‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 23 sur 176 · dii^seal à d'Ossnn, 25 décembre · texte numérisé non relu

dii^seal à d'Ossnn, 25 décembre

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nouvelle justiâcation de notre attitude à Londres au moment des pourparlers de paix. Quant au roi Louis XV, « il sentit cette attention de Madrid avec reconnaissance ». Il ne s'agissait donc plus maintenant que d'établir avec l'Espagne le concert de nos mesures défensives ou offensives. A ce titre, la célérité de Topération contre le Portugal paraissait indispensable au ministre français. Elle donnerait, d'après lui, c une secousse à toute l'Europe qui déconcerterait les plans que les Anglais pouvaient avoir formés pour l'année 1762 ». c Je crois, écrivaifc-il à d'Ossun, que l'avantage augmenterait en proportion de la promptitude. Quelque faible que soit un ennemi^ il ne faut pas lui donner le temps de se reconnaître. »

Par le nombre des troupes que le roi d'Espagne parlait de laisser en Catalogne, Choiseul présumait que ce prince avait quelque appréhension en ce qui concernait la tranquillité de l'Italie. Le ministre s'efforça de dissiper ses craintes en lui faisant démontrer par d'Ossua que le roi de Sardaigne n'avait ni la volonté ni le pouvoir d'entamer des hostilités contre le royaume de Naples : « Je crois connaître sans prévention la cour de Turin. Le roi de Sardaigne ne veut point la guerre parce qu'il ne peut plus y aller et qu'il serait au désespoir que son fils y allât. » A cette raison bien humaine, Choiseul en ajoutait une autre toute politique et des plus sérieuses : « Il ne peut pas faire la guerre parce qu'il est démontré que, sans secours étrangers, il courrait les plus grands risques. » Or, l'Angleterre, qui, seule, aurait pu lui venir en aide, avait bien assez à faire à secourir le roi de Prusse, ses alliés d'Allemagne et le Portugal si l'on entreprenait contre ce dernier l'expédition projetée^ Malgré le désir constant qu'avait le cabinet de Londres de pêcher en eaux troubles, il paraissait peu probable qu'il cherchât à provoquer en Italie une guerre dont il aurait eu, à peu près seul, à supporter le poids. Il y avait en outre, pour le roi de Sardaigne, un motif intéressé de ne pas casser les vitres. C'eût été, de sa part, une vraie maladresse que de perdre sans retour, par une démarche imprudente, le profit de la parole donnée par Louis XV de lui reconnaître des droits sur une portion du Plaisantin.

L'ensemble de ces raisons persuadait Choiseul (et les événements prouvèrent la justesse de ses vues) qu'il n'y avait rien à craindre pour les Bourbons du côté de Turin. Au surplus, comme il n'est jamais mauvais de prendre des précautions et qu'il est

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bon d'être fort pour être respecté, le ministre n'entendait pas rester désarmé. Il proposait donc à Charles III d'envoyer contre le Portugal les troupes que ce prince pensait laisser en Catalogne.

Nous mettrons en Provence, lui disait-il, les dix bataillons de Minorque qui, joints aux troupes qui sont dans cette province et en Dauphiné, feront un corps de 45,000 hommes, qui serait à portée d'être rendu à Nice ou en Savoie et qui procurerait une diversion efficace et beaucoup plus prompte que ce qui arriverait de Catalogne.

Mais, suivant la forte expression du ministre, c'eût été servir nos ennemis que d'immobiliser en trop grand nombre des forces que l'on pourrait employer utilement ailleurs.

Ainsif concluait-il dans sa lettre à d'Ossun, efforcez-vous de faire oublier à Madrid F Italie pour opérer vigoureusement et promptement en Portugal et pour former au printemps un camp en Galice qui inquiète sur Tlrlande. Le camp pour cet objet ne sufBt pas; il Ikut réunir des bâtiments de transport. Ce jeu est facile au ministre de la Marine ^

On voit par ces derniers mots combien Choiseul mettait à profit, pour le bien de la France, l'unité de vues que lui permettait l'union entre ses mains des deux secrétaireries d'État militaires. Le chef du département de la Guerre apparaissait dans l'offre faite de tenir prêtes, dans le Roussillon, des troupes destinées à remplacer les bataillons espagnols chargés d'opérer en Portugal et en Galice. Il se manifestait surtout dans un projet contre Gibraltar dont il parlait à l'ambassadeur.

On m^a faM la proposition d'envoyer M. de Vallière, lieutenant général de notre artillerie, examiner Gibraltar. Vous connaissez la réputation de cet officier. Il n'est question que d'un voyage et d'un examen de sa part pour savoir si cette place est décidément imprenable soit de vive force, soit par le moyen des mines. SUl la juge imprenable, il ne faudra plus y songer. Si au contraire, après Tavoir examinée, M. de Vallière estimait qu'il y a de la possibilité dans la réussite de rentreprise, nous contribuerions en troupes à cet arrangement'.

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