‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 153 sur 176 · I. W£NGK : PH1LIPP DER SCHÔNE TON FRANiaEIGH · texte numérisé non relu

I. W£NGK : PH1LIPP DER SCHÔNE TON FRANiaEIGH

nique attribuée à Greoffroi de Paris, vivaient loin de la cour et ne savaient rien de ce qui s'y passait. On connaîtra la valeur qu'il convient d'attribuer sur ce point à l'opinion d'un Geoffroi de Paris en étudiant Thistoire du sentiment monarchique en France. Les Français avaient un véritable cuite pour leurs souverains. Du moment où ils estimaient que les affaires allaient mal, il était à leurs yeux impossible que le roi eût en mains la direction de TÉtat. c Si le roi le savait I » incessant écho qui revient d'un bout à l'autre de Thistoire de France.

Il serait facile d'augmenter le nombre des arguments donnés par M. Wenck. Les trois grands ministres qui se sont succédé dans la confiance de Philippe le Bel, à savoir Flote, Nogaret et Marigni, sont sans cesse en voyage. Ils partent pour des missions dont le roi les charge en Flandre, dans le midi de la France, en Italie. Durant ces longues absences, qui gouvernait? Se représente- t-on Richelieu ou Mazarin partant pour l'expédition d'Anagni? Quand Mazarin s'en alla négocier sur la frontière espagnole le traité des Pyrénées, il emmena le roi et la cour. En 1659, le gouvernement de la France est à Saint-Jean-de-Luz. En 4303, le gouvernement de la France était- il à Anagni?

M. Wenck va même beaucoup plus loin que nous n'avons jamais été, bien que nous nous soyons toujours montré partisan de l'opinion qui attribue à Philippe le Bel le gouvernement de son royaume. Pour M. Wenck, lors de la fameuse expédition en Italie, qui aboutit le 7 septembre 1303, à l'attentat d'Anagni, Nogaret n'aurait été qu'un exécuteur scrupuleux des ordres que Philippe le Bel lui aurait donnés lors de son départ. Nous sommes convaincu que l'arrestation du pape n'était pas dans la pensée du roi quand son ministre prit congé de lui. Nogaret y fut amené par les circonstances.

Nous croyons d'ailleurs qu'il faut se garder d'émettre des jugements trop absolus sur les événements de cette époque. A ce point de vue la manière modeste et réservée de M. Wenck, qui évite de prendre un ton tranchant et de railler les idées de ses confrères, ne saurait être trop louée. Savons-nous les raisons de ces faits éloignés de nous et qui nous surprennent? Quoi qu'on en ait dit, l'affaire des Templiers continue d'être entourée d'un profond mystère. Le jour viendra sans doute où la conduite de Philippe le Bel sera, sur ce point encore, comprise et justifiée^

Frantz Fdngk-Bbentano.

1. Un rôle conservé au Record Office de Londres (chanc. mise, rolls 14/24) renferme quelques notes carieuses rédigées par les conseillers d'Édonard III, en 1331 sans doute, d'après certains docoments des archives de la couronne anglaise, sur la longue lutte entre Philippe le Bel et tidouard I*". On y voit que les archives de la couronne anglaise p(»s6daient à cette époque des écrits émanant du pape Boniface YIII, où celui-ci excitait le roi d'Angleterre contre la France : < Item, sur la certiflcacloun le pape Boniface de la conveiiise et eautèles des Franceys et de leur autres coundiciouns et custumes périlleuses, desqueles les guerres en la mer d'Engleterre et es isles estaunz en yceles, soloient

390 GOVPTBS-BBNDnS GBITIQUBS.

Joseph ScHN ITZEB. Qnellen and Forschungen ssiir Geschiohte Savonarolas. I : Bartolomeo Redditi nnd Tommaso Ginoii. Munich, Lentner, 4902. In-S"", 408 pages. — II : Savonarola nnd die Fenerprobe. Ibîd., 4904. In-S""^ viii-470 pages. —III : Bartolomeo Gerretani. Ibid., 4904. In-S». LX-4 40 pages.

Rempli d'admiration pour la grande figure de Savonarole, M. Schnitzer réunit les éléments d'une histoire du réformateur florentin ; et il en a déjà donné trois fascicules dans les publications du séminaire d'histoire ecclésiastique de l'Université de Munich. Dans le second il étudie l'un des épisodes les plus émouvants de l'histoire de Savonarole, l'épreuve du feu à laquelle proposa de se soumettre l'un de ses confrères du couvent de Saint-Marc pour prouver Tinjustice de la sentence d'excommunication qu'Alexandre VI venait de porter contre lui. Dans une étude préliminaire il étudie Thistoire intérieure de Florence depuis l'entrée des troupes françaises de Charles YUI, Texil de Pierre de Médicis et le rétablissement du régime républicain, et le jour où cette épreuve manquée aurait dû avoir lieu. Il nous montre les luttes et les intrigues auxquelles se livraient à l'intérieur de la ville les amis et les adversaires de Savonarole, les fraUschi et les arrabiati. Il nous décrit, avec beaucoup de précision, les négociations diplomatiques qui se poursuivaient dans la péninsule, avec la connivence des arrabiati, entre le pape, Ludovic le More, la maison d'Aragon et la république de Venise, pour enlever Florence à l'influence française et la faire passer à la fois sous la domination des Médicis et dans la Sainte-Ligue. Alexandre VI travailla surtout à

avoir matière et sonrce, desqueles mencioun est faite en un roui endorsé : De consuetudàne... » L'on peut déjà constater qne Bonifaee vni se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Une seconde note indique qne Bonifaoe YIII, instruit par ses agents, dénonçait à Edouard 1*' ceux qui, parmi ses sujets, vassaux ou alliés, inclinaient vers la France et en favorisaient les intérêts. Enfin, du plus vif intérêt %8t le passage du rôle où il est question des procédures d'excommunication et d'interdit contre ie roi de France et son royaume, commencées par le pape en décembre 1302, et qui menacèrent d'éclater en avril et mai 1303 : c ... dount le roi de France fuit mys en nécessité de accorder audit roi d'Engleterre et lui faire restitucioun des chastel et des villes, par peur desdites sentences d'escominge et d'entredit et del execuciouns d'icelles par creycerie (croisade) et aide seculer, etc., desqueux mencioun est faite en piosonrs rouis endorsés : De guerramm materia et passagH transmarini impedimetUo et populi elamore, » Nous apprenons ainsi^ de la manière la plus autorisée et la plus précise, que l'excommunication, que le pape s'apprêtait à lancer sur le royaume de France, contraignit Philippe le Bel au traité de Paris (1303, 20 mai) à restituer rAquitaine. •— Comprend-on à présent, et justifie-t-on, la colère qui secoua la France d'une extrémité à l'autre contre le pontife romain, la réunion des seigneurs au Louvre le 13 juin 1330, l'assemblée populaire dans ie jardin du roi le 24 juin, et Anagni : Nogaret arrêtant, le 7 septembre 1303, la main du pape, le jour même on il s'apprêtait à lancer les sentences d'interdit?

SGBIfITZER : FORSCHUNGBIf ZUR GBSCHICflTB SAVOIVAROLÀS. 394

enlever à la république florentine celui qui en était Tâme : Savonarole. Il rappela à Rome, lui interdit de continuer les sermons de Saint-Marc qui avaient transporté d'enthousiasme ses concitoyens, et à la fin l'excommunia. Dans sa lutte contre ce religieux austère qui était la condamnation vivante des désordres de la curie, Alexandre VI trouva des auxiliaires tout dévoués dans les franciscains de Sainte-Croix, jaloux de rinfluence qu'avaient prise sur la ville les dominicains de Saiat-Marc. Et c'est ainsi qu'un jour, à la fin de mars 1498, un franciscain, le P. François de Sainte-Croix, et un dominicain, le P. Dominique de Saint-Marc s'offrirent à passer indemnes à travers le feu, pour prouver le premier que Savonaroie était un suppôt du démon, le second que le pape l'avait injustement condamné. On sait qu'au dernier moment les champions se dérobèrent. Arrabiati et frateschi se reprochèrent mutuellement cette lâcheté.

M. Schnitzer a cherché à déterminer sur ce point les responsabilités. Il a recueilli les témoignages des frateschi et de leurs adversaires et il les cite tout au long en faisant précéder chacun d'eux d'une étude sommaire sur celui qui l'a porté. Puis, il critique ces dépositions, relevant d'abord les faits sur lesquels elles concordent et discutant les points où elles se contredisent, et ainsi il arrive à cette conclusion que le jugement de Dieu n'eut pas lieu parce que les franciscains n'osèrent pas l'affronter et que, multipliant les incidents préliminaires, ils traînèrent les préparatifs en longueur jusqu'à ce que la seigneurie, qui était au fond d'accord avec eux, renvoyât Mineurs et Prêcheurs dans leurs couvents respectifs. On ne saurait trop féliciter l'auteur de la manière dont il a conduit son enquête et organisé sa discussion. Quelles que soient ses sympathies pour Savonaroie, il l'a fait avec une impartialité et une rigueur vraiment scientifiques.

Dans son troisième fascicule, M. Schnitzer étudie d'une manière particulière un chroniqueur florentin, du parti hostile à Savonaroie, Bartolomeo Cerretani. Dans une introduction de 60 pages, bien fournies de faits et de références, il commence par nous présenter Bartolomeo et sa famille; puis il étudie les deux histoires de son temps qu'il nous a laissées, la Storia /iorentina et la Storia in dialogo délia mutaxione di Pirense, Il en fait la critique pour montrer dans quelle mesure on doit s'y fier; il indique les sources qu'elles ont utilisées et le parti qu'en ont tiré les écrivains des siècles suivants ; enfin, pour l'une et pour l'autre, il indique les manuscrits qui nous les ont conservées. Après cette étude, il donne d'importants extraits de l'une et de l'autre histoire et en particulier ce qui concerne Savonaroie et la réforme de l'Église que souhaitaient même ceux que n'avait pas gagnés à sa personne l'ardent prédicateur florentin. En somme, cette édition fait honneur à M. Schnitzer et nous fait souhaiter de voir un jour cette histoire de Savonaroie que préparent ces études particulières.

Jean Guiraud.

392 GOMPTBS-aElfDVS CRITIQUES.

H. NiGAOKi. Histoire des relations du Japon avec l^Burope anx XVI" et xvn« siècles. Paris, H. Jouve, 4905. Id-8«, 326 pages.

En voyant que ce livre porte la signature d*un attaché à la légation du Japon à Paris, Ton s'attend à y trouver une critique, faite au moyen de documents japonais, des récits des Pères jésuites. Cette attente est à peu près complètement déçue. M. Nagaoka s'est borné à reproduire, parfois textuellement, des pages entières de VAnnaliste de Macao, du P. Gharlevoix, du P. Bouhours, de Pages, et même du Saint François Xavier de J.-M. Cross, paru en 1900. Il s*est contenté d'intercaler au milieu de ces témoignages occidentaux quelques textes japonais sur la date, l'origine, la nature et la valeur desquels il ne nous donne aucun renseignement. « Nous ne pouvons pas certifier, écrit-il à plusieurs reprises, si le document qui renferme ces détails * est bien authentique, mais en tous cas ces détails étaient exagérés^ ». Sa critique se borne en général à dire que les textes < exagèrent ».

Cette insuffisance critique met M. Nagaoka hors d'état de répondre à quelques questions intéressantes : le christianisme a-t-il eu réellement, dans l'empire du Soleil-Levant, la prodigieuse diffusion que lui prêtent les Pères? Si oui, comment s'explique cette diffusion ?£>e quel genre de christianisme s'agissait-il? Comment se fait-il que les ordonnances shogounales contre les chrétiens, si impératives et si claires, aient été si mal obéies qu'il a fallu, de 1587 à 1633, les renouveler sans cesse? Comment se fait-il que Hidéyoshi, proscripteur des chrétiens en 1587, ne donne c aucune suite à son ordre de proscription » ? Pourquoi léyasou, après avoir lui aussi interdit en 1606 a la doctrine de Yasso », manifeste- t-il bientôt Tintention < de ne pas exécuter strictement cette ordonnance » ? Quel fut au vrai le rôle des missionnaires dans les révoltes féodales des daîmios? Autant de questions au sujet desquelles nous confessons notre incompétence radicale, mais auxquelles nous avions le droit d'exiger d'un écrivain japonais un essai de réponse.

Après avoir étudié dans une première partie la grandeur et la décadence du christianisme japonais, M. Nagaoka consacre sa seconde partie aux c rapports commerciaux du Japon avec l'Europe ». Malheureusement, comme rapports commerciaux et rapports religieux sont assez étroitement liés, le début de cette seconde partie revient fâcheusement sur des faits examinés dans la première. L'histoire du commerce hollandais est faite presque exclusivement avec Montanus et Eœmpfer^.

1. 11 s'agit (p. 136) da procès-verbal d'une confession des chrétiens d'Oshimo en 1631, d'après laquelle le pape aurait médité la conquête du Japon.

2. < Quoi qu'il en soit, le gouTernement shogounal de cette époque comprit le christianisme et ses ministres de cette façon. » Qu'en sait-on, si le document est d'une authenticité douteuse?

3. On invoque bien (p. 187) un Projet (Thistoire diplonuUt^ue pnbUé par

JOH.-JOSBF KHEVBNflOLLER METSGH : TAGBBCGH. 393

Peat-étre était-il impossible de faire mieux. Peut-être les sources japonaises sont-elles insuffisantes et non susceptibles d'une critique sérieuse. Toujours est-il (ayons le courage de le déclarer) que si un c japonisant » de France, d'Angleterre, d'Allemagne ou d'ailleurs nous avait rapporté cette étude, nous dirions qu'elle n'ajoute à peu près rien à notre connaissance du vieux Japon et de ses rapports avec l'Europe ^

Henri Hausbr.

Ans der Zeit Maria Theresias. Taipebaoh des Fflrsten Johann Josef Khevenhûller Metsch, Obersthofïneisters der Kaiserin (1742-1776), herausgegeben im Auftrage der Gesellachaft fur neuere Geschidite Ôsterreichs von Rcdolf Gràfbn Khevbnhul- LBft Mbtsch und D' Hanns Sghlittbb. Wien, Adolf Holzhausen, 4907. In-8o, 340 pages.

La famille princière de Khevenhûller compte parmi les plus anciennes et les plus considérables de Tarmorial autrichien s. Depuis le XVI* siècle, ses membres sont mêlés à tous les grands événements qui marquent dans les annales des Habsbourg 3.

Outre une foule de vaillants hommes de guerre et d'habiles diplomates^, cette race illustre a produit le célèbre historien François-Christophe, ambassadeur à Madrid', et auteur des Annales Ferdinandei,

le ministère des Affaires étrangères de Tokio, mais on ijonte : c Ce fait cependant ne s'appnyant sur ancnn document, nons ne ponvoDS en garantir Tanthen- Udté. 1 Serait-ce l'habitude des pablications historiques japonaises de ne pas pronTer ce qu'elles avancent?

1. Même les appendices (p. 239 et suiv.) sont empruntés à des sources chrétiennes. — Il aurait fallu dire qne les ambassades de dom Gomez Ferez de las Marinas ont été publiées en anglais dans The Philippine tdands de Blair et Robertson. Il aurait fallu dire aussi que le gouverneur des Philippines en exercice fin 1594 (p. 157) n'était plus don Qomez, mort à cette date, mais son fils et successeur Luis Gomez. — Les textes dtés par Blair ne donnent pas, de la suite des éTénements de 1592, la même idée que M. NagaolLa.

2. Une tradition constante porte que cette famille d'ancienne noblesse féodale serait venue de Franconie au xi* siècle pour s'établir en Carinthie. Son chef reçut le titre de prince du Saint-Empire en 1763. Voir VAlmanaeh de Gotha, 1836, p. 139, et 1848, p. 136.

3. Au XVI* siècle, la famille Khevenh&ller se dirisa en deux branches : Frankenbnrg et Osterwitz.

4. Nous citerons, entre autres, Jean de KheTenhiiller, ambassadeur de l'empereur Rodolphe II à Madrid, et Louis- André, le célèbre feld-maréchal qui organisa la résistance lorsque Marie-Thérèse vit contester ses droits à la couronne en 1740. La branche dnée s'éteignit avec lui. Plusieurs membres de la branche cadette Jouèrent un rôle en vue dans Topposltion politique et religieuse au xvu* siècle.

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