Oliver Cromwell. Macmillan, 1904, vin-533 p
2. CromweU, 2 vol. (série des f Geistesheldea », t. L et LI), xi-281 et vn- 244 p. Prix : 2 m. 40 chacun.
3. The life of Sir Henry Vane the Younger, wtth a history of ihe evenU
AIVGLBTBRRB. 384
Cette vie est si bien confondue avec les événements de Fépoque qu^à chaque instant ou en perd le fil, de sorte qu'en réalité nous n^avons dans ce livre ni une biographie ni une histoire. L'auteur déclare qu'il s'est mis d'abord en face des textes, qu'ensuite il a lu les ouvrages des historiens modernes uniquement pour s'assurer de n'avoir omis aucune source de renseignements. L'intention est louable, et l'on saura gré à M. Ireland d'avoir fait connaître quelques faits nouveaux sur la vie du ministre d^Olivier Gromwell ; mais il peut être dangereux de se lancer dans des théories générales sur les institutions d'un pays sans avoir lu de près ses historiens. Les considérations par lesquelles débute le livre de M. Ireland sur Torigine des libertés politiques de FAngleterre (qu'il voit dans les libertés municipales), sur leur déclin au xvi' siècle, sur la formation du pouvoir despotique des Tudors, etc., sont vagues et contestables. Resserrée dans de justes limites, sa biographie eût fait un bon article de revue; les cinq cents pages qu'il lui a consacrées ne forment pas un livre remarquable. Il ne se lit pas sans agrément, mais que nous apprend-il au vrai?
Nous apprenons beaucoup, au contraire, en lisant le nouvel ouvrage de M°^' Eva Scott. Dans un premier volume, qui ne nous est point parvenu V elle avait raconté les aventures de Charles II en exil jusqu'au moment où l'accord entre Mazarin et Cromwell lui rendit un plus long séjour en France impossible (4646-4654); un second volume^ nous mène jusqu'au retour du roi en Angleterre. On ne peut que louer le soin avec lequel l'auteur s'est acquitté de sa tâche. On ne connaissait guère la triste vie des émigrés royalistes pendant ces années de détresse que par des mémoires, par exemple ceux de Clarendon; c'est uniquement à l'aide de pièces d'archives et de correspondances privées que M""' Scott nous en raconte le détail, année par année, presque jour par jour. Il n'y a pour ainsi dire pas une I>age qui ne soit fondée sur des documents inédits. Aucun événement important ne vient frapper l'imagination, car tous les complots royalistes, toutes les tentatives de restauration à main armée, d'alliance avec l'Espagne, échouèrent misérablement et, d'année en année, la gêne, la misère vinrent accroître le découragement du roi et de sa cour. Ajoutez les querelles de famille entre le roi et sa mère, désireuse de faire élever son fils Henri, le duc de Glocester, par les Jésuites,
of his Hme, Londres, Eveleigh Nash; ÉdimtMarg, Oliver et Boyd, 1905, xiv-513 p.
1. The king in exile. M"* Scott est aussi l'aateur d'une biographie de Ruperty prince palatine.
2. The travels of the king Charles II in Germany and Flanders, 165^' 1660. Londres, A. Constable, 1907, xvii-502 p. Prix : 15 sh.
382 BULLETIN HISTOEIQUE.
avec Charles II et son frère Jacques, qui ne songeait qu'à se battre sous les ordres de Turenne. La restauration s'accomplit au moment où le roi venait de perdre ses dernières espérances après la signature du traité des Pyrénées. De ce récit minutieux, uniforme, volontairement impersonnel, se dégage cependant un intérêt puissant, comme d'un roman infiniment triste qui, tout à coup, finit bien.
Je terminerai cette partie de mon Bulletin en mentionnant deux volumes de l'histoire contemporaine de PAngleterre par M. Herbert Paul^ Ils embrassent la fin du règne de Victoria (4875-4896). Ce n'est pas une œuvre d^érudition, bien que Fauteur ait, en réalité, beaucoup lu, plus que de rares notes ne permettent de le dire; ce n'est pas une étude approfondie des changements qui se sont accomplis dans Tempire ibritannique : c'est un tableau des grands fiiits de la politique intérieure et étrangère, largement traité par un libérale Tintelligence claire, à l'esprit généreux, à l'optimisme robuste et satisfait. Ses dernières lignes sont un hommage expressif rendu au caractère, au « patriotisme tempéré par la raison i du peuple anglais. « Aucune construction politique connue dans l'histoire n'a surpassé ni même égalé l'empire britannique dans l'œuvre de la paix, du bonheur et du progrès de l'humanité. »
Gh. B^Monr.
(Sera cwiUinué.)
1. A hittory of modem England, t. IV et Y. MacmilUn, 1905, 1906, vi-4il et vi-408 p. Prix : 8 eh. 6 d. chacun.
J. lAEaST : 6B3CHICHTB DBS HBLLBiaSTIGHBN ZEITALTEBS. 383
Julius Kabrst. Oeschidite des hellenistichen Zeitalters. I : Die Grnndlegang des Hellenismas. Leipzig, Teubner, 4904, In-S"*, X'433 pages.
Cet ouvrage, — l'auteur prend soin de nous en avertir, — n'est pas un exposé chronologique de faits et d'événements. C'est une étude sur l'évolution des idées et des conceptions politiques au rv« siècle avant notre ère. Le premier volume comprend trois parties : la cité grecque, la royauté macédonienne^ le règne d'Alexandre. Ces trois modalités sociales se relient et se font suite. Ce qui caractérise la première, c'est la IIoXiTcfa, l'État-municipe, strictement limité à l'étroite communauté d'hommes régis par la même constitution locale. Ce qui caractérise la seconde, c'est la monarchie, le loyalisme dynastique d'un ensemble de chefs ou de populations envers la personne d'un même souverain : M. Kaerst appelle très justement les Macédoniens le peuple le plus monarchique de l'Antiquité (p. 122). Avec Alexandre, il n'est plus seulement question d'unité monarchique, mais d'empire mondial. Le passage du concept de l'Étatcité au rêve de domination universelle par l'intermédiaire du principe de la cohésion monarchique, voilà ce que l'auteur s'est efforcé de mettre en lumière. Il l'a fait avec une vigueur d'autant plus remarquable qu'elle se concilie partout avec le souci scrupuleux des nuances.
Dans cette série de transformations qui mènent l'Orient grec de l'isolement anarchique de la « Polis » à un essai grandiose d'organisation de r « Oikouméné », quelle part réciproque revient à chacun des agents de l'évolution : l'hellénisme, la Macédoine, Alexandre? M. Kaerst a magistralement dressé ce bilan. Il a montré que l'apport de la pensée grecque, même avec Platon et Aristote, a été mince, que le rôle d'Isocrate, notamment, a été bien exagéré : cet éloquent avocat de la guerre contre les Barbares a toujours parlé en rhéteur plus qu'en politique. Son panhellénisme sentimental n'a jamais abouti à l'expression concrète d'une constitution commune qui eût fondu tous les États grecs en un seul corps de nation.
Le chapitre sur l'idée nationale hellénique au iv« siècle est un des mieux venus du livre. Je ne goûte pas moins le tableau, si large et si riche, de la monarchie macédonienne avant Philippe et sous Philippe. Mais c'est encore dans les quarante dernières pages que se déploie l'ampleur d'un robuste effort de psychologie historique. J'en approuve d'autant plus les conclusions qu'elles sont identiques à celles que j'avais
soutenues moi-môme^, avec la différence de proportions et les nécessités de raccourci qui s'imposent à un simple article. M. Kaerst a vraiment compris la personne et l'œuvre d'Alexandre. U a distingué avec pénétration et finesse, parfois même avec subtilité, ce qui, dans le conquérant, restait un legs de son éducation grecque et ce qui était un emprunt aux vieilles civilisations orientales.
Il a enfin admirablement montré comment Alexandre avait voulu réaliser la fusion de ces deux éléments, de l'Occident et de l'Orient.
Sans doute, la réunion des peuples en un seul empire, tentée en un laps d'années très court, ne s'est effectuée qu'imparfaitement et par le lent travail des siècles. Mais si les Romains l'ont partiellement réalisée, c'est parce qu'Alexandre leur en avait tracé le programme.
Georges Radet.
René Poupardin. Le Royanme de Bourgogne (888-1038). Atade sur les origines du royaume d'Arles. Paris, H. Champion, ^1907. In-80, XL-544 pages (Bibl. de P École des hautes études; sciences historiques et philologiques, fasc. 463).
Le nouveau livre de M. Poupardin est un pendant à celui qu'il avait publié, en 1901, sur le Royaume de Provence sous les Carolingiens (855- 933). Il fait partie des études sur les Carolingiens français, entreprises naguère sous la direction de M. Arthur Giry et qui comprennent VEudes d'Edouard Favre, le Charles le Simple d'Ëckel, le Louis dVulre-Mer de Lauer, les Derniers Carolingiens et le Hugues Capet de ^erd. Lot, le Royaume de Provence, que nous venons de citer, et il est en tous points digne de cette excellente collection K Les textes sont tous connus et interprétés avec sagacité; la bibliographie des ouvrages de seconde main est complète, l'exposition claire et méthodique.
Les documents sur le sujet sont si peu abondants qu'il ne pouvait être question de reconstituer des annales de ce royaume; souvent sur une série d'années nous n'avons aucun renseignement. Aussi fallait-il suivre un autre pian. M. Poupardin a partagé son sujet en deux parties ; dans la première il expose ce qu'il est possible de savoir sur chacun des princes qui se sont succédé au royaume, Rodolfe !«' (888-912), Rodolfe II (912-937), sous qui se forma véritablement le royaume de Bourgogne par la réunion, vers 933, du royaume de Provence à celui de Transjurane, Conrad le Pacifique (937-993), qui vécut dans une dépen* dance étroite de l'Allemagne, enfin Rodolfe U (993-1032), qui livra son
1. La déification d Alexandre, dans la Revue des Universités du Midi, 1. 1, 1895, p. 129-169.
2. L'ooyrage, présenté en Sorbonne comme thèse principale de doctorat, a valu à l'auteur te titre de docteur es lettres avec la mention très honorable.
a. POUPARDIN : LE ROTADMB DE BOURGOGNE. 385
royanme aux Germains; il raconte aussi comment, de 1032 à 1038, le royaume fut disputé par divers prétendants, jusqu'à ce qu'enfin la suzeraineté de l'empereur Conrad II y fût à peu près partout reconnue. Dans la seconde partie, il étudie les institutions de la Bourgogne; il énumère les dynasties féodales qui, en réalité, y exerçaient la véritable autorité ; il cherche à déterminer leurs territoires et leur généalogie, et, sur bien des points, en cette étude de géographie historique, il arrive à des résultats nouveaux. Après la féodalité laïque, il passe en revue la féodalité ecclésiastique ; il nous dit le rôle des évéques et des abbés, et expose l'agitation en faveur de la paix et de la trêve de Dieu. A ces deux parties sont jointes une série de dissertations données en appendice sur des questions de chronologie ou de diplomatique. Nous signalons celle sur Vepùcopatus et le eomitattis qui a une portée plus générale et s'applique à la France et à l'Allemagne aussi bien qu'à la Bourgogne. M. Poupardin y démontre que, par ces deux mots, il faut entendre un ensemble de biens et de droits qui sont placés dans une situation juridique identique et que, par suite, il est aisé de s'expliquer que des comtés aient été donnés à des évéques, comme aussi que des évéchés aient parfois passé entre les mains de seigneurs laïques. La dissertation est intéressante ; elle ne nous a pas convaincu. Nous continuons à penser que, lorsqu'un comté est donné à un évoque, ce sont bien des droits de nature spéciale qui lui sont attribués^ ; les laïques qui obtiennent des évéchés reçoivent le droit de confirmer l'évéque et celui de régale; mais, en général, les droits temporels épiscopaux, Vepiscopatus, demeurent à l'évoque.
Après cette analyse, il nous sera permis de faire à ce travail un certain nombre de critiques. Nous devons regretter que l'identification des noms de lieux allemands n'ait pas été faite toujours avec exactitude', que quelques-uns des textes cités aient été estropiés', que des
1. Contrairement à ce qoe dit M. Poapardin, la donation da comitatus à on évêque ne suppose pas qu'il n'y ait plus de comte; à Toul, des comtes subsistèrent même après que ré?êque eut obtenu le comté.
2. P. 16, n. 3, il faut lire GemsheHn au lieu de Gansheim et cette localité se trouve au nord de Worms, non point au sud. P. 77, n. 3, et 332, n. 4, il ne saurait s^agir d'Ettenheim, il n'y a aucune localité de ce nom en Alsace ; Bttenheim (actuellement dans le grand-duché de Bade} où le doc d'Enghien fut arrêté, appartenait bien avant la Révolution à l'évêché de Strasbourg, mais n'a jamais été considéré comme faisant partie de l'Alsace. Il faut, en réalité, lire BiUienheiniy au canton de fienfeld. P. 132, n. 1, il faut lire Burgheimy au canton d'Obernai. P. 276, écrire Grandson,
3. P. 178, dans la longue et intéressante citation du EAgiuinus, le vers 5 est faux et incompréhensible ; il faut rétablir :
Hinc Gallica rura Mordet, at hinc rigidis scopulosae ruplbos Alpis Arctator.
P. 439, dans la citation do diplôme pour Saint-Ghaffre, il faut rétablir : a Aut
H*V. fliSTOR. XCIV. 2« FASG. 25
386 GOMPTBS*aBNDDS GRITIQUBS.
étourderies aient rendu deux ou trois passages incompréhensibles ^ Il faut aussi signaler de véritables erreurs d'histoire qu'il est d'ailleurs aisé de corriger 3. Nous ne sommes pas d'accord avec M. Poupardin sur l'interprétation de deux ou trois textes'; mais c'est là matière à discussion. Nous aurions voulu aussi que l'histoire du royaume de Provence fût, par endroits, rattachée davantage à l'histoire générale. Ainsi, nous avons été étonné de ne trouver dans le livre aucune mention de la restauration de Tempire romain le 2 février 962 ; évidemment, le roi de Germanie Otton, devenu empereur, émit sur la Bourgogne de nouvelles prétentions. Il aurait aussi fallu tenir compte davantage de la géographie proprement dite de la région ; la géographie historique ne doit pas se borner à identifier les noms de lieux ; elle doit tenir compte des accidents du terrain; les seigneuries qui se forment dans des plaines, ou au fond des vallées, ou sur les plateaux, ou sur les hautes montagnes, ne présentent pas la môme physionomie ; elles
sint de fisco regali aut de potestate episcopali vel de potestaie ccmiiali sive de franchisia. » Les mots scolignés et sor lesquels porte tout le raisonnement sont tombés. P. 452, n. 3, diplôme pour Strasbourg, il faut lire : c Nisi quem Ipse ejusdem civitatis episcopns slbi advocatnm elegerit. »
1. P. 73, n. 1, lire : a Conrad suivit Otton dans cette campagne, parce que Lovis dPOuire-'Mer paraissait élever des prétentions sur la ville de Vienne. • P. 151, ligne 6, an lien de leur demi- frère Conrad, il faut lire leur beaupère Conrad. Plus loin, les noms propres ont été intervertis. Il fant rétablir : c Conrad le Jeune, dont la mère Gerberge était petite-fille de Conrad, roi de Bourgogne, et de Mathilde. »
2. P. 4, le traité de Meerssen est de 870, non de 869. Ce traité fut conclu entre Charles le Chanve et Louis le Germanique (il fiint effacer Louis II). P. 357, tout le haut de la page doit être modifié, lire : a Conrad, sous la minorité de Louis III et Garloman, appela en France, en 879, le Jeune Louis, l'un des fils de Louis le Germanique. » P. 100 et 123, il est question d'un Henri, frère du roi Robert. Ce personnage n'a jamais existé ; dans le premier cas, il s'agit de l'oncle du roi Robert, lequel oncle, mort en 1002, était duc de Bourgogne; dans le second, de Henri, fils de Robert, le futur roi Henri I*'.
3. Dans le texte de Thietmarde Mersebourg, VII, 20 : Omnem namque Burgundiae regionis primatum per manus ab avunculo $uimet aceepU (il s'agit de l'empereur Henri II), M. Poupardin ne veut pas voir une cérémonie d'bommage, c Rodolfe, écrit-il p. 128, aurait pris, au nom de ses grands {primatus), et peut-être avec le concours de quelques-uns d'entre eux, l'engagement qu'ils pré* teraient serment à Henri et le reconnaîtraient comme le successeur désigné de leur souverain actuel. » Cela nous semble bien compliqué. M. Poupardin n'explique pas les mots per manus qui me semblent s'appliquer toujours à un hommage, et vraiment je ne vois aucune raison de ne pas traduire prima(um par primatie, suzeraineté. Nous avons là une des formes ordinaires du bene^ ficium, celle que les juristes appellent bene/icium oblatum : le vassal offre son bien, en garde la jouissance viagère et le bien revient, à sa mort, an suzerain qu'il a reconnu. Du reste, M. Poupardin, en démontrant l'authenticité de la charte d'Otte-Guillaume pour Fruttnaria, a prouvé qu'au moins à Port-sur-Saône, dans le comté de Bourgogne, Henri II a fait acte de suzerain en 1019.
G.-J. EBEaS : DAS DEVOLUTIOIVSaBGHT. 387
s'expliquent soavent par le sol môme. Il serait à souhaiter que la géographie historique suivît les progrès si réels accomplis en France par la géographie physique. Enfin, si excellente que soit la conclusion, nous aurions souhaité des considérations plus nombreuses sur les affinités entre la France et le royaume de Bourgogne qui pourtant passait, en 1038, sous la suzeraineté allemande; par exemple, nous aurions aimé y trouver un développement sur la langue qui, précisément, se constituait aux x* et xi« siècles. Toutes ces critiques de détail et tous les desiderata que nous exprimons n'empêchent point que Touvrage de M. Poupardin ne soit l'un des meilleurs qui aient paru en ces derniers temps en France sur Thistoire du moyen âge.
Gh. Pfistbr.
Godehard-Jos. Ebers. Das Devolutionsrechty vomehmllch nach katholischem Kirchenrecht. Stuttgart, Enke, 4906. In-8'', xxiv- 448 pages. {Kirchenrechtliche Abhandlungen^ publ. par U. Stutz, fasc. 37-38.)
L'ouvrage de M. Ebers est en grande partie consacré à des questions de droit canonique. Nous n'aurions donc point à nous en occuper ici s'il ne contenait une histoire assez détaillée du droit de dévolution, en matière de nomination ecclésiastique, depuis les origines de TÉglise jusqu'à Tépoque actuelle. Cette histoire, qui remplit à elle seule plus de 250 pages, se divise en trois chapitres : formation du droit de dévolution; son épanouissement (1179-1312); ses transformations et sa décadence à partir du xiv* siècle.
L'étude de la formation du droit de dévolution est tout particulièrement intéressante. M. Ebers montre fort bien comment dès l'époque romaine, surtout en Orient, quelques symptômes favorables à ce droit commencent à se faire jour. A l'époque mérovingienne, l'idée ne progresse pas ; mais l'usage s'introduit, dans les élections épiscopales, quand les voix des électeurs se sont, sans résultat décisif, partagées entre deux candidats, de laisser le roi en choisir un troisième. Cette prérogative royale prend une extension considérable à l'époque carolingienne ; quand le souverain juge l'élu « indigne », il casse purement et simplement l'élection et nomme directement le candidat de son choix.
C'est par cette brèche que le droit canonique de dévolution va s'introduire. Les papes réformateurs, depuis Grégoire VII, se substituant aux rois, prétendent trancher les cas d'élections contestées, qu'il s'agisse des évoques ou du clergé inférieur. Il ne restait plus qu'à reporter ce droit du pape aux métropolitains, aux chapitres, etc. ; ce fut l'œuvre d'Alexandre III. Le concile réuni au Latran en 1179 promulgue une série de canons qui, en reconnaissant le droit de dévolution, le réglementent avec précision. Innocent III confirme les dispositions du concile et les étend encore. Désormais, le droit de dévolution est officielle-
388 GOHPTBS-aENDDS CRITIQUES.
ment installé dans l'Église et, jusqu'à Boniface VIII, va sans cesse se développant.
Dans la suite, ce droit trouva un adversaire résolu dans la personne môme du souverain pontife. Par le système des réserves, des gr&ces expectatives, la papauté réussit peu à peu à ménager son droit d'intervention directe dans la plupart des nominations aux bénéfices ecclésiastiques ; les concordats portèrent au droit de dévolution des coupe plus funestes encore. La décadence s'accentue au cours du xvi* siècle, et le droit de dévolution, chaque jour plus étroitement limité, ne subsiste bientôt plus que sur des points tout à fait secondaires.
L'exposé de M. Ebers est clair, soigneusement documenté. C'est une très utile contribution à l'histoire des nominations ecclésiastiques.
Louis Halpheh.
Karl Wbngk. Philipp der Schône von Frankreioh^ seine Personliohkeit nnd das Urteil der ZeitgenoBsen. Marburg, impr. de rUniversité, 4905. In-4'', 74 pages.
L'étude de M. Karl Wenck sur la personnalité de Philippe le Bel présente un vif intérêt. Elle est caractérisée, comme tout ce que M. Wenck a écrit sur la fin du xiii> et le commencement du xvf* siècle, par une connaissance approfondie des textes imprimés et des travaux antérieurs, par un sentiment très juste des idées et des mœurs du temps, enfin par beaucoup de bon sens.
A son tour, M. Wenck se pose cette question : c Philippe le Bel a-t-il gouverné par lui-même, ou bien n'a-t-il été qu'un docile instrument entre les mains de ses ministres? » Récemment, M. Gh.-V. Langlois js'est prononcé pour la seconde hypothèse ; M. Wenck, au contraire, conclut au gouvernement personnel du roi.
Il serait trop long d'analyser ici l'argumentation très abondante et très précise de l'historien allemand. On trouve dans ce travail des pages vraiment curieuses, celles, par exemple, où l'auteur montre l'influence exercée sur l'esprit du jeune roi par les maîtres qui l'ont élevé et par ceux qui ont écrit, à sa demande, des traités sur le gouvernement, notamment par Egidio Golonna, auteur du De regimine principum, M. Wenck souligne avec raison l'importance de la lettre écrite sur la mort de Philippe le Bel par Guillaume Baldrich, correspondant de la cour de Majorque, texte précieux publié en 1897 par M. Baudon de Mony. Avant de mourir, Philippe le Bel reconnut expressément l'action qu'il avait eue comme roi de France sur son gouvernement et qui faisait de lui l'auteur responsable de sa politique.
Le seul argument que M. Langlois ait produit en faveur de sa manière de voir est que les contemporains auraient considéré Philippe le Bel comme un homme faible et qui se serait laissé mener par ses ministres. Quels contemporains? Des écrivains qui, comme l'auteur de la chro-