‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 20 sur 176 · Espagne 534, fol · texte numérisé non relu

Espagne 534, fol

20 ALFRED BOUAGUBT.

lettre au comte de Fuentès, que le secrétaire d'État espagnol lui adressa le jour même à Londres^ :

Mylord Bristol, dil-il, m'a fait ce matin la déclaration suivante ou l'équivalent : que le rai son maître lui ordonne de demander une réponse catégorique au Roi pour savoir s'il est ou non dans le dessein de s'unir à la France contre P Angleterre et, en cas qu'on ne lui doDue pas une réponse bien claire, de déclarer que cela équivaut à uae agression de notre part et de se retirer de cette cour. Il est presque impossible que le Roi puisse satisfaire à cette demande, s'il ne veut pas manquer à sa dignité, autrement que par la négative. Cependant, comme je suis indisposé et que je ne puis aller au palais, il n'a pas encore pris de résolution. J'expédierai un autre courrier à V. E. pour lui porter ses derniers ordres.

Que V. E. commence à se préparer à sortir de cette courj qu'EUe avertisse de bonne beure le sieur del Giro, notre trésorier, pour qu'il prenne les mesures convenables relativement aux finances du Roi et qvfElle fasse avertir sotis main les vaisseaux espagnols qui sont sur la Tamise ou dans d* autres ports pour qu'ils s'échappent^ s'il est possible^ de peur d'être pris.

Ce dernier trait prouve à quel point M. Wall jugeait grave la situation, surtout étant donné le caractère anglais et la manière plus que brusque dont le gouvernement de ce pays aime à entamer les hostilités. Le secrétaire d'État espagnol faisait preuve d'ailleurs, en cette circonstance, d'une finesse (pour ne pas employer un mot plus sévère) bien digne de l'adversaire avec lequel l'Espagne allait se mesurer. Ne se réjouissait-il pas, en effet, d'avoir pu « assurer sans risque qu'il n'existait pas d'autre traité que le pacte de famille signé le 15 août >, parce qu'on avait convenu avec la cour de Versailles de postdater la convention secrète de façon à ce qu'elle parût avoir été signée seulement comme riposte à la rupture des négociations entre la France et l'Angleterre?

M. Wall ne se contentait pas d'avertir le comte de Fuentès à Londres et M. de Grimaldi à Versailles des événements qui se préparaient. Il prenait les mesures nécessaires pour qu'aussitôt la rupture consommée les autorités maritimes s'assurassent des bâtiments anglais qui se trouvaient dans les ports espagnols, non

1. La traduction de celte lettre est au quai d'Orsay. Espagne 534, fol. 264.

GHOISEUL ET L^iLLIANGB ESPAGNOLE. 2^

pas pour les déclarer de bonne prise, mais afin d'avoir sous la main des objets d'échange avec l'Angleterre. « Il a paru à S. M., disait-il, que c'était une précaution juste, cette nation étant accoutumée à n'observer aucune loi quand elle veut faire quelque insulte*. » Le gouvernement de Madrid faisait en outre informer Choiseul qu'afln d'empêcher que la nouvelle de la rupture ne se répandît en mer et ne parvînt aux navires anglais, l'embargo serait mis, pour quelques jours seulement, sur les bâtiments des autres nations.

Le secrétaire d'État expédia également en Amérique des « ordres circulaires ». Il y disait aux commandants espagnols, non seulement de se défendre contre les Anglais, mais encore de les attaquer quand l'occasion s'en présenterait. Ils devaient, en outre, « prêter secours aux Français sur terre et sur mer toutes les fois qu*Us en auraient besoin, attendu que les deux nations sont unies pour la guerre comme si les possessions françaises et espagnoles appartenaient au même maître^ ». M. Wall espérait que le cabinet de Versailles donnerait de son côté les mêmes instructions à nos marins et à nos soldats.

C'était pour se ménager le temps de prendre ces diverses mesures que M. Wall avait pris prétexte de son indisposition pour ne pas répondre le jour même à lord Bristol. Le secrétaire d'État ne souffirait, parait-il, que d'un léger mal au pied causé par un ongle coupé trop ras, et ce n'est pas un aussi mince bobo qui l'aurait empêché de recevoir les ordres du roi Charles III. Deux jours lui suffirent pour tout achever, et, le 10 décembre 1761, il envoyait du Buen-Retiro à l'ambassadeur anglais la lettre suivante dont le ton énergique contrastait singulièrement avec la patience témoignée jusque-là par l'Espagne :

V. B. me déclara avant-hier, disait-il, et même elle voulut bien me mettre par écrit qu'ËUe avait ordre de me demander une réponse positive et catégorique par laquelle elle pût savoir si l'Espagne songeait à s'unir à la France contre PAngleterre, déclarant en même temps qu'elle prendrait le refus pour une agression et déclaration de guerre et qu'en conséquence elle serait obligée de se retirer. C'est bien plutôt par l'esprit d'arrogance et de discorde qui a conseillé une

t. Espagne 534, fol. 263.

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