Graod-Champ (Morbihan), arr. de Vannes
lÀ MORT DE ROBBRT D'aRTOIS. 6S
de cette dernière localité^ où il avait planté ses tentes, Edouard III envoyait à la reine Philippa ce laconique billet :
c Très douz cuer, comme nous eoms escrit à noz chancelier et tresorer qMls ordeinent convenablement pur Tenterement du corps monseigneur Robert d'Artois, nous voloms, douz cuer, qe vous les chargez qHls le facent solonc nostre volenté susdit. Douz cuer, Dieu soit gardein de vous. Donné souz nostre secré seal, à la ville de Grant Champ, le jour de Seinte Raterine^ »
La lettre à laquelle le roi d'Angleterre fait allusion avait été envoyée le 2i novembre au chancelier Robert Parvyng et au trésorier Guillaume de Gusance. Robert venait d'expirer, et le roi, respectant sans doute ses dernières volontés*, envoyait le cercueil en Anglelerre avec ordre de &ire les obsèques à Londres et dMnhumer le corps dans Péglise des Frères Prêcheurs :
c EdvTard, par la grâce de Dieu roi d'Engleterre et de France et seigneur d'Irlande, à nostre cher et foial monseigneur Robert Parvyng, nostre chancelier, et nostre cher clerc William de Gusance, nostre tresorer, saluz. Por ce que monseigneur Robert d'Artoys, nostre cousin, est à Dieu commandez, et pur Taffection qe nous avons devers lui, si enveons son corps as parties d'Engleterre, si vous mandons et chargeons que vous le facez enterrer à les Frères Prescheurs de Dostre cité de Londres, selonc qe vous verrez qe soit affaire pur ooslre honur en celle partie. Donné souz nostre privé seal à Grant Champ, le xxi Jour de novembre. Tan de nostre règne d'Engleterre seizisme, et de France tierz*. »
Contrairement donc à ce que racontent Jean le Bel et Froissart, Robert d'Artois mourut en France pendant Texpédition de Bretagne, à la suite des blessures qu'il avait reçues, sans doute au siège de Vannes (20 novembre ^342). Il ne revint donc pas mourir en Angleterre. Les restes furent déposés non pas à Saint-Paul de Londres ni aux Augustins, mais dans Téglise des Frères Prêcheurs. L'enterrement eut lieu dans les premiers jours de février 4343. Le 30 janvier 4343, du manoir de Kenington, le prince de Galles, duc de Gor-
1. Public Record Office, AndetU Correspondence, toI. LVI, Bf 79,
2. De son viTant, Robert avait désigné le clerc maître Jean de Thoresby comme son exécatenr testamentaire (Record Office, Patent rolls^ 17, Edouard III, p. 1, m. 23; Rymer, t. II, p. 143). Westminster, l'» mai 1343. « De conveniendo cam creditoribus Robert! de Artois defuncti. »
3. Record Office, Privy SeaU, file 287, n» 15169. Des extraits ont été publiés par A. de Laliorderie, Histoire de Bretagne, t. III, p. 473.
Rbv. Histob. XCIV. !•' pasc. 5
66 irfaifGBS BT DOGUMEIfTS.
nouailles et comte de Chester, gardien d'Angleterre en Pabsence de son père, avisait le chancelier d'Angleterre que Thomas Grosse, clerc de la garde-robe du roi, était chargé de faire « les pourveances nécessaires pour l'enterement de messire Robert d'Artois » * :
c Edward, eisnez fllz au noble roi d^Engleterre et de France, duc de Gornewaiile, counte de Gestre et gardein Dengleterre, à nostre très cher et bien amé monseigneur Robert Parvyng, chaunceller, nostre trea cher selgnur et piere le Roi, salutz. Gome nous eioms mandé par noz autres lelres à nostre cher et bien amé sire Thomas Grosse, clerc de la grant garderobe nostre dit selgnur et piere le Roi, qe des choses qe appendent à son office, il face purveance pur les enterrementz de dame Blaunche, nostre très amee soer, et de monseigneur Robert d'Artoys, nostre très chier cousin, et en manerecome affiert à leur estât, el aussi qMl face purvoier et trover totes maneres des choses touchantes son ofQce, qi busoignables serront pur les relevailles nostre très redoutée dame et mère la Royne, vous mandoms qe par brief souz le grant seal, facez mander as tresorer et chamberleins de l*Ëscheqier nostre dit seignur et piere le Roi qe de son trésor esteant en lour garde ils facent liverer au dit sire Thomas pur la dite purveance faire et les parcelles qi failientachater tant pur les ditz enterrementz corne pur les relevailles dessus dites, tant de somme qe busoignera resonablement. Et ce ne lessez. Donné souz nostre privé seal, à nostre manoir de Renynglon, le xxx* jour de janever, l'an du règne nostre très cher seignur et piere le Roi Dengleterre dis et septisme et de France quart. »
Des obsèques proprement dites, nous savons fort peu de chose, sauf que 38 porteurs de torches accompagnèrent le convoi'. Edouard, en souvenir du défunt, avait distribué des pensions viagères aux personnes de son entourage, et notamment au valet Druet Godin, son fidèle serviteur'. Mais tout permet d'inférer que les funérailles ne furent pas somptueuses. L'argent faisait défaut et la royauté anglaise, dans la détresse, avait alors à peine de quoi payer les obsèques.
E. Dépasz.
1. Record Office, RegenU warranta and other Privy Seals^ file 1535.