compte déjà les biographies de Luther (par H. E. Jacobs), de Mélanchthou (par J. W. Richard), d'Érasme (par E. Emerton), de Bèze (par W. M. fiaird) et de Zwingli (par S. M. Jackson).

admirablement les sourcee et la bibliographie du sujet, il a écrit un livre- qui est à la fols une biographie très soignée ' et un excellent chapitre de l'histoire des origines de l'église anglicane^

Je regrette de ne pouvoir signaler au moins les principaux parmi les ouvrages qu'a suscités la célébration du quatrième centenaire de George Buchanan^. Je parlerai seulement de ceux que j'ai vus. C'est, en premier lieu, un volume de mélanges divisé en deux parties : la première contient divers mémoires sur certains points de la vie du célèbre humaniste écossais, sur ses ancêtres, le inilieu où il est né, ses années d'études, son séjour à Bordeaux et au Portugal^ ses rapports avec les Franciscaines, Marie Stuart, John Rnox, ses œuvres littéraires et historiques. Dans la seconde ont été rééditées les plus remarquables de ses poésies latines, avec des traductions en anglais et en français. L'appendice, fort intéressant, contient le texte, encore Inédit, de TApologie de Buchanan, prisonnier de Plnquisition à Usbonne. C'est là que Ton trouvera exposées pour la première fois, diaprés les pièces mêmes du procès, les tribulations du malheureux professeur poursuivi pour crime d'hérésie. Le volume, abondamment et joliment illustré, est un digne monument élevé par TUniversilé de Saint-Andrews au plus illustre de ses «c alumni ».

1er, nous n'avons que des morceaux détachés; M. D. Magmiluh nous présente une biographie complète, d'ailleurs sans aucune prétention à Foriginalité^. Une courte préface nous apprend que l'auteur a suivi les ouvrages de MM. David Irving et Hume Brown pour les faits, de M. Robert Wallace pour les idées. Mais il a lu les œuvres de Buchanan, il en donne de fldèles analyses; en les replaçant dans le temps et dans le milieu où elles ont été écrites, il en fait bien comprendre le sens et la portée. Son travail est donc

1. Avec des reaseignemenU à peine conotts joaqu'iei sur les ancêtres de Cranmer. A noter le chap. xi : Cranmer, son caractère et sa rie privée, et le tableaa généalogique placé à la fin du volume.

2. A noter en particulier le chap. m : Cranmer et la suprématie royale, où le sens véritable et la portée du titre pris par Henri VIII sont très bien mis en lumière; les chap. vu et ix sur le premier et le second « Prayer book ». — Les illustrations sont nombreuses et bien choisies.

3. George Buchanan; a mémorial, 1506-1906; contrihuHon hy varimu writers, compiled and edited by D. A. Millard. Saint-Andrew, Henderson; Londres, Nutt, xix-490 p. — Parmi les nombreux érndits qui ont collaboré à ce Tolumcy il nous sera pardonné de mentionner seulement M. de La Ville de Mirmont, qui a parlé sur Buchanan à Bordeaux et sur ses tragédies religieuses, et M. 6. J. C. Henriques, auteur d'un mémoire très neuf sur Buchanan en Portugal.

4. George Buchanan, a biography, Edimbourg, George A. Horton ; Londres, Simpkin, Marshall et C^% 1906, ix-292 p.

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loin d'être sans mérite; mais il est écrit sur un ton un peu trop uniforme d'apologie. M. Macmillan indique fort justement que, par ses liens de fomille, Bucbanan était inféodé à la maison de Lennox, mais il ne consent pas à admettre que Bucbanan ait jamais pu céder aux passions qui animèrent les Lennox et leurs alliés contre Marie Stuart, considérée cooune complice du meurtre de Darnley. Le rôle de Bucbanan dans Tenquéte où furent produites les lettres de la Cassette a-t-il été aussi désintéressé qu'il TafQrme? Son réquisitoire contre la reine (sa Detectio) n'est-il pas moins une œuvre d'bistoire qu'un pampblet? C'est avec ces réserves nécessaires qu'on peut louer celte étude, attacbante en somme et sincère.

Il fout mentionner, avec une particulière marque d'estime, le recueil des portraits et joyaux de Marie Stuart dont M. Andrew Lang a dressé le catalogue critique ^ D'abord parce que l'historien peut y glaner çà et là d'utiles indications, ensuite parce que tout ce qui toucbe la reine d'Ecosse mérite de retenir l'attention. La question, toujours si délicate, d'authenticité des peintures et autres représentations Ogurées, a son prix ; j'avoue que j'aimerais mieux savoir quels sont ceux qui reproduisent l'image vraie de la reine d'Ecosse, ou même s'il nous est possible d'avoir d'elle une image authentique aux principales époques de sa vie. Ceci est une autre étude dont on a seulement jusqu'ici préparé les matériaux.

Le remarquable volume consacré au roi Jacques P' dans la collection GoupiP mérite d'attirer Tatlention des historiens par d'autres qualités que sa belle illustration. M. T. F. Hkidebsou, qui a été chargé d'écrire la biographie de ce prince, s'est acquitté de la tâche en érudit qui connaît bien les sources et la bibliographie du sujet, en écrivain perspicace et^ à ce qu'il semble, exempt de préjugés. Il ne dissimule pas les débuts du souverain, son pédantisme, sa vanité, ses ridicules; mais il passe vite sur les traits d'un caractère qu'il est facile de tourner à la satire-, il préfère insister par exemple sur les services que sa lutte contre le parti puritain a rendus indirectement à la cause de la tolérance religieuse, tout comme il montre les motifs honnêtes et vraiment humains qui ont en partie guidé sa politique d'équilibre entre les princes protestants de l'Allemagne et TEspagne catholique. Il entre volontiers en controverse avec des historiens très

1. PcrtraUs and JeweU of Mary Siuart. Glasgow, James Maclehose et fils, 1906, xu-106 p.y a?ec 16 pi.

2. James 1 and VI. Paris, Manzi, Joyant et G'*, 1904, gr. in-4% 301 p., illastraUons pea nombreuses, mais bien choisies et reproduites aTec art. — M. Henderson est l'auteur d'une des plus utiles publications que nous ayons sur les Lettres de la Cassette, (itev. hist, t. LXXXIV, p. 119.)

autorisés, mais animés d^opinions qu'il considère comme excessives, tels que M. Andrew Lang pour les affaires d'Ecosse ou que M. Gardiner pour celles d'Angleterre; peut-être même donne-t*U trop de place à ces discussions dans un ouvrage auquel il s'efforce par ailleurs d'enlever tout caractère d'érudition. Ces discussions sonl intéressantes et le résultat doit en être soigneusement noté; on peut imaginer cependant une autre manière de présenter les faits qui eût imprimé au travail une plus haute valeur littéraire. Par exemple une étude plus fouillée des œuvres du roi Jacques et de ses discours eût mieux feit connaître Thomme et le souverain. Il n'en reste pas moins que M. Handerson nous a donné pour la première fois une bonne biographie du chef de la maison des Stuarts en Angleterre.

Une brochure de quarante pages sur les rapports de ce roi avec le pape Clément Vlir nous apporte dMntéressants documents inédits sur sa politique à l'égard du parti catholique. On sait que le roi d'Ecosse convoitait ardemment la succession d'Angleterre. Dans le Basilicon Dàron qu'il écrivit pour Tinstruction de son Qls aîné, le prince Henri (celui qui mourut en 4642), il le voit déjà en pensée roi de la Grande-Bretagne et il lui donne des conseils sur la conduite à tenir à l'égard des grands et du peuple d^Angleterre. Elisabeth nignorait pas ces désirs, et ses espions la tenaient au courant des intrigues nouées par le roi Jacques avec les puissances catholiques. On connaît la mission secrète confiée à John Ogilvy auprès du pape en 4595- 4596, l'histoire de la lettre recommandant pour le chapeau de cardinal (4599) l'évêque de Yaison, William Ghisholm, Écossais apparenté à la famille des Stuarts. M. A. 0. Mbtbr a trouvé aux archives du Vatican et publié les instructions en latin données à Sir Edward Drummond par la femme de Jacques YI, Anne de Danemark'. Cette princesse, qui avait été élevée dans la foi luthérienne, s*y déclare bonne catholique, « selon les décrets du concile de Trente » ; elle affirme que le roi est animé des meilleures intentions envers les catholiques, que les difQcultés de sa situation l'empêchent seules de prouver ces bonnes intentions par des actes; elle laisse entendre que, si le pape favorisait les espérances de Jacques VI, il n'obligerait pas un fils ingrat. Ces avances furent accueillies à Rome avec une joie circonspecte. La réponse du pape (trois brefs des 46 juillet et 9 août

1. Glemens VIII wnd Jakob wn England, par Arnold Oskar Meyer. Rome, Loescher, 40 p., 1904. (Extrait des Quellen und Forschungen aus italienischen Archiven und BibUotheken, t. VIII.)

1. Ces instructions, signées de la reine Anne (la signature parait bien être authentique), ne sont pas datées; d'après le contexte, elles ont été rédigées entre le mois de mai 1601 et le mois de juin 1602.

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4602) est chaleureuse, mais vague. Puis l'afTaire traîna en longueur. Elisabeth, celte femme dont le pape répugnait même à écrire le nom abhorré» mourut enfln. Jacques lui succéda sans opposition. U maintint, en les appliquant avec douceur, les lois qui frappaient les catholiques. U disait ou laissait dire en son nom quil était disposé à leur concéder la tolérance religieuse, à condition qu'ils restassent de loyaux sujets, et il comptait que le pape donnerait les ordres nécessaires pour le maintien de la paix intérieure. A la fin de Tannée 'l 604, Sir James Lindsay repartait pour Rome avec une seconde lettre de la reine, non moins secrète que la première, et sans doute plus explicite (on ne Ta pas retrouvée). Cette fois le pape crut que la conversion du roi allait suivre celle de la reine*; une commission de cardinaux fut nommée pour aviser sur le retour prochain de TÂngleterre au sein du catholicisme romain. Mais, avant même que la réponse du pape à la mission de Sir James pût être parvenue à Londres^ Jacques P', qui avait déjà frappé les prêtres et les jésuites, prenait des mesures rigoureuses contre les laïques, de plus en plus nombreux, qui professaient la foi catholique. Ce revirement, M. Meyer ne l'explique pas. Il ne voit qu^une chose, la duplicité du roi. A ses yeux, les avances faites par Jacques P' à la papauté ont été une longue suite de fourberies dont il s'est dégagé par le mensonge. Ce jugement ne manque-tril pas un peu de nuance? Jacques n'a-tril pas été la dupe de ses illusions? A la fois fot et naïf, il put croire qu'il convaincrait le pape de la nécessité d'appuyer sa politique de tolérance. Placé entre une double intransigeance, romaine et puritaine, il fut amené à jouer double jeu. Son honneur personnel y subit, il est vrai, de fâcheuses atteintes, mais en somme a-t-il si mal réussi? NVt-il pas amené Clément VIII à conserver cette attitude expectante qui a singulièrement favorisé son avènement au trône d^ Angleterre et sa paisible installation dans son nouveau royaume? U a certainement connu la correspondance secrète de la reine avec le pape; s'il n'en a pas eu Pidée lui-même (et je m'étonne que le soupçon de cette nouvelle fourberie' ne se soit pas présenté ici à l'esprit

1. La conversion de la reine est an fait ; mais a-t-elie été sincère et durable? C'est an autre point qui demanderait à être étudié de près.

2. Pour prouver la duplicité de Jacques I*', M. Meyer tire argument des changements apportés au texte du BasUicon Déron dans la traduction française de 1603. Il note que les passages où le roi d'Ecosse parle avec défaveur des papistes ont été systématiquement omis, et il en conclut que ces suppressions avaient pour but de tromper le pape sur les véritables sentiments du roi. Hais M. Meyer n'a pas relevé une autre omission : tandis que, dans les éditions anglaises et les traductions latines, le nom de Fauteur est accompagné de tous ses titres (roi d'Angleterre, d'Ecosse^ dlrlande et de France), le Utre de roi de

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de M. Meyer), il ne Ta pas désavouée; il comptait sans doute en reti* rer des bénéflces quand il abandonna subitement la partie. D'ailleurs, Clément VIII mourut à son tour (5 mars 4505), puis la conspiration des Poudres éclata et la rupture avec Rome devint définitive.

Les « Pèlerins » du May Flower appartiennent à Tbistoire universelle; l'origine de cette émigration, qui devait jeter sur le continent américain le premier fondement des États-Unis, est peu connue. Feu M. Henry Martyn Dbxter, qui descendait d'une famille émigrée en 4620 et qui était né à Boston, presque au pied du « Piymouth rock », avait consacré à ce sujet de longues et fructueuses recherches dans les bibliothèques et archives de l'Angleterre et des Pays-Bas. Complétées par son fils, M. Morton Dbxtbr, le résultat en a été présenté dans un volume d'une lecture parfois aride, parce que les controverses religieuses en occupent nécessairement la plus grande partie^ mais intéressant et même vivant, grâce à l'extrême minutie du détail vrai*. Le plan en est un peu lâche. Les « Pèlerins n de 1620 sont des puritains séparatistes qui se réfugièrent d'abord en Hollande pour échapper aux persécutions du gouvernement anglais, puis en Amérique pour se mettre à Tabri des querelles qui déchiraient leurs coreligionnaires hollandais. Les auteurs nous parlent donc (après avoir exposé les origines de la Réforme en Angleterre de Henri VIII à Elisabeth) des attaques dirigées contre l'Église établie (controverses dite de Marprelate) ; puis des efforts tentés pour constituer des églises séparées (Browne et la première émigration à Middelbourg, qui échoua, 4 584 ; Barrow et Greenwood, qui ftirent pendus en avril 4593 et dont les disciples allèrent fonder une église à Amsterdam) avant d'arriver aux fliturs pèlerins eux-mêmes. La première partie du volume est occupée par ces préliminaires, où Ton trouve en somme un tableau de TAngleterre en 4604, une histoire de la réforme en ce pays au xvi* siècle, une histoire des puritains ou mieux de certaines sectes puritaines en particulier. C'est à la page 253 qu'on arrive à ce qui devrait être le vrai sujet du livre, à Phistoire de 1^ communauté religieuse dirigée à Scrooby (comté de Nottingham) par les deux Brev^rster, père et fils. William Brevester, qui fut élève à Cambridge (tableau de l'Université et de son enseignement), qui entra ensuite au service de Davison, secrétaire d'État d'Elisabeth, et qui devint vicaire de Scrooby seulement en 4598,

France a disparu de la traduction française; était-ce ausai pour plaire an pape? D'ailleurs, l'ouvrage a été mis à l'index le l"' juillet 1604, longtemps avant la rupture des pourparlers. L'argument ne porte donc pas.

1. TheEngland and HoUand of the PUgrims. Londres, A. Gonstabie; Boston et New-Tork, Houghton et Mifflin, 1906, xii-673 p. Prix : 15 sh.

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attire à plusieurs reprises notre attention, distraite par le résumé des controverses religieuses au début du règne de Jacques P'. Enfîn, en 4606, plusieurs fomilles de Scrooby, redoutant des persécutions déjà commencées contre les dissidents, vont rejoindre la congrégation fondée treize ans plus tôt à Amsterdam (histoire d'Amsterdam; tableau d'Amsterdam au début du xvii' siècle). Ces émigrés de provenance diverse ne tardent pas à se séparer et les « Pèlerins » se retirent à Leyde [histoire de Leyde, tableau de la ville et de son Université au xYi* siècle), d'où bientôt les chassent les querelles entre « Remontrants » et « Contre-Remontrants 9, non moins que les craintes venues de l'Allemagne, déjà en proie aux premières agitations de la guerre de Trente ans. Dès 4 64 7, l'idée de partir pour TAmérique a pris corps; mais elle ne fut réalisée qu'en 4620. Ainsi, à tout moment, ce volume sur « PAngleterre et la Hollande des Pèlerins » conOne à l'histoire générale; cependant, même s'ils dépassent le sujet, ces tableaux contribuent à l'édaircir, parce qu'ils se composent de faits précis, bien choisis et bien vus. Quant aux « Pèlerins > eux-mêmes, des recherches approfondies ont permis d'en retracer l'histoire, sous forme d'annales, de 4 609 à 4 620. La liste complète en a été en outre donnée en appendice avec un grand luxe d'indications biographiques. Il est probable que, sur les points essentiels, ce livre épuise le sujet.

La biographie de Tarchevèque Laud par M. Henry Bbll * ne contient pour ainsi dire pas de feits nouveaux, ni, probablement, pas une idée nouvelle; sa bibliographie, plus qu'indigente, suffit à montrer qu'il n'a pas voulu foire œuvre d'érudit. Il s'en faut de beaucoup, cependant, que son livre soit indifférent. Pour bien connaître l'homme, son caractère, ses opinions, il a lu avec attention les ouvrages, les lettres, le Journal du prélat, et si, parmi les témoignages contemporains, il cite de préférence celui d'un disciple comme P. Heylin ou d'un admirateur comme le comte de Glarendon, c'est pour lutter contre ses propres préventions, car M. Bell estime que le « gouvernement des prêtres », la politique du « jusqu'au bout > ont été funestes à l'Angleterre. Il a peu d'estime pour l'homme, qu'il montre aussi dénué de scrupules, tant qu'il a sa fortune à faire, qu'absolu dans ses doctrines et dans sa conduite, quand la foveur royale eut fait de lui le chef de l'Église anglicane et presque un premier ministre. D'autre part, il l'isole un peu trop de son milieu et il exagère la responsabilité, déjà si lourde, qui lui incombe dans les troubles religieux du xvii^ siècle.

1. Arehbifkop Laud and priesUy govemment. Loadres, Archlbald Gonstable, 1905, vn-333 p.

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C'est ainsi qu'il parait attribuer à Laud cette doctrine que « le roi ne doit compte de ses actions qu'à Dieu seul ». Laud ici ne fait que plagier Jacques P^ dont c'était une des maximes favorites. D'ordinaire cependant, Faction personnelle du prélat est présentée avec justesse, au moyen de faits heureusement choisis et groupés. On s'attendait à trouver dans le dernier chapitre un jugement d'ensemble sur Thomme et sur son œuvre. M. Bell a préféré nous entretenir des rapports qui devraient exister entre les laïques et l'Église et souhaite de voir combler le c fossé intellectuel > qui sépare chaque jour davantage les deux sociétés.

Les travaux de feu Gardiner et de M. Firth ont mis à la disposition des historiens des matériaux de choix, aussi variés qu'abondants, pour écrire la biographie de Cromv^ell. Celle de M. John Morley est un exposé remarquable des idées et des sentiments au milieu desquels s'est formé le génie politique et militaire de celui qui fut un des plus grands hommes d'état de l'Angleterre ^ C'est l'œuvre d'un historien bien informé et d'un homme d'état pénétrant; elle n'a pas les allures d'une œuvre d'érudition, mais le fond en est très solide et surtout elle fait penser. L'étude de M. N. Michael' s'adresse également au grand public; les notes bibliographiques sont reléguées à la fin de chaque volume; l'auteur expose et ne discute pas. Il a cependant ajouté à ses devanciers quelques détails inédits tirés des dépêches expédiées d'Angleterre par l'envoyé de Brandebourg, Jean Frédéric Schlezer, et, à l'aide de ces documents, il a retracé les rapports de Gromwell avec les puissances du Nord, et en particulier avec TËlecteur de Brandebourg, avec plus de précision que personne avant lui. Le récit est clair, précis, compréhensif. Les deux auteurs, l'Anglais et l'Allemand, insistent à juste titre sur la puissance du sentiment religieux chez Cromwell. Ce puritain fut un mystique et parfois un illuminé. « Hypocrite rafflné? » Il put paraître tel aux yeux des catholiques du dehors; mais les contemporains ne connaissent parfois des grands hommes que le masque ; l'âme intérieure se révèle plus tard, quand on connaît et qu'on a compris le milieu où ils ont vécu.

Si la biographie d'un personnage historique ne peut s'écrire sans qu'on y mêle l'histoire de son temps, il y faut cependant mettre de la discrétion. M. William W. I&eland a eu le tort de manquer de mesure à cet égard en racontant la vie de Sir Henry Vane le Jeune'.

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