‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 71 sur 176 · Ibid,, t. I, p. 132 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid,, t. I, p. 132 et suiv

3. Dans les manuscrits de Blanqui, je n'ai rien trouvé de pins significatif.

HAFTTEUFFfiL : 0RTBR FEIBDBICH WILHELM IT. 457

indiyidaelles, un Raspail, nn Gabet, un Buonarroti, un Blanqui; il nous faut de précises monographies d'idées. Dans cette collaboration féconde, M. Tchemoff ne sera pas seulement un ouvrier de la première heure, mais un guide sûr.

Albert Thomas.

I. TTnter Friedrich iVilhelm IV. Denkwurdigkeiten des Ministerprâsidenten Otto yon Manteuffel, herausgegeben von H. y. Pos- GHiRGER. Berlin, E.-S. Mittler, 4904. 3 vol. in-S».

II. Preussens answsBrtige Politik, 1860-1868. UnverôffeDllicbte Dokumente aus dem Nachiasse des Ministerprâsidenten Otto y. Mauteuffel, herausgegeben von H. y. Posghingeb. Berlin, E.-S. MitUer, 4902. 3 vol. in-8*.

Parmi les acteurs du grand drame historique qui s'est déroulé en Allemagne de 1848 à 1871, il en est peu qui aient joué un rôle aussi important que le baron Otto de Manteuffel ; pendant dix ans il a tenu la première place dans les conseils de la Prusse, et si ces dix années ont commencé douloureusement pour son pays, elles ont été ensuite une époque de transition et de préparation. L'idée était donc excellente de réunir en une seule masse tout ce qui concerne cet homme d'État et de composer de ses papiers une biographie qu'on peut traiter de c Mémoires i; la féconde activité de M. H. de Poschinger nous donne une œuvre désormais indispensable à consulter ; Téminent historien a eu en mains, outre les écrits publiés du vivant de Manteuffel, les papiers conservés par sa famille et il a composé du tout trois volumes très nourris. Puis, dans une seconde publication, qui comporte également trois volumes, il reprend les documents inédits laissés par Manteuffel, relatifs à son ministère des affaires étrangères, et qui constituent une véritable histoire des relations extérieures de la Prusse de 1850 à 1858.

Otto de Manteuffel était né en 1805«t avait poursuivi, avant d'entrer dans la politique, une carrière administrative ; à peu près tous les hommes d'État prussiens sont sortis de Tarmée ou de l'administration, — • Bismarck avait débuté comme auscuUator avant de vivre en gentilhomme campagnard. — Conseiller de gouvernement, landrath dans différents postes, Manteuffel était directeur au ministère de l'Intérieur lorsqu'éclata la Révolution de 1848; après les journées de mars, les cabinets se succèdent; ils sont loin de répondre aux idées politiques du directeur, mais il conserve néanmoins sa place, a on peut penser avec quelle tristesse de cœur, à travers quelles tracasseries personnelles, malgré quelles indicibles difficultés i. Cependant les excès de l'Assemblée nationale de Prusse la conduisaient à sa perte ; à la fin de l'été, le roi Frédéric- Guillaume IV, après mille tergiversations, se décidait à agir; il con**

458 G0MPTE8-REXDUS CRITIQUES.

fiait à 8on oncle^ le comte de Brandenburg, le soin de rétablir l'ordre avec quelque vigueur ; mais il fallait un ministre de l'Intérieur plutôt ferme. Manteufifel était l'homme de la situation et la formule lui est justement applicable : c Une main de fer sous un gant de velours, i

Pendant deux mois, la lutte est entre l'Assemblée nationale et le gouvernement; le premier ouvrage de M. de Poschinger donne d'intéressantes publications sur cette époque décisive; la chambre est prorogée, transférée à Brandebourg, enfin dissoute, et la couronne promulgue une constitution assez semblable à celle proposée par le comité de l'Assemblée. Les élections envoient des députés plus tranquilles. Le gouvernement a gagné la bataille.

Deux années se traînent sur les tentatives de Frédéric-Guillaume pour réorganiser l'Allemagne; la situation de Brandenburg et de Manteufifel était difficile; ils ne manquaient pas d'action, mais ils étaient en présence d'un prince hésitant, à scrupules et retours ondoyants ; la plus grande partie du tome I des DenkwùrdigkeiUn est consacrée à cette époque de projets et d'hésitations ; à Vienne, Schwarzenberg rétablissait, non sans brutalité, les destinées de l'Autriche ; le monarque, par jeunesse et par caractère, lui laissait les mains libres. Le conflit devait éclater entre les deux grands états allemands; la différence des gouvernements devait lui donner solution en faveur de l'Autriche; à Berlin, le ministère est divisé; Radov^itz veut la résistance, il est vaincu par le parti de la cour; la mort subite du comte de Brandenburg jette à Manteufifel toute la responsabilité du pouvoir; une guerre est sur le point d'éclater; dans la situation de la Prusse, c'eût été un désastre. Manteufifel court à Olmutz, — comme l'écrivait Abeken, ce fut un étrange voyage, — et il obtient les « concessions de l'Autriche i. Elles n'étaient guère étendues, mais les apparences étaient sauvées, ou à peu près; le ministre à main de fer de 1848 n'en avait gardé que le gant de velours.

Pendant les années qui suivent, la Prusse joue un rôle quelque peu effacé; la Diète de Francfort a repris son existence somnolente. M. de Poschinger en a déjà retracé l'histoire dans ses quatre volumes : Preussen im Bundestage*; il apporte, sur cette époque encore mal connue, beaucoup de renseignements et de documents nouveaux, notamment sur les rapports de la France et de la Prusse au moment de la proclamation du second Empire; il faut lire surtout le long entretien du D' Quelh avec M. de Persigny (II, p. 343), les rapports du conseiller de légation Kûpfer sur l'état de la France au printemps de 4853 (II, p. 352 et suiv.), et, dans le second ouvrage, les nombreux rapports de l'ambassadeur à Paris, M. de Hatzfeld, sur la politique extérieure et

1. Abrégé et iradoit, sous la direction de M. Funck-Brentano, sous ce titre : Correspondance diplomatique de M. de Bismarck, 1851-1859. Paris, 1883, 2 vol.

UnOSITÀ : THE JAPANBSB COMMERCE. 459

intérieure de la Prasse. Ces six yolumes constituent une véritable mine de documents.

Cependant, l'esprit^ brillant mais troublé, du roi Frédéric-Guillaume donne des signes toujours plus certains de décadence. Son frère prend la régence ; la situation d'ailleurs s'est modifiée et de façon heureuse pour la Prusse ; le congrès de Paris l'a remise en égalité avec les autres puissances; elle va reprendre son rang dans le monde, et, par tempêtes et orages, occuper la première place. Mais à une situation nouvelle il faut des hommes nouveaux ; après dix ans de gouvernement, Manteufifei quitte le pouvoir, comblé de titres et de décorations, et pouvant regarder avec quelque satisfaction le résultat de ses efforts.

Il vit dès lors, suivant l'expression de M. de Poschinger, « en état de repos i ; retiré dans ses terres de Drahnsdorf et de Grossen, quelque temps député, puis éloigné de tout mandat public, il se consacre en sage à la lecture des classiques. Il meurt à Grossen en 4882.

A côté de la figure de haut relief du chancelier Bismarck, il importe de retracer l'image de ceux qui, venus avant lui ou vivant à ses côtés, ont été un peu effacés par son existence brillante. Le double ouvrage de M. de Poschinger vient tout ensemble exhumer le souvenir de Manteuffel et par des documents inédits éclairer bien des détails restés

obscurs.

Paul Mattbr.

Yetaro Rinosita. The past and présent of Japanese commerce. New York, 4902. In-S^", 464 pages. {Studies in histortfy... of Columbia University, XVI, 4 .)

Le jour est arrivé où une Revue historique ne peut plus fermer sa porte à des études sur l'histoire moderne des peuples d'Extrême- Orient ^ L'un au moins de ces peuples, le Japon, est entré si complètement dans ce qu'on appelle encore, par habitude, le c concert européen 1, que l'histoire dite universelle doit nécessairement lui faire une place. Heureusement que les historiens japonais n'ont pas encore pris l'habitude d'écrire en japonais, — ou même en espéranto.

M. Kinosita a-t-il, comme je le crois, écrit le Passé et le présent du commerce japonais pour les lecteurs « occidentaux »? En ce cas, il était au moins inutile d'ouvrir le livre par des considérations aussi superficielles que générales sur l'histoire du commerce, de consacrer tout un demi-chapitre (III, n) à la situation économique de l'Europe du xvi« au xvm« siècle et d'y exposer la théorie du mercantilisme. S'adressait-il, au contraire, à ses compatriotes? Il eût fallu alors éviter de leur donner des notions comme celles-ci : qu'il y avait, en 1609, un a roi de

1. Nous eroyoDs devoir avertir le lecteur que ce compte-renda a été écrit il y a quatre ans.

460 GOMPTES-REDCDUS CRITIQUES.

Hollande » (p. 66), on que Rome s'est élevée sur les ruiues de c Tyr > et de c Garthage » (p. 16) ^ Mais ce que nous cherchons dans le livre de M. Kinosita, c'est ce qu'il contient d'essentiellement japonais.

Il commence par attirer notre attention sur la position exceptionnellement favorahie occupée par Tempire du Soleil-Levant, position que le percement des isthmes rendra plus favorable encore, sur ses ressources en houille (déjà près de 7,000,000 de tonnes par an), sur la variété de ses climats (25« d'extension en latitude), sur les qualités de son peuple : « Pendant des siècles, il a vécu à part. Mais son exclusivisme est aujourd'hui du passé... L'histoire de ce qu'il a été, de ce qu'il est, de ce qu'il veut être est devenue aujourd'hui d'un intérêt général. »

Le passé japonais > est obscur. Cependant, dès le i*** siècle avant notre ère, apparaissent les premiers rapports avec la Corée. L'influence coréenne se manifeste surtout au vi« siècle par l'introduction du bouddhisme, doctrine peu favorable au développement économique. En somme, il faut attendre la fin du xvi« siècle et l'arrivée des Européens pour assister à l'éveil du commerce japonais. Ce phénomène se produit surtout sous le règne centralisateur de lyeyasou, qui parait avoir compris l'avantage qu'il avait à ouvrir ses ports aux navires hollandais et anglais et qui eut l'intuition (p. 72) du rôle futur de l'océan PaciBque. A cette date (vers le temps où mourait Henri lY), les vaisseaux japonais allaient au Mexique, fréquentaient Java, Manille, l'Annam, le Siam, Malacca, le sud de la Chine, la Corée, même l'Inde. Le Siam à lui tout seul contenait des colonies japonaises montant à 8,000 âmes. Les imprudences religieuses des Portugais et des Espagnols eurent pour résultat, sous le successeur d'Iyeyasou, des persécutions et une restriction du commerce extérieur. Seuls les Hollandais conservèrent le droit de débarquer dans une île voisine de Nagasaki. De 4641 k 1854, c'est par leurs mains et par celles des Chinois que passe tout le trafic de l'Archipel.

Avant la Restauration de 1868 fut de nouveau ouvert au monde l'empire du Mikado. Le traité de commerce de 1853-54 avec les États- Unis inaugure cette ère nouvelle. Il est suivi d'un traité avec l'Angleterre, puis avec la Russie, la Hollande, la France (1858), le Portugal, le ZoUverein et toutes les autres puissances (le dernier avec le Mexique, 1888'). La Restauration, contrairement à ce que l'on pouvait prévoir,

1. Même page, la bataille de Plassey est orthographiée Plessy. Il semble que la Faculté de science politique de Columbia, éditrice de la collection, eût pu faire disparaître ces taches.

2. Est-il même probable (p. 23) que c la civilisation sémitique de Tan 2000 a?. J.-G., non seulement atteignit l'Inde par les Phéniciens i, mais, c mêlée avec la civilisation aryenne des races hamitiques, atteignit les Philippines et le Japon? » J'ai peur que là aussi l'étudiant japonais, ébloui par le premier contael avec les idées occidentales, n*ait on peu brouillé les choses.

3. L'auteur n'examine pas les récentes modifications apportées à ces traités. Slles sont pourtant d'une importance capitale.

KINOSITI : THE JIPANESE COMMERCE. 461

acheva de faire pénétrer au Japon la civilisation occidentale. L'amélioration des voies de communication, la création des postes, des télégraphes, des chemins de fer (la première ligne Tokio- Yokohama, commencée en 1869, achevée en 1872; aujourd'hui plus de 3,000 kilomètres) ont donné aux relations commerciales intérieures et extérieures une activité toute nouvelle. La création d'une marine marchande de modèle européen (aujourd'hui près de 300,000 tonnes pour la flotte à vapeur, pins de 117,000 pour la flotte à voiles, tonnage net) permet au pavillon japonais de venir concurrencer les nôtres en Australie, en Inde, en Californie, en Colombie britannique, voire en Europe.

Le Japon est entré en môme temps dans Tère de la grande production industrielle. Mais la révolution industrielle ne s'y est pas produite par gradations comme en Europe. « Ce fut une transition rapide, soudaine, impétueuse, affectant tout l'ensemble de la consommation, i

Les relations commerciales du Japon ont aussi changé de caractère. Immédiatement après l'ouverture de l'Empire, l'Angleterre était le principal exportateur, les États-Unis le principal acheteur. Depuis dix ans, le commerce avec les États-Unis reste prospère, le commerce avec l'ensemble de l'Europe croît lentement, le commerce avec l'Asie croît par bonds énormes (en dix ans passe de 45 à 190 millions de yen). C'est surtout la Chine, l'Inde anglaise, la Corée qui jouent ce rôle de marchés pour les produits japonais et de vendeurs de matières premières ou même de denrées alimentaires pour l'industrie et la population ouvrière japonaises. En Chine, tandis que la part du commerce américain, entre 1885 et 1899, montait de 12 à 44 millions de taels, celle du Japon sautait de moins de 7 à plus de 53, dépassant de plus de 8 millions le total du commerce avec l'Europe continentale, balançant presque le chiffre du trafic direct avec la Grande-Bretagne. M. Kinosita, comme tous ses compatriotes, estime que l'immense empire est dans la zone d'influence économique de son pays ; que, seul, le Japon est en état d'y introduire l'essentiel de la civilisation occidentale, c Une alliance industrielle et commerciale entre Japon et Chine (p. 158) est à peine plus avantageuse pour ces nations elles-mêmes que profitable au progrès et à la civilisation du monde ». Mais la Chine ne lui suffît pas. « Sur les marchés orientaux, le Japon peut soutenir avec succès la concurrence étrangère. > Car, ajoute l'auteur, la « Corée, le Siam, les Philippines ont des relations historiques avec le Japon et qu'il serait facile de développer ».

Avis aux nations européennes ou américaines domiciliées en Extrême-Orient. A côté des États-Unis, le Japon est candidat à la ihaUusocratie du Pacifique ^

H. Hâuser.

1. P. 140 : confasion puérile entre le c droit natarel i des stoïciens {natural la») et les c lois naturelles i de l'économie politique. La France et les pays de l'Union latine rangés à tort (p. 133) dans les pays à étalon d'or; an moins fallait-il distingner entre le légal Uandard et le recU stavidard.

RbV. HiSTOR. XCIV. {•' PA8C. 11

462 GOMPTES-REUDUS CEmOUBS.

MorltB liaBarns' Lebenserinnerangen , bearbeilet von Nabida Lazàrus u. a. Lbicht. Berlin, G. Reimer, 4906. In-8% 630 pages

A. Leicht. Lazaros der Besrflnder der Vœlkerpsychologie. Leipzig, Dûrr, 4904. Petit in-S"", 406 pages.

J. WoHLGBMDTH. Morits liasaruB, ein Nachruf. Berlin, Itzkowski, 4903. In-8<>, 22 pages (aus des Jiidisehen Presse).

J'ai eu le privilège, lorsque j'ai séjourné à Berlin et à Gœtlingen en 4867-1868, de suivre les leçons de Steinthal et de Lotze et d'être reçu dans leur intimité ainsi que dans celle de Lazanis, le beau»frère de Steinthal, qui fut avec lui le fondateur et le principal collaborateur de la ZeiUchrifl fur Vôlherpsychologie und Sprachwissenschaft. Bien que le but de mon séjour en Allemagne fût Tétude de l'histoire et des méthodes historiques et que j'aie consacré aux leçons de Kœpke et de Jaffé à Berlin, de Waitz à Gœttingen la plus grande partie de mon temps, je jugeais utile de me rendre compte de ce qu^était l'enseignement de la philosophie dans une université allemande, ou celui de la linguistique envisagée dans ses rapports avec la psychologie et l'histoire. L'auteur du Mikrokosmos, de même que Lazarus et Steinthal, était un disciple d'Herbart, et cherchait, comme son maître, dans une psychologie scientifique les fondements d'une conception générale de l'univers et du développement de l'humanité. Mais comme eux, il était un disciple très libre et très original. Plus encore que la philosophie de Lotze, dont j'admirais les détails ingénieux et profonds, mais dont je n'arrivais pas à saisir le système, m'intéressait la tentative de Lazarus et de Steinthal pour donner à la psychologie une base scientifique en l'étudiant, non dans l'àme individuelle, mais dans les manifestations de l'esprit collectif et de la vie collective des peuples et de l'humanité. Sans tomber dans les exagérations mystiques d'Ëd. de Hartmann, qui croit ou semble croire à l'existence réelle d'une âme collective des peuples, Lazarus avait remarqué avec justesse et fortement établi que la psychologie collective des peuples et des hommes est autre chose encore que la psychologie particulière des individus qui composent les nations et l'humanité, que le langage, le droit, les mœurs, les institutions politiques, la religion, l'art sont des phénomènes qui ne peuvent se concevoir ni s'étudier si Ton ne les conçoit comme un résultat de la collectivité, comme des phénomènes sociologiques, comme le résultat de l'action de l'individu sur l'ensemble et de l'ensemble sur l'individu. — Et en cherchant ainsi une psychologie nouvelle dans l'étude du langage, du droit, des mœurs, etc., en un mot de toutes les manifestations de l'activité humaine, Lazarus et Steinthal posaient les fondements d'une éthique nouvelle. C'est Lazarus, comme Ta montré M. Leicht dans son excellent petit livre sur la Vôtkerpsychologie^ qui a été le premier fondateur de cette science, on plutôt de cette

H. LAZÀK0S : LBBENSBRIIfNBRUNGEN. 463

méthode, dès 1851. Huit ans plus tard, il créait avec Steinthal la re^ue où ils publièrent par fragments presque tous leurs travaux, où Lazarus en particulier donna quelques-unes des études qui formèrent son beau livre Dos Leben der Seele, une des œuvres les plus remarquables de la philosophie allemande dans la seconde moitié du xix« siècle. Lazarus était un esprit encyclopédique : il avait reçu de son éducation juive, sur laquelle M. Wolgemuth nous donne les plus intéressants et les plus touchants détails dans l'article cité ci-dessus, une connaissance approfondie de rhébreu; il était linguiste, théologien, philosophe, historien, juriste et versé en même temps dans les sciences naturelles, en particulier la médecine. Il était donc admirablement préparé à tenter la synthèse hardie de sa Vôlkerpsychologie qui est, à vrai dire, à la fois un essai de sociologie et un essai de philosophie de Thistoire; car il se propose d'étudier et les phénomènes sociaux qui sont communs à l'humanité en général et révolution des phénomènes psychologiques et moraux à travers les âges.

Un esprit aussi riche, aussi varié que celui de Lazarus, uni à un caractère du plus noble idéalisme et de la grâce la plus séduisante, fit de lui non un savant enfermé dans son cabinet, mais un homme d'action et un homme du monde au meilleur sens du mot; son influence à la tète du parti libéral et réformateur dans le judaïsme fut considérable; il ne cessa pas de se mêler aux affaires politiques de TÂlleroagne; comme professeur à TUniversité de Berne, à la Kriegsakademie et à l'Université de Berlin, comme conférencier écouté et applaudi dans les sociétés savantes et littéraires, dans les congrès, dans les salons même, il exerçait un irrésistible ascendant. Sa maison était un centre littéraire et artistique dont j'ai pu apprécier le charme et l'animation en 1867, au moment où Lazarus venait de rentrer à Berlin après ses années de Berne. Partout où Lazarus était en séjour, en Suisse, en France, en Autriche, il était un hôte recherché et aimé. Il était aussi goûté des artistes que des savants, et il inspirait la sympathie, l'estime et Tadmiration aux hommes de tous les partis comme de toutes les religions.

On pourra se faire une très juste idée de ce que fut Lazarus comme homme, de l'élévation de son esprit et de la richesse de sa nature, dans les souvenirs autobiographiques que vient de publier sa seconde femme avec la collaboration du D' Leicht. Lazarus, plusieurs années après avoir perdu sa première femme, qui était une personne d'une intelligence supérieure, eut le bonheur de trouver en Nahida Remy, femme de lettres de talent et d'un grand cœur, une compagne qui lui fit une vieillesse illuminée de poésie et de tendresse, et à laquelle il dut de pouvoir, sinon achever, du moins pousser très loin son Éthique. M»* Lazarus avait, pendant les années passées auprès du maître qui devint son époux, recueilli pieusement les souvenirs qui jaillissaient avec une inépuisable abondance de sa conversation. Elle les réunit aux notes autobiographiques, aux lettres laissées par Lazarus et elle en a formé un volume de souvenirs qui déconcerte un peu, par Tab-

HÂ COMPTeS-KRfOOS CEITIQUBS.

sence de chronologie préciBe, le lecteur mal familiarisé ayec la biographie da philosophe, mais qai abonde en docaments d'an très grand prix ponr l'histoire littéraire et scientifique du xix^ siècle. Je signalerai avant tont les premiers chapitres sur Rûckert, Gottfried Keller, B. Anerbach et Paul Heyse, le chapitre sur Paris, que Lazams Tisita plusieurs fois et où il connut Taine, Renan, G. Paris, J. Darmesteter, Michel Bréal, et enfin les derniers chapitres qui, avec le chapitre XII, fournissent sur la vie littéraire, universitaire, politique et sociale de Berlin de précieux renseignements.

Ck)mme le dit Auerbach cité par M. Leicht, c le souvenir des hommes qui ont manifesté d'une manière vivante ce qu'il y a de plus noble dans rbomanité est le meilleur héritage que nous transmettent le passé et l'histoire. »

Gabriel Monod.

TadeSHfCiKLAS. Nacrt zivota i diela Bisknpa J.-J. Strossmayera. [La Tie et rœavre de TéTêqae Strossmayer.] Agram, 4906. i vol. in-8o, 450 pages (publication de l'Académie sud-slave).

L'auteur de ce livre, M. Smiciklas, professeur à l'Université d'Agram et membre de FAcadémie de cette ville, est un historien distingué auquel on doit notamment une bonne histoire de la Croatie et de nombreuses recherches sur les annales des Slaves méridionaux. L'Académie, fondée en 1867 grâce aux libertés de Mgr Strossmayer, a tenu à lui payer une dette de reconnaissance en lui consacrant un ouvrage oii sa biographie est racontée et où sont reproduits des extraits de quelquesunes de ses œuvres. L'évèque ne se piquait pas d'être un écrivain professionnel; mais il avait uiie des plus hautes qualités de l'homme d'action, une éloquence chaude et généreuse qui, soit dans sa langue maternelle, soit dans la langue de TÉglise, le latin, lui assurait la maîtrise des âmes. Il avait le don d'exciter et d'éveiller au plus haut point la sympathie; des écrivains protestants comme M. Georges Perrot, comme M. de Laveleye, lui ont rendu à ce sujet de précieux témoignages. Son œuvre fut considérable : comme patriote, il s'efforça de maintenir l'autonomie du peuple croate, en lutte contre les Magyars. Il consacra la plus grande partie de sa fortune à des fondations scientifiques, non seulement chez les Croates ses compatriotes, mais chez leurs voisins les Slovènes, les Serbes, les Bulgares. Sa bienfaisance s'étendait à la fois sur les catholiques et sur les orthodoxes. Il rêvait d'une église universelle où toutes les confessions se rencontreraient. Il aimait passionnément la France et, en 1870, il intervint en notre faveur auprès de l'empereur de Russie. L'ouvrage où M. Smiciklas a mis en relief cette noble figure est d'un haut intérêt.

Louis Lbobr.

RECUEILS PÉRIODIQUES ET SOaÉTÉS SAVANTES.

1. — Revue des Questions historiques. 1907, janvier. -— P. Allard. Une grande fortune romaine au v* siècle (très intéressante analyse des renseignements que nous fournissent les documents réunis par le cardinal Rampolla dans son livre Santa Melania juniore, et, en particulier^ la Vie de sainte Mélanie, sur l'immense fortune de Mélanie, qu'elle liquida pour subvenir à des œuvres pies. M. Âllard évalue ses revenus à 116,640,000 fr. (?), et elle libéra des milliers d'esclaves dont chacun valait environ 2,000 fr. Ses palais, ses mobiliers représentaient des sommes immenses. Cette étude a un intérêt économique considé-* rable). — Barante. Le siège d'Orléans et Jeanne d'Arc (fin; du 29 avril au 5 mai 1429). — Smolka. Hedwige d'Anjou, reine de Pologne (1371- 1399; la fille de Louis I'' d'Anjou, roi de Hongrie et de Pologne, épousa Jagellon, grand-duc de Lithuanie, qu'elle convertit avec son peuple. Récit romanesque de ses fiançailles avec Guillaume d'Autriche qu'elle sacrifia pour épouser et convertir Jagellon. Elle avait quatorze ans et on se demande ce qu'il y a d'historique dans ce roman). — M. Ddbrubl. Innocent XI et l'extension de la régale (d'après la correspondance confidentielle du cardinal Pio avec Léopoldl» 1673-1681. C'est le cardinal Favoriti qui décida le pape à résister jusqu'au bout). — M. de Frévn.LB. Lally et Bussy aux Indes, avril 1758-mars 1761 (d'après de nombreux documents inédits. Récit de la série de fautes et d'échecs qui conduisirent à la ruine de notre empire des Indes depuis l'échec devant Madras jusqu'à la perte de Pondichéry. L'incapacité et la présomption de IjuMJj qui commença par rappeler Bussy du Dekkan où il avait fortement établi le protectorat français, furent cause de nos désastres). — J. PnsTSGH. Un prêtre français en exil. L'abbé Gabriel Auny, curé dléna (1795-1815), et ses relations avec Napoléon I" (l'abbé Auny rendit de grands services à ses ouailles après la bataille d'Iéna. Il fut dépossédé de sa cure en 1815 comme suspect de connivence avec les Français). •— Y. Ermoni. Les commencements du culte des saints dans l'Église chrétienne (critique du livre si remarquable d'E. Lucius, analysé ci-dessus, p. 139). — Pibrlino. Dmitri dit le Faux (à propos du livre de Waliszewski, les Origines de la Russie moderne. Le P. Pierling maintient la thèse d'après laquelle le Faux Démétrius serait bien Grichka Otrépievs). — Hyrvoix de Landoslb. Une lettre inédite de saint Vincent de Paul à Magdeleine de Lamoignon, 1652. — Pierre Rain. La France et les armées d'occupation, 1815-1818 (quelques renseignements curieux sur les excès commis par les alliés).

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