Voy. ci-dessos, ch. xt
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des jours suivants ». Des relations qu'ils auraient eues précédemment avec les chefs des insurgés, du rôle qu'ils auraient joué dans la préparation et la conduite de l'émeute, des raisons pour lesquelles les révoltés du faubourg Saint-Antoine, un moment en posture de faire leurs conditions, n'avaient pas réclamé ceux que Ton disait être leurs chefs, — de tout cela, qui était l'essentiel, pas un mot n'était prononcé.
Les députés écoutèrent cette lecture en silence. Il leur parut qu'on mettait dans leur jugement un peu plus de formes qu'ils ne l'avaient cru; qiifelques-uns se reprirent peut-être à espérer. D'autres ne virent là qu'une hypocrisie. Duquesnoy semblait assuré du résultat et pressé d'en finir. Quand le président en vint au passage de l'acte d'accusation qui le concernait, il l'arrêta du geste : « Je vous épargne cette peine », dit-il. Capitain répondit avec calme et acheva sa lecture'. Les interrogatoires commencèrent ensuite. Le président fit retirer tous les accusés, excepté Romme, qui fut interrogé le premier. Du Roy, Duquesnoy, puis Bourbotte lui succédèrent. On les faisait asseoir, à tour de rôle, sur une chaise en face du tribunal, entre deux grenadiers le sabre au clair*. L'interrogatoire dura très longtemps. La Commission, qui pourtant jusque-là n'avait pas rafiSné sur les formes, tenait à suivre la procédure ordinaire d'instruction. Le greffier écrivait les demandes et les réponses, il fallait ensuite relire, corriger, parapher à chaque page. Cela ne pouvait aller vite. En outre, les accusés, sachant qu'on ne leur donnerait pas d'avocats, craignant même de ne pouvoir, après l'audition des témoins, présenter eux-mêmes leur défense, profitèrent tous de l'interrogatoire pour parler longuement et dire tout ce qu'ils croyaient utile à leur cause. A dix heures et demie du soir, Goujon, Soubrany, Forestier et Peyssard n'avaient pas encore été interrogés. On renvoya l'audience au lendemain quintidi, à huit heures. U était tard, la foule restait nombreuse dans les rues mal éclairées; la Commission décida de ne pas faire reconduire les accusés aux Quatre-Nations et de les garder dans le bâtiment même, au rezde-chaussée, sous la salle d'audience. On fit venir du gardemeuble huit lits de sangle, avec fourniture complète, et les pri-
1. Sa réponse fut c noble et toachante » au témoignage d*aii assistant très favorable aux accusés (lettre citée du citoyen Gilbert an président de la Commission. Cf. aax appendices).
2. Récit de Jourdan, Moniteur du 4 messidor (réimpr., t, XXV, p. 26).
LE GONYBFfTIOXNEL GOUJON. 257
aonniers durent s'installer ainsi, tant bien que mal, dans de grandes pièces vides^ Par crainte du poison qu'on pourrait jeter dans leurs aliments, les repas furent apportés de chez un traiteur du Palais-Royal, Méot, qui était connu de la police^.
La séance permanente reprit le 25 prairial à neuf heures, après quelques affaires de moindre importance, rapidement expédiées dans la première heure. Goujon fut interrogé tout d*abord. Comme aux autres, on lui demanda son nom, son âge et son lieu de naissance, puis s'il était venu à la Convention le l"" prairial, et, suc* cessivement, à chaque chef d'accusation, s'il le reconnaissait pour être exact. Il répondit en faisant le récit complet de la séance, depuis le moment où Yernier avait pris le fauteuil, jusqu'à l'instant de l'entrée des troupes. Il rappela que tous ses collègues, en prenant la parole en présence du peuple, le président en recueillant les voix, et lui-même en faisant les motions qu'on lui reprochait comme « incendiaires », n'avaient songé qu*à gagner du temps, qu'à obtenir la retraite des insurgés, quitte à rapporter un mpment plus tard les mesures qu'on aurait prises pour les . calmer. Il en donna pour preuve les propos échangés par lui avec Lanjuinais, puis avec Sallengros, son silence même^à la fin de la séance. Quant aux motions qu'il avait faites, il en indiqua le sens, sans vouloir garantir le texte même qu'il en donnait, puisqu'il n'avait pas pris le temps de les écrire. « Je défie à qui que ce soit qui ait une âme, s'écria-t-il, d'avoir un souvenir aussi exact au milieu d'une pareille scène. Ce qu'il y a de bien certain, c'est que les récits donnés par les journaux sont infidèles, c'est que le procès-verbal même de la Convention contient un faux certain, car il impute à Duquesnoy une proposition que tout le monde sait avoir été faite par Soubrany, celle de nomrfer une commission de quatre membres^... > Enfin, il rappela que les opinions étaient libres dans l'assemblée et qu'il n'était pas interdit de parler en présence de l'insurrection au moment où il l'avait
1. Deux lettres de la Commissioa militaire et da Comité de Sûreté générale à la Commission des revenus nationaux (elle siégeait dans le même hôtel qae le tribanal), 24 prairial (Arch. nat., W 5^ et F'' 4411b).
2. La Commission militaire à la Commission de police, 3 messidor (Arch. nat.« W 548, reg. de correspondance).
3. Interrogatoire de Goujon (Arch. nat, W 547, n* 53). Nous avons cru, tu le caractère d'exactitude naturel à ces procès-verbaux, revus et paraphés par l'accusé, pouvoir rétabUr la première personne et le style direct, qui du reste se trouve par endroits dans le document lui-môme.
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