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Cahier du troisième ordre de Paris : « Plusieurs bénéficiers mettent les revenus de leurs bénéfices en fermes générales et les fermiers généraux pressent et oppriment les cultivateurs. Il sera défendu de faire de semblables baux : l'humanité, l'avantage de l’agriculture qui languit par l'épuisement qu'éprouvent les fermiers particuliers avec lesquels traitent les fermiers généraux, exigent que cette précaution soit établie. »
Les paysans des baillages de Versailles et de Meudon, « Supplient Sa Majesté, propriétaire de presque tout le territoire de Buc d’adjuger au plus offrant. .., les terres de cette paroisse et ce par petites portions. ... »
Les auteurs du cahier de la paroisse d'Asnières (Maine) s'arrêtent longuement à décrire les conséquences de la cupidité des fermiers généraux ; ces derniers « traitent leurs sous-fermiers comme des nègres auxquels il n’est permis de vivre qu'à la condition de les enrichir. » Des
corvées personnelles, des redevances élevées, des pois de vin à la signature des contrats sont exigés des paysans « réduits à un tel dénuement que beaucoup d’entre eux abandonnent leurs lots. »
Dans la sénéchaussée d’Angouléme, les mêmes plaintes retentissent. Dans la paroisse de Saint-Léger « les fermiers des seigneurs ayant un moulin, forcent le tenancier de passer son blé pour le rendre pur et net ; il s’en suit. une Giminulion si forte, qu'au lieu de dix boisseaux, douze suffisent à peine pour les payer. »
Ces fermiers volent encore sur la mesure en ne se conformant point à la matrice.
Cahiers de doléances de la sénéchaussée de Rennes. Paroisse de Saint-Jean de Béré. — Art. 20. « Les fermiers généraux des biens de campagne écrasent les colons et laboureurs ; ils posent dans les baux des clauses trop onéreuses aux sous-fermiers ; ces baux sont un tissu de véritables corvées et l’on peut envisager ces fermiers généraux comme des acheteurs de procès.
« De leur côté, les propriétaires n'afferment leurs biens qu'à moitié de tous fruits, grains, effouils de bestiaux (bénéfices tirés de la vente des bestiaux), etc., de sorte que le fermier de campagne est un malheureux journalier attaché à la glèbe, qui travaille pour autrui et qui n'ose se flatter de faire quelques profits privatifs. Les fermiers généraux et les propriétaires attirent et accumulent tous les grains dans leurs magasins ; ils deviennent les maîtres des marchés. Bientôt les fermiers épuisés ne peuvent plus fournir et approvisionner les villes ; ils. sont eux-mêmes obligés de revenir acheter le grain qu'ils ont cueilli et partagé avec ceux qu'ils appellent leurs maîtres ; ces derniers n’ouvrent leurs greniers qu’à peine et font monter les grains à des prix excessifs. Les fermiers et colons des campagnes unissent leurs cris au peuple des villes et ne peuvent se procurer de pain qu’à force d'argent. Pourquoi ils demandent que les biens des campagnes ne soient
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affermés qu'à prix d'argent. Que les colons et laboureurs puissent se faire subroger dans les droits des fermiers généraux en les remboursant, et en fournissant bonne et valable caution. »
Cahiers de doléances du bailliage de Mirecourt. — «...Pour prévenir les inconvénients multipliés des baux etsous-baux à l'infini qui se font des domaines non aliénés de Votre Majesté, baux qui enrichissent certainement les premiers baillistes, ruinent presque toujours les derniers et les provoquent à des rapines et à des vexations de toute espèce ; il conviendrait ordonner que les baux en seront passés par les officiers du bailliage où seront situés lesdits domaines, et que les deniers qui en proviendront seront versés dans la caisse royale la plus pro- Chaine (1). »
Province du Bourbonnais (2). — « Doléances de la classe indigente des colons et manœuvres de la province du Bourbonnais.
Art. Aer, — Cette portion de la nation qui a été oubliée, dans le cahier de la province se plaint de ce qu'on pense généralement qu’il faut la tenir dans l’indigence pour la forcer au travail ; principe faux s’il en fut jamais
(1) Archio. parl., tome IV.
(2) Après des recherches faites aux Archives de Moulins et aux Archives Nationales, nous n’avons retrouvé des cahiers paroissiaux du Tiers-Etat, que ie document dont nous don-
nons des extraits ci-après. Il émane d'un nommé Dubouys, de Bourbon-l'Archambault, 28 avril 1789. Arch. Nat, Ba. 56.
qui dérive de l’ancien esclavage. .; l'erreur prédomine si fort qu'elle fut prêchée aux États de cette province avec une espèce de confiance par un président d’'assemblée...; sur l’état des paysans personne ne veut ouvrir les yeux. Là, ce sont des citadins qui ne les voient que comme des bardeaux qui n'iraient plus si on cessait de les charger, ici, les propriétaires les trompent et les tiennent dans l'impuissance de leur résister, plus loin, les fermiers les écrasent en tous sens, ayant moins d'intérêt que les propriétaires à les ménager.
« Art. 2. — Les colons et manœuvres ne sont ni bien nourris, ni bien vêtus, ni bien couchés, ni bien logés, ni courageux, ni instruits, ni clairvoyants, ni industrieux, ni aimés, ni Chéris, ni estimés de personne; ils ne respirent que pour se livrer à des privations forcées, et leur état passif entretient leur misère et leur indolence.
« Art. 3. — Ils en sont encore à se plaindre qu'aucune loi ne les protège, qu’on les conduit en esclaves, et qu'on ne rougit point de violer les engagements pris avec CUx. »
« Il conviendrait, propose l’auteur de ces lignes, que les Etats généraux sanctionnassent une loi contre l’opinion commune acharnée à tenir le peuple dans la misère pour le forcer au travail ; autrement il y aura toujours abus et si le préjugé était une fois détruit, les colons iraient d'eux-mêmes vers l’aisance, se feraient fermiers... »
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