England under ths StuarU, Methaen, zvi-566 p
2. Le premier Parleioeot de Jacques P' a été dissoas, non en 1610, comme il est dit à la p. 105, mais en 1611, comme il est dit à la p. 109. 11 n'est pas exact que Jacques VI, roi d'Ecosse, ait épousé une catlioliqoe (p. 11); Anne de Danemark était luthérienne, elle se convertit an catholicisme peu avant l'aYènement de son époux au tr6ne d'Angleterre.
ANGLETEBEE. 423
reofermer strictement dans le cadre d'une histoire politique, et, par là même, on les condamnait d'avance à une certaine monotonie. Le tome I est peut-être celui qui échappe le plus à cette nécessité et à cet inconvénient. Il a pour auteur M. Thomas HodgkinS bien connu par ses excellents travaux sur les invasions germaniques en Italie. n commence par un chapitre liminaire sur Thomme préhistorique dans la Bretagne insulaire et Ton se demande ce que l'anthropologie peut ^[iseigner sur l'histoire « politique » d'un pays; mais il n'importe pas en somme, d'autant que ce chapitre est très court. Ceux qui suivent ont ce mérite d'être le très fidèle résumé des documents, malheureusement si fragmentaires, qui nous sont parvenus. Pour l'histoire de8 invasions anglo-saxonnes^ Tauleur suit et analyse, chacun à son tour, les témoignages de source gallo-romaine (ProsperTiro et la Vie de saint Germain), anglaise (Bëde et la Chronique anglo-saxonne) et enfin bretonne (Gildas et Nennius, le Nennius vindicattu de Zimmer'). Cette méthode est lente, mais conduit à des résultats probables, en réduisant dans la plus large mesure la place laissée à l'hypothèse. On constate avec plaisir que M. Hodgkin se lient sévèrement en garde contre les exagérations et les partis pris de Freeman. Il ne croit pas que la race bretonne ait disparu devant les vainqueurs; il rappelle doucement cette concession foite par Freeman que les femmes des vaincus devinrent la proie des nouveaux maîtres; de leur union naquit un peuple, que caractériserait fort justement Tépitbète d'anglo-celle. 11 s'cq faut donc beaucoup que les Anglais soient de pure race teutonique, et cette observation de bon sens suffirait à elle seule pour renverser la construction élevée par Timagination téméraire de Freeman. Notons d'autre part l'intéressant rapprochement que foit M. Hodgkin entre les Ângli et les Langobardi (p. 84) et la concomitance vraiment significative qu'il observe entre les invasions des Germains en Bretagne et celle d'Attila dans le centre de Touest de l'Europe (p. 409). Il est vraisemblable en effet que les peuples saxons qui se sont jetés sur la Bretagne vers le milieu du v* siècle fuyaient devant les Huns. Quant à la condition des personnes et des terres après Toccupation anglo-saxonne, M. Hodgkin est très circonspect. Ici encore, il s'en tient étroitement aux textes. Gomme ceux-ci sont muets sur Poccupation du sol, sur
1. TkehiUary ofBngkmd from the éorliest Urnes to ihê Norman conquest, Loagmaos, Greea et C'% t906, xxi-528 p.
2. On ne Toit pas que M. Hodgkin ait tenu compte des observations criUques sar les théories de Ziinmer par M. James Mac Caifrey dans The Irish theologieal Quarteriy^ n* 1.
424 BULLETIN nSTORTQCE.
Forganisation de la villa par les RomaiDS, il laisse la question ouverte (p. 77) ; pour Tépoque anglo-saxonne^ il traduit ou résume les lois rédigées dans les différents royaumes de Theptarcbie, et, s'il parait adopter en général les opinions de VinogradoiT et Ghadwic^, il ne les présente que sous toutes réserves. Cependant, il estime que le sol a dû être occupé au début par des hommes libres (ceorls)^ astreints à la milice Ifyrd) et à quelques redevances ecclésiastiques, mais, d^ailieurs, propriétaires sans restriction du sol où ils habitaient. Puis les lots se morcelèrent par suite même de Tagrandissement des familles, et la situation du ceorl s'amoindrit progressivement. Entre répoque dîne et celle d'Alfred se constitue une noblesse de service, qui s'enrichit, surtout par les donations royales constatées et confirmées de plus en plus par des actes écrits (bookland)^ au détriment de la terre qui appartenait à la famille ou à la tribu (folkland) et qui était par nature inaliénable. C'est cette noblesse qui constitua V « Assemblée des sages » (Witenc^Gemât), première forme, si Ton veut, du Parlement anglais, mais forme singulièrement éloignée et différente. Sur tous ces points, M. Hodgkin ne s'aventure à exprimer une opinion que s'il peut l'appuyer de quelque document. De même encore quand il est amené à parler du fameux serment prêté, dit-on, par Harold au duc de Normandie. A ses yeux, les témoignages que nous en avons sont tous suspects, et il se contente d'exposer (d'après la tapisserie de Bayeux) la tradition fixée par les Normands victorieux. Ce n'est pas qu'il n'ait ses idées personnelles : ses notes sur la monnaie anglo-saxonne (p. 232) et sur l'étendue du « Danelaw », que l'étude des noms de lieux permet de déterminer avec une sûreté approximative (p. 345), ses dissertations sur la nature exacte du vasselage que l'Angleterre imposa à l'Ecosse en 924 (p. 325-327), sur remplacement probable de la bataille de Brunanburg (p. 332)^ sur le prétendu massacre général des Danois le jour de la Saint- Brice (p. 387), etc., sont d'un homme qui a vu les textes avec des yeux pénétrants et non prévenus. Le volume se termine par une rapide revue des sources et des principaux ouvrages sur l'Angleterre avant la conquête normande ; on souhaiterait que les indications bibliographiques fussent plus précises. Un bon index termine ce volume, qui n^est peut-être pas d'une lecture très plaisante (par quel artifice il est vrai pourrait-on suppléer à l'absence ou à la sécheresse des documents?), mais qui est à un degré éminent consciencieux, solide, instructif.
M. George Burton Adams, professeur à l'Université de Yale, continue Thistoire d'Angleterre depuis la victoire de Guillaume de Nor-
AFfGLBTE&RE. 425
mande à Hastings jusqu'à la mort de Jean sans Terre^ Les limites qui lui ont été imposées sont donc plus étroites que celles qui ont été assignées à H. Davis. Il est d'ailleurs intéressant de comparer les deux ouvrages. Disons-le tout de suite : au point de vue littéraire, le livre de l'historien anglais est supérieur à celui de son collègue américain. Chez ce dernier, on ne retrouve pas la vive allure du récit, les portraits brillamment enlevés, les scènes pittoresques qui abondent dans Fouvrage de M. Davis. Là où M. Adams est tout à son avantage, c^est quand il expose les origines, le caractère et le développement des institutions. Il est familier avec les sources, il connaît à fond les controverses soulevées autour des documents, et, dans le conflit des opinions^ son jugement ferme et sain sait prendre parti. Çà et là peut-être il disserte un peu trop longuement, mais il y a profit à lire ce quMi écrit sur la nature du système féodal transporté en Angleterre après la conquête normande, sur la politique d'union nationale poursuivie par Henri P', sur Torganisation judiciaire et financière des rois normands et angevins, sur le sens et la portée de la Grande Charte. Celle-ci ne se comprend bien que si on la considère comme un manifeste de la féodalité anglaise issue de la conquête; elle ne contient aucun principe nouveau, ne proclame (est-il besoin de le dire?) aucune des libertés revendiquées par le monde moderne. Elle n'impose au roi qu'une contrainte, celle de respecter les privilèges acquis et de ne pas violer la loi; c'est en ceci seulement qu'on peut y voir une garantie pour l'avenir.
Après M. Adams, vient M. T. F. Tout, professeur à TUniversité de Manchester^. Si Ton excepte quelques pages sur Tétat social du pays vers le milieu du xiii^ siècle, sur la littérature, l'art, la situation de rÉglise au temps de WyclifTe et la tentative de réforme religieuse qui agita le royaume à partir de 4374, M. Tout a donné toute son attention aux rapports des souverains avec leurs sujets, leurs vassaux, les princesses étrangères, à leurs guerres et à leurs traités. U suppose connue de ses lecteurs la constitution du pays et son organisation administrative; il ne traite des institutions qu'autant qu'il est nécessaire pour l'intelligence des événements politiques. Dans ces limites étroites, l'auteur a exécuté son plan avec une érudition remarquablement sûre et bien informée. QuHl s'agisse des troubles civils ou des guerres extérieures, de la conquête
1. The Mstory ofBngland flrom the Norman Canquett to the death ofJohn, Î066'i2î6. LoDgmans, 1905, x-463 p.
2. Tke history of England flrom the aecetsion of Henry III to the death of Edward III, Î266''Î377. Longmans, 1905, xxiy-496 p.
de la principauté de Galles par Edouard P', des luttes contre les Écossais, des expéditions en Guyenne ou des premières campagnes de la guerre de Cent ans, il prouve qu'il connaît admirablement les originaux, les livres des historiens étrangers aussi bien qu'anglais, les pays où il lui faut suivre ses personnages. Il ne disserte pas, il indique seulement les idées directrices de son exposé et va droit au fait. Ce sont les détails qui le préoccupent; il les donne avec toute la précision que comporte une histoire générale écrite pour le grand public, mais il ne se laisse pas accabler par leur masse. Il les distribue avec un sens exact des proportions, les enchâsse dans un récit rapide et limpide; on le lit d'ordinaire avec intérêt, toujours avec fruit. Son volume est de ceux que les gens de métier devront consulter; ils regretteront qu'il lui ait été interdit d'apporter régulièrement ses références et de faciliter les recherches de ceux qui, après lui, auront à repasser par les mêmes chemins. Autant qu'il peut, M. Tout échappe à celte nécessité ; on lui saura gré de quelques notes qu'il a glissées au bas des pages de l'appendice, où il énumère les sources et les principaux ouvrages à consulter. Ici encore, il n'y a guère qu'à louer'.
L'idée n'a pas été heureuse d'arrêter à la mort d'Edouard III le volume confié à M. Tout et d'attribuer le règne de Richard II au volume suivant. Logiquement, Phistoire de Richard le Mal-A.visé devrait rester soudée à celle de son grand-père. Il y a quelque chose de choquant, en particulier, à voir couper en deux la vie et l'œuvre de Wyciiife. On a peut-être voulu répartir les matières à traiter de façon à produire des volumes de dimensions à peu près égales et sans doute aussi réserver à H. Omafi, auteur d'une étude personnelle et originale sur le soulèvement de 4384, le soin de retracer cet épisode, si important à tant d'égards, avec toute la compétence désirable. Prenons donc le volume de M. Oman dans les limites qui lui ont été assignées'. Il a été traité par un homme rompu à la pratique de l'enseignement, érudit même, connaissant les documents originaux et habile à en tirer (il vient de le prouver encore tout récemment) des faits nouveaux. Outre son récit du grand soulèvement de 4384, où H. Oman n'avait qu'à se copier lui-même en se résumant, je noterai, en particulier, le jugement qu'il porte sur Henri V et sur Richard III. Pour
1. p. 460, il faut corriger le nom d'on des éditeurs de Froissart : après Loce, c'est Raynaud (et non Raynouard) qui fut chargé du trayail. — P. 19?» 1. 7, à partir du bas, il faut lire Rions au lieu de Rioms, — P. 389, lire ChdieUerauU au lieu de ChdtelheraulL Ces c mispriots » sont tout à fait rares.
2. The history ofEnçland from the aceesHon of Richard II io ihe death of Richard III, 1577-i4«5. Longmans, 1906, xvi-512 p. Prix : 7 sh. 10 d.
ANOLBTBRRB. 427
ee dernier, H montre que, malgré Fincertitude des témoignages contemporains, il est dirâcile de ne pas voir dans ce prince un ambitieux criminel qui eut Tart de profiter des meurtres les plus odieux sans paraître les avoir ordonnés. J'aurai Foccasion de revenir sur ce point en parlant de Touvrage plus récent de Sir Cléments R. Markham ^ Pour Henri Y, M. Oman, réagissant avec raison, à mon sens, contre l'admiration, on pourrait presque dire l'adoration professée à l'égard de ce prince par MM. Stubbs et'Kingsford, par exemple, reftise de voir en lui le type du héros chrétien, rigide observateur de la loi divine, maitre de ses passions, exalté pour la gloire du Christ et rêvant de soumettre le monde à son Dieu après avoir soumis à son pouvoir la France rebelle. Que Henri V ait eu Tàme d'un croisé, on ne le nie pas; mais sa foi s'accommodait aussi des vices qui ont terni les vertus d'autres guerriers fameux; ses calculs d'ambition comportaient une bonne part d'égoisme et, dans le combat, après la bataille, il se plut à verser le sang. S'il s'inspira du Christ, ce n'est pas dans un esprit de charité.
M. H. A. L. FisuR Tient à la suite de M. Oman; H raconte les règnes de Henri Vil et de Henri YIH^. Dans son récit, il suit autant qu'il lui est possible l'ordre chronologique, et, par là même, il produit à la longue une impression de monotonie. U arrive, par contre^ aussi que ce procédé donne de bons résultats. Considérez, par exemple, Henri VIII; il est peu de caractères historiques sur lesquels les jugements puissent différer davantage. M. Fisher note successivement les traits les plus variés, parfois les plus opposés, de cette figure encore assez énigmatique^ et il réussit à lui donner une physionomie vivante, en somme, et qui donne presque Tillusion de la réalité. Jusqu'à quel point Henri VIII a-t-il été l'ouvrier conscient ou nécessure de Tœuvre si périlleuse qui avait pour objet immédiat de briser le lien qui rattachait l'Angleterre à Rome et qui fût peut-être, en effet, une des causes du prodigieux développement de la protestante Angleterre? La question n*a pas été posée. M. Fisher, nourri dans Tabstraction philosophique, est pénétré de l'idée que l'historien doit être avant tout un observateur exact des fkits. Ce n'est pas qu'il répugne aux idées générales; il indique fort bien les causes qui (en dehors des intérêts particuliers du souverain) poussèrent TAngleterre, un peu malgré elle, dans la voie de la Réforme, de même qu'il
1. RUhmrd III; hU Ufe and eharaeter reviewed in the light of récent mmreh. Londres, Smith, Kider et G"*, 1906, xix-327 p.
2. Tke hisiarff of Bnçland from thê aeeesHan of Henr^ VU io ih$ death of Henry VIII, U85-15^7. Longmans, 1906, xx-5l8 p.
caractérise avec finesse la renaissance littéraire qui s'épanouit, avec un enthousiasme encore un peu gauche, sous les deux premiers Tudors; mais il ne dogmatise pas. Le récit du Pèlerinage de grâce et le tableau des sécularisations des biens du clergé sont de bons exemples de sa manière.
D'un saut, nous passons au tome X, qui couvre la période de l'avènement de Georges III (neoj à la démission de Pitt (4 804). Cette partie a été traitée par Tun des éditeurs, le Rév. William Hurt^ Les limites assignées à ce volume ne paraissent pas avoir été très judicieusement choisies. Elles introduisent le lecteur au beau milieu de la guerre de Sept ans et Tarrêtent avant la fin de la seconde coalition. Ce sont donc des accidents (car un ministère qui tombe n*est qu'un accident) et non des Êiits dimportance générale qui ont déterminé rétendue de la période étudiée. Ce cadre un peu factice a été rempli par M. Hunt avec une conscience tout à fait digne d'éloge. Il ne s^est pas contenté de résumer les ouvrages ou les documents imprimés; il a puisé à des sources manuscrites : papiers du duc de Newcastle, de Pitt, de Lord Grenviile, etc., et quoiqu'en règle générale les auteurs de la collection soient tenus de s'abstenir de notes au bas des pages, M. Hunt a indiqué les points sur lesquels il apporte des faits nouveaux. Le récit est peut-être un peu trop asservi à Tordre chronologique^ un peu trop dénué de chaleur et d'éclat; mais il est clair, intéressant, intelligent. Il met en bonne lumière le caractère de Georges III, dont l'influence personnelle a été si grande sur le gouvernement et sur l'équilibre des partis politiques; quand il en arrive à montrer les causes de la rupture entre TÀngleterre et ses colonies d'Amérique, il n'a d'autre souci que d'exposer les prétentions, les droits^ les torts de chacun. Lorsque la France révolutionnaire eut déclaré la guerre à la coalition européenne, il prend résolument parti pour Pitt contre Fox, mais les passions des tories ne viennent troubler ni la simple ordonnance de son récit ni la sérénité de son jugement. Il n'est pas impassible, mais il sait rester impartial.
L'honorable George G. Bbodeick avait été chargé du volume suivant, qui s'étend de l'administration d'Addington (4 804 ) à la mort de Guillaume IV (4 837) ; mais il mourut en 4 903 laissant son volume inachevé. Son collaborateur, M. J. R. FoTHEKmGHAM, a complété le
1. The history of Engtand from Ihe accession of George III to the close of Pitts first administration, 1760-1801. Longmans, 1905, xviii495 p. et 3 cartes. Celle de la Grande-Bretagne montrant la représentation parlementaire à la fin dn xYin* siècle est uUle.
ANGLETBUEE. 429
travail et Ta mis au points Travail toujours délicat; aussi ne faut-il pas trop s'étouner si le présent volume manque pour ainsi dire de personnalité. Le plan est assez fortement conçu, l'ordre chronologique n'a pas été suivi de trop près; les faits sont bien groupés en chapitres, dont chacun a son sens et son unité propres. On ne lira pas sans profit, surtout en France, ceux qui se rapportent à la Réforme électorale de 4832, à la loi des pauvres de 4834, à la littérature et au progrès social pendant le premier tiers du xix" siècle. G^est un résumé rapide, clair, substantiel, mais généralement terne, des événements. L'homme disparaît derrière les faits ^, comme s'il était une quantité négligeable dans l'histoire.
Le dernier volume paru de V Histoire moderne publiée à Cambridge est le tome IV'. Le sous-titre : The thirty years war, n'indique pas exactement les limites dans lesquelles les auteurs étaient tenus de se renfermer; elles dépassent de beaucoup le traité de Westphalie, puisqu'on nous mène jusqu'à la mort de Hazarin, à la Restauration des Stuarts, au rétablissement de la paix dans les pays Scandinaves (4 660), à la mort de Philippe lY d'Espagne (4665). On essaie bien de montrer dans la préface que les événements qui se sont accomplis de 4648 à 4660 sont étroitement liés à la guerre de Trente ans. On peut Padmettre jusqu'à un certain point. Gomment, cependant, faire rentrer l'histoire intérieure de TAngleterre sous Charles !•' et Gromwell dans le cadre de la guerre continentale? Cette histoire a d'ailleurs un caractère si nettement insulaire, la révolution puritaine a si peu de points de contact avec les troubles du continent qu'il aurait été peutêtre avantageux, au point de vue de la composition littéraire, de réunir en un seul bloc tous les chapitres concernant TÂngleterre. De même, on imagine volontiers le chapitre sur l'Église rapproché du chapitre sur le Cartésianisme et l'ouvrage se terminant par l'abaissement politique de la papauté et le triomphe de la pensée libre. Mais c'est un exercice un peu vain de refaire par la pensée le plan d'un ouvrage dont les différentes parties devaient être traitées par tant de colla-
1. The history of England from Addington's administration io the close of waUam JV's reign, 1801-1837. Longman», 1906, xix-486 p., 3 cartes. A aoter celle de l'ÀDgieterre parlementaire après la réforme de 1832, réédition simplifiée de celle qui se troave dans l'Atlas de M. Poole.
2. n est curieux de constater qne la mort de Napoléon n'esl même pas mentionnée. Elle n'est pas indiquée à la table et je ne l'ai pas trouvée dans le ▼clame. — Dans la bibliographie, on reconnaîtra difficilement le nom de l'iûstorien français Seignobos défiguré (p. 449) en Seknosost
3. The Cambridge modem hislory. Vol. lY : The thirty years war, Cambridge, at the University press, 1906, xxx-1003 p. La Revue historique a déjà donné (t. XCIIf, p. 218) la liste des chapitres.
Rev. Histor. XGIV. 1" FASC. 9
boraleurs. Il vaut mieux reconnaître la conscience avec laquelle a été traité chaque chapitre pris séparément. L'état de l'Allemagne et des pays Scandinaves a été exposé avec une précision et parfois une ampleur tout à fait dignes d'éloges. Les chapitres sur la France paraîtront sans doute moins nouveaux à des Français; certains trouveront qu'on aurait pu analyser plus finement les éléments divers qui entrèrent en lutte pendant la Fronde. Hais dans son ensemble l'ouvrage est des plus satisfaisants. On a raison, dans la préface, d^atUrer Tattentionsur la bibliographie de la guerre de Trente ans placée à la fin du volume. Cette bibliographie est comme le résumé du catalogue, qu on nous promet, de l'immense collection de livres et de brochures formée par feu Lord Acton et conservée aujourd'hui à la bibliothèque de l'Université de Cambridge. Il semble que l'esprit du célèbre professeur continue d'inspirer une entreprise dont il a été l'ardent promoteur.
« Le présent travail », nous dit le D' Horitz Julius Bonn dans la préface de son livre sur la Colonisation anglaise en Irlande ^ , « fruit de longues années de recherches, a pris un développement plus grand que je n'avais imaginé tout d^abord. J'avais voulu étudier le problème irlandais comme étant un problème de colonisation, afin de savoir jusqu'à quel point, dans un pays habité par une population vigoureuse, une politique de peuplement est possible ». Deux séjours prolongés dans le pays, des recherches approfondies dans les bibliothèques et archives de Dublin, de précieux concours fournis par les directeurs de ces établissements et par les érudils locaux les plus compétents lui ont permis de réunir un inestimable trésor de faits et d^observations. 11 ne lui a pas fallu moins de deux volumes (plus de 700 pages) pour les mettre en valeur. L'Irlande est la première colonie que l'Angleterre se soit proposé de conquérir et d'exploiter; ce sont exclusivement les moyens employés pour la conquête et l'exploitation de Tlle que l'auteur étudie. U ne reikit pas l'histoire de la conquête du xii'' siècle, ni celle des guerres entreprises par Henri VllI et par Elisabeth pour rétablir l'autorité royale dans le pays, ni celle du soulèvement de 4640 et des terribles représailles exercées par les républicains, ni celle des luttes entre les jacobites et orangistes à la fin du xvii* siècle. Il n'en rappelle que les faits nécessaires à Tintelligence de son exposé. Au contraire, il attire toute l'attention du lecteur d'abord sur Torganisation sociale et politique du pays avant la conquête, puis sur les efforts tentés par les rois
1. Die englisehe Kohnisation in Irland. Stattgard et Berlin, Cotta, 1906, 2 vol., vni-397 et 320 p.
anglais pour y établir le régime féodal, pour détruire le système des clans, pour partager le sol et fonder la propriété (surtout la grande propriété) individuelle des biens-fonds, enfin pour établir dans le pays, rebelle à toutes ces importations étrangères, des colons de race anglaise (ou écossaise] et des protestants. D'abord tentative d^assimilation, puis tentative d'absorption ou d'écrasement. Chacune de ces tentatives a laissé des traces plus ou moins profondes dans ce malheureux pays incapable de se gouverner lui-même; aucune n^a réussi. Pourquoi, comment? Voilà l'objet propre de ce livre très bien composé, très clair, très érudit, très instructif. Entre tant de chapitres intéressants, les plus appréciés seront peut-être ceux qui se rapportent aux c plantations » ou colonies établies à main armée, en particulier à l'établissement des soldais de Gromwell dans les terres confisquées sur les rebelles. Les divers aspects de cette « colonisation républicaine i» ont été étudiés avec une abondance de documents et de chiffres qu'on ne retrouve dans aucun autre ouvrage. Ajoutons que l'auteur n'a porté aucun parti pris dans Tétude de ces problèmes; sans doute, le fait qu'il est allemand et quMl n'est imbu d'aucun des préjugés nationaux qui divisent les Anglais et les Irlandais lui rendait cette tâche relativement facile ; mais c'est aussi parce quMl s^est imposé de ne jamais abandonner le terrain strictement scientifique. Il montre bien ce quMl y a de violent dans les « plantations » anglaises; d'autre part, il prouve qu^à aucune époque et sur aucun point la population irlandaise n^a été violemment transplantée pour être parquée, pour ainsi dire, dans des réserves, comme les Peaux- Rouges dans l'Amérique du Nord. L'ouvrage s'arrête à l'année 4845, qui vit s'effondrer le régime colonial imposé à l'Irlande. La famine ne suffit pas pour expliquer à elle seule l'effroyable misère, la mortalité, rémigration qui décimèrent le malheureux pays. C'est le régime tout entier qui est responsable, et que nous voyons disparaître peu à peu sous les coups d^une législation nouvelle, non pas toujours très cohérente, mais au moins plus humaine. Aujourd'hui, c'est l'élément irlandais, bien que réduit dans de fortes proportions \ qui travaillée expulser l'élément étranger; le régime de la colonisation à outrance
1. Le recensement de 1841 donnait à Tlrlande une population de 8,175,124 habitants; celui de 1901 ne lai en donne plus que 4,458,775. Elle a donc en soixante ans perdu plus de 3,700,000 habitants. L'émigration lui en enlève environ 40,000 par an ; quatre-vingts pour cent des émigrants sont des jeunes gens de quinze à trente-cinq ans (voir t. II, p. 300). Sur l'ouvrage de M. Bonn, voir un intéressant compte-rendu par R. Dunlop dans English hUtor. Review, 1906, p. 772-778.
4d2 BULLBTIN HISTORIQUE.
a été vaincu et îl est abandonné. L'avenir dira comment il sera remplacé.
De TÂngieterre à TAmérique du Nord^ la transition est aisément fournie (s^il en est besoin] par les Irlandais, ces pionniers de Témigralion.
Âpres un long intervalle, M. John Andrew Dotlb a repris son histoire de la colonisation anglaise en Amérique. En 4882, il avait traité des colonies du sud : Virginia^ Maryland and the Carolines (4 vol.); en 4886, des colonies du nord : Thepuritan colonies (2 vol.), et il en avait suivi Fhistoire jusqu'à Tavènement de la maison de Hanovre au trône d^Angleterre. Aujourd'hui, il traite des colonies intermédiaires : The middh colonies^ dans un volume qui forme le tome IV de la sériel On y trouve Thistoire des établissements qui formèrent plus tard les états de New- York, New-Jersey et Pensylvanie, c'est-à-dire d^une part Ja conquête de la région occupée par les Hollandais et exploitée par eux jusqu^au traité de Bréda^, et, d^autre part, la diffusion du quakerisme, d'abord en New-Jersey, puis dans Parrière-pays colonisé par William Penn. Cette histoire est puisée directement aux sources les plus sûres, qui sont énumérées et appréciées en tète de chaque chapitre. Elle est contée avec netteté, abondance et précision. La lecture n^en est pas divertissante, non par la faute de l'auteur,
1. the EnglUh in America. Vol. lY : The middle colonies. Longmans, 1907, 563 p. Prix : 14 sh.
2. Sur la conquête des nouTeanz Pays-Bas, Toir uo article de M. Percy Lewis Kaye inséré dans les Johns Hopkins UniverHty slwiies (Badlinore, 1905, série XXIII, n*' 5-6) sous le titre : EngUsh colonial administration under lord ClarendoUy 1660-1667, Dans cette monographie, bien documentée et bien présentée, l'auteur montre d'abord l'accueil que reçut la restauration des Stuarts dans les direrses colonies, puis l'organisation donnée par Glarendon à l'administration coloniale, enfin la politique de ce ministre à l'égard de certaines des colonies américaines (chartes très libérales accordées à Connectlcut et à Rhode Island, fondation de la Caroline au profit du duc d'York, etc.) et à l'égard des colonies hollandaises. Il apprécie comme elle le mérite la perfidie de ce ministre qui, en Europe, ne cessait de déclarer à La Haye ses intentions pacifiques, tandis qu'il encourageait les entreprises contre la Nouvelle-Amsterdam, mais il avoue un peu plus loin (p. 73) que Fexpulsion des Hollandais était une nécessité pour les colonies anglaises, qu'elle était une conséquence fatale des Actes de navigation promulgués par le gouvernement anglais. M. Doyle, de son o6té, constate que les Hollandais établis en Amérique se soumirent promptement aux conséquences de la conquête et que ces annexés ne furent pas une cause de trouble et d'affaiblissement pour les vainqueurs. A un autre point de vue, il est intéressant de voir (p. 142) l'indifférence des colons à l'égard de la a Prérogative royale >.Leur intérêt personnel était leur première loi. — M. Doyle aurait pu mentionner l'article de M. Kaye s'il ne s'était donné pour loi de renvoyer presque uniquement aux sources*
Qoogk
mais par riadigence du sujet lui-même; ce sont de menus faits d'histoire locale et si lointaine! Pas de grands événements; sauf Penn, pas un personnage notable. Mais ce sont les très humbles commencements de ce qui est devenu une des grandes puissances mondiales, et, à ce titre, ils importent à la connaissance de l'histoire universelle. Pour beaucoup de Français, les faits exposés par H. Doyle auront au moins Taltrait de la nouveauté, tant nous sommes mal renseignés sur ces choses d^Amérique ; même certains épisodes, comme les luttes des colons américains contre Frontenac, apparaîtront plus en vérité, si on les observe sous un aspect opposé. A un autre point de vue, il est intéressant de voir comment les lois anglaises imposées par la mère patrie, comment les sectes religieuses persécutées en Angleterre et transplantées sur Pautre rive de TAtlantique, ont pu s'adapter à des milieux nouveaux. On notera, en particulier, ce que dit Tauteur des puritains et des quakers, et pourquoi ces derniers, malgré la vertu antisociale de certaines de leurs croyances, sont devenus cependant, du moins en Pensylvanie, un fécond élément de colonisation. — Dans le cinquième volume ^ est exposée Thistoire des colonies en général depuis Tavènement de la maison de Hanovre jusqu'à la ruine de la domination française au Canada. On y appréciera particulièrement les chapitres sur la condition économique et sociale de ces colonies, sur leur organisation administrative, sur la religion, sur le mouvement littéraire et intellectuel, sur les divers éléments dont se forma la population : colons venus d'Europe (quakers irlandais, presbytériens d^cosse, huguenots de France^ luthériens d'Allemagne et de Suisse), nègres exportés d'Afrique, indiens autochtones. Le dernier chapitre du volume, consacré à la conquête du Canada, ne sera, pour beaucoup de lecteurs français, qu^un résumé de choses déjà connues; mais on appréciera l'impartialité avec laquelle l'auteur touche certaines questions où tant d'autres se laisseraient aveugler par leurs préjugés. Il parle de 1' « assassinat » de Jumonville (t. Y, p. 555-556) avec autant de calme réfléchi que du traité d'Utrecht (t. IV, p. 355). Il tient de même la balance égale entre les colons américains et le gouvernement anglais. D'autre part, il nous fait comprendre la nature des dissentiments qui détachèrent peu à- peu les colonies de la mère patrie' ; puis vint la dé&ite infligée par les Français au général Brad-
1. The Englith in America. Vol. Y : The eoloniei under the Boute of ffanover. Loogmaos, 1907, 629 p., avec ane carte. Prii : 14 sh.
2. P. 105, M. Dojle éDomère les causes de conflit qui allèrent s'aigrissant de plus en plus dans le cours du zviii* siècle : la principale est celle des traitements alloués aux fonctionnaires, puis vient le droit réclamé par les assemblées colooiales d'émettre du papier-monnaie, enfin, et seulement en dernier lien, il
434 BULLETIN HISTOaiQUB.
dock en 4755; les colons américains ressentirent moins d'amertume de leur échec que de mépris pour les généraux anglais inhabiles à la guerre des bois. Au moment où s'arrête l'auteur, on prévoit l'inéyitable séparation.
Je terminerai cette division consacrée à Thistotre générale en mentionnant, brièvement, car elle dépasse le cadre du présent bulletin, l'intéressante histoire de la diplomatie de M. David Jayne Hill^ L'auteur, qui s'adresse au grand public, non aux érudits de profession, s'est proposé de montrer le développement politique de l'Europe au point de vue international. Le tome I va de la lin de l'empire romain au XIV" siècle; le tome II traite de la formation des états modernes depuis les débuts de la guerre de Cent ans jusqu'au traité de Westphalie. L^auteur, qui connaît les textes originaux et les ouvrages de seconde main, expose les faits avec aisance et clarté. Il n'apporte pas d'idées nouvelles et il donne le résumé de ses vastes lectures sous une forme un peu trop fluide, mais son ouvrage se lit avec agrément et non sans fruit. Il indique les principaux recueils de documents et les ouvrages les plus autorisés qui ont été publiés en Allemagne, en France et en Italie. Cette partie bibliographique, sans prétendre épuiser le sujet, pourra rendre des services.
Gh. BlÎMONT.
(Sera continué J
place les restrictions imposées par le gcavememeot anglais an commerce et à la production indostrielle des colonies.
1. A hUtory of diplomacy in the intemalional development of Europe, Vol. II : The establishment of territorial sovereignty. Longmans, 1906, xxv- 663 p., pins 4 cartes.
H. DBLBRÛGK : GESCflIGHTB DER KEIE6SKUNST. 435
Hans Delbrûck. Greschichte der Krlegsknnst im Rahmen der politlschen Geschichte. 2""' Theil, 2'' Hâlfte : Vôlkerwanderang.Uebergang ins Mittelalter. Berlin, 4902. In-8% 257 pages.
M. Delbrûck, continuant sa remarquable Histoire de l*art militaire dans ses rapports avec V histoire politique, étudie dans ce volume les grandes invasions et le début du moyen âge. Le second livre comprend les chapitres suivants : les armées germaniques de Pempire romain, la bataille de Strasbourg (sous Julien en 357), la bataille d*Andrinople, les effectifs, les chefs de Tarmée pendant la migration, les établissements des Germains dans Tempire. Après avoir démontré, après beaucoup d'autres historiens, que, dès le ni* siècle, les armées romaines sont, en réalité, des armées barbares, essentiellement germaniques, M. Delbrûck met de nouveau en relief le fait capital dont la démonstration est Tidée maîtresse de tout son livre, à savoir la faiblesse numérique de toutes les armées, soit romaines soit barbares. A notre avis, M. Delbrûck a définitivement tué la légende des grosses armées, depuis les guerres médiques jusqu'au moyen âge. C'est là un résultat dont il faudra dorénavant tenir compte. Julien n'avait pas plus de 15,000 hommes à ia bataille de Strasbourg, et les Goths n'étaient pas plus nombreux à la bataille d*Andrinople. Marins et César avaient des forces supérieures à celles des Germains et des Gaulois. Les chiffres que donne la Notitia dignitatum pour l'armée romaine du rv* siècle ap. J.-G. n'existent que sur le papier ; s'ils avaient été réels, les grandes invasions n'auraient pas eu lieu. Les Vandales ont conquis l'Afrique avec 8 à 10,000 soldats au plus.
Le troisième livre est consacré à l'armée de Justinien et à ses gaerres contre les Goths. Ici, la thèse de M. Delbrûck est surabondamment prouvée par les textes eux-mêmes. Les effectifs des armées impériales et barbares ne dépassaient guère 15 à 20,000 hommes. M. Delbrûck montre parfaitement, en outre, les deux principaux caractères des armées de Justinien : prédominance de la cavalerie, substitution aux troupes régulières de bandes de mercenaires, de buccellarii.
Le quatrième livre traite des débuts du moyen âge et expose successivement : la constitution militaire dans les nouveaux royaumes barbares, le changement de la tactique, la décadence de l'organisation militaire primitive germano-romaine, la naissance du système des fîefi». Gette partie est naturellement moins originale que les précédentes, quoiqu'elle renferme encore beaucoup d'idées nouvelles et ingénieuses, par exemple le rapport qu'il y a entre les modifications
436 COMPTES-BENDUS CRITIQUES.
politiques et sociales et la prédominance de pins en plus marquée de la cavalerie, entre les buccellarii de la fin de l'époque romaine et les vassaux du début du moyen âge. Sur ce dernier point, M. Delbruck est en général d'accord avec M. Guilhiermoz, dont il analyse, dans un appendice, VEssai sur l'origine de la noblesse en France au moyen âge,
Gh. Légbiyain.
P.-D. Ghantbpib DE Li Saussate. Manael de rhistoire des religions, traduit de TaUemand sous la direction de H. Hubebt et I. L^vt. Paris, Colin, 4904. Gr. ia-8®, Lni-744 pages.
c Nos étudiants n'ont pas encore un manuel de l'histoire des religions. Les éditeurs de ce livre se sont préoccupés de donner en français, tant aux spécialistes qu'aux autres, Tinstrument de travail qui leur manquait. Nous avons mieux aimé traduire un ouvrage éprouvé par le succès que d'en faire un nouveau qui pouvait être médiocre. » On ne saurait mieux dire ni mieux faire. L'excellent ouvrage, publié sous la direction de M. Ghantepie de la Saussaye, méritait d'être traduit ; il Test maintenant, et fort convenablement.
Plusieurs mains ont collaboré à la traduction comme à la seconde édition allemande du livre même. Les quatorze chapitres de l'ouvrage ont pour objet Tintroduction (très sommaire : science et classification des religions, terminologie), les peuples dits sauvages, les Ghinois, les Japonais, les Égyptiens, les Babyloniens et les Assyriens, les Syriens et les Phéniciens, les Israélites, l'Islam, les Hindous, les Perses, les Grecs, les Romains, les Slaves, les Germains et les Geltes.
L'ensemble ne manque pas d'unité. Aucune partie n'a sensiblement vieilli depuis 1897, date de l'édition allemande. On ne peut d'ailleurs que louer les traducteurs d'avoir suivi leur texte et de s'être, en général, interdit les additions, si ce n'est pour compléter les indications bibliographiques. L'histoire de la religion d'Israël manquait dans la première édition ; le christianisme n'a pas encore son chapitre dans la seconde; souhaitons qu'il l'obtienne dans la troisième. Le privilège tout négatif, que l'on semble vouloir ainsi octroyer à la religion chrétienne, est loin d'être profitable à l'histoire générale des religions, et c'est faire preuve aussi envers le christianisme d'un singulier respect que de lui épargner la comparaison avec les autres cultes. Tant pour l'exposé que pour l'appréciation philosophique du fait religieux, de l'histoire de la religion dans l'humanité, il est évident que l'on doit tenir grand compte du christianisme et lui faire sa place.
On le rencontre et même on le vise dès qu'on soulève une question générale. G'est ce qui est arrivé, semble-t-il, à M. Hubert, quand il a écrit, dans son introduction (p. xlv) : c La théologie est enfermée sans issue possible entre la liberté théorique de ses spéculations et l'immutabilité fondamentale du dogme.'» Il y a beaucoup de religions à l'égard