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par la famille colonique, on peut imaginer à quel bas prix tombe la journée de travail.
En 4911, le Dr Gennari nous donnait pour la province de Ravenne les chiffres suivants : rétribution de l'unité de travail, de 500 à 4.000 fr., suivant l'intensité de la culture. Mais les métayers de cette région particulièrement riche, ont obtenu grâce à l’action syndicale des conditions meilleures que partout ailleurs (4). Encore se plaignent-ils aujourd’hui de gagner moins que les salariés, pour des journées de 12 à 14 heures de travail ! Les salariés gagnent de 2 à 6 fr. Dans la province de Pise, le Directeur de la chaire d'agriculture nous donnait de 0 fr. 40 à O fr. 45 pour le prix de la journée de travail des métayers ; les ouvriers gagnent de À fr. 50 à 4 fr.
Pour la France, il nous est malheureusement impossible d'apporter de telles précisions. On a bien fourni des chiffres, des comptes de métayers. Mais devons-nous nous en servir ? Non. Produits au cours de polémiques, et ne rendant compte que de situations particulières, souvent exceptionnelles, ils n’ont qu'une force probante très relative (2).
(1) Commissione di inchiesta sui confiitti agrari in Romagpa. Rome 1911.
(2) C'est ainsi que M. Chambron, de Moulins, évaluant la part d’une famille de métayers composée de 6 personnes, dont 5 aptes au travail, à 3.031 francs, a pu voir cette part ramenée à 981 francs après la critique de M. Bernard, (V. Travailleur rural, n° 6).
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M. Emile Guillaumin estime que la moyenne du salaire d’une famille de neul personnes, dont sept adultes, ressort à 300 fr. par an pendant les neufs années de séjour dans une même métairie. « Et il s'agit, dit-il, d'une famille de bons travailleurs ; et les conditions étaient ce que sont celles des trois quarts, peut-être même des quatre cinquièmes des métayers » (1).
En 1908, le salaire des domestiques s'élève à 600 fr., plus le logement et la nourriture. Chaque membre de la famille colonique peut-il prétendre à une rétribution semblable ? Pour y atteindre il lui faut se surmener, car dans la plupart des domaines de l’Allier la main-d'œuvre est insuffisante. Pour un domaine de 60 hectares où il faudrait à ou 6 hommes, il n’y en a que 3! (2)
Il paraît donc peu contestable que le métayer travaille à très bon marché. À quelles causes faut-il attribuer ce phénomène ? À deux causes principales selon nous: de à la loi qui régit le prix de la marchandise travail ; 2 à la situation de famille de la majorité des métayers.
Le métayer détenteur de la force travail, ne saurait échapper à la loi générale, qui veut que le prix de cette force {ende, par le jeu de la loi de l'offre et de la demande, vers son prix de revient.
L'écart entre les deux prix est au minimum dans les pays surpeuplés comme l'Italie, et là où les métayers
(1) Réponse à M. Berthault, Travailleur rural, n° 20. (2) Travailleur rural, n° 6,
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inorganisés ne peuvent opposer une résistance sérieuse aux prétentions des propriétaires fonciers. Ces derniers peuvent facilement tirer toutes les conséquences heureuses pour eux de la loi de l'offre et de la demande, grâce aux Contrats de très courte durée qu’ils imposent aux colons.
Sismondi, peu suspect d’hostilité envers le métayage, avoue que « les métayers en se disputant la part que veulent bien leur laisser les propriétaires, arrivent enfin à se contenter de la plus chêtive subsistance, d’une portion qui suffit à peine dans les bonnes années, et qui dans les mauvaises les laisse en proie à la famine » ; et il décrit la profonde misère des métayers des rivières de Gênes, de la République de Lueques, de plusieurs provinces de la région de Naples « que la nature a enrichie de tous ses dons ». II ajoute, « le même malheur serait probablement arrivé au peuple de Toscane, si l'opinion publique ne ‘protégeait le cultivateur ; mais un propriétaire n'oserait imposer des conditions inusitées dans le pays, et en changeant un métayer contre un autre, il ne change rien au contrat primitil » (4).
Turgot, qui fit du garantisme patronal appliqué, avant que Sismondi n'en eût fait la théorie (2), déclarait lui aussi que « le métayer est toujours réduit à ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim ».
(1) Nouteaux frincipes d'économie politique.
(2) Voir ses Ordonnances de 1771.
le
« Tu n'as jamais eu faim depuis que tu es chez moi ! » répondait un propriétaire — le « mossieu » — à son métayer qui se plaignait de s’endetter (4). Le mot vaut une théorie.
« On répute riche, disait Méplain, le métayer qui, au jour de la moisson nouvelle, compte encore sur son grenier quelques rares sacs de blé de la récolte précédente ; aisé, celui qui, à la même époque n’a rien, mais ne doit rien. Le plus grand nombre emprunte au fermier (général), en avance sur la moisson prochaine le pain qu'il mange chaque jour ». Sauf, en effet, des situations exceptionnelles, des périodes très favorables, la part du métayer est réduite à ce qu'il lui faut pour vivre. S'il réalise quelques économies, ce n’est assurément pas sur ses bénéfices industriels, mais bien sur lui-même, sur les satisfactions matérielles et intellectuelles auxquelles un homme de notre époque peut légitimement prétendre. En tout cas, ces économies ne sont jamais suffisantes, même après toute une vie de travail, à assurer au colon usé, une vieillesse sans privations (2).
(1) DESFORGES : La vie dans un coin du Morvan, op. de la très intéressante collection des Cahiers du Centre, dirigée par M. Buriot, Moulins.
V. également l'Apostolat républicain. Dialogue entre un métayer du Berry, son maître et un apôtre républicain.
(2) Un exemple pris dans le Lot-et-Garonne : Dans une métairie, où les métayers d'une même famille se succèdent
depuis plus de cent ans, « le métayer actuel est obligé d'avoir du crédit chez les fournisseurs, et ce crédit, malheureuse-