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RÉTRIBUTION DU TRAVAIL DU MÉTAYER

A quel taux le travail du métayer est-il rémunéré, comparativement au taux des salaires ? Pour une même quantité de travail fourni, le métayer est-il rétribué plus, autant ou moins que le simple salarié ? Quel est le prix de l'unité de travail en matière de métayage ?

Nous posons en principe que le taux de rémunération du travail colonique est inférieur au taux ordinaire des salaires de la même région. Pour le démontrer, nous nous proposons de recourir à deux catégories de preuves : 1 les preuves indirectes tirées de certains phénomènes économiques ; 2 les preuves directes reposant sur des chiffres, des faits et des opinions.

a) Preuves indirectes. 19 Mélayage et petite culture. — Le métayage s'exerce généralèment dans les régions de petite culture. Les « domaines » de l'Allier sont une exception ; mais les « locateries » bourbonnaises restent dans la règle.

(1) Essai sur la répartition des richesses.

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Or, on sait, après bien des affirmations d’agronomes ou d’économistes, que dans la petite culture, le travail du paysan n'est payé qu'à un tarif très bas, que si le travail du paysan était rétribué au taux des salaires courants, les comptes de la modeste entreprise se solderaient par des pertes. Ces affirmations, dejà anciennes, ont été tout récemment confirmées par les résultats statistiques d’enquêtes minutieuses et détaillées, faites en Suisse.

Voici un tableau résumant les résultats financiers de la culture par catégorie d'exploitations et par hectare (année 1909).

Exploitation. Produit brut. Frais d'exploitation, Différences. Ilect, Fr. Pre Fr.

Dans les frais sont comptés : l'amortissement, les intérêts et la valeur du travail de la famille, estimé au prix de la main-d'œuvre salariée.

L'indemnisation du travail du chef de l'exploitation et des membres de la famille, par jour de travail d'homme, ressort (moyennes 1901-1910) (1) :

(1) Recherches relatives à la rentabilité de l'agriculture, campagne 1910-11 ; Berne 1912.

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Dans les petites exploitations à......,............ 2 02 — exploitations paysannes ..........,.,.... 2 50 — grandes exploitations. ........ Re ta 4 18

Dans les petites exploitations, le paysan est donc condamné à travailler pour un salaire réduit. Le métayage ne saurait améliorer une telle situation, d'autant plus que « la part du compte moral, du sentiment réconfortant de l'indépendance », dont parle M. de Lapparent, fail ici complètement défaut au métayer (1).

20 Métayage et variations des salaires. — Pour remédier à la hausse des salaires agricoles, on à préconisé l’adoption du mode de faire valoir par métayage. Ces conseils ont été suivis dans plusieurs régions de la France, notamment dans le Berry, le Lot, Lot-et-Garonne, Morbihan, Puy-de-Dôme (2). Dans certaines contrées viticoles, il en a été de même, lorsque pour parer à la crise de la mévente on a dû abaisser le prix de revient. Les ouvriers trop exigeants ou trop inconstants, se sont vus remplacés par des familles de métayers. C’est donc, semble-t-il, que le travail du métayer est pour l'exploitant d'un prix de revient plus avantageux.

o Métayage et fermage. — On a proclamé bien souvent et prouvé jusqu'à l'évidence, la supériorité du

(1) Bulletin de la Société Nationale d'Agriculture, 1911, (2) V. Enquête sur la petile propriété rurale,

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métayage sur le fermage, au point de vue des profits procurés au propriétaire par ces deux modes de faire valoir. Columelle, dans son livre des Choses Rustiques, remarque déjà qu’un bien exploité par un fermier, rapporte moins que celui qui est cultivé avec des colons (1).

M. Convers estime que dans le métayage, les placements fonciers se font au taux de 4 à 5 oo, alors que dans le fermage le taux s’abaisse à 3 c/o (2).

Un partisan enthousiaste du métayage, Rieffel, déclarait.« qu’il a été constaté par une multitude d'exemples, que le colonage partiaire, dans des conditions définies de lieux, de terrains et de population, était le mode d’exploitation du sol qui rapportait le revenu net le plus considérable. »

Qu'est-ce à dire ? Sinon que l'intervention du métayer fait baisser Les prix de revient, en offrant son travail à bas prix (3). M. D. Zolla, dans un article des Débats

(1) De re rustica, Lib. I, cap. VII.

(2) La Propriété. ù

(3) « Le propriétaire Morbihannais retire de sa terre un revenu plus élevé par métayage que par fermage et il n’a pas à craindre, ayant pris un métayer, de se trouver à court de main d'œuvre.

Dans la région de Lanvaux et dans les landes défrichées, un métayer donne un bénéfice peu après le défrichement, un fermier demanderait 5 ou 6 ans. C'est que le propriétaire est souvent le banquier du métayer, tandis qu'il ne l’est jamais du fermier. » Enquête sur pet, propriété rurale.

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(21 novembre 1906), cite l'exemple d’un fonds jui, affermé 1.650 francs, rapportait, placé sous le régime du métayage, la somme de 2.532 francs.

Quand la hausse des salaires rend le faire valoir direct ou le fermage onéreux, le métayage apparaît comme un moyen efficace pour relever la rente et les profits.

b) Preuves directes. — Commençons par des données statistiques se rapportant à l'Italie, pays de métayage et pays où ce mode de faire valoir a été l’objet d'enquêtes remarquables.

Une première grande enquête parlementaire remontant à 1879-1880 relève les chiffres suivants, pris à titre d'exemples (1):

a) Centre de l'Italie : le salaire journalier du métayer est évalué : Lo d’après le Sous-Comité de Fermo à 0 fr. 68 dans la zone des grandes collines, de 0 fr. 28 à O fr. 30, dans la zone des petites communes ; 2° d’après le Sous- Comité d’Ascoli, à 0 fr. 68 ; 3 d'après le Sous-Comité de Macerata, de 0 fr. 28 à 0 fr. 49, suivant les zones. Ridolfi et Carega l’évaluent à 0 fr. 40.

b) Province d’Ancône : de 0 fr. 32 à 0 fr. 48, suivant les zones.

c) Toscane : l'unité de travail (un homme apte au travail) reçoit une rétribution annuelle estimée à 200 fr.

(1) Atti della giunta parlamentare per la inchiesta agraria, Rome 1880,

« 200 fr. ! dit l'enquêteur, c'est juste de quoi vivre, et le métayer doit payer là-dessus un certain nombre d’impôts ».

d) Province de Lodi : une famille de métayers comprenant trois enfants incapables de travailler reçoit un salaire total de 550 fr.

e) Calabre: d’après une récente enquête parlementaire (4), le salaire du colon-fermier (contrat mixte) est évalué à 1 fr. 10 pour les hommes et 0 fr. 55 pour les femmes et les enfants, alors que les salaires des ouvriers oscillent entre 1 fr. 50 et 4 fr. pour les hommes, 0 fr. 60 et O0 fr. 80 pour les femmes.

D'après M. Guicciardini (2) la rétribution de l'unité de travail (homme) varie dans les limites suivantes :

4o Val-d'Elsa : Dans 31 familles de métayers, la rétribution de l'unité va de 356 fr. à 64 fr. Elle n’est supérieure à 600 fr. que dans 4 familles.

20 Collines du Pistoiais : Pour 18 familles, le maximum est de 583 fr. 411, le minimum de 308 fr. 45.

30 Val-d’Arno : Pour 19 familles, le maximum est de 649 fr. 43, le minimum de 360 fr. 11. Dans tous ces calculs, il est tenu compte de la valeur du loyer des maisons. Etant donnée l'énorme quantité de travail fournie

(1) Inchiesta parlementare sulle condizioni dei contadini Rome 1909-1910.

(2) Le recenti agitazioni agrarie in Toscana ei doveri della propriela.

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