‹ La Question des Fermiers GénérauxChapitre 25 sur 85 · LAS · texte numérisé non relu

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bien (4), qu'il confie ses enfants aux maîtres des écoles libres (2), qu’il s’abstienne d'assister aux conférences du professeur d'agriculture quand l'ordre lui en est donné (3), qu'il mette de la mauvaise volonté à profiter des lois sociales (4), qu’il ne soit pas trop regardant sur certaines questions d'honneur (5), qu'il ne fréquente pas trop assidûment les foires et les marchés car « c’est une perte de temps au détriment de la culture, l’occasion de gaspiller des pièces de vingt sous (6) ».

Mais ce n’est pas encore assez! Un contrat léonin lui impose des redevances et prestations exagérées, des services personnels humiliants, des corvées, une

(1) V. Travailleur rural ; DESFORGES : Un coin du Morvan.

(2) Voir discours du Ministre de l'Instruction Publique, J. Of., 16 février 1911.

(3) Dans deux cantons de l'Allier, il fut un temps où le professeur d'agriculture n'avait comme auditeur à ses conférences que l'unique instituteur de la commune visitée.

(4) V. discours du Ministre du Travail et de M. Ch. Dumas, J, OfT., 19 juin 19LL.

(5) « Elles sont douces et modestes (les jeunes filles du Berry) ; et là où le bourgeois n’a point passé, les mœurs sont pures et patriarcales ; mais le bourgeois, le vieux bourgeois surtout, est l'ennemi de ces vertus rustiques. C’est triste à dire, mais le propriétaire, celui qu’on appelle encore le « maitre» séduit, à peu de frais et impose le déshonneur aux familles par l'intérêt et par la crainte. » (G. SAND : Promenades autour d’un village, 1857. Voir aussi: La déclaration de Bernard à la commission mixte; GUILLAUMIN : En Bourbonnais (Pages libres).

(6) V. RaATOUIS DE LimAY.Mais combien facile etdure pourrait être la réponse du métayer |

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obéissance sans limite. Il doit tout faire, tout subir. Le métayage n'est-il pas « l’idéale association », même en Toscane où le propriétaire, nous disait le Dr Gennari, « possède jusqu'à l'âme de son métayer (1) » ?

Tels sont les résuliats de la prétendue liberté des contrats en pays de métayage. « Quand un contrat est abandonné à l'anarchie des volontés individuelles, déclare Méplain, magistrat, la raison la meilleure est toujours la raison du plus fort ; nulle voix que celle de son intérêt ne se faisant entendre à son oreille, il ajoute le lendemain aux exigences de la veille ; l'abus répété des plus illégitimes prend le titre d'usage et l'usage fait loi (2) ». Certes, la loi de 14889 n’a pas fortifié la position du faible, du métayer !

Notons, pour terminer, le curieux revirement qui s’est opéré au sein de l'opinion libérale au sujet du métayage. Ce mode de faire valoir fut autrefois fortement combattu par les représentants les plus autorisés de cette opinion ; ils se plaçaient au point de vue économique ; le métayage leur apparaissait comme un système d'exploitation peu progressif. Aujourd’hui que l’on se place plus volontiers au point de vue social, le métayage est destiné, disentils, à un brillant avenir. Il se développera en réconciliant

(1) M. Gennari est un défenseur du métayage. Il en a préconisé l'extension dans le Ferrarais.

(2) V. argument intéressant dans jug. du trib. de Moulins, 13 juillet 1904, confirmé par C. de Riom.

les classes rurales. On l’érige en rempart de l’ordre social. Le « domestique », le « serf » d'autrefois y a gagné d’être subitement élevé au rang de « libre associé ». Le tour est ingénieux et de nature à rassurer les propriétaires encore nombreux qui redoutent la Révolution (4). Sachant qu'en France on fait volontiers des révolutions pour gagner des mots, on a fort justement pensé qu’en donnant le mot tout de suite, on ferait sans doute l’économie d’une révolution.

(1) V. brochure L. Bernard, avocat: Les idées révolutionnaires dans les campagnes du Bosrbonnais.

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