CHAPITRE
La Révolution passe, renversant les institutions fé0dales, libérant le sol des charges et des servitudes nombreuses qui pesaient sur lui, affranchissant le paysan des corvées, services personnels, etc., auxquels il était astreint. Les fermiers généraux sortent indemnes de la tourmente révolutionnaire. On ne s'occupe pas d'eux au sein des assemblées. Le 4 août 1789, le duc d’Aiguillon les effleurera à peine quand il essaiera de rejeter sur eux la responsabilité des excès dont se plaignent les vassaux : « Les gens d’affaires sont souvent sans pitié ». Les récriminations, les plaintes contenues dans les cahiers de doléances semblent avoir passé inaperçues ; on peut invoquer ce regrettable oubli pour justifier l'observation de M. Jaurès : « Les paysans n’ont pu jeter toute la semence
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de leurs cahier au sillon de la révolution bourgeoise ; tout au fond du sac du semeur, des germes sont restés pour des sillons nouveaux (1). »
Ce n’est qu'indirectement que le fermage général est atteint. La vente des biens du clergé et des émigrés, sans avoir exercé sur la division de la propriété l'influence qu'on à voulu lui attribuer, provoque néanmoins un changement profond dans l'administration de ces biens. Les terres des communautés religieuses, des nobles déserteurs, passeront peu à peu aux mains de la bourgeoisie qui vivra en contact plus complet avec le sol. Les fermiers généraux, administrateurs traditionnels des grands domaines, disparaîtront dans la mesure où les propriétaires nouveaux résideront à la campagne, et où le fractionnement du sol s'effectuera.
Cependant, les exactions des fermiers généraux du XIXe siècle seront toujours vivement ressenties et dénoncées. Des observateurs impartiaux appartenant à toutes les nuances politiques, aux différentes écoles économiques, reprendront contre eux les accusations portées par leurs ancêtres de l'Ancien régime. Des enquêtes officielles révéleront leur existence et enregistreront les plaintes de la classe paysanne.
Les témoignages que nous produirons revêtent à nos yeux une grande autorité. Ils émanent d’agronomes, de
(1) Histoire socialiste.
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grands propriétaires, de magistrats, de délégués officiels tous bien placés pour juger sainement le fermage général, tant au point de vue économique, qu’au point de vue social.
Si nous voulons connaître très approximativement la répartition géographique du fermage général, il faut nous reporter à la grande enquête agricole de 1866. Cette enquête est, en raison de sa date, particulièrement intéressante. Depuis 1850, l’agriculture française est en plein travail de transformation, d'amélioration. Nous aurons à examiner en détail quelle part les fermiers généraux ont pu prendre à ces améliorations. Le gros argument des défenseurs des fermiers généraux consiste à dire que ces intermédiaires ont rendu de grands services à l’agriculture, qu'ils ont amélioré, ce qui tendrait à leur attribuer une réelle utilité sociale. En énumérant les régions de fermage général relevées par l'enquête, en rapportant les commentaires que ce système a provoqués, nous anticiperons un peu sur la question, plus loin traitée, du fermage général et des améliorations agricoles. Cela afin d'éviter des redites fastidieuses.
Dans l'enquête de 1866, ne furent le plus souvent entendus que des propriétaires, des magistrats, des notaires, des maires, des fermiers et des fermiers généraux. Dans l'Allier, par exemple, on ne relève aucune déposition de métayers. Les jugements portés sur le fermage général n’en auront donc que plus de saveur.
Les déposants avaient à répondre à la question portée
au no 7 du questionnaire : « Lorsque le régime du métayage existe, est-il d'usage qu'il y ait pour plusieurs domaines un fermier général servant d'intermédiaire entre les propriétaires et les métayers ? ».
L'enquête mentionne l'existence de fermiers généraux dans un assez grand nombre de départements dans lesquels l'exploitation du sol est soumise au régime du métayage ; cependant ces intermédiaires sont inconnus dans la plus grande partie de la France. On constate donc la diminution de leur nombre depuis 1789 ; cela tient aux progrès du faire valoir direct et du fermage, à la regression du métayage, au morcellement de la propriété, etc.
Des traces de fermage général sont relevées dans les départements suivants : Morbihan, Finistère, Côtes-du- Nord, Ille-et-Vilaine, Loire (arrondissement de Roanne), Orne, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Dordogne, Gers, Côte-d'Or, Saône-et-Loire (Charolle et Autun).
Dans la partie du Perche appartenant au département de l’Eure-t-Loir, on cite quelques exemples de fermiers généraux « qui se sont interposés entre les propriétaires et leurs métayers, au grand préjudice de la culture ».
Dans la région classique du métayage, dans les Landes, « le fermage général s’est produit quelquefois dans un canton el toujours au grand détriment de la terre, du propriétaire et souvent du métayer ».
En Vendée, la disparition progressive des fermiers généraux « est considérée comme très heureuse pour
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