‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 8 sur 176 · Espagne 533, fol · texte numérisé non relu

Espagne 533, fol

4 ALFRED BOUEGUET.

était sûr de ne plus pouvoir siguer la paix de la France avec l'Angleterre. Sans doute, le roi catholique n'ayant pris que pour le V^ mai 1762 l'engagement de déclarer la guerre à l'Angleterre, nous ne pouvions pas (en vertu de la convention secrète du 15 août 1761) exiger qu'il entrât en campagne avant le terme stipulé. Mais, comme la flotte espagnole était revenue des Indes en parfait état et chargée de galions, il y avait, suivant le mot du ministre, tant de raisons de convenance, d'intérêt et de prévoyance à alléguer pour avancer le temps de cette déclaration qu'il n'était pas déraisonnable de croire qu'elle aurait lieu avant la date fixée tout d'abord.

Une chose paraissait d'ailleurs étrange à Choiseul (et il pensait que l'Europe serait de son avis), c'était qu'après l'incident du mémoire remis par M. de Bussy à la cour britannique sur la nécessité de la jonction des intérêts de l'Espagne à ceux de la France, on vit l'ambassadeur espagnol demeurer à Londres et le roi Charles ne pas témoigner, par son rappel, du ressentiment qu'il devait éprouver. « Ne pourra-t-on pas, disait-il, nous soupçonner d'avoir pris sur nous de feire penser et parler selon nos vues particulières la cour de Madrid, et l'opinion que l'Espagne est fort éloignée de vouloir rompre avec l'Angleterre ne sera-t-elle pas un moyen efiScace pour le ministère anglais de s'assurer d'avance les fonds nécessaires pour la campagne de 1762? » Pour ces diverses raisons, Choiseul espérait que l'on arriverait à convaincre Charles III et son secrétaire d'État de l'utilité d'avancer l'heure de la déclaration de guerre. Il donna même l'ordre à d'Ossun, le 29 septembre 1761, d'insister sur l'importance qu'il y aurait à commencer les hostilités au mois de décembre au plus tard.

A vrai dire, l'ambassadeur trouva auprès de la cour de Madrid les dispositions les plus favorables. Le roi d'Espagne apprit sans peine et sans crainte la rupture de notre négociation avec l'Angleterre, et M. Wall dit à d'Ossun de son propre mouvement : € Vous savez que je n'aime pas la guerre, mais, puisqu'elle est devenue inévitable, je n'omettrai rien pour la rendre aussi nuisible aux Anglais qu'il sera possible ». Tous les autres ministres espagnols parurent à d'Ossun « remplis de confiance et de fermeté ». Mais, en dépit det ces bonnes intentions, le souverain lui exprima la crainte de ne pas pouvoir entamer les hostilités avant l'époque prévue par le traité.

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