Voir Rev. kUt., t. XCIII, p
2. Nous résumoQS ici ce que dit Nicolas Remy dans la Démonolatrie, p. 121 et sdIt.
NICOLAS REMT ET LA SORGELLEaiB EN LORRAINE. 29
Les sorcières s'y donnent au Diable; elles dansent une ronde échevelée, mais masquées et retournées, la tête en dehors de la ronde. Puis elles prennent un repas en commun ; mais toute nourriture est insipide; car le sel 7 fait défaut; suivant un calembour souvent répété, les plats y viennent de Salamanque. Il n*y a pas non plus de pain, puisque le pain rappelle l'Eucharistie. Pendant toutes ces orgies, les diablotins font une musique infernale, en frappant des tibias contre des crânes ^ Nicolas Remy et les juges croyaient à la réalité de ces descriptions. Une fois pourtant le procureur a un léger doute. Une sorcière a affirmé qu'à telle heure de la nuit elle avait été au sabbat; et pourtant son mari a juré qu'à la même heure elle se trouvait tranquillement couchée à côté de lui. Remy ne peut pas ne pas accorder confiance à ce témoignage ; il conclut qu'un sabbat imaginaire est aussi pernicieux qu'un sabbat réel; ce sabbat donne les mêmes émotions, provoque les mêmes lassitudes; une telle femme est bien la proie du Diable. A mort donc la malheureuse I
Mais, si hommes et femmes se rendent au sabbat, ce n'est pas seulement pour se procurer des plaisirs fatigants; ils veulent surtout obtenir du Diable le pouvoir de nuire à ceux qu'ils détestent. Maître Persin leur donne un onguent mystérieux, ou bien il leur apprend des paroles magiques; à l'aide de l'un ou des autres, ils vont provoquer le malheur de leurs ennemis. Ceux-ci languissent et dépérissent peu à peu. Ou bien il leur arrive un grave accident. Ils tombent et se cassent une jambe; ils n'entendent plus; ils voient double; des boutons leur poussent sur la figure; les maris deviennent impuissants. D'autres fois, les sorciers s'en prennent au bétail. Ils font trébucher la vache ou la chèvre de leur ennemi, les blessant grièvement. Ils tarissent, par leur pouvoir magique, le lait de ces animaux. Les sorcières plantent dans le mur de l'étable, au dehors, un couteau; et elles font sur lui le signe de traire la vache; elles prononcent le mot sacramental : « Je te trais au nom du Diable », et le lait coule réellement le long du couteau. Elles enlèvent la force nutritive qui est dans l'herbe broutée par les bestiaux ; chevaux, taureaux, vaches mangent et dépérissent. Au contraire, cette nourriture profite à leurs propres bêtes qui restent grasses et bien portantes.